‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 12 sur 81 · SUR LE RESPECT · texte numérisé non relu

SUR LE RESPECT

la crainte des enfans de Dieu , Fautre est la crainte des enfans du siècle. Si vous craignez de mal faire , vous cherchez Jësus - Christ dans l'esprit des Mages pour rendre honneur à sa vérité ; sinon vous cherchez Jésus - Christ dans Tesprit d'Hérode pour lui faire outrage. Je ne rougirai pas , chrétiens , de vous rapporter en ce lieu les paroles d'un auteur profane , et de confondre par la droiture de ses sentimens nos détours et nos artifices. « Quand nous doutons, 3» disoit l'orateur romain , de la justice de nos entre^ » prises ^ c'est une bonne maxime de s'en désister » tout-à-fait : car l'équité, poursuit-il, reluit assez >i d'elle-même , et le doute semble envelopper dans » son obscurité quelque dessein dlnjustice » : Bene prœcipiunt qui vêtant quidquam agere,quod dubites œquum sil an iniquum : œquitas enini lucet ipsa per se ; dubitatio cogitationem significat injuriœ (').

Et en effet, chrétiens, nous trouvons ordinairement que ce qui a tant besoin de consultation, a quelque chose d'inique : le chemin de la justice n'est pas de ces chemins tortueux , qui ressemblent à des labyrinthes où on craint toujours de se perdre. « C'est une route toute droite , dit le prophète Isaïe; » c'est un sentier étroit à la vérité, mais qui n'a point » de détours » : Seniita justi recta est , rectus callis justi ad ambulandum W. Voulez-vous savoir , chrétiens, le chemin de la justice ? Marchez dans le pays découvert , allez où vous conduit votre vue : la justice ne se cache pas, et sa propre lumière nous la manifeste. Si vous trouvez à côté quelque passage obscur et embarrassé , c'est là que la fraude se réfu-

C') Ciccr. de OJfic. lib. i , n, 29. — [^)Is, xxvi. 7.

gie , c^est là que rinjustice se met ^ couvert , c^est là que Tintérét dresse ses embûches. Toutefois je ne veux pas dire qu'il ne se rencontre quelquefois des obscurités même dans les voies de la justice. La va* riété des faits*, les changemens de la discipline, le mélange des lois positives font nattre assez souvent des difficultés , qui obligent de consulter ceux à qui Dieu a confié le dépôt de la science. Mais il ne laisse pas d*être véritable , çt nous le vojons tous les jours par expérience , que les consultations empressées nous cachent ordinairement quelque tromperie ; et je ne crains point de vous assurer que pour régler notre conscience , sur la plupart des devoirs de la justice chrétienne, la bonne foi est un grand docteur qui laisse peu d*embarras et de questions indécises. Mais notre corruption ne nous permet pas de marcher par des voies si droites; nous formons notre . conscience au gré de nos passions , et nous croyons avoir tout gagné, pourvu que nous puissions nous tromper nous - mêmes. Cette sainte violence , ces maximes vigoureuses du christianisme , qui nous apprennent à combattre en nous la nature trop dé* pravée,sout abolies parmi nous. Nous faisons régner en leur place un mélange monstrueux de Jésus-Christ et du monde ; des maximes moitié saintes et moitié profanes , moitié chrétiennes et moitié mondaines p ou plutôt toutes mondaines, toutes profanes; parce qu'elles ne sont qu'à demi chrétiennes et à demi saintes. C'est pourquoi nous ne voyons presque plus de piété véritable : tout est corrompu et falsifié : et si Jésus- Christ revenoit au monde , il ne connoitroit plus ses disciples , et neverroitrien dans leurs mœurs

BOSSUET. xiii. 4

5o SUR LE RESPECT

qui ne démentit hautement la sainteté de sa doctrine. Attendietauscultavi;nemoquod bonum est loquiiur^ nullus est qui agat pœnitentiam super peccato suo ^ dicens : Quidfeci ? Omnes conv^ersi sunt ad cursum. suum, quasi equus impetu vadens ad prœlium (0 : « Je les ai considérés , je les ai observés : ils ne par* » lent point' selon la justice : il n'y en a pas un qui » fasse pénitence de son péché ; en disant : Qu ai-je » faitîUscourrent tousoù leurpassion lesemporte, » comme un cheval qui court avec impétuosité au » combat ».

TROISIÈME POINT

Parmi ces désordres infinis ^ et pendant que nos passions et nos intérêts nous séduisent de telle sorte, que nous éteignons dans nos consciences les lumières de la vérité; nous aurions besoin ^ chrétiens , que de puissans avertissemens pénétrassent vivement notre conscience, et la' rappelassent à elle-même, comme disoit ce prophète : Redite , prœvfaricatores, ad cor W : « Rentrez dans votre cœur, violateurs » de la loi ». Mais, ô malheur des malheurs ! au lieu de ces charitables avertissemens , la flatterie nous obsède et nous environne ; je dis les grands et les petits, car les hommes sont si foibles, qu*ils ont une condescendance presque universelle, et qu*ils répandent les flatteries sur toutes les têtes. Nous achevons de nous perdre parmi les complaisances que l'on a pour nous, les flatteui^ nous donnent le dernier coup ; et , comme dit saint Paulin , « ils » mettent le comble à l'iniquité par leurs louanges

(0 Jcrcm. VIII. 5. — W Is. XLvi. 8.

DU A LA VÉRITÉ. 5l

» injustes et artificieuses » : Sarcinam peccatorum pondère îndebùœ laudis accumulant (<).

Que dirai-je ici , chrétiens , et quel remède pourrai-)e trouver à un poison si subtÛ et si dangereux ? Il ne suffit pas d'avertir les honunes de se tenir sur leurs gardes : car qui ne se tient pas pour tout averti 7 oh sont ceux qui ne craignent pas les em** bûches de la flatterie 7 Mais celle de la Cour est si d^cate qu'on ne peut presque éviter ses pièges : elle imite tout de l'ami, jusqu'à sa franciiise et sa liberté ; elle sait non-seulement applaudir, mais en* core résister et contredire pour céder plus agréablement en d'autres rencontres; et nous voyons tous les jcMirs que pendant que nous triomphons d'être sortis des mains d'un flatteur, un autre nous engage ftsensiblement que nous ne croyons plus flatteur, parce qu'il flatte d'une autre manière : tant 1^ sé^ duction est puissante , tant l'appât est délicat et imperceptible.

Donc pour arracher la racine d'un mal si pernicieux, allons, Messieurs, au principe. Ne parlons plus des flatteurs qui nous environnent au dehors; parlons d'un flatteur qui est au dedans, par lequel tons les autres sont autorisés. Toutes nos passions sont des flatteuses, nos plaisirs sont des flatteurs, surtout notre amour -propre est un grand flatteur qui ne cesse de nous applaudir ; et tant que nous écouterons ce flatteur caché, jamais nous ne marin querons d'écouter les autres : car les flatteurs du de-< hors , âmes vénales et prostituées , savent bien connoître la force de cette flatterie intérieure. C'est

C*) £pUt. xxiY. ad Sever, n. i.

5a SUR LE RESPECT

pourquoi ils s^accordent avec elle, ils agissent de» concert et d'intelligence ; ils s'insinuent si adroite* ment dans ce commerce de nos passions , dans cette complaisance de notre amour-propre , dans cette secrète intrigue de notre cœur, que nous ne pouvons nous tirer de leurs mains ni reconnoître leur tromperie. Que si nous voulons les déconcerter et rompre cette intelligence y voici Tunique remède; un amour généreux de la vérité, un désir de nous connoitre nous-mêmes tels que nous sommes, à quelque prix que ce soit. Quelle honte et quelle foiblesse que nous voulions tout connoitre excepté nous-mêmes; que les autres sachent nos défauts, qu'ils soient la fable du monde , et que nous seuls ne les sachions pas ! Nous ne lisons pas sans pitié cette réponse. d'Achab , roi de Samarie , à qui Josaphat , roi de Ji^ dée, ayant demandé s'il n'y avoit point dans sa ville et dans son royaume quelque prophète du Seigneur: ce II y en a un , répondit Achab , qu'on nomme Mi- » chée ; mais je ne le puis souffrir, parce qu'il ne » me prédit que des malheurs » : Remansit vir unus, per quem possumus interrogare Dominum; sed ego odi eiun, quia non prophetat mihi bonimi^ sed malum, Michœtis filius Jemla (0. C'étoit un homme de bien , qui lui représentoit naïvement de la part de Dieu ses fautes et le mauvais état de ses aflaires , que ce prince n'avoit pas la force de vouloii^ apprendre; et il vouloit que Michée, c'est ainsi que s'appeloit ce prophète, lui contât avec ses flatteurs des triomphes imaginaires.

Loin de nous, loin de nous, Messieurs, cette

C«) m. Reg. XXII. 8.

honteuse foiblesse. « U vaut mieux ^ dit saint Au- » gustin (0 y savoir nos défauts que de pénétrer tous » les secrets de la nature et tous ceux des états et des » empires » : cette connoissance est si nécessaire , que sans elle notre santé est désespérée. Ouvrez donc les yeux , chrétiens , et envisagez vos défauts : aimez ceux qui vous les découvrent , et croyez avec saint Grégoire y « que ceux - là sont véritables amis par le » secours desquels vous pouvez effacer les taches de » votre conscience » : Hune solum miJuanucum œs^ timo, per cujus Unguam ante appariiionem districii judicis , meœ macuUu mentis tergo (^). Il importe de bien connoître ses fautes, quand même vous ne voudriez pas encore vous en corriger : car quand vos maux vous.phiiroient encore y il ne faudroit pas pour cela les rendre incurables ; et si le malade ne presse pas sa guérison , du moins ne doit-il pas assurer sa perte. Du moins apprenons à connoître nos défauts , delà bouche des prédicateurs : car JésuS'Christ n*estil pas dans cette chaire , et ne rend-il pas encore témoignage au monde que ses œuvres sont mauvaises ? Et s*il faut des avertissemens plus particuliers , voici les jours salutaires oh TEglise nous invite à la pénitence. Il n est rien de plus malheureux que de vouloir être flatté où nous-mêmes nous nous rendons nos accusateurs. Loin de nous .... Choisissons un homme d'une vigueur apostolique, qui nous iasse rentrer en nous-mêmes.

(0 De Trin,, lib iv, n. i , tom. viii, col. 809. — (») EpitU Ub. u. £p, &ii^ tom, II, ooL 618.

54 sua LA HÀIITE DES HOMMES

Iir SERMON

POUR

LE DIMANCHE DE LA PASSION

Etrange égarement de Fesprit humain. Nature et effets de la haine que les hommes portent à la vérité. De quelle manière Dieu vengera les ofutrages qui lui sont fnts. Comment elle réside en noo^, «t commtmt nous k combattons et nous la falsifions dans notre conscience et dans nos mœurs. Utilité de la correction fraternelle : combien elle est odieuse aux pécheurs. Véritable esprit de la condescendance chrétienne. Terrible jugement de Dieu sor ceax qoi Gonnoissent la vérité et qni la méprisent.

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Non potest mundus odisse vos ; me autem odit y q\iia testimonium perhibeo de illo, quod opéra ejus mala 'sunt.

Le monde ne peut point vous haïr; et il me hait parce ^ue Je rends témoignage de lui^ que ses 4XU¥res sont mauvaises, Joan. vi<. 7.

JLjes hommes ^ .presque toujours injustes, le sont eu ceci principalement y que la vérité leur est odieuse et qu'ils ne peuvent souffrir ses lumières. Ce n'est pas qu'ils ne pensent tous avoir de l'amour pour elle j et en effet /chrétiens , quand la vérité ne fait autre chose que de se montrer elle-même dans ses belles et adorables maximes , un cœur seroit bien farouche , qui

POTJH LA VÉRITÉ. 55

refuseroit son affection à sa divine beauté : mais lorsque ce même éclat , qui ravit nos yeux, met au jour nos imperfections et nos défauts y et que la vérité , non contente dç nous montrer ce qu'elle est , vient à nous manifester ce que nous sommes ; alors, comme si elle avoit perdu toute sa beauté en nous découvrant notre laideur , nous commençons aussitôt à la haïr y et ce beau miroir nous déplatt à cause qu'il est trop fidèle. Etrange égarement de l'esprit liu-> main ! que nous souffrions en nous-mêmes si facile'» ment des maux dont nous ne pouvons supporter la vue ; que nous ayons les yeux plus tendres et plus délicats que la conscience; et que, pendant que nous haïssons tellement nos vices que nous ne pouvoniB les voir, nous nous y plaisions tellement, que nous ne craignions pas de les nourrir ; comme si notre ame insensée mettoit son bonheur à se tromper elle-méme| et se délivroit de ces maux en y ajoutant le plus grand de tons, qui est celui de n'y penser pas et celui même de les méconnoître. C'est, Messieurs, un si grand excès , qui fait que le Sauveur se plaint , dans mon texte , que le monde le hait à cause qu'il découvre ses mauvaises œuvres; et comme il n'est que trop vrai que nous sommes coupables du même attentat que Jésus-Christ a repris dans les Juifs ingrats, il est juste que nous invoquions toute la force du Saint- Esprit contre l'injustice des hommes qui haïssent la vérité, et que nous demandions pour cela les puissantes intercessions de celle qui l'a conçue et qui Ta enfantée au monde : c'est la divine Marie ^ que nous saluerons avec l'ange.

S6 SUH LA HÀIKC DES HOMMES

ic Tous ceux qai font mal, dit le Fils de Dieu (0 , » haïssent la lumière et craignent de s*en approcher , » à cause qu elle découvre leurs mauvaises œuvres ». S'ils haïssent la lumière; ils haïssent par conspuent la vérité y qui est la lumière de Dieu , et la seule qui peut éclairer les yeux de Fesprit. Mais afin que vous entendiez de quelle sorte et par quels principes se forme en nous cette haine de la vérité , écoutez une belle doctrine du grand saint Thomas en sa seconde partie W , oii il traite expressément cette question.

Il pose pour fondement que le principe de la haine, c'est la contrariété et la répugnance; tellement que les hommes ne sont capables d'avoir de l'aversion pour la vérité y qu'autant qu'ils la considèrent dans quelque su)et particulier oil elle combat leurs inclinations.^ Or nous la pouvons considérer ou eiï tant qu'elle réside en Dieu y ou en tant que nous la sentons en nous-mêmes , ou en tant qu'elle nous paroît dans les autres ; et comme en ces trois élats y elle contrarie les mauvais désirs , elle est aussi l'objet delà haine des hommes déréglés et mal vivans. Et en effet / chrétiens y ces lois immuables de la vérité sur lesquelles notre conduite doit être réglée , soit que nous les regardions en leur source y c'està-dire en Dieu y soit que nous les écoutions parler en nous - mêmes dans le secret de nos cœurs y soit qu'elles nous soient montrées par les autres hommes nos semblables y crient toujours contre les pécheurs , quoiqu'avec des effets très-différens. En Dieu qui est

(>)/oa/i. m. ao. — (») i. a. QuœsL xxu. art. r.

le juge suprême , la vérité les condamne ; en euxmêmes et dans leur propre conscience^elle les trouble; dans les autres hommes , elle les confond ; et c*est pourquoi partout elle leur déplaît. « L'homme sujet » à s'enivrer hait nécessairement celui qui est sobre, n Timpudique celui qui est chaste , Tinjuste celui » qui est juste ; «t il ne peut soutenir la présence d'au- » cun saint y parce quelle est comme un fardeau » qui accable sa conscience » : Oderit enim necesse est ebriosus soiriuni, continerUem impudicusj justum iniquus ; et tanquam eonsctentiœ omis prœsentiam sancti cujusque non susUnet (0. Ainsi y en quelque manière que Jésus-Christ nous enseigne , soit par les oracles qu'il prononce dans son Evangile y soit par les lumières intérieures qu'il répand dans nos con* sciences , soit par les paroles de vérité qu'il met dans la bouche de nos frères ; il a raison de se plaindre que les hommes du monde le haïssent , à cause qu'il censure leur mauvaise vie. Ils haïssent la vérité, parce qu'ils voudroient premièrement que ce qui est vrai ne fût pas vrai; ensuite ils voudroient du moins ne le pasconnoitre; et parce qu'ils ne veulent pas le connottre , ils ne veulent pas non plus qu'on les avertisse. Au contraire. Messieurs, nous devons apprendre à aimer la vérité partout où elle est , en Dieu, en nous-mêmes, dans le prochain; afin qu'en Dieu elle nous règle, en nous-mêmes eUe nous excite et nous éclaire, dans le prochain elle nous reprenne et nous redresse : et c'est le sujet de ce discours.

(0 S. Hilar. TracL in Pt. cxyiii. n. 10 , coL 3oi.

58 SVn LA HAINE DES H0MME5

PREMIER POINT

hv» fidèles n'ignorent pas que les lois primitives et invariables y qui condamnent tous les vices , sont en Dieu éternellement ; et il m'est aisé de vous faire entendre que la haine qu'ont les pécheurs pour la vérité y s'emporte jusqu'à l'attaquer dans cette di* vine source. Car , comme j'ai déjà dit que Ife principe de la haine c'est la répugnance ^ et qu'il n'y a point de plus grande contrariété que celle des hommes pécheurs avec ces lois premières et originales; il s'ensuit que leur ^version pour la vérité s'éteïld jusqu'à celle qui est en Dieu, ou plutôt qui est Dieu même; en telle sorte , Messieurs , que l'attadie aveugle au péché porte en nous nécessairement une secrète disposition ^ qui £sdt désirer à l'homme de pouvoir détruire ces lois , et la sainte vérité de Dieu qui en est le premier principe. Mais pour comprendre l'audace de cet attentat y et en découvrir les conséquences, il faut que je vous explique avant toutes choses la nature de la haine.

Toutefois ne croyez pas, chrétiens, que je veuille faire en ce lieu une recherche philosophique sur cette cruelle passion , ni vous rapporter dans celte chaire ce qu'Aristote nous a dit de son naturel malin. J'ai dessein de vous faire voir par les Ecritures divines que la haine imprime dans Tame un désir de destruction, et si je puis l'appeler ainsi, une in* tention meurtrière, c'est le disciple bien-aimé qui nous l'enseigne en ces termes : Qui odit fratrem suum homicida est (0 : « Celui qui hait son frère est

(0 /. Joan. m. 1 5.

POVH LA VÉRITÉ. Sg

» homicide ». Il ne dit pas, chrétiens, celui qui répand son sang , ou qui lui enfonce un couteau dans le sein ; mais celui qui le hait est homicide : tant la haine est cruelle et malfaisante. En effet, îl est déjà ti^s- indubitable que nous ÊEÛsons mourir dans notre coeur celui que nous haïssons; mais il. faut dîi*e de plus qu'en Téloignant de notre cœur, nous ne le pouvons souffrir nulle part. Aussi sa prâence blesse notre vue ; se trouver avec lui dan^ un même lieo, nous parott une rencontre funeste 3 tout ce qui vient de sa part nous fait horrem*^ ^ si nous ne réprimions cette maligne passion, nous voudrions être entièrement dé&its de cet objet odieux : telle est Tintention secrète de la haine; et c'est pourquoi Tapôtre saint Jean l'appelle homicide. Par où vous voyez, mes Frères, combien il est dangereux detre empoi*té pr«; la haine, puisque Dieu punit comme meurtriers tous ceux qui s'y abandonnent.

Mais revenons à notre sujet , et appliquons aux pécheurs la doctrine de ce grand apôtre. Tous ceux qui transgressent la loi de Dieu haïssent sa vérité sainte, puisque non-seulement ils l'éloignent d'eux, mais encore qu'ils lui sont contraires ; la détruisant en eux-mêmes, et ne lui donnant aucune place dans leur vie, ils voudroient la pouvoir détruire partout où elle est , et principalement dans son origine : ils s'irritent contre ces lois , ils se fâchent que ce qui leur platt désordotinément leur soit si sévèrement défendu; et se sentant trop pressés par la vérité, ils voudroient qu'elle ne fût pas. Car que souhaite davantage un malfaiteur, que l'impunité dans son crime ?^t pour avoir cette impunité, ne voudroit-il

6o SUR LA HAIITE DES HOMMES

pas pouvoir abolir et la loi qui le condamne', et la vérité qui le convainc, et la puissance qui Taccable? et tout cela n'est-ce pas Dieu même , puisqu'il est lui-même sa vérité, sa puissance et sa justice? Cest pourquoi le Psalmiste a prononcé : « L'insensé a dit

» dans son cœur, Il n'y a point de Dieu (0 » : et saint Augustin, expliquant ces mots, dit « que ceux Y qui ne veulent pas être justes, voudroient qu'il n'y » eût au monde ni justice, ni vérité, pour condapaner » les criminels » : Chm esse volunt maU, nohmt esse veritatem quâ damnantur maU (^)»

Considérez, ô pécheurs, quelle est votre audace : c'est à Dieu que vous en voulez; et puisque ses vérités vous déplaisent, c'est lui que vous hafosez, et que vous voudriez qu'il ne fût pas. Nolutwus hune regnare super nos (3) : ce Nous ne voulons point que » celui-ci soit notre roi «>•

Mais afin que nous entendions que tel est le désir secret des pécheurs, Dieu a permis, chrétiens, qu'il se soit enfin découvert en la personne de son Fils. Il a envoyé Jésus-Christ au monde ; c'est-à-dire , il a envoyé sa vérité et sa parole. Qu'a fait au monde ce divin Sauveur? Il a censuré hautement les pécheurs superbes, il a découvert les hypocrites, il a confondu les scandaleux , il a été un flambeau qui a mis à chacun devant les yeux toute la honte de sa vie. Quel en a été l'événement? Vous le savez, chrétiens , et Jésus-Christ l'a exprimé dans les paroles de mon texte. « Le monde me hait, dit-il, parte que » je rends témoignage que ses œuvres sont mau-

(0 Ps. LU. 1. — (») InJoan. Tract, xc. foui, m, part n, eoL 721. — i}) Luc. xiz. 14. -*

POUR LA VÉRITÉ. 6l

» valses (0 » : et ailleurs en parlant aux Juifs; « Cest » pour cela y dit-il , que vous voulez me tuer, parce » que ma parole ne prend point en vous i?) » , et que ma vérité vous est à charge. Si donc c'est la vérité qui a rendu Jésus-Christ odieux au monde , si c'est elle que les Juifs ingrats ont persécutée en sa personne ; qui ne voit qu'en combattant par nos mœurs la doctrine de Jésus- Christ , nous nous liguons contre lui avec ces perfides , et que nous entrons bien avant dans la cabale sacrilège qui a fait mourir le Sauveur du monde? Oui, mes Frères , quiconque s'oppose à la vérité , et aux lois immuables qu elle nous donne^ fait mourii* spirituellement la justice et la sagesse étemelle qui est venue nous les apprendre, et se revêtit d'un esprit de juif pour crucifier , comme dit l'apôtre , Jésus-Christ encore une fois : Rurshm crucifigenies sibii^etipsis FiUum Dei (^). Et ne dites pas , chrétiens, que vous ne combattez pas la vérité sainte que Jésus-Christ a préchée j puisqu'au contraire vous la professez : car ce n'est pas en vain que le même apôtre a prononcé ces paroles : ce Ils professent de connoître Dieu , et » ils le renient par leurs œuvres » : Confitentur se nosse Deum , faclis autem negant (4). Les œuvres parlent à leur manière , et d'une voix bien plus forte que la bouche même; c'est là que paroit tout le fond du cœur.

Par conséquent , Messieurs, nos aversions implacables et nos vengeances cruelles combattent contre la bonté de Jésus-Christ; nos intempérances s'élè-

(') Joan. VII. 7. — (») Ibid. viii. 3;. — (') ffeb, vi. 6. -* (4) TiL

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