SVR LE RESPECT
entre ces deux attentats ; que dans Teffort que nous fiûsons contre Dieu et contre sa véritë considérée en elle-même , nous nous perdons tous seuls , et que cette vérité primitive et originale demeure toujours ce qu elle est , toujours entière et inviolable. Mais il n*en est pas de la sorte de la vérité qui est inhérente en nous ; laquelle étant à notre portée , et pour ainsi dire , sous nos mains ^ nous pouvons aussi pour notre malheur la corrompre et Tobscorcir^ et même réteindre tout-à- £atit. Alors qui pourroit penser dans quelles ténèbres et dans quelle horreur nous vivons ! Non y le soleil éteint tout à coup ne jetieroit pas la nature étonnée dans un état plus horrible qu*est celui d'une malheureuse oin la véritéest éteinte. Mais y mes Frères y il nous faut entendre par quels degi*és nous tombons dans cet abtme^ et quel est le progrès d*uiï si grand mal.
SECOND POINT
La première atteinte que nous donnons à la vérité résidente en nous, c*est que nous ne rentrons point en nous - mêmes pour faire réflexion sur la connoissance qu elle nous inspire ; d*où s'ensuit ce malheur extrême j qu'elle n'éclaire non plus notre esprit que si nous Tignorions tout-à-fait. Et non ro* gayimus faciem tuam. Domine Deus nostery ta rever^ teremur ab imquiiatibus nostris et cogilaremus 'veri" totem tuam (0 : « Et nous ne nous sommes point » présentés devant votre face pour vous prier, 6Sei- » gneur notre Dieu y nous retirant de nos iniquités » et nous appliquant à la connoissance de votre vé-
CO Dan, IX. i3.
» rite». Nous plaignons et avec raison tant*depeu*ples infidèles qni ne connoissent pas la vériië; mais je ne crains point de vous soutenir que nous n'en sommes pas plus [avances] pour en avoir la connoissance; car il est très-indubitable que notre ame n*est illuminée que par la réflexion : nous F^rouvons tous les jours. Ce n*est pas assez de savoir les choses et de les avoir cachées dans la mémoire ; si elles ne sont pas présentes à Tesprit, nous n'en demeurons pas moins dans les ténèbres , et cette connoissance ne les dissipe point. Si les vérités de pratique ne sont souvent remuées , souvent amenées à notre vue, elles perdent Fhabitude de se présenter , et cessent par conséquent d'éclairer : nous marchons également dans l'obscurité ^ soit que la lumière disparoisse , soit que nous fermions les yeux. Ainsi , comme enchantés par nos plaisirs y on détournés par nos affaires y nous négligeons de rappeler en notre mémoire les vérités du salut y et la foi est en nous inutilement : toutes ses lumières se perdent , parce qu'elles ne trouvei^t pas les yeux ouverts ni les esprits attentifs. Nesoienmt ne<fue inieUexeruni ; obliti sunl ne videant ocuUeerum, et ne intelligant corde suo : nen recogitant in mente sua , neque cognoscunt, neque sentiuntW. « Ils ne connoissent rien', ils ne » comprennent rien ; ils sont tellement couverts de » boue y que leurs yeux ne voient point , et que leur 9 cœur n'entend point : nul d'entre eux ne rentre r> en soi-même ; nnl n*a ni connoissance ni intelli- » gence ». Lumen oculorum meorum, etipsum non est mecum (^) : « La lumière même de mes yeux
(0 /*, XLiv. 18, 19. — C») Pt. XXXVII. 1 1 .
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» n*est plus avec moi » ^ [dit David ] ; ce n est pas une lumière étrangère , c'est la lumière de ses yeux qui Ta tout-à-fait abandonné , parce qu'il n'y faisoit pas de réflexion, parce qu'il ne sait pas même ce qu'il doit penser, parce que faute de penser à ce qu'il sait il est dans le même état que s'il ne le savoit pas. Le prophète Jérémie a raison de dire que a toute la » terre est désolée à cause qu'il n'y a personne qui » pense ni qui réfléchisse ». Desolatione desolata est omnis terra ^ quia nullus est qui recogitet corde (0.
En efiet, chrétiens, que peut-on jamais penser de plus funeste ! Les gentils, qui ne connoissent pas Dieu, périssent dans leur ignorance ; les chrétiens , qui le connoissent, périssent faute d'y penser : les uns n'ont pas la lumière ; ceux qui l'ont, détournent les yeux, et se perdent d'autant plus misérablement, qu'^s s'enveloppent eux-mêmes dans des ténèbres volontaires. Mais de là il arrive un second malheur; que, pendant que nous tournons le dos à la vérité, et que nous tâchons, dit saint Augustin (^), de nous cacher dans notre ombre , en éloignant de notre vue les maximes de la foi, peu à peu nous nous accoutumons à les méconnoitre. Ces saintes vérités du ciel sont trop graves et trop sérieuses pour ceux ce qui » estiment, comme dit le sage, que toute notre vie » n'est qu'un jeu » : j^stimasfcrunt lusum esse vitam nostram (3) : elles se présentent importunément et mal à propos parmi nos plaisirs, elles sont trop incompatibles, et condamnent trop sévèrement ce que nous aimons : c'est pourquoi nous en éloignons la
(0 Jertm. xii. ii. — {S) De lih, Aihitr, Ub. ii, c. xvi, tom. i, col. 6o\. — {^)Sap. XY. 13.
triste et importune pensée. Mais comme quelque effort que nous fassions pour détourner nos visages de peur que la vérité ne nous édaire de front, elle nous environne par trop d'eddroits, pour nous permettre d*éviter tous ces rayons incommodes qui nous troublent ^ à moins que nous ne Téteignions entièrement; nous en venons ordinairement par nos passions insensées à Tun de ces deux excès ou de supprimer tout-à-fait en nous les vérités de la foi y ou bien de les falsifier et de les corrompre par des maximes erronées.
3e n'entreprends pas y chrétiens , de réfuter en ce lieu ceux qui détruisent la foi dans leurs cœurs, et je leur dirai seulement que si leur esprit emporté refuse de céder humblement à l'autorité de Jésus- Christ et de son Eglise , ils doivent craindre enfin la dernière preuve que Dieu réserve aux incrédules. Ceux qui ne veulent pas déférer à Jésus-Christ et à son Eglise, qui sont les maîtres des sages, par un juste jugement de Dieu sont renvoyés à Texpérience qui est appelée si élégamment par saint Grégoire de Nazianze (0 ce la maîtresse des téméraires et des inx> sensés» : c'est le dernier argument sur lequel Dieu les convaincra. Car écoutez comme Dieu parle à ceux qui ne vouloientpas se persuader de la rigueur de ses jugemens ni de la vérité de ses menaces. « Et M moi, répond le Seigneur, j'épancherai sur vous » ma colère , et je n'aurai point de pitié » , et vous sentirez ma main de près ; a et alors vous saurez » , dit-il, vous qui n'avez pas voulu le croire, vous saurez par expérience, et vous aurez tout loisir
CO OraJt, XII. tom. i, /?. 20a.