‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 86 sur 189 · II · texte numérisé non relu

II

Vous navez quun seul maître (0. Ecoutez le attre intérieur : ne faites rien qu'en le consultant : ites tout sous ses yeux. Songez ce que vous feriez FOUS aviez à chaque moment à lui rendre compte, oas prendriez son esprit j comme vos subalternes ennent le vôtre : vous craindriez de vous rien atbuer au-delà des bornes , pour n'être point repris m tel supérieur. Or encore que vous n'ayez point lui rendre compte en présence, à chaque mo- ?nt; il viendra un jour que tout se verra enable : et en attendant on observe tout ; et celui jui vous aurez à rendre compte, ^viendra lorsque usjr penserez le moins W , pour voir si vous n'a- & point insolemment abusé du pouvoir qu'il vous aissé en son absence.

F^ous êtes tous frères (5). Songez-y bien : vous qui ïs supérieur, vous êtes frère. S'il faut donc prendre utorité sur votre frère , que ce soit pour l'amour lui, et non pour l'amour de vous; pour son bien, non pour vous contenter d'un vain honneur. Il n'y a quun Pèrk : il ny a quun maître (4). Si vous appelle Père , parce que vous en faites la iction , elle est déléguée , elle est empiamtée. Re-

«) Matth. XXIII. 8. —I (>) Ibid. xxiv. 45, 5o. -^ (') lUd. xxiii. 8.

3oO MÉDITATIOirS

venez au fond : vous vous trouverez frère et disciple. Ayez-en donc riiumilité : apprenez d*un moment à l'autre ce que vous avez à enseigner. Ainsi vous serez un père , vous serez un mattre : car saint Paul a bien dit quil étoit père , et qu'il engendroii des enfans (0; mais la semence de Dien^ c*est sa parole. Recevez donc continuellement de Dieu. Préchez-vous? Ecoutez au dedans le Mattre céleste, et ne prêchez que ce qu'il vous dicte. Conduisexvous, conseillez-vous? consolez-vous? Si vous par» lez, que ce soient des discours de Dieu (^)... Si vous sentez quelqu'un en le conduisant , que ce soit par la vertu que Dieu vous fournit (3) sans cesse.

Un seul mattre : une seule lumière qui éclaire tout homme venant au monde (4) , qui a parlé au dehors, et parle encore tous, les jours dans son Evangile : mais qui parle toujours au dedans, dès qu'on lui prête roreiUe. Dans quel silence faut-il être, pour ne perdre pas la moindre de ses paroles?

Le plus grand d'entre vouSj c'est votre servi' teur (^). Il ne dit pas qu il n'y ait pas d'ordre dans son Eglise , et que personne n'y soit élevé en autorité au-dessus des autres : mais il avertit que Tautorité est une servitude. Je me suis fait serviteur dd tous, diso;t saint Paul : tout à tous, afin de les sautver tous (^). L'exercice de l'autorité ecclésiastique est une perpétuelle abnégation de soi-même.

(0 /. Cor, IV. i4, i5. — (») Gai ir. 19. — . (3) /. Peu ir. 11.— (4) Joan, 1. 9. -* ^^) Mauh, slxiii. 1 1. — CQ /. Cor. ix. 19» ax

8UR L ÉVANGILE. 3oi

LVIIL* JOUR.

Les Ysdf ou les malheurs prononcés contre les faux docteurs, Maith. xxui, i3^ iS^ i6.

Ecoutons bien , ces F'œ : Malheur à vous (0. Dès jp^on se fait maître pour soi-même , et pour être lonoréy malheur à vous. G^est une malédiction M>rtîe de la bouche de Jésus-Christ : c^est une sentence prononcée, qui sera suivie d'une autre : ^Zhz^ maudits.

Comment est-ce que les docteurs ferment le ciel? En débitant de fausses maximes, et mettant Terreur en dogme.

Ils ne vouloient point croire en Jésus-Christ, et smpéchoiènt le peuple d Y croire. C'étoit véritablenent fermer la porte- du ciel, puisque Jésus-Christ ist cette porte.

Un autre moyen de la fermer, c'est de la faire rop large, pendant que Jésus-Christ la fait étroite. ^ar dès-là, ce n'est plus la porte que Jésus-Christ a mverte : c'en est une autre que vous ouvrez de rous-méme : et parce qu'elle est plus aisée, vous aites abandonner l'autre, qui est la véritable.

Mais ce ne sont pas seulement les docteurs trop relâchés qui ferment la porte : Jésus-Christ attaque mcore plus , dans tout ce sermon , ceux qui augmentent les difficultés , et les fardeaux. Leur dureté rend la piété sèche et odieuse , et par-là elle ferme le ciel.

W) 3fatth. uni. i3.

302 MÉDlTATIOirS

Ces faux docteurs gâtent tout. Il n y a rien de meilleur que Toraison : ils la gâtent; parce que pour déi^orer la substance des '^eus^es , ils font senJ}lank de prier Dieu long -temps pour elles, ou de leur vouloir apprendre à prier long-temps. Mais leur jugement sera d'autant plus grand , que la diOM dont ils abusent y est plus excellente. • Les maisons des veui^es^ foibles par leur sexe, maîtresses de leur conduite, et n'ayant plus de mari qui sauroit bien écarter le directeur intéressé : voilà un vrai butin pour l'hypocrisie.

La plus parfaite action d'un docteur^ c*e$t Jk faire un prosélyte (0, de convertir les infidèles. Plus ils étoient éloignés, plus il y a de mérite à les ramener. Ils gâtent cela : ils le font doublemeiA damner. Car ils l'attirent, et pi)is ïls Tabandonnent : ils le gagnent et puis ils le scandalisent : et ne lui font que trop sentir qu'ils n'ont travaillé à le conveivtir, que pour s'en faire une matière d'un vain triomphe. Ces malheureux prosélytes se rebutent de la piété, et peut- être de la foi : et ils se damnent doublement ; parce qu'ils deviennent déserteurs de la religion, et que sachant la volonté du maître, ils sont beaucoup plus punis. Il valoit mieux les laisser dans leur ignorance, que de manquer à* ce qu'il leur faut, pour profiter dé la doctrine de la foi. Ne croyez donc pas avoir tout fait , qiiand vous les avez convertis; c'est ici le commencement de vos soins. Autrement vous ne serez, comme vous ap pellent les hérétiques par mépris, qu'un malheureux convertisseur.

(0 Mtath, xxiii. i5.

SUR L^ÉVÀNGILE. 3o3

Ne dites pas d*un pécheur : Il a commencé : il a fait sa coufession générale; qu'il aille maintenant tout seul. Vous ne songez pas que le grand coup est de persévérer. Prenez garde que vous ne vouliez que la gloire de convertir, et non pas le soin de conserver.

Le faux zèle est bien marqué dans ces paroles : Vous courez la mer et la terre , pour faire un seul prosélyte (0. Quil est zélé! Tant de peine pour un seul homme ! faux zèle, puisqu'il ne sert qu*à la vanité : il se repaît de la gloire d'avoir fait un prosélyte. Plus la chose est sainte, plus il est détestable de la gâter. J'ai fait cette religieuse , j*ai attiré cet Komme à Tordre : achevez donc; cultivez cette jeune j>lanle ; ne la déracinez pas par les scandales que Tous lui donnez ; qu'elle ne trouve pas la mort, où. elle a cherché la vie : en un mot , ne la damnez pas davantage par le mauvais exemple. Le mauvais exemple du monde lui auroit été moitis nuisible : le mauvais exemple des sei^iteurs et des servantes de Dieu , la perd sans ressource.

Dieu dissipe les os de ceux qui plaisent aux hommes : ils sont remplis de confusion^ parce que le Seigneur les méprise W , comme des hommes vains, qui préfèrent l'apparence au solide et au vrai.

(>) Ma$ih, zxiu. xS. ^ («) Ps. ui, C.

3o4 MÉDITATIOVS

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