‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 4)Chapitre 97 sur 189 · LXXIL- JOUR · texte numérisé non relu

LXXIL- JOUR

Réflexions sur les maux extrêmes de ces deux

sièges^ Ibid.

Si à ce premier abord de l'armée romaine, à cette première apparition de ses étendards et de ses idoles autour de Jérusalem , on ne prend la iîiite vers les montagnes : si, sans en faire à deux fois, on ii*emporte d'abord tout ce qu'on pourra , et de la ville et de la campagne : si Ton ne sort promptement de cette ville réprouvée , ou que ceux qui sont dehors osent y entrer; on sera ravagé par tépée : on sera traîné en captiïfité par toute la terre (0. La famine sera si horrible , que les mères malheureuses verront périr leurs enfans entre leurs bras. C'est en effet ce qui arriva à Jérusalem dans un si grand excès, que l'univers n'a voit jamais vu rien de semblable.

(0 Luc. XXI. a4*

SUR L^ÉVAirGILE. 33 I

Jësus - Christ prëdit encore la même calamité lant au supplice. Filles de Jérusalem , ne pieuz pas sur moi, mais pleurez sur *vous et sur vos 'fans : parce quil viendra des jours oh Von dira : lenheureuses les stériles: bienheureuses les entrailles lin* ont pas engendré, et les mamelles gui n ont pas mrri (0. Qui est précisément la même chose qu'il arque ici par ces mots : malheureuses les mères : alheureuses les nourrices W : et pour montrer xcès de cette misère, il finit par ces paroles : Alors : commenceront à dire aux montagnes : Tombez r nous ; et aux collines : Couverez - nous : car si }nfait ainsi au bois vert , à la justice, à la sainté , à Jésus-Christ même , que fera-t^on au bois c (3) y qui n'est plus bon que pour le feu ^ et aux écheurs destitués de tout sentiment de piété, qui ont plus à attendre que le dernier coup. Méditons ceci en tremblant , pécheurs malheuux ! Pesons les maux qui nous sont prédits. Tout inivers renversé sur nous, en sorte que les mongnes nous écrasent , et que les collines nous enrrent, ne sont rien en comparaison. Ce renverment, qui en lui-niêtne parott si affreux, devient îsirable, à comparaison des maux qui nous atndent. Tombez sur nous, montagnes; enterrez- 3us, coteaux. Plût à Dieu que nous en fussions uittespour cela! De plus grands maux nous sont réparés : Dieu déploiera sa main vengeresse par es cctups plus insuj)porlables. Kt en voici la raison : i Jésus-Christ a tant souffert pour avoir seulement orté la ressemblance du péché; que sera-ce d(*

(») Luc. xxjii. a8, 29. — ^») Ibid. xxi. aS. — C^) Ibid, xxiii. 3o, 3i .

nous y en qui il a versé tout son venin , qui en portons au dedans de nous toutes les horreurs?

O Seigneur! chantoit le Psalmiste, *vous avez donné un signe à ceux qui vous craignent ^ afin qu'ils pussent éviter l'arc tendu contre eux (0. 0 Seigneur ! vous avez aiguisé vos flèches , elles ne respirent que le sang : votre arc est prêt à tirer , et nos cœurs seront percés de vos coups : mais avant que de lâcher la main, vous menacez , vous avertissez y afin qu'on fuie votre colère menaçante : c est le signe de salut que vous nous donnez. Mais vous ne le donnez qu'à ceux qui vous craignent : les autres^ endormis dans leurs péchés, ne veulent pas seulement vous entendre , ni écouter d'autre voix que celle qui les porte au plaisir : mais ceux à qui il reste encore quelque crainte de vos jugemens, ô Dieu! qu'ils tremblent à vos menaces, afin qu'ils évitent vos coups.

Serpensj engeance de vipères , qui vous apprendra à fuir la colère qui vous poursuit (^) ? C'est ce que saint Jean disoit aux Juifs. Jésus-Christ leur en dit encore beaucoup davantage ; et il redouble ses menaces à la veille de sa mort , qui devoit causer tous ces maux à son peuple ingrat. Il leur avoit montré tant damour \ il avoit confirmé sa mission par tant de miracles ; il leur dénonce encore le terrible châtiment qu'ils avoient à craindre , pour n avoir pas profité du temps ou il les avoit visités (5). Il leur prédit ces maux avec larmes, afin de leur faire voir qu'il n'en faisoit pas seulement une sèche prédiction. Ils sont

(>) Ps. Lix. 6. ^ (*) âfauh. et Luc, m. 7. ^ C^) Luc, xix. 419 4^' 43, 44.

SUR L^ÉVÂHGIIiB. 333

Qsensibles : nous nous en étonnons; mais notre lourdissement n*est pas moins grand que le leur ^ tonnons-nous de nous-mêmes.

LXXIIL* JOUR.

iuite des réflexions sur les mêmes calamités. Ibid.

Ce sont ici les Jours de vengeance j pour accom^ ilir tout ce qui a été écrit : Malheur aux femmes yrosses , et à celles qui nourrissent. Car il y aura le grandes nécessités, et une grande colère se déiloiera sur ce peuple : ils passeront par le fil de Vépée : iT; seront emmenés captifs par toutes les ruUions : et Jérusalem serafioulée aux pieds par les gentils, jusquà ce que le temps des gentils soit ac^ ?ompli (0. Après que cette ville aura été investie, iprès quelle aura été assiégée régulièrement , et environnée de tranchées et de forteresses , trois plaies tomberont' sur elle: Tépée, la famine, la iraptivité.

L'épée : c^est la blessure de Tame, la division entre les parties, nulle continuité, nulle union: le sang le Famé s^écoulera par cette ouverture , toutes ses forces se dissiperont, elle n'aura plus de résistance. kh quel état! On ne résiste plus aux tentations, le péché emporte tout. C'est la foiblesse de Vame ï qui tout échappe , et qui s'échappe à ellemême.

Les chutes sont continueUes et irréparables : on

(0 Lue, XXI. 23, a3, a4*

334 MÉDITATIOHS

ne se peut plus relever. Telle est la plaie de Fép^ : le cœur est ouvert , et ne retient plus ni la grâce ni la vérité.

La famine : c'est la soustraction des alimens : nonseulement quand ils manquent; mais encore , ce qui est bien pis, quand le principe pour en profiter manque tout-à-fait. Tout abonde autour du malade; les restaurans sont tout prêts : mais ou on ne pont les prendre ; ou Testomac contraint par force à les recevoii'y ni ne les digère , ni ne les distribue, ni n'en profite. Au milieu des sermons, des bons exemples y des saintes lectures, des observances d*iuie vie toute consacrée à Dieu , on périt , on demeure sans nourriture. La vérité ne fait plus rien à cette ame : elle ne s en nournt pas : elle n'en vit pas. Ses oeuvres, qui sont les enfans quelle nourrit, tombent en langueur; tout y dépérit visiblement: ou elle ne produit rien de bon ; ou, si elle produit, ce bien ne se soutient pas. Hélas! hélas ! qu'y a-t-il "de plus déplorable que cette famine?

La captivité : Jérusalem sera foulée aux pieds par les gentils : Tame abattue par tous les vices; ac^ câblée de fers, qu'elle ne peut porter ni rompre: elle est traînée en captivité d'objet en objet : toutes les passions la dominent et la tyrannisent tour à tour. Elle pense être en repos contre l'amour des plaisirs : l'ambition la met sous le joug, l'avarice l'assujettit , et ne lui laisse pas le temps de respirer; tant elle l'accable d'affaires, de soins, de travaux. Hélas! hélas! oii en es-tu, ame raisonnable, faite à l'image de Dieu? blessée, percée de tous côtés : outre cela afiamée : pour comble de maux^ captivf :

sua LÉVÀKGILE. 33S

is force y sans nourriture pour te rétablir , sans lerté : ah, quel malheur est le tien!

11 faut remarquer ce dernier mot : Jusqu'à ce e les temps des nations soient accomplis (0. Il y un temps des nations : un temps que les gentils ivent persécuter TEglise : un temps qu'ils y doint*entrer. Après ce temps , les Juifs que les nations voient jusqu alors fouler aux pieds, reviendront; après que la plénitude des gentils sera entrée, tout raël, tout ce qui en restera , sera sauvé ip). L*a* uglement d'Israël n'a été permis que pour préirer les voies à Faccomplissement d'un si grand ystère.

Ame pécheresse ! il y a pour toi, malgré tes pélés, une ressource infaillible : l'excès même de ton .albeurpeut être, comme à Israël, le commence-» lent de ton retour. Israël fatigué de ses révoltes, de s malheurs, de sa vaine crédulité, et de ses fri- >les espérances j las de toujours attendre sans rien )ir, de soupirer après un Messie qui ne vient point , irce qu'il est d^jà venu , se réveiQera : il commenîra à connoitre combien il avoit tort de se consuler en espérances frivoles , au lieu de jouir de son hrist, qu'il avoit si long-temps méconnu; et dé* lorant l'excès de son aveuglement , il ouvrira efafia s yeux à la véritable lumière. Fais ainsi, ame lirétienne ! Le péché a eu son temps : le temps que 1 y as consumé te suffit pour contenter des désirs •ivoles , et nourrir des espérances trompeuses. En n mot, comme dit saint Pierre (3), le temps passé si plus que suffisant pour accomplir la volonté des

(0 Luc. XXI. 24. — (») Rom, XI. !i5 , a6. — (') /. Ptt. rr. 3.

gentils; pour mener une vie païenne^ selon les désii*s de la chair, comme si on n*avoit point de Diea, et gu^on ne connût pas Jésus-Christ. Nous avons passe assez de temps dans la débauche , dans U convoitise j dans le vin, dans la bonne chère, dam l'ivresse j dans le culte des idoles : non-seulement de celles que la gentilité adore , mais encore de celles que nos passions érigent dans notre cœur. Il est temps de revenir de si grands excès : régaremeni a été assez grand , pour être enfin aperçu : il fimt maintenant revenir à soi , et qu*o& te péché « abondé j la grâce surabonde (0 à son tour.

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