‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 14 sur 81 · SUR LÀ HÀIKE DES HOMMES · texte numérisé non relu

SUR LÀ HÀIKE DES HOMMES

ble, il obnne et favisea eouieBm à soi kilei^tkms , il dore si bèra Éôs ykM qiM no» lelspFenotisrpoiir des

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El en effet, c^étieta, lorsque niouft formons tatt de doutes et tant d^ineidens^^ que nova réskmns rEvangtle et la doetrioe den ntatnm k tanA de qne»* lions artifiGieuses ; que fïiîsons^nous autre chose ^ si^ non de chercher des dégiiisemens ? et que servent ismi de questions, sinon à nous faire perdre parmi d^s détours infinis la trace toute droite de la vérité? Ne Élisons ici la guerre à personne , sinon à noasmêmes et à nos vices; mais disons Itantement dans cette chaire y que ces pécheurs subtils et îngâuenx j qui tournent TEvangile de tant de côtés , qui trou* vent des raisons de douter sur Texécution de tons les préceptes, qui fatiguent les casuistes par leurs consultations infinies, ne travaillent ordinairement qu'à nous envelopper la règle des mœurs, ce Ce sont » des hommes, dit saint Augustin, qui se tourmen- D tent beaucoup pour ne trouver pas ce qu'ils cher*^ » chent » : J)fihil laborant nisi non m^enire quoil

rouK LA ré^iTt» 69

^uœruni (0. Ou plutôt ce sont ceux dont fMurle IV pôtre, qui q Qot jamaU de maziie^s lUes, ni de conduite certaine 4 « qui apprennent toujours, et ce- » pendant nVmvent jamaù à la soienoe 4W la yé* 3» rite » : Semperdifcentei , ei mmpiam^ scientiwn 'verUatis petvenienles (a).

Ce n'est pasaipaù, ohi^éti^iB, que d^îiFe»t être j^ ^ofans de Dieu. A Dieu qe jpibi^ ^ne »ous créions que la doctrine ^r^ttonae aoit tonte en (]p»ci&tîons et en ÎDcideqs ! L'Ëvangile nous a donné ^i»elq«ies principe^, Jésus^^hrist iu>u$ a apprîs quelque dUoee ; son ^cole n'est pas u«e académie , où. :chacun dis-r pute ainsi qu'il hù plait. Qu'il puisse se renoontrer quelquefois desdifficaltâ extraordinaires^ )e nefli'y veux pas opposer; mais )e ne crains point ée tous assurer que pour régler notre oonacience sur la plu^ part des devoirs du cfaristianisme , la simplicité et la bonne Soi soni.deux graadsdootenrs qui laissent peu de choses sndécises. Pourquoi donc Stubtilisez* vous sans mesure? Aimez vos ennemis ^ faites*le«r du bien. Mais c'est une question, dire&^vous, ce qn» signifie cet amour ; si aimer ne veut pas dire, ne les haïr point : et pour ce quai uegonje de leur faire du bien, il faut savoir dans quel ordoe, et s'il œ suffit pas de venir à eux , apcès que vous aurez ^uisé votre libéralité sur tous les autres; et al on ils se contenteront, s'il leur platt , de vos bonnesvoiontés.

RaffiDemens riékules ! aimer, c'est à-<lk*e aûaer. L'ordre defisûre-du bien à vos ennemis dépend des occasions particulières que Dieu vous présente, ponr

(0 De Gènes, contra Manich, Ub. 11 , cap. 11 , tom. x , coL ^S. -^ C») IL Tint, m. 7.

^Of SUA Là HÀIITE DES HOUM Ef

Tallamer, s'il se peut en eux, le feu de la charité que vos inimitiés ont éteint : pourquoi raffiner davantage 7 Grâce à la miséricorde divine , la piété chrétienne ne dépend pas des inventions de Tesprit humain; et pour vivi*e selon Dieu en simplicité , le chrétien n*a pas besoin d'une grande étude ^ ni d*uii grand appareil de littérature : a Peu de choses lui » suffisent, dit Tertullien, pour connoître de lavé» » rite ce qu'il lui en faut pour se conduire ». Christiano paucis ad scientiam veritads opus est (>).

Qui nous a donc produit tant de doutes , tant de fausses subtilités , tant de dangereux adoucissemens sur la doctrine des mœurs , si ce n'est que nous voulons tromper et être trompés? De là tant de questions et tant d'incidens qui raffinent sur les chicanes «t les détours du barreau. Vous avez dépouillé cet homme pauvre , et vous êtes devenu un grand fleuve engloutissant les petits ruisseaux ; mais vous ne savez pas par quels moyens , ni je ne me soucie de le pénétrer : soit que ce soit en levant les bondes des digues y soit par quelque machine plus délicate ; enfin vous avez mis cet étang à sec, et il vous redemande ses eaux. Que m'importe , ô grande rivière , qui regorges de toutes parts , en quelle manière et par quels détours ses eaux ont coule en ton sein ! je vois qu il est desséché , et que vous Tavez dépouillé de son peu de bien. Mais il y a ici des questions, et sans doute , des questions importantes ; tout cela pour obscurcir la vérité. C'est pourquoi saint Augustin a raison de comparer ceux qui les forment à des hommes « qui soufflent sur de la poussière, et

V*} De Anim, n. a.

POUR LÀ YÉRITÉ. ^I

» se jettent de la terre aux yeux » : SufflarUes in pulî^erem^ et excitantes terram in oculos suos (0. Et quoi, vous étiez dans le grand chemin de la charité chrétienne , la voie vous paroissoit toute droite , et vous avez soufflé sur la terre ! mille vaines contentions, mille questions de néant se sont excitées, qui ont troublé votre vue comme une poussière importune , et vous ne pouvez plus vous conduire : un nuage vous couvre la vérité, vous ne la voyez qu*à demi.

Mais c'en est assez, chrétiens, pour convaincre leur mauvaise vie. Car encore que nous tournions le dos au soleil, et que nous tâchions par ce moyen de nous envelopper dans notre ombre , les rayons qui viennent de part et d'autre nous donnent toujours assez de lumière. Encore que nous détournions DOS visages de peur que la vérité ne nous éclaire de front , elle envoie par les côtés assez de lumière pour nous empêcher de nous méconnoître. Accourez ici, amour-propre, avec tous vos noms, toutes vos couleurs, tout votre art, et tout votre fard, venez peindre nos actions, venez colorer nos vices : ne nous donnez point de ce fard grossier qui trompe les yeux des autres; déguisez-nous si délicatement et si finement , que nous ne nous connoissions plus nous-mêmes.

Je n'aurois jamais fait , Messieurs , si f entreprenois aujourd'hui de vous raconter tous les artifices par lesquels l'amour - propre, nous cache à nousmêmes, en nous donnant de faux jours , en nous faisant prendre le change, en détournant notre at-

(0 Conf. lib. XII , cap. xv\ , tom. i , coL 2i6.

rj2 sua LA HAINE IIE8 UOMMES

tention ^ ou eo charmant notre vue. Disons quel*qnes-unes de ses finesses ; mais donnons en même temps une lègle sûre peur en découvrir la malice* Vous allez voir, chrétîeiiSi comment il nous per^ suade premièrement que noui semtnes bien convertis, quoique Famour du monde règne encore eil nous 'j et pour nous pousser plus avant ^ qoie nous sommes zélés , quoique nous ne soy mis pas même charitalile&

Voici comme il s'y prend pour nous oimvertir : prêtez l'oreille. Messieurs I et écoutez tes bdles con* versions que fait rameur- propre. Il y a presque, toujours en nous quelque œmmenceiteBC imparfait et quelque désir de vertu ^ dont Tamoitr-propre re* lève le prix y et qu'il fiiil passer pom* là veitu même x c'est ainsi qu'il commence à nous convertir. Mais il faut s'affliger de ses crimes ; îl trouvera le eeci^ de nous donner de la eemponctiou. Nous serioiu bien malheureux y chrétiens, si le péché navoit pas ses temps de dégoût , aussi bien que toutes nos autres occupations. Ou le chagrin ou la plénitude fait qu'il nous déplaît quelquefois : c*est la contrition que fait l'amour-propre. Bien plus j'ai appris du grand saint Grégoire (0, que comme Dieu, dans la profondeur de ses miséricordes, laisse quelquefois dans sesser^ viteurs des désirs imparfaits du mal , pour les enraciner dans rhumilité; aussi l'ennemi de notre salut, dans la profondeur de ses malices, laisse naître son* vent dans les siens un^amour imparfait de la justice ^ qui ne sert qu'à les enfler par la vanité : ceux-là se croient de grands pécheurs, ceux-ci se persuadent

C<) Pastor, m. part, cap, xx&, tom, u, œl. 67.

r<K7A LÀ VÉmiTlâ. *J%

souTent ifo'ils sont de grands saints. Ainsi le mal* heureux Balaam adecitrant les tirf)trQAdes des jostes^ s'écrie^ tout iooclié, ce seso^e : ii Que mon mme » meure de la mort des justes (0 » : estnil rien de plus pieux? Mais a[Mrès avoir prononce leur mort bienheureuse^ le même donne ausâlôt des conseils per-^ BÎeieux contre leur vie. Ge sont les profondeurs de Satan , comme les appeUe eaint Jean d«ris T Apoca-* lypse , éUtitxtdmes Satanœ (^) ; mais û £ût jouer pour cela les ressorts dëbcats et notre amour-propre. C'est lui ^ui &it {passer ces dégoûts^ qui viennent ou de <^agrin ou d*ltumenr , pour la componction y4*^ rîiafale^ et des àéùxs^ <fM semblent sincères, pour des réBoiuiions détèmsliëts. Maïs fe veux encore vous accorder que le désir peut être sinoène : mais ce sera toujours un désir j^ et -non une résolution déterminée, c'est-à-dire, ceeera toujours une fleor ^ mais ce ne sera jamaia un fi'uit ^ et c'est ce que Jésus-Christ cherche sur ses arbres.

Pour nous 4étromper , chrétiens , des troraperîes de fiotre amour-propre, la règle eai^^ê bous juger par les «feuvres. C'est la seule règle infaiUîUe , parce que c'est la seule que Dieu ucms daune : il s'est réservé fk juger les cœurs par leurs dispositions iatérieureà ^ èl il ne s'y trompe iamais : il nous a donné les ceuvresi comme la màr^e pour nous reconnaître; c'est la seule qui ne trojnpe pas« Si voire vie elt changée, c'est le sceau de ^ conversion de votre cœur ^ Mais prene» garde encore en oe lieu aux subtilités de l'amourpropre : prenez garde qu'il né change un vice en un

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