‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 20 sur 81 · SUR L'EFFICACITÉ DE LA PÉNITENCE · texte numérisé non relu

SUR L'EFFICACITÉ DE LA PÉNITENCE

Qui ranl cpux Cfai oégligcnl In pénilcocc. DrspBpoir dct pécheun endorcF» : réfulaûon de leura vaincs c»cuws, Vtrui tontc-puiukou lie la picc, pour mmioDlAr noi habitudes, et changer ncw inctinilionS' Boulé du Sauveur : niDjeiu pour en éprouver li-a riTeU. Combien les délices spiriluelUi de la vie nouvelle surpOAiWDt louUi les fauufti douceura ilea pkitin leiuiblu. Doogerg do la CAir :

Vid^ hqnc molierem?, ' Fo!ye»-vous eeoefitnme? lidc. vn. a. ' "

jMadelsihb , le parfait modèle de toutet'le|ÎMn« réconcilias , se présente à nous dans cette semaine , et on ne peut la contempler aux pieds de J^ns sans penser en même temps à la pénitence. C'est donc k la pénitence que ces trois discours seront consacrés; et je suis bien aise, Messieurs, d'en proposer le sujet pour y préjiarer les esprits.

Je remarque trois sortes d'hommes qui négligent

DE LÀ PÉlflTEZrCEi io3

la pénitence ; les uns n'y pensent jamais ^ d'autres différent toujours , d'autres n'y travaillent que foiblement : et voilà trois obstacles à leur conversion. Toi|S trois méprisent leur conversion véritable : plu* rieurs ^ endurcis dans leurs crimes y regardent leur converrion comme une diose impossible , et dédaignent s'y appliquer; plusieurs se la flgurent trop ftcile y et ils la diffèrent de jour en jour comme un ouvrage qui est en leurs mains j qu'ils feront quand il leur plaira; plurieurs, étant convaincus du péril qui suit les remises ^ commencent ; mais la commençant mollement , ils la laissent toujours imparfaite. Voilà les trois défauts qu'il nous faut combattre par l'exemple de Madeleine, qui enseigne à tous les pécheurs que leur conversion est possible , et qu'ik doivent l'entreprendre; que leur conversion est pressée , et qu'ils ne doivent point la remettre ; enfin que leur conversion est un grand ouvrage , et qu'il ne faut point le faire à demi, mais s'y donner d'un cœur tout entier. «

Ces trois considérations m'engagent à vous £iire voir par trois discours l'eflEicace de la pénitence, qui peut surmonter les plus grands obstacles ; l'ardeur de la pénitence , qui doit vaincre tous les délais ; l'intégrité de la pénitence , qui doit anéantir tous les crimes , et n'en laisser aucun reste. Je commencerai aujourd'hui à établir l'espérance des pécheurs par la possibilité de leur conversion , après avoir imploré le secours d'en-haut. Ave ^ Maria.

Les pécheurs aveugles et mal avisés arrivent enfin par leurs désordres à l'extrémité de misère qui leur

io4 fvm l'Br#rcAciT*

â été sourent prë<fite : ils ont été assec avertis qu'ils tmvaiUoientà levrs chslnés fiar Tusage lioencieuz de leur liberté ; qa*ils rendoient leurs passions invind« ides en lès flattant^ et qii^ib gé[iliroient quelque jour tle s'être engagés si aVanl, dans la voie de perdition», qu'il ne leur seroit presque pins possible de retourner sur leurs pas: ils ont méprisé cet avis# Ce que nous fiiisons librement , et où notre seule volonté nous porte ^ nous nous imaginons fiKÛlement que nous le pourrons aussi dé&ire sans peine. Ainsi une ame craintive , qui / commençant à s'éloigner de la loi de Dieuy n'a pas 'encore perdu la vue de ses^ îugemeuB, se laissé emporter aux premiers péchés , espérant de s*en retirer quand eUe voudra; et très* assurée, à ce qu'elle pense , d'avoir toufoors en sa main sa com^niott/elle croit en attendant qu'elle /peut doûtier quelque ctose à son humeur : cette es- 'pérance rengage, et bientôt le désespoir lui succède; car Fincliuation au bien sensible , déjà si puissante par elle-même , étant fortifiée et enracinée par une longue habitude, cette ame ne fait plus que de vains efforts pour se relever ; et retombant toujours sur ses plaies, elle se sent si exténuée , que ce changement de ses mœurs et ce retour à la droite voie qu'elle trouvoit si facile, commence à lui paroi tre impossible. Cette impossibilité prétendue, c'est ^ mes Frères, le plus grand obstade de sa conversion : car quelle apparence d'accomplir jamais ce que l'impuissance et le désespoir ne permet plus même de tenter ? uu contraire , c'est alors , dit le saint apôtre , que les pécheurs se laissent aller, et que « désespérant de ^ leurs forces , ils se laissent emporter sans retenue

OI LA PJÉVITEVCB. loS

» à tous leurs désirs n : Desperantes semetipsos tradidenml impudicilut in operaiionem imnmnditim omnisi}). Telle est. Messieurs, leur histoire : Tespërauce leur fait faire les premiers pas, le désespoir les retient , et les précipite au fond de Tabioie. -

Encore qu'^ y soient tombés par leur faute , il ne ÛLut pas toutefois les laisser périr : ayons pitié d'eux, tendons-leur la main ; et comme il faut qu'ils s^aident eux-mêmes par un grand effort , s'ils veulent se relever de leur chute ; pour leur en donner le courage, ôtons-leur avant toutes choses cette fausse impression , qu on ne peut vaincre ses inclinations, ni ses habitudes vicieuses ; montrons4eiurclairement par ce discours que leur conversion est possible.

J'ai appris de saint AugtÉitin (3) , qu'afin qu'une entreprise soit possible à Thommé y deux choses lui sont nécessaires : îl fiml preoûèrement qu'il ait en lui-même une puissance , une faculté , une vertu proportionnée à Texécntion \ et il faut secondement que Tol^et lui plaise, à cause que le coeur de l'homme ne pouvant agir sans quelque attrait , on peut dire en un certain sens , que ce qui ne lui plaît pas lui est impossible.

C'est aussi pour ces deux raisons que la plupart des pédieim endurcis dése^rent de leur couvert sion -, parce que leurs mauvaises habitudes , si souvent victorieuses de leurs bons desseins, leur font croire qu'ils n'ont point de force contre elles : et d'ailleurs quand même ils les pourroient vaincre , cette vie sage et composée, qu'on leur propose ,

(*) Ephti. IV. 19. — (*) De Spirit. et Litten cap, lUy n. 5, tom. x, col. 87.

ïo6 svK l'htiiicacité

leur parott sans .goût, lans attrait et sans aucune douceur; de sorte qu*ib ne se sentent pas assez de courage pour la pouvoir embrasser- Us ne opnsid^rent pas. Messieurs, la nature de la grâce chrétienne qui opère dans la pénitence.- Elle est forte , dit saint Augustin (0 , et capable de surmonter toutes nos foiblesses ; mais sa force ^ dit le même Père , est dans sa douceur et dansune suavité céleste qui surpasse tous les plaisirs que le monde yante. Madeleine abattue' aux pieds de Jésus , fait bien voir que cette grâce est asses puissante pour vaincre les inclinations les plus engageantes; et les larmes qn^eUe répand, pour Tavoir. perdue , suffisent pour nous fidre entendre la douceur qu'elle trouve à la posséder. Ainsi nous pouvons montrer à tous les pécheurs^'par Tezemple de cette sainte , que f s'ils embrassent avec foi et soumission la grâce de la pénitence , ik y trouveront sans aucun doute, et assez de force pour les soutenir, et assez de suavité pour les attirer; et c'est le sujet de ce discours.

PREMIER POINT

Il n'est que trop vrai , Messieurs y qu'il n'y a point de coupable qui n'ait ses raisons. Les pécheurs n'ont .pas assez fait s'ils ne joignent l'audace d'excuser leur faute à celle de la commettre ; et comme si c'étoit . peu à l'iniquité de nous engager à la suivre , elle nous engage encore à la défendre. Toujours ou quelqu'un nous a entraînés , ou quelque rencontre imprévue nous a engagés contre notre gré ; tout autre que nous auroit fait de même : que si nous ne

0) De Sp. et LUt. cap, xxiz ,n.5i, tom. x, eoL 1 14.

DE LA. FiiriTBirCE. IO7

trouvons pas hors de nous sur quoi rejeter notre faute y nous cherchons quelque chose en nous qui ne vienne pas de nous- mêmes , notre humeur , notre inclination^ notre naturel. C'est le langage ordinaire de tous les pécheurs 9 que le prophète Isaie nous a exprimé bien naïvement dans ces paroles qu*il leur fait dire : « Nous sommes tombés comme des feuilles, » mais c'est qtie nos iniquités nous ont emportés 9 comme un vent » : Cecidimus guasifolium universi^ et iniquitMes nostrœ quasi ventus abstulertmt nos (0. Ce n'est jamais notre choix, ni notre dépra* vation volontaire ; c'est un vent impétueux qui est survenu , c'est une force majeure , c*est une passion violente à laquelle , quand nous nous sommes laissés dominer long- temps , nous sommes bien aises de croire qu'elle est invincible. Ainsi nous n'avons plus besoin de chercher d'excuse ; notre propre crime s'en sert à lui-même , et nous ne trouvons point de moyen plus fort pour notre justification , que l'excès de notre malice.

Si y pour détruire cette vaine excuse , nous reprochons aux pécheurs qu'en donnant un tel ascendant sur nos volontés à nos passions et à nos humeurs , ils ruinent la liberté de l'esprit humain , ils détruisent toute la morale y et que par un étrange renversement ils justifient tous les crimes et condamnent toutes les lois ; cette preuve quoique forte n'aura pas l'effet que nous prétendons; parce que c'est peut-être ce qu'ils demandent , que la doctrine des mœurs soit anéantie , et que chacun n'ait de lois que ses désirs. Il faut donc les convaincre par d'autres

0) /#. LXIT. 6.

ao8 80a L*EFFICACiTÉ

raisons , et voici celle de saint Jean - ChrysostAme 4ans Tune de ses Homélies sur la première épttre anx Corinthiens (0.

« Ce qui est absolument impossible à l*lionmie> 9 nul péril y nulle appréhension ^ nulle nécessité île » le rend possible ». Qu*un ennemi vous poursuive avec un avantage si considérable que vous soyes contraint de prendre la ibite, la crainte qui vous emporte peut bien vous rendre léger et |M:écipiter votre course ; mais quelque e^f^Fémité qui vous presse , elle ne peut iamais vous donner des ailes dans lesquelles vous trouveries un secours présent pour vous dérober tout d'un coup à une poursuite si violente ; parce que la nécesâté peut bien aider nos puissances et nos facultés naturelles p mais non pas en ajouter d'autres. Or est-il que, dans Tardeur la plus insensée de nos passionft^ non -seulement une crainte extrême , mais une circonspection modérée, mais la rencontre d'un homme sage , mais une pensée survenue , ou quelque autre dessein nous arrête , et nous fait vaincre notre inclination. Nous savons bien nous contraindre devant les personnes de respect : et certes sans recourir à la crainte, celui-là est bien malheureux , qui ne Connoit pas par expérience qu'il peut du moins modérer par la raison l'instinct aveugle de son humeur : mais ce qui se peut modérer avec un effort médiocre , sads doute se pourroit dompter si on ramassoit toutes ses forces. Il y a donc en nos âmes une faculté supérieure qui étant mise en usage , pourroit réprimer nos inclina*tions , toute-puissantes quand on se néglige ; et si

{})Hom. 11. lofit. Z| ^. i3.

Ai -Lk PÉfflTIVGE. 109

ellei sont mvincibles, c'est parce qu'on ne se remue pas pour leur résister.

Mais sans chercher bien loin des raisons , je ne ▼eux que la vie de la Cour pour faire voir aux hommes qu'ils se peuvent vaincre. Qu'est-ce que la vie de la Cour ? faire céder toutes ses passions au désir d'avancer sa fortune. Qu'est-ce que la vie de la Cour? dissimuler tout ce qui déplaît , et souffrir tout ce qui offense, pour agréer à qui nous voulons. Qu'estce encore que la vie de la Cour 7 étudier sans cesse la volonté d'autrui, et renoncer pour cela, s'il est nécessaire y à nos plus chères inclinations. Qui ne le fait pas y ne sait point la Cour : qui ne se façonne point à cette souplesse, c'est un esprit rude et mal<* adroit, qui n'est propre ni pour la fortune ni pour le grand monde. Chrétiens, après cette expérience , saint Paul va vous proposer de la part de Dieu une condition bien équitable : Sicut exhûndstis membra vestra servire immunditiœ et iniçuitati ad iniçuita» tem, iia nunc exhibete membra vestra servire justi" tiœ in sanctificationem (0 : « Comme vous vous êtes » rendus les esclaves de l'iniquité et des désii*s sécu- » liers, en la même sorte rendez-vous esclaves de ji la sainteté et de la justice » .

• Reconnoissea, chrétiens, combien on est éloigné d'exiger de vous l'impossible, puisque vous voyez au contiaire qu'on ne vous demande que ce que vous iaitest Faites, dit -il, pour la justice ce que vous faites pour la vanité; vous vous contraignez pour la vanité, contraignez -vous pour la justice : vous vous êtes tant de fois surmontés vous-mêmes

(0 iZom. Ti. 19.

pour servir à Fambition et à la fortune , siirmontexvous quelquefois pour servir à Dieu et à la raison. Cest beaucoup se relâcher pour un Dieu , de ne demander que Tëgalité ; toutefois il ne refuse pas ce tempérament, tout prêt à se relâcher beaucoup audessous. Car quoi que vous entrepreniez pour son service, quand aures-vous égalé les peines de ceux que le besoin engage au travail , l'intérêt aux in* trigues de la Cour, Fhonneur aux emplois de la guerre , Tamour à de longs mépris, le commerce à des voyages immenses et à un exil perpétuel de leur patrie; et pour passer à des choses de nulle importance , le divertissement et le jeu à des veilles, à des fatigues, à des inquiétudes incroyables? Quoi donc, n*y aura-t-il que le nom de Dieu qui apporte des obstacles invincibles à toutes les entreprises généreuses? fautril que tout devienne impossible, quand il s'agit de cet Etre qui mérite tout, dont la kcherche.au contraire devoit être d^autant plus £icile, qu'il est toujours prompt à secourir ceux qui le désirent, toujours prêt à se donner à ceux qui l'aiment 7

Je n'ignore pas, chrétiens, ce que ks pécheun nous répondent. Ils avouent qu'on se peut con train* . dre , et même qu'qp se peut vaincre dans l'ordre des choses sensibles, et que l'ame peut faire un effort pour détacher ses sens d'un objet , lorsqu'elle les rejette aussitôt sur quelque autre bien qui les touche aussi et qui soit capable de les soutenir; mais que de laisser comme suspendu cet amour né avec nous pour les biens sensibles y sans lui donner aucun appui , et de détourner le cœur tout à coup à une

DE LA PÉlflTEjrCE. III *

p quoique ravissante, mais néanmoins inc'est ce qui n est pas possible à notre foi*

tiens 9 que vous répondrai- je ? Il n*y a rien ; foible , mais il n'y a rien de plus fort que ftison : rien de plus aisé à réfuter, mais rien s malaisé, à vaincre. Je confesse qu'il est i que ce que peut une passion sur une autre, »n ne le puisse pas. Je dis rien de plus aisé er y car comme il est ridicule dans une maivoir un sei*viteur insolent qui a plus de pour ses compagnons , que le maître n'en a sur ur eux; ainsi c'est une chose indigne que dans de, où les passions doivent être esclaves, une plus impérieuse exerce plus d'autorité sur les ^ que la raison qui est la maîtresse n'est cad'en exercer sur toutes ensemble : cela est 3 , mais cela est. Cette raison est devenue ensuelle-, et s'il se réveille quelquefois en elle le affection du bien étemel pour lequel elle ée, le moindre souffle des passions éteint cette c errante et volage, et la replonge toute enians le corps dont elle est esclave. Que ne dii la philosophie , de la force , de la puissance , npire de la raison quï est la reine de la vie ne , de la supériorité naturelle de cette fille û sur ces passions tumultueuses, téméraires \ de la terre, qtii combattent contre Dieu et s s^ lois? Mais que sert de représenter à cette dépouillée les droits et les privilèges de sa nne qu'elle a perdus, de son sceptre qu elle a tomber de ses mains ? £lle doit régner ; qui

lia SDR l. EFFICACITÉ

ne le sait pas? Mais oe perdez pas le temps, ô philosophes, k l'eatretenir de ce qui doit être ; il faut lui donner le moyen de remonter sur sod lr6ne, et de dompter ses sujets rebelles.

Chrétiens, suivons MadeleÎDe, allons aux pieds de Jésus ; c'est de là tju U découle sur nos cœurs infirmes une vertu toute-puissante qui nous rend et la force et la liberté ; là se brise le copur ancien , là se forme le cœur nouveau. La source étant détournée, il faut bien que le ruisseau preune un autre cours : le cœur étant changé, îl faut bien que les désirs s'appliquent ailleurs.

Que si la grâce peut vaincre l'inclination , ne doutez pas, chrétiens, qu'elle ne surmonte aussi l'habitude : car qu'est-ce que l'habitude, sinon une inclioation fortiliée ? Mais nulle force ne peut égaler celle de l'esprit qui nous pousse. S'il faut fondre de la glace, il fera souiller son esprit, lequel, comme le vent du midi, relâchera la rigueur du froid, et du cœur le plus endurci sortiront les larmes de la pénitence : Flabit Spiritus ejiu et Jluent a<]uiB {'J : que s'il faut faire encore un plus grand eifort, il enverra son esprit de tourbillon qui pousse violemment les murailles ; Quasi tuiho impellens parietem {?) ; son esprit qui renverse les montagnes et qui déracine les cèdres du Liban : Spiritus grandis ctjbrtis su&vèrlans montes [^). Madeleine abattue aux pieds de Jésus, par la force de cet esprit, n'ose plus lever cette tête qu'elle portoit autrefois si haute pour attirer les regards; elle renonce à ses funestes victoires qui la mettoicQt dans les fers : vaincue et captivée W Pi, Cxwil. j — W /*. XXT. 4- — (î) ///. neg. m. 1 1 ■

elle-même,

DE LÀ PÉVITEHCE. Il3

elle-même , elle pose toutes ses armes aa:K pieds de celui qui la conquise ; et ces parfums précieux , et ces cheveux tant vantés , et même ces yeux qu'elle rendoit trop touchaus, dont elle éteint tout le feu dans un déluge de larmes. Jésus-Christ Ta vaincue , cette malheureuse conquérante ; et parce qu il Ta vaincue , il la rend victorieuse d'elle-même et de tontes ses passions.

Ceux qui entendront cette vérité ^ au lieu, d'accuser leur tempérament , auront recours à Jâus ^ qui tourne les cœurs où il lui platt : ils n'imputeront point leur naufrage k la violence de la tempête ; mais ils tendront les mains à celui dont le Psalnûste a chanté y « qu'il bride la furem* de la mer, et qu'il » calme quand il yeufc ses flots agités » : Tic domina* ris poiestaii maris, motum autem ^ftuctuum q'us tu miiigas (0.

Il se plaît d'assister les hommes ; et autant que sa grâce leur est nécessaire , autant coule-t-elle volontiers sur eux. « U a soif , dit saint Grégoire de Na« » zianze v^) , mais il a soif qu'on ait scôf de lui. Re*- 3» cevoir de sa.bonté, c'est lui bien faire; exiger de » lui, c'est l'obliger; et il aime si fort à donner, » que la demande même à son égard tient lien d'un » présent ». Le moyen le plus assuré pour obtenir son secours, est de croire qu'il ne nous manque pas; et j'ai appris de saint Gyprien , « qu'il donne tou- » jours à ses serviteurs autant qu'ils croient rece* » voir » ; tant il est bon et magnifique : Dans ere^ derUibustantum qiumUunse crcditcaperequisiunit (^}.

(0 Ps. UXXTI1I. lo. — (•) Orat. xt. p. 657. — (^ EpUt. riii. ad Maru et Conf, z'. 1 7.

BOSSUET. XIIT. 8

;Xl4 tV* Ii*BFFICACITi

Ne doatex donc pas^dirtfliemi â vôtre conversion est potsible : Dieu ivoui promet son secours; est - il rien^ jenedispasd^opossiblèy mais de dijficile avec ce soutien ? cjué si foiivràge de votre salât , par la grflce de Dieu ^ est entre vos mains ^ te pcmnpioi • voules-vous périr I maison d*Israël? Je se venx 9 pointlamort'décahri^i meiirtif^^aartf morse» 9 mini, domus Israël ? nolo moriem morietnÊisi. Cob« il vertisseirvoos êl vives (0 »; Nedïtes pas.toujours : Hé ne pois. BestvraivUtttqatf voosneferes pasle Jiremiers pàa, le setond ierà fonjoiirB impossible; quand vous dîNMiiies tout à votre hnmeuk* ^ à votre pente nàtureUé, vous ne pourrez vous soutenir contre le tort^nty etc. Mais que-tela sôit possible , trouve* rair)e quel^ douceur «dans oétte nohvelle vie dont vous meparleâl c*est œ qui nous resteàooUskiérw.

SECOND POINT

Jb n'ai pas de peine à comprendlre que les pédbeurs en souffrent beaucoup quand il faut tout-àfait se donner à Dieu y s attacher à un nouveau m)Bittre et commencer une vie nouvelle. Ce sont des choses y Messieurs y que l'homme ne fait jamais sans quelque crainte; et si tous les changemens nous étonnent,.à plus forte raison le plus grand de tous , qui est celui de la conversion. Laban pleure amèrement, et ne peut se consoler de ce qu'on lui a enlevé ses idoles : Car jurcOm es deos meos (^) 7 Le peuple insensé s'est fait des dieux qui le précèdent , des dieux qui touchent ses sens, et il danse , et il les admire , et il court après , et il ne peut souffrir qu'on les lui

CO Ezech. xviu. 3i , 3a. — W Geius. xxxi. 3o.

BB LA PÉiriTEVCEi llS

6te. Ainsi rhomme sensuel , voyant qn^on veut abattrepar an coup de fondre ces idoles pompeuses qu'il a iiewéeSf rompre ces attachetnens trop aimables , dissiper toutes ces pensées qui tiennent une si grande place en son cœur malade ; il se désole sans mesure i dans un si grand changement , il croit que rien ne demeure en son entier , et qa*on lui ôte même tout ce qu*on lui laisse : car encore qu'on ne touche ni à ses richesses , ni à sa puissance , ni à ses maisons su-r perbeSy nia ses jardins délicieux.; néanmoins il croit perdre tout ce qu il possède , quand on lui en pres-r crit un autre usage que- celui qui lui plait depuis si long-temps. Ciomme un homme qui est assis à une table délicate , encore que vous lui laissiez toutes le& viandes y il croiroit toutefois p^dre le feçtin , s'il perdoit tout à coup le goût qu'il y trouve et Tappetit qu'il y ressent*

Ainsi les pécheurs , accoutumés à se servir de leur^ biens pour contenter leur humeur et leurs passions^ se pei'suadent que tout leur échappe ^ si cet usage leu/manque* Quoi, craindre ce qu'on aimoit, n'ai-: mer plus rien que pour Dieu ! que deviendront ces douceurs et ces complaisances , et tout ce qu'il ne faut pas penser en ce lieu , et bicm moins répéter ep cette chaire ? Que ferons-nous donc? que penserons^ nous 7 quel objet , quel pki&ir , quelle ooci;^t^a t Cette vie réglée leur semble unçin^octy parce qu'ils n'y voient plus ces délices p cette variété qui charipe les sens y ceségaremens agréables oilils semblent, se promener avec liberté , ni onûn toutes les autres choses sans lesquelles ils ne trouveat pas la vie supportable.

Xl6 BVn L*BPPICACI7É

Que dirai -je id, chrétiens ^ comment ferois- je goûter aux mondains des douceurs qu'ils n'ont ja* mais expérimentées ? Les raisons en cette matière sont peu efficaces; parce que pour discerner ce qui platt , on ne connott de mattre que son propre goût p ni de preuve que l'épreuve même. Que plût à Dieu , chrétiens y que les pécheurs pussent se résoudre à goûter combien le Seigneur est doux ! ils reconnot* troient par expérience qu'il est de tous ces désirs ir* réguliers qui s'élèvent en la partie sensuelle , comme des appétits de malades : tant que dure la maladie, nulle raison ne les peut guérir ; aussitôt qu'on se porte bien -y sans y employer de raison , la santé les dissipe par sa propre force et ramène la nature à ses ol^ets propres : Quce ista desideria sanitas iolliti^)*

Et toutefois, chrétiens, malgré l'opiniâtreté de nos malades, et malgré leur goût dépravé, tâchons de leur faire entendre non point par des raisons humaines y mais par les principes de la foi , qu'il y a des délices spirituelles qui surpassent les fausses dou* ceurs de nos sens et toutes leurs flatteries. Pour êela, sans user d'un grand circuit, il me suffit de dire en un mot que Jé^-Ghrist est venu au monde. Si je ne me trompe. Messieurs, nous vîmes hier assez clairement qu'il y est venu pour se faire aimer* Un Dieu qui descend parmi les éclairs , et qui fait fumer de toutes parts la montagne de Sinaï par le feu qui sort de sa face a dessein de se faire craindre ; mais un Dieu qui rabaisse sa grandeur et tempère sa majesté pour s'accommoder à notre portée , un Dieu qui se fait homme pour attirer l'homme par cette

(>) «^. Aug. Serm. cclv. n. 7, tom, t, ooL io53.

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bonté populaire dont nous admirions hier la condescendance y sans doute a dessein de se faire aimer. Or est-*il que quiconque se veut faire aimer^ il est certain qu'il veut plaire ; et si un Dieu nous veut plaire , qui ue voit qu*il n*est pas possible que la vie soit m-* Qujreuse dans son service 7

C'est y Messieurs y par ce beau principe, que lô ^nd saint Augustin a fort bien compris (0, que la grâce du nouveau Testament y qui nous est donnée par Jésus -Christ y est une chaste délectation , Un agrément immortel , un plaisir spirituel et céleste ^i gagne les cœurs : car puisque Jésus-Christ a dessein de plaire , il ne doit pas venir sans son attrait. Nous ne sommes plus ce peuple esclave et plus dur que la pierre sur laquelle sa loi est écrite y que Dieu lait marcher dans im chemin rude à grands coups de foudre , si je puis parler de la sorte y et par des terreurs continuelles : nous sommes ses enfans bienaimés y auxquels il a envoyé son Fils unique pour nous gagner par amour. Croyez-vous que celui qui a fait vos cœurs manque de charmes pour les attirer, d*appas pour leur plaire y et de douceur pour les entretenir dans une sainte persévérance? Ah ! cessez ; ne soupirez plus désormais après les plaisirs de ce corps mortel; cessez d*admirer cette eau trouble que vous voyez sortir d*une source si corrompue. *

Levez le^ yeux , chrétiens, voyez cette fontaine si claire et si vive qui arrose , qui rafraîchit, qui enivre la Jérusalem céleste : voyez la liesse et le transport, les chants, les acclamations, lesravissemens de cette

(0 De Spirit. et Utt. c. xxviii, n. 49) tom. x, coL iia. Z)« Grai^ Chr. G, JLXJLYf n. 38, tomu, col. a4^, et alibi.

Il8 SVK I.*BVVICACIVA

iàté trionipliMiUk-(r«ll:doU que Jéiw-Cbrirt non a-appoirti$'iiti.iOQm6ieQoeineiit de aargloire dans le iMofait'de sa^gràcevw essai de la vision dana la ttil une partie de la fâicitë dans fespiéranoe ; enfin q^jlaisir iptûne qylne, troufale pas la volonté , mais qui la calme ; qui ne surprend pas la raison , mais «jairëclaircr qiii i|e chatouille pas le. cœur dans sa fDEfil^y mais qui Ttattire iQQt entier à Dieii par son (entfie': TnUu^ no$ post^ (0« Si vous vonlei voir par ^mpérienceicombieia cet attrfiil est doux, considères yafjelpîpe/ Q^apd vpus voyez nn enfant attaché de tgaffiifi^fivtofi. k Mr.nMunelle , qui suce avec ardeur et fpprpwenifnt .oetlae dpyce portion de sang que la ^t]tire l^i sépare si adroitement de toute la masse , ^.lui fissaisonne eUe-méme de ses propres mains, ^us ^Jdemand».pas s*ilfj prend plaisir^, niai joelte iy;)^KT:ijjture li4 est agréable. Jetez les yeux surM»* deleine r ^oye^. comme elle court tonte tranqMirtée ^.la maison du -Pharisien pour trouver celui qui Tattire ; elle n*a point de repos jusqu'à ce qu*elle se soit jetée à ses pieds : mais regardez^ comme elle les baise ^ avec quelle ardeur elle les embrasse; et après cela ne doutez jamais que la joie de suivre f ésus ne passe toutes les joies du monde; non-seiilement celles qu*il donne, mais même celles qu*il promet, toujours plus grandes que celles qp'il donne.

. . Que si vous êtes effrayés par ses larmes , par ses sanglots, par ramertume de sa pénitence, sachez, n^es Frères , que cette amertume est plus douce que tous les plaisirs. Nous lisons dans THistoire sainte , c*est au premier livre d'Esdras , que lorsque ce çrand

(0 Cant. I. 3.

DB LA PÉHITEVCE. 1 19

prophète eut rebâti le templ^de Jérusalem , que Farmée assyrienne avoit renversé, le peuple mêlant tout ensemble et* le triste souvenir de sa ruine et la joie de la voir si bien réparée y tantôt élevoit sa voix en des cris lugubres, et tantôt poussoit jusqu'au ciel des chants de réjouissance ; en telle sorte , dit Fauteur sacré, « qu'on ne ponvoit distinguer les gémis- » semens d'avec . les acclamations » : Nec poterat çuisquam agnoscere vocetn clamoris lœtantiujn , et vocemjletûs p^ulii^K C'est une image imparfaite de ce qui se fait dans la pénitence. Cette ame con^ trite et repentante voit le temple de Dieu renversé en elle , et l'autel et le sanctuaire si saintement cour sacré sous le titre du Dieu vivant. Hélas ! ce ne sont point les Âssjrriens ; c'est eUe - mime qui a détruit cette sainte et magnifique structure^ pour bâtir en sa place un temple d'idoles ; et elle pleure, et elle gémit, et elle ne veut point recevoir de consolation : mais au milieu de ses pleurs , elle voit que cette. maison sa-*' crée se relève ; bien plus , que ce. sont ses larmes et sa douleur même qui redressent ses murailles aJjatT tues , érigent de nouveau cet autel si indignement déti*uit , commencent à faire fumer, dessus un enceoç agréable à Dieu et un holocauste qui lappaise. Ellq se réjouit parmi ses larmes ^ elle voit qu'elle trouvera dans Tasyle d'ime bonne conscienpç une retraite assurée, que nulle violence ne peut forcer : si bien qu'elle peut sans crainte y retirer, ses pensées, y déposer ses tijésors, y reposer ses inquiétudes; et quand tout l'univers seroit ébranlé , y vivre tranquille et paisible sous les ailes du Dieu qui Thabite

{^) L Esdr. m, i3.

.IftO .SVm L* EFFICACITÉ

et y préiide.Qa*eikkigas^iteiiSy chrtf tient? one tdle vieèaireUe à chargff? cette ame à laqnelle^ut propre âouleoi* procuré une t|||le -grftce p penUdOe regretter •es larme»? ne le croira«4«eU6 pu beancoup pltu heoreose de plenver les pédiég anxpîeds de Jésus, que de rire; avec le monde, et se pNrdre parmi aei joies dissolnee.? Et combien doue est agréaUe la vie olurëtieime , « oikJes' regrets mêmes ont leurs plai^ n: sin, où les^lames pcMtent ayeo elles leur conso* 3» latîan »? UbieiJUmâà iùm giwdliojtan^aiif^dit saint AugostiniO. •

Mais je prévois, chtétteos, une d^Hmiàm difficulté oontre les saintes vérités que f ai établies. Les pé* dieurs étant oonvaincuSy'par la force et par la doer* ceor de la grâce de Jésus-Christ^ qu'il n-*est pasim* possible de changer de vie ^ nous font une antre de* mand?; n cela. se peut à la Cioury et si rame-y est en état de pouvoir goûter ces douceurs célestes. Que cette question est embarrassante ! Si nous en croyons FEvangile^ il n*y a rien de plus opposé que Jésus* Christ et le mondes et de ce monde, Messieurs, la partie la plus éclatante et par conséquent la plus dangereuse, chacun sait assez que c'est la Cour : comme elle est et le principe et le centre de toutes les affaires du monde, Tennemi du genre humain y jette tous ses appâts , y étale'toute sa pompe. Là se trou- Vent les passions les plus fines, les intérêts les plus délicats y les espérances les plus engageantes : quiconque a bu de cette eau y il s*entéte ; il est tout changé par une espèce d'enchantement ; c'est un breuvage charmé qui enivre les plus sobres y et la plupart de

v») En(w, in Ps. cxlv, tom. iv, col. i6'j4-

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oeox qui en ont goûté ne peuvent plus goûter autre chose ; en sorte que Jësus-Ghrist ni ses vérités ne trouvent presque plus de place en leurs cœurs.

Et toutefois y chrétiens, pour ne pas jeter dans le désespoir des âmes que le Fik de Dieu a rachetées» disons qu'étant le Sauveur de tous, il n*y a point de condition ni d*état honnête qui soit exclus du sa* lût qu*il nous a donné par son sang; puisqu'il a choisi quelques rois pour être enfans de son Eglise , et qu'il a sanctifié quelques Cours 'par la profession de son Evangile , il a regardé en pitié et les princes et leurs courtisans ; et ainsi il a préparé des préservatifs pour toutes leurs tentations, des remMes pour tous leurs dangers , des grâces pour tous leurs emplois. Mais voici la loi qu'il leur impose : ils pourront fiiire leur salut , pourvu qu'ils connoissent bien leurs périls; ils pourront arriver en sûreté , poui^vu qu'ils marchent toujours en crainte , et qu'ils égalent leur vigilance à leurs besoins , leurs précautions à leurs dangers , leur ferveur aux obstacles qui les environnent : Tuta si coûta > secura si attentai^). Qu'on se fasse violence; cette douceur vient de la contrainte: renverses Ninive ; renversez la Cour.

O Cour vraiment auguste et vraiment royale , que je puisse voir tomber par terre Tambition qui t'emporte f les jalousies qUi te partagent , les médisances qui te déchirent y les querelles qui t'ensanglantent^ les déliées qui te corrompent , l'impiété qui te déshonore!

(0 Tert, de IdoL n, 34*

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