‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 63 sur 189 · XXXIIL- JOUR · texte numérisé non relu

XXXIIL- JOUR

Mobe nuptiale, le festin est prêt : préparation à la sainte Eucharistie : noces spirituelles.

Prenez garde, Matth. xxii, auxi^. ii, la, i3, i4« N'y a-t-il donc qu'à entrer dans le festin dès qu'on y est appelé , et la vocation fait-elle tout ? Gardez-vous bien de le croire. Le roi va entrer dans la salle du banquet ; et celui qui n'aura pas l'habit nuptial sera honteusement chassé. On appeloit anciennement Thabit nuptial , une sorte de parure que dévoient avoir ceux qui accompagnoient l'époux et l'épouse , lorsque celle-ci passoit de la maison paternelle en celle de Tépoux. Il falloit, pour honorer la solennité, être paré d'une certaine

(0 //. Tim, lY. a. TU. lu i5.

SUR L*ÉyANGILE. SlS

manière : et on portoit cet habit magnifique dans le festin naptial. De là Tient que ]e Fils de Dieu, qui prend ses comparaisons des usages les plus solennels et les plus connus de la vie humaine , allègue ici Iliabit nuptial , pour expliquer les omemens intérieurs qu'il faut apporter à son banquet.

Ces omemens sont , premièrement Finnocence et la sainteté baptismale. On donnoit autrefois Teu* diaristie incontinent après le baptême. II falloît toujours en conserver la grâce : et il ne faut point douter que la sainteté baptismale ne soit la disposition y et, pour ainsi dire, la parure naturelle qù*il &lloit toujours apporter au festin de TEpoux. Mais la parabole du Prodigue nous fait voir que les grands pécheurs y qui ont été assez malheureux pour déchoir de leur innocence , et souiller cette robe blanche qu'on leur avoit donnée dans le baptême, ne laissent pas d'être admis au banquet du père de famille , après qu'il leur a fait rendre leur première robe : Apportez, dit-il (0, 5a /première rohe, et l'en revêtez, rendez -lui la grâce qu'il a perdue : et mettez-lui un imneau au doigt, et des souliers à ses pieds ; et amenez le veau gras et le tuez ; mangeons et faisons bonne chère. Venez donc, âmes innocentes; venez du baptême à la sainte table ."venez, vous êtes lavées ; le festin nuptial vous est préparé ; et nonseulement le festin, mais encore le lit nuptial : car toute ame lavée de cette sorte est épouse, et le fils du roi s'unit à elle. Mais je ne vous bannis pas de ce festin, ô pécheurs ! 6 épouses inGdèles ! qui avez manqué à la foi donnée : revenez, revenez,

(0 Imc. xt. và , a3.

2ll4 XÉDITÂTIORS

et je vous recevrai , dit le Seigneur : vous reiitrereitf au festin ; mais pourvu que vous aye% repris votrer première robe ^ et que vous portiez dans raonean qu'on vous met au doigt , la marque de Tunion ob le Verbe divin entre avec vous.

Apportons donc rinnocence et la sainteté à la table de TEpoux. Cest l'immortelle parure que nous demande celui qui est en même temps Tëpouz^ le convive et la victime immolée , qu'on nous donne à manger dans le festin. Autrement nous serions ces pourceaux devant qui on jeteroit des perles et des pierreries.

Les riches habits sont une marque de Joie : et S est juste de se réjouir à la table du roi , lorsqu^il célèbre les noces de son fils avec les âmes saintes; lorsqu'il leur en donne le corps , pour en jouir , et qu elles deviennent un même corps et un marne es* prit avec lui par la communion, Car ce qui s'appelle ici le festin nuptial , est aussi en un autre sens la consommation du mariage sacré, où. l'Eglise et toute ame sainte s'unit à l'Epoux corps à corps , coeur à cœur, esprit à esprit : et oh s'accomplit cette parole : Qui me mange ^ vipra pour moi {^). Yene^ donc avec vos habits les plus riches : venes avec toutes les vertus : venez avec une joie digne du fisstin qu'on vous fait , et de la viande immortelle qu*on vous donne : Ce pain est le pain du ciel : ce pain est un pain vivant qui donne U^vie au mande C^), ye^ nez, mes amis, mangez et bui^ez } enivrez^vous , mes trhs-chers , dece vin (3) > qui transporte Tame p et lui fait goûter par avance les plaisirs des anges.

(0 Joan. TU 58. — (*) ttid. Sa, 33, 4i » 5k -* (^ Qmt. t. k

^UA L évàugilv. si5

Su nous étions toujoars avec TEpoux , il D*y aù« roit pour nous que de la joie. Mais écoutons ce qu il dit lui-même : Lds amis de: ¥£poux ; les enlans des noces , comme on les appeloit dans la lan* gae sainte \ ceux qui sont conviés au banquet nup- ^,4ild y ne peuvent pas jeûner et s'affliger pendant que l'Epoux est avec eu^ : le temps viendra que V Epoux leur sera otéj ils s'affligeront et ils jeûneront dans ces jours (0. Nous sommes maintenant dans ces jours. Nous ne sommes point dan^ ces jours où Ton eniendoit sur la terre la voix de FEpoux céleste, qui faisoit dire à saint Jean-Baptiste : L'ami de l'Epoux se réjouit d'une grande joie^ à cause de la voix de l'Epoux qu'il entend. Cette joie ^ poursuitil, s'accomplit en moi W. Nous ne sommes plus dans ce temps : Jésus est retourné à celui qui Ta envoyé : el TEpoux n)3 paroll plus parmi nous. Nous ne sroyoos plus ce jour qu Abraham et tous les prophètes avoient désiré ^ TEpoux a disparu : la nuée nous Fa enlevé : et il ne nous reste plus qu à crier nuit et jour avec Fépouse : Revenez, revenez , mon bien-aimé (^). Nous devons donc apporter au festin royal une joie mêlée de tristesse. L*habit nuptial riche et magnifique par la grâce de la sainteté, ou conservée, ou rendue, doit tenir quelque chose du deuil, n faut jeûner, il faut s'affliger dans le festin nuptial en la forme où nous avons à le célébrer. Car le festin que nous célébrons , est la commémoration de la mort de TEpoux. Revêtons^nons donc d*nn deuil spirituel à ce festin : apporton&-y le jeûne et la mortification des sens : c^est ce que nous sîgni-

f}) ifatth. IX. i5. — W Joan. m. 29. — C') CanL 11. 17.

ai6 * VÉDITÀTlOBâ

fie le jeûne du carême , par lequel nous nous prépa* rons au festin pascal.

L'^Eglise jeùnôit autrefois toutes les semaines deux ou ti'ois fois y en mémoire de la douleur que la retraite de TEpoux lui avoit causée. Le vendredi qui étoit le jour de sa mort^ le samedi qui étoit le jour de sa sépulture, étoient de ces jours consacrés au jeûne. L'abstinence nous en reste , pour marque de Tabstinence où nous devons vivre durant Fabsence de TEpoux , en renonçant à la joie , et annonçant sa mort jusqu'à ce qu'il vienne. C'est peut-être une des raisons qui nous oblige à ne manger pas avant la communion : c'est une espèce de jeûne que nous célébrons par ce moyen ; et il faut entendre par-là qu'il se faut préparer au pain de vie, en nous refusant toute autre nourriture , et en cessant de vivre selon les sens. Ainsi la mortification des sens doit &ire une des parties de notre hal^it nuptial ^ et ii faut se mortifier pour célébrer la mort du Sauveur.

XXXIY.' JOUR.

Entrer au festin des noces sans l'habit nuptioL Beau-^ coup d'appelés et peu d'élus. Petit troupeau chéri de Dieu. Matth. xxii. 1 1 — 14.

Mon amij par la vocation ; qui devenez, mon euinemi en la méprisant ; comment étes^vous entré ici sans auoir l'habit nuptial? Et il n'eut rien à. répondre (0. Car, que répondi^e au Sauveur qui nous

(0 3faUh, zxu. I».

SUR l'éyahgile. S17

repl-Ache par la bouche de l'apôtre, de n^ avoir pas ne discerner son corps, et de nous en rendre coupa* hies (0? liez'bd les pieds et les mains, dit le roi : 6tes-lni la libeité dont il a fait un si mauvais usage : jeiez4e dans les ténhires extérieures W. U a voulu entrer dans l'intérieur de la maison avec des dispositions funestes, chassez-le : plus il a voulu entrer m dedans , plus il le faut pousser dehors. Mais qu'y titmvera-t-il , le malheureux ? Loin de la maison de Dieu y oh la lumière réside^ oh la vâîté se manifeste, oit Jésus -Christ luit éternellement, o& les ttints sont comme des astres : qu'y trouvera-t-il7 mon les ténèbres êfun éternel cachot. Voilà ces ténèbres extérieures dont Jésus -Cluîst parle si souvent. Là sera pleur et grincefnent de dents. Au lieu des chastes délices de la sainte table, il y aura tra pleur éternel. La rage contre soi-même, contre sa témérité, contre les lâches confesseurs qui nous auront trop facilement introduits au banquet sacré, sera poussée jusqu'au grincement de dents. Avoir été appelé et mis au nombre des amis par le Sauveur, fera la partie la plus cruelle et la plus vive de notre supplice. La voix de Tépoux et de Fépouse cessera : toute la joie sera bannie de ce triste lieu : la désolation sera éternelle.

n y a beaucoup d'^appelés , et peu délus (5) : Jésu&-Christ nous en a souvent avertis, et il avoit d^à dit la même parole, Matth. xx. 16.

Cela est vrai , premièrement parmi les Juifs : Je suis venu, dit le Sauveur, pour les brebis per-

0) /• Cor. w. 27, 29. — (») MaUh, mil i3. — C) Ihid. xx. »6.

ai8 MÉDITATIONS .

€lues de la maison d[ Israël (0. J^sus-Chrîst a prA^ ché, et a fait éclater ses miracles par toute la Judée : il a passé en bien faisant , et guérissant tous les oppressés W. Les apôtres ont aussi rendu témoi* gnage à sa résurrection devant tout le peuple, comme il leur avoit été ordonné (3) ; et néanmoÎDi^ dans ce nombre immense des Juifs, il iky a ea que le résulu , c'est-à*dii*e , un très^tit reste du peuple qui ait été sauvé* Ainsi Israël n^ p€u trouvé ce qu'il cherchait, c'est-à-dire, le Christ et son royaume: mais les élus en très-petit nombre l'ont trouvé : et les autres, dont la multitude étoit immense, ont Ai aveuglés (4) pour leurs péchés par un juste jugemmit de Dieu : et voilà manifestement la piu*ole de Jâo»- Christ vérifiée sur les Juifs.

Mais le Sauveur ne parle pas seulement des Juib à Tendroit que nous lisons de la parabole. Car c'est après nous avoir fait voir les gentils appela en la personne de ces aveugles et de ces boiteux qui sont invités à son festin, qu'il conclut, quiljr a iea»' coup d'appelés , et peu d'élus. Ejffbrçons-nou$ donc d'entrer par la petite porte gui mène à la vie : car la voie qui mené à la mort est très^spacieuse , et plusieurs jr entrent. Qu'il jr en a peu, poursuit le Sauveur, qui entrent par la voie étroite (S)! U 7>^ en a donc beaucoup d'appelés, et peu d'élus. Mais la condition de ces appelés , qui ne persévèrent pai dans leur vocation, est plus terrible que celle dei autres : car ik sont ces serviteurs, qui ont connu

(0 Afatth. XY. a4. — (0 jieL z. 38. — {}) Ibid, ii. 33. if. 19, 3%^ V. ac), 3a.~ (^ iZoot. u. 3» 4> 7* — C^) Muuh, th. i3, 14.

sum L*ÉyAirGiLK. 219

la wlonté de leur maitre sansr la faire, qui seront les pbis punis... Tyr et Sidon et les Ninivites s'âeveront contre eux : et le jugement de ces villes ingrates sera léger (0, à comparaison de celui que doivent attendre les chrétiens infidèles à la grâce qu'ils auront reçue. O Jésus, ô Jésus! sauuez-moi de tini-^ fmié du peuple peruers (p) : sauvez-moi ; car Tinîqûlé 8*est multipliée parmi les enfans des hommes, et on ne voit point de saint. Tput est plein de ces appelés qui ne veulent pas seulement penser à leur Tocation y ni se souvenir qu'ils sont chrétiens.

Ne vivons pas comme la plupart ; car il y a Iong« ienps qu'il est écrit : // ny en a pas un qui fasse le bien, il n'y en a p€u un seul (3). Ne disons pas : Tels et tels font ainsi , k qui on le soufire : et ne lions excusons pas sur la multitude ; car la multi*tndo elle-même est inexcusable. Si Dieu eût craint h multitude, il n'auroit pas consumé ces villes abominables par le feu , ni noyé tout Funivers dans le déluge. N'alléguons point la coutume : car Jésus- Christ a dit : Je suis la vérité (4) : on ne prescrif pas contre Dieu. Chacun portera son fardeau (^}, et on ne nous jugera pas par les autres. Rangeonsnous avec ce petit nombre d'élus que le monde ne connoit pas , mais dont les noms sont écrits dans le eiel; à qui le Sauveur a dit : Petit troupeau , necraignez pas W : petit en nombre, petit -en éclat ^ et la balayure du monde : qui est caché avec Jésus- Christ, mais aussi qui paroitra avec lui. O petit nombre, quel que tu sois, et en quelque coin de

(0 Luc. XII. 45, 46, 47- ^ » 3. XI. 3a. — (») P#. XI, a. — (?)Pê. xiii, 1,2.— (4^ «/bon. XIV. 6. — (5) Qai, yi. 5. — (6) L^c, x. ao. xii. 3a.

TEglise que tu te caches,, je me joins à toi en esprit, et je veux vivre à ton ombre !

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