XXX.- JOUR
jti^euglement des Juifs de méconnottre le Christ , qui est la pierre de l'angle çuiU ont rejetée. Lue. XX. i5— ao.^
A DiEV ne plaise ^ dirent-ils ! Us avoient en horreus ee qu*ils faisoient. Ils étoient ceux ^ qui après avoir tué les prophètes , vouloient encore tuer le fils ; et néanmoins quand on leur dit qu ils, le vouloient faire , ils s'écrient : A Dieu ne plaise (0 ! ne se con« noissant pas eux-mêmes ^ et ne voulant pas. croire que celui qu'ils feroient mourir pût être le Christ^ ni que sa mort pût attirer la répi:obation de la nation : car ils ne connoissoient pas que la contradiction et la souffrance étoit un des caractèi*es du Messie dans son premier avènement. Mais le Sauveur leur ouvroit les yeux par deux prophéties : La pierre qu'ils ont rejetée en bâtissant j est devenue la pierre de V angle (a) , la pierre principale , le nœud et le fondement de tout Tédifice. Cette pierre principale étoit sans doute le Christ. Or cette pierre devoit être rejetée. Le Christ devoit donc être i-ejeté: par qui, sinon par ceux à qui il venoit? Il n'y eût rien eu de merveilleux, qu'il ne fût pa$ écouté ni reçu de ceux à qui il ne parloit pas^ tek
(0 Luc. XX. i6. — (») Pi, ex vil. la.
SUE L^éVÀKGItE. 2o3
({nVtoient les gentils. Mais les Juifs qui dévoient bâtir Tédifice spirituel, réprouvèrent cette pierre, qui devint par ce moyen la pierre deTangle, qui unit dans un seul bâtiment les Juifs et les gentils. Et c'est ce qui nous a paru merveilleux ; etim our vrage que Dieu seul pouv^oit accomplir (0.
Voici encore un passage d'un autre prophète, ou plutôt deux passages prononcés par le même esprit , et pour cela unis en un : Je poserai dans lesjhndemens de Sion une pierre ^ une pierre choisie et éprouvée; une pierre angulaire ^ précieuse j fondée sur le fondement W, sur Dieu même. Et cette pierre si précieuse et si importante pour construire Tédifice, n*y sera pas mise sans contradiction. Car pour vous, ô enfans de Dieu, tirés des gentils selon les conseils de sa prédestination éternelle , ce vous sera une pierre de sanctification , semblable à celle sur laquelle Jacob avoit dormi de ce sommeil mystérieux , et qu'iZ sacra avec de l'huile pour être un monument de la gloire de Dieu (5). Mais ce sera une pierre contre laquelle on se heurtera ; et une pierre de scandale aux deux maisons d'Israël, et qui les fera tomber : un piège et une ruine aux Juibitans de Jérusalem : plusieurs sy heurteront j et seront brisés , et ils tomberont , et ils seront pris dans le piège , et ils y seront enlacés (4). Le Christ devoit être cette pierre unique et fondamentale ; et néanmoins en même temps il devoit être un scandale à Jérusalem : scandale aux Juifs y disoit saint Paul (^). Celui qui se heurtera
(0 Ps, cxvit. a3. — (») Is. xxviii. i6. — (3) Gc/i. zxTiii. 1 1 , 17, 18. — (4) Is. vm. i4, i5. — 15) /. Cor. i. 23L
ào4 HÉDITATI0178
contre cette pierre , ou qui tombera dessus , sera brisé j et celui sur gui elle tombera ^ sera écrasé et mis en poudre de son poids j dit le Sauveur (0.
Jésus-Christ est notre règle et notre juge. On tombe sur cette pierre ^ et on se heurte contre cette règle, quand on pêche : elle tombe sur nous quand il nous punit : Fun suit de Tautre. Le pécheiu: qui s*est brisé, et a perdu toute sa force en transgressant la loi de Jésus-Christ, est écrasé par sa juste et étemelle vengeance. Mais on peut s'unir à cette pierre d'une manière plus heureuse et plus con* venable. j^pprochez-vous , dit saint Pierre C^), de cette pierre vivante, réprouvée des howimeSj mais honorée de Dieu. Etablissez-vous sur cette pierre ; et entrez dans la structure de ce bâtiment comme des pierres vivantes , et devenez la maison de Dieu ; étant unis par la foi et à la pierre fondamentale, qui est Jésus - Christ , et à tout le corps des fidèles qui sont les pierres dont est composé ce saint édifice. Prenez donc garde, continue l'apôtre, çue Jésus-Christ ne vous soit comme aux infidèles , une pierre contre laquelle on se brisera, en se heur^ tant contre sa parole.
Si le fondement est solide , bâtissez dessus sans crainte; mettez -y votre appui; ne craignez pas^ n hésitez pas : la pierre est ferme : ferme à ceux qui s'y appuient , pour les soutenir ; ferme à ceux qui se heurtent contre, pom* les mettre en pièces.
0) Luc, XX. i8. — W /. Petr. ii. 4, 5, 6, 7, 6.
SUE L^ÉVÀHGILK. ^o5
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XXXL* JOUR.
Parabole du festin des noces. Les Juifs sont les conviés qui refusent dy venir. Matth. xxu. i -. i5. Luc. XIV. i6 — 20.
Ojr voit avec quelle convenance la sagesse éternelle arrange les choses. Rien nVtoît plus convenable, dans le temps qu^on machinoit la mort du Sauveur , fK de parler comme il a fait aux chefs d*une si noire conspiration y en leur faisant voir quels en seroient les effets y et combien funestes à eux-mêmes et à toute la nation. Il étoit bon aussi de prévenir le scandale de la croix , et faire voir que si le Sauveur étoit rejeté, s'il devenoit un scandale aux Juifs, il n*en seroit pas moins ^ suivant les anciennes prophéties , la pierre de Tangle, le fondement de tout Tédifice, et i*espérance du monde. Le Fils de Dieu enseigne toutes ces vérités deux jours avant celui de sa mort. Ilien n'étoit plus capable , ni de corriger la malice de ses ennemis , ni de prévenir le scandale de ses disciples. Ce qu'il va encore ajouter n est pas moins à propos.
Et Jésus répondant leur dit (0 : ce mot de répondre pourroit marquer qu il continuoit son discours. Le Fils de Dieu y qui voyoit le fond des cœurs, répondoit souvent aux pensées secrètes de ceux qui Fécouboient, comme il paroît par plusieurs endroits de TEvangile. Après avoir ouï qu il se choisiroit un
CO Hotth, XXII. I.
ao6 MÉDITATIONS
autre peuple , il n'y avoit rien de plus naturel que de recnercher en soi-même les causes les plus générales qui feroient abandonner'les Juifs y et les moyensqu il auroit pour remplir sa maison. C'est ce qu'iL explique par la parabole suivante :
Le rojaujne des deux est semblable à un roi, ç fait à son fils un festin de noces (0. Jésus-Christ étoii TEpoux de cette noce : Celui qui a l'épouse est Vé poux y disoit saint Jean-Baptiste W^ en parlant d^ lui. C'est lui qui étoit venu pour épouser son Eglise la recueillir par son sang, la doter de son royaume la faire entrer en société de sa gloire. Il fait un gran. ^ festin quand il donne sa sainte parole pour être 9^ nourriture des âmes ; et qu'il se donne lui-même à tout son peuple comme le pain de vie éternelle.
// envoya ses serviteurs pour appeler aux noces ceux qui y étoient conviés^ mais ils refusèrent d'j venir. Il envoya encore dCautres serviteurs avec ordre de dire : Tout est prêt, venez aux noces P). Ceux qui étoient invités, et qui refusoient de venir, étoient les Juifs qu'il avertit par lui-même, et qu'il fit avertir par ses apôtres que l'heure du festin étoit venue, qu'ils vinssent promptement, ou qu'il en appelleroit d'autres. Cela regardoit les Juifs ; mais cela nous regarde aussL Nous sommes à présent les invités ; et nous devons apprendre ce qui empêche les hommes de venir à ce céleste festin.
La cause la plus générale, c'est l'occupation^ et^ pour ainsi dire, l'enchantement des affaires du monde • Jésus ne rapporte pas les affaires extraordinaires qvti surviennent dans la vie. C'est le train commun des
(0 Mauh. zxii. a. — C») Joan. m. 29. — « (3) JifaUh xxii. 3, 4.
SUR l'évangile. '20']
4ifiaires qui occupe et qui enchante les hommes , de manière qu'ils ne se donnent pas le loisir de penser à leur vocation, ni dVcouter Jésus-Chiîst qui les appelle à son festin. Tous négligeoieni sa parole; Vun alloit à sa métairie ^ Vautre à son négoce^ et personne ne Fécoutoit. Quelques - uns prirent ses sen^ùjeurs; et après leur a\foir fait toute sorte de mam^ais traitemens , ils les tuèrent (0. CTest en effet ce qui arriva au Sauveur. Les uns ont résisté ouvertement à la prédication de Tévangile ; mais la cause la plus générale de le rejeter , fut la négligence y neglexerunt j causée par Toccupation des affaires de la vie. Jésus-Christ avoit déjà fait cette parabole en une autre occasion ; et saint Lac y qui nous la rapporte , nous rapporte en même temps les vaines excuses de ceux qui ne venoient pas au festin. Les uns disoient : J'ai acheté une métairie; les autres: J'ai acheté des iœufs pour le labourage ; les autres : Je me suis marié W. Ceux-là pe méprisoient pas ouvertement la parole ; mais occupés des soins du monde , ils alloient et venoient , sans songer à rien qu'à leurs af- &ircs. Ils ne disoient pas, Je n'ai que faire de vous ni de votre festin*, ils s'excusoient avec une espècede respect. Je vous prie , disoient-ils , excusez-moi pour cette fois. C'étoit plutôt un délai qu'un refus ; teUe est la vie. On venoit dire aux Juifs , aux Romains, à tout le monde : Une grande chose est arrivée à Jérusalem; la vérité s'y est manifestée; et la voie a été ouverte pour le bonheur de la vie future. Que m'importe? chacun passoitson chemin,
(0 Mauh, xzii. 5; 6. — (>) Luc, zir. 16,18,19,20.
208 HéDltÀTIOlfS
et alloit à ses aflaires ; Tun à la ville ^ i*aatre à la campagne : chacun avoit son plaisir ou son petit intérêt. Combien plus ëtoient enchantes ceux qui n*ëtoient pas seulement occupés de leur domestiqua comme les particuliers ^ mais qui attachés à ce qu*oD appelle les grandes affaires du monde , ne disoienf pas seulement : Toi acheté une métairie ^ ou Toi pris unejemme'y mais^ Tai une province , j ai uiie armée , fai une importante négociation y j*ai Tempire entier à conduire. Qui se soucioit en cet état de ce qu*avoît dit Jésus-Clu^ist? ou qui se mettoit eu peine de s*en informer ?
// en est ainsi arriué aux jours de Noé : Ib mangeo/entj ils bui^oient, ils se mariaient, ou ils mariaient leurs enfans les uns aux autres j et le dé^ luge vint tout à coup, lorsqu'on y pensoit le moiins, et ils y périrent tous. Ainsi aux jours de Lot dans Sodome, ils mangeaient, ilsbuuoient,, ils achetoient, ils vendaient , ils plantoierU, et ils bdtissoient; et tout d'un coup un autre déluge , un déluge ^de soitfre et de feu tomba du ciel , et ils périrent tous. Ainsi en sera-t'il dans les jours du Fils de r homme ('). Il ne dit pas : Ils tuoient y ils pilloient, ils commettoîent des adultères : Toccupation des affaires les plus innocentes sufilt pour nous assourdir, pour nous aveugler, pour nous enchanter. Il n*allègue pas non plus les grandes aflaires y les grands emplois y les grandes charges : les soins les plus ordinaires suffisent pour nous étourdir y et nous ôter tout le loisir de penser h nous; et la mort vient toujours imprévue : et pendant qu à la manière de ces oiseaux niais , nous nous
(0 Luc. xyu. 26, 37, 38, 99, 3o.
repaissons
8UK L ÉVINGILE. SOQ
repaissons de ce qu'on présente pour nous amuser; le lacet vient tout à coup , nous sommes pris^ et il n*y a plus moyen d'échapper. O pauvre nature humaine ! ne faut-il qu'un si foible appât pour t'amuser? Ne faut-il qu'un charme si foible pour t*en* dormir.? une si foible occupation pour t'aveugler^ et t*ôter le souvenir de Dieu et de ses terribles juge-r mens? Aucun de ceux qui sont invités ne goûtera démon repas (0; c'est la sentence du juge. Si peu de chose les a détournés et déçus ! Où trouverons- 'nous des larmes pour déplorer notre aveuglement et notre foiblesse !
Telle est la parabole que Jésus - Christ avoit faite, et qu'il trouva à propos de répéter peu de jours avant sa mort. Il y ajouta pour les Juifs l'en* droit qui les regardoit , et les noires machinations qu'ils faisoient entre eux pour le perdre. Quelques-uns firent mourir ses serviteurs qui les appeloient ou festin j et le roi en colère envoya ses armées ^ et perdit ces meurtriers , et mit le feu à leur ville (juifut réduite en cendres (^). Encore un coup , appliquons-nous tout. Qui conspire contre la justice , en quelque manière que ce soit , conspire contre Jésus -Christ : qui opprime le pauvre , l'attaque : qui n est pas avec lui , est contre lui : qui néglige ses commandemens et les foule aux pieds, le cru-, eifie, et tient son sang pour impur. Lisez: vous en trouverez la sentence , aux Hébreux , vi. £. x. 29.
(0 Luc xiT. 24. — C») Matth. xxii. 6, 7.
BOSSUET. IX. l4
210 MÉDITÂTIOjrS
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