‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 9 sur 81 · A LE ASPECT · texte numérisé non relu

A LE ASPECT

Dieu , qui est lui-même sa vërité et sa justice. « L*inn sensë a dit dans son cœur : Il n*y a point de » Dieu (0 ». Il Ta dit en son cœur, dit le saint prophète; il a dit non ce qu^il pense , mais ce qu'il désire : il n*a pas démenti sa connaissance, mais il a confessé son crime , son attentat. 11 voudroit qu'il n*7 eût point de Dieu, parce qu'il voudi^oit qu'il n'y eût jpoint de loi ni de vérité. Et afin que nous couatprenions que tel est son secret désir , Dieu a permis qu'il se soit enfin découvert sur la personne de aoa Fils. Les méchans l'ont crucifié; et si vous voules sa* voir pour quelle raison , qu'il vous le dise lui-même : fc Vous voules me tuer y dit-il , parce que mon dis^ » cours ne prend point en vous W » : c'est-à-dire, si nous l'entendons, parce que vous haïsses ma vârité sainte; parce que la rejetant de vos moeurs, partout où elle vous parott elle vous choque , et partout où elle vous choque , vous voudrie z pouvoir la détruire. Pensons-nous bien, 6 pécheurs, sur qui nous mettons la main lorsque nous chassons de notre ame, et que nous bannissons de notre vie la règle de la vérité? Nous crucifions Jésus-Christ encore une fois : il nous dit aussi bien qu'aux Jui& : Quœritis me in-^ terficere^ quia sermo meus non cap il in voiis : « Vous voulez me tuer, parce que mon discours ne » prend point en vous ». Car quiconque hait la vérité et les lois immuables qu'elle nous donne, il tue spirituellement la justice et la sagesse étemelle qui est venue nous les apprendre : et ainsi, se revêtant d'un esprit de juif, il doit penser avec tremblement que son cœur n'est pas éloigné de se laisser aller à la

V») Ps. hiu I. — (•) Joan. yiii. 37.

DV A LÀ TÉAITÉ. 89

cabale sacrilège qai Ta mis en croix. Folle et téméraire entreprise du pécbcHr ^ qui entreprend sur Tétre de son aoteur même, par Taversion qu*il a pour la vérité! GkuUus eorum intret in corda ipsorum^ et arcus eorum confringatur (0 : « Que son glaive » lui perce le cœur, et que son arc soit brisé ». Deux sortes d^armès dans les ïnains du pécheur; un arc pour tirer de loin y un glaive pour frapper de près. La première arme se rompt , et est inutile ; la seconde a son efièt , mais contre lui-même. Il tire de loin ^ chrétiens , il tire contre Dieu; et non-seulement lé» coups n'y arrivent pas , mais encore l'arc se rompt au premier effort. Mais ce n'est pas assez que son arc se brise^ que son entreprise demeure inutile; il faut que son glaive lui peiTe le coeur, et que, pour avoir tiré de loin contre Dieu, il se donne lui-même un coup sans remède. Ainsi son entreprise retombe sur lui , il met son ame en pièces par Fefibrt téméraire qu'il fait contre Dieu ; et pendant qu'il peifte détruire la loi , il se trouve qu'il n'a de force que contre son ame. Mais revenons à notre sujet, et con* tinuons de suivie la piste de Favemon que nous avons pour la vérité et pour ses règles invariables.

Vous avez vu , chrélfiens , que le pécheur les détruit , tout autant qu*il peut ; non-seulement dans la loi et dans FEvangile qui en sont , vous avonsnous dit , de fidèles copies , mais encore dans la sein de Dieu o& elles sont écrites en original. H voit qu'il est impossible : « Je suis Dieu, dit le Seigneur, 31 et ne change point (^) -a : quoi que l'homme puisse attenter , ce qu'a prononcé sa divine bouche est fixe

(0 Ps. xxxvi. i6. — W Afalach. m. 6.

4o SUR LE hesfect

et invariable; ni le temps ni la coutume ne prescrivent point contre TEvangile : Jésus Christus heri et hodie , ipse et in sœçula (0. « JésMS-Christ étoit » hier, il est aujourd'hui , et il sera le même dans x> tous les siècles » : il ne faut doue pas espérer que la loi de Dieu se puisse détruire. Que feront ici les pécheurs toujours poussés secrètement de cette haine secrète de la vérité qui les condamne? Ce qu'ils ne peuvent corrompre ils Taltèrent ; ce qu ils ne peuvent abolir y ils le détournent , ils le mêlent, ils le falsifient, ils tâchent de Téluder par de vaines subtilités. £t de quelle sorte , Messieurs ? En formant des doutes et (les incidens , en réduisant TEvangile ^ des questions artificieuses , qui ne servent qu'à faire perdre parmi des détours infinis la trace toute droite de la vérité. Car ces pécheurs subtils et ingénieux , qui tournent de tous côtés TEvangile , qui trouvent des raisons de douter sur Texécution de tous ses pré^ coptes , qui fatiguent les casuistes par leurs consultations infinies, ne travaillent qu'à envelopper la règle des mœurs. Ce sont des hommes, dit saint Augustin, (( qui se tourmentent beaucoup pour ne trou* » ver pas ce qu'ils cherchent » : Nihil laborant, nisi non inuenire quod quœrunt C^) : ou plutôt ce sont ceux dont pai4e l'apôtre, qui n'ont jamais de maximes fixes ni de conduite certaine, « qui apprennent 2> toujours, et qui n'arrivent jamais à la science de » la vérité » : Semper dùcentes et nunquam ad scien- Uam veritatis perv^enientes (3), Ce n'est pas ainsi, chrétiens, que doivent être les

(0 Heb. XIII. 8. — (*) De Gènes, contra Manich. lib. ii, c. ii, tom. 1, col. Q^S. — (3) //. Tim, m. 7.

DU À LA VÉBITÉ. 4l

enËms de Dieu. A Dieu ne plaise que nous croyions que la doctrine chrétienne soit toute en doutes et en questions! L'Evangile nous a donné quelques principes , Jésus-Christ nous a appris quelque chose : qu'il puisse se rencontrer quelquefois des difficultés extraordinaires y je ne m'y veux pas opposer; mais je ne crains point d'assurer , que, pour bien régler notre conscience sur la plupart des devoirs du christianisme, la simplicité et la bonne Foi sont de grands docteurs; ils laissent peu de choses indécises. Par la grâce de Dieu, Messieurs , la vie pieuse et chrétienne ne dépend pas des subtilités , ni des belles inventions de l'esprit humain : pour savoir vivre selon Dieu en simplicité, le chrétien n'a pas besoin d'une grande étude , ni d'un grand appareil de littérature ; peu de choses lui suffisent , dit Tertullien , pour connottre de la vérité autant qu'il lui en faut pour se conduire : Christiano paucis ad scientiam verilatis opus esti^). Qui nous a donc produit tant de doutes, tant de fausses subtilités, tant de dangereux adoucissemens sur la doctrine des mœurs ; si ce n'est que nous voulons tromper ou être trompés? Ces deux excel* lens docteurs auxquels je vous renvoyois , la simplicité et la bonne foi, donnent des décisions trop formelles pour notre conduite. Ainsi nous pouvons dire avec certitude que la vérité est en nous; mais si nous ne l'avons pas épargnée en Dieu qui en est l'original, il ne faut pas s'étonner que nous la violions en nos cœurs, ni que nous tâchions d'effacer les extraits que Dieu même en a imprimés au fond de nos consciences. Or il faut ici remarquer qu'il y a cette différence

C*^ De Anim. n. a.

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