‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 16 sur 81 · SUR LA HÂIHE DES HOMMES · texte numérisé non relu

SUR LA HÂIHE DES HOMMES

chrétiens, elle a droit de les censurer et de les re^ prendre. C'est pourquoi nous apprenons , par les saintes Lettres , que l'un des deroirs les plus impor* tans de ceux qui sont établis pour être les d^po8t«taires de la vérité y c'ett de reprendre sévèrement les pédieurs ; et il faut qoe nous apprenions de saint Augustin , quelle est futilité d'un si saint «in|doi.

Ce grand kous&M nmm r«xplîque en on petit mot y au livre de la Correutîon et de la Gt*ftoe <0 , où , faisant la comparaison des préceptes que Ton nous donne avec les reproches que Ton aous fittÉ, et recherchant à fond selon sa ooatiame futilité de Tun et de Fautre , il dit « que icomme on nous enseigne V par le précepte oc q«ie nous avons à faire, on nous » montre par les reproches, que ai aons ae k frisons » pas, c'est par notre hm/ùb ».

Et en effet, chnftîens, c'est là le fruit principal de l^e censure : car quelque front qu aient 1«8 pé^ ckenrs, le péché est toaioui^ timide et honteux. C*est pourquoi qui médite un crime , médite pour lordinaire une excuse : c'est surprise , c'est fragilité, c'est une renconti^ imprévue; il se cache ainsi à lui" même plus de la. moitié de son crime. Dieu lui «u»> cite un censeur charitable, mais rigoureux, qui^ perçant toutes ses d^mses, lui fiât seMir que c'est par sa faute; et lui ôtant tous les vains ptiétedctes, ne lui laisse que son péché avec sa honte. Si quelque chose le peut émouvoir, c'est sans doute cette sévère correction ; et c'est pourquoi le divin apôtre ordonne à Tile , son cher di^iple , d'être dur et inexorable en quelques renconti'es : « Reprenez4e5,

C«) Cap. III. n. 5, tom. x, col. 75a.

POV& LA. TÉEITlS. ^^

» dit<»ily durement » : Inerepa illos duré (0; c'està-4lîre qu'il £siat jeter quelquefois au front des pé* cheiurs impudens des Tentés toutes sèdies , qui les fasseivt rentra' en eux-mêmes d'ëtonnement et de sorprisef et si les-conrectioas doîwent empnmter en pkisiewrs reftcontres une certrâie douceur de la cbarilé tfaà est tendre et c^nnpattssante, elles doivent aussi emprunter eoovenl quelque eqièce de rigueur et de dureté de la vérité qui est inflexible.

Si jamais la Térîté se rend odieuse , c'est particulièrement , chrétiens , dans la fidnction dont je parle. Les pécheurs toufours superbes ne peuvent endurer qu'on les reprenne : qaelque véritables qne soient les rquroofaes, ils ne manquent point d'artifices pour les éhider; et après is se twrneront contre vous : c'est pourquoi le grand saint Gr^ire le& compare à des liérissons (^>. Etant éloigné de cet animal , vous lOfeE sa tête, sss pieds et son covps; quand vous approcben poar le prendre , vous ne tronvei pins qu'une bedie , et ceint qne vous découvres de loin tout entier, vons Je perdes tout à coup , aussitôt que vons le tenez dans vos mains, il en est ainsi de rhomme pécheur : vous avea découvert tonles ses menées, et démêlé tonte son intrigue ; enfin vous avec reconnu tout l'ordre du. crime, vous voyos ses pieds, son corps et sa léte; ai»sil6t.qne vous penses le ooBvmBcre en iui racontant ce détail , par mille adresses il vons relire ses pieds , il couvre soigneusement tous les vestiges de son erime , il vons cache sa tête , il recèle profondément ses desseins; il enveloppe son corps, cest-à-dire toute la suite de son

(') Tit. 1. i3. — (*) PoMtor. paru m, cap, xi, lom. il, col, Ifi.

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intrigue dans un tissu artificieux d'une histoire embarrassée et faite à plaisir : ce que vous pensiez avoir vu si distinctement y n est plus qu'une masse informe et confuse ^ où il ne parott ni fin ni commencement ; et cette vérité si bien démêlée est tout à coup disparue parmi ces vaines défaites. Ainsi étant retranché et enveloppé en lui-même , il ne vous préAnte plus que des piquans ; il s'arme à son tour contre vous , et vous ne pouvez le toucher sans qtie votre main soit ensanglantée, je veux dire, votre honneur blessé par quelque outrage : le moindre que vous recevrez sera le reproche de vos vains soupçons.

« Et donc y dit le saint apôtre , je suis devenu votre » ennemi en vous disant la vérité » ? Ergo inimicus vobis/àctus sum , verum dicens vobis (0 7 II est ainsi y chrétiens y et tel est l'aveuglement des hommes pécheurs. Qu'on discoure de la morale, qu'on déclame contre les vices; pourvu qu'on ne leur dise jamais comme Nathan : « C'est vous-même qui êtes cet » homme (2) » , c'est à vous qu'on parle , ils écoute* ront volontiers une satyre publique des mœurs de leur siècle, et cela , pour quelle raison ? c'est qu' « ils » aiment, dit saint. Augustin (^), la lumière de la » vérité, mais ils ne peuvent souffrir ses censures »: Amant eam lucentem ^ oderunt eam redarguentem* « Elle leur plaît quand elle se découvre, parce qu'elle » est belle ; elle commence à les choquer quand elle » les découvre eux-mêmes » , parce qu'ils sont difformes : Amant eam cUm seipsam indicat, et oderunt eam cùm eos ipsos indicaL Aveugles , qui ne voient

(0 Cal. IV. 16. — W //. Meg, atu. 7. — (3) Conf. Ub, x, c. xxiu, lom. 1, coL i63.

POUa LA ytUlTÉi fjg

pas que c^est par la même lumière que le soleil se montre lui-même et tous les autres objets. Ils veulent cependant y les insensés , que la vérité se découvre à eux y sans découvrir quels ils sont ; et « il leur arri- » vera au contraire , par une juste vengeance^ que » la lumière de la vérité mettra en évidence leurs » mauvaises œuvres, pendant qu'eljie-méme leur sera » cachée » : Inde rétribuez eis , ut çui se ab ea ma^ nijestari noluntj et eos nolentes manifestet^ et eis ipsa non sit manifesta*

Par conséquent , chrétiens , que les hommes , qui ne veulent pas obéir à la vérité , souffrent du moins qu on les reprenne; s'ils la dépossèdent de son trône , du moins qu'ils ne la retiennent pas tout-à-fait captive ; s'ils la dépouillent avec injustice de Tautorité du commandement > qu'ils lui laissent du moins la liberté de la plainte. Quoi ! veulent-ils encore étouffer sa voix ? veulent-ils qu'on loue leurs péchés , ou du moins qu^on les dissimule? comme si, faire bien ou mal, c'étoit une chose indifférente. Ce n'est pas ainsi, chrétiens > que l'Evangile l'ordonne; il veut que la censure soit exercée , et que les pécheurs soient repris; parce que, dit saint Augustin (0 , a s'il y a » quelque espérance de salut pour eux , c'est par-là » que doit commencer leur guérison ; et s'ils sont » endurcis et incorrigibles, c'est par -là que doit M commencer leur supplice ».

« Mais j'espère de vous, chrétiens, quelque chose )> de meilleur, .enpore que je vous parle de la sorte » : Confidimus autem de vobis meliora et viciniora sa^

CO De Corrept, et Grat, cap. xiv, ». 43, tom, x, ooL 774.

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luti, tametsiita hHfmnmr {^).\oici les jours de salut ^ Toici le temps de conversion dans lesquels on yerra la presse autour des tribunaux de la pénitence : c'est principalement dans ces augustes triikinaux que la vérité reprend les pécheurs , et exerce sa charitable^ nais vigoureuse censure. Ne désirez pas qu*on vous flatte, où vous^nAmes vous vous rendez voa accusa* teuiis% BTimitez pas ces méohans dont parle le prophète Isaïe y a qui disent à ceux qui regardent : Ne » regardez pas ; et à ceux qui sont préposés pour » voir : Ne voyez pas pour nous ce qui est droit; » ditefrtDOUS des dioses qui nous plaisent , trompez- 9 nous par des erreurs agréables » : Loipumini noiis placentia , mdeU rnoUs errofes, auferte à me mam, deUnate à me semitam (>). « Otez-nous cette voie », elle est ti*Of^ droite ; <• &tev-nous ce sentier », il est trop étroit : enseigneo-nous des voies détournées où nous puissions nous sauver avec nos vices ,' et nous convertir sans changer nos cœurs ; car c^est ce que désirent les pécheurs rebelles. Au lieu que la conversion véritable est que le méchant devienne bon ; et que le pécheur devienne juste ; ils imaginent une autre espèce de conversion , où le mal soit changé en bien , où le crime devienne honnête, où la rapine devienne justice; et ils cherchent, jusqu'au tribunal de la pénitence, des flatteurs qui les entretiennent dans cette pensée.

Loin de tous ceux qui n^' écoutent une disposition si funeste. Cherchez-y des amis et non des trompeurs, des juges et non des complices, des médecins chari-

(0 H<h, VI. g. — (») /f. Mtx. lo, î I.

tables

POUK LA TÉBITÉ. 8l

tables et non des empoisonneui-s. Ne tous contentez pas de replâtrer où il faut toucher jusqu'aux fondemens. C'est un commencefl^ent de salut d*étre capables des remèdes forts : yotre plaie invétérée n'est pas en état d'être guérie par des lénitifs, il est temps d'appliquer le fer et le feu. Ne cherchez ni complaisance ^ ni tempérament, ni adoucissement , ni condescendance. Venez , venez rougir tout de bon , tandis que k honte est salutaire : venez vous voir tons tels que vous étes^afin que vous ayez horreur de vous-mêmes; et que , confondus par les r^roches, vous vous rendiez enfin dignes de louanges *, et non-seulement de louanges^ mais d'une gloire éternelle: Ui Deo ndîerante.... desinat agere pudenda et doknda , atquû 0gat laudanda aUjue graianda (').

Mais ne&ut-il pas user de condescendance? n'estee pas une doctrine évangélique, qu il feut s'accommoder à rinfii*mité humaine ? *I1 le faut, n'en doutez pas, chrétiens; mais voici l'esprit véritable de la condescendance chrétienne. Elle doit être dans la charité, et non pas dans la vérité : je veux dire , il faut que la charité compatisse, et non pas que la vérité se relâche; ilfaut supporter l'infirmité, mais non pas l'ex^mser, ni lui complaire : il faut imiter saint Cyprien, dont saint Augustin a dit ces beaux mots; « que con^dérant les pécheurs , il les tdléroit dans » l'Eglise par la patience de la charité » , et voilà la condescendance chrétienne; « mais que tout ensem* » ble il les reprenoit par la force de la vérité » -, et voilà la vigueur apostolique : El ^eritaUs libertate

(>) 1^. Aug. de Corr. et GraL cap. ▼> /i. 7» tom. z, coL j53. BOSSUET. XIII. 6

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