‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 21 sur 81 · SERMON · texte numérisé non relu

SERMON

POUR LE JEUDI

DE lA SEMAINE DE LA. PASSION.

SUR lA FERVEUR DE lA VÈinTÉSGE.

ItHdspéplMBr lomise Dîm rinnta à k eonrerllr. Bonitf ioi- BBOM dm Snnwir : cmprtiiwntai infinis de m dwrilé ponr. Ict «nef. Troir dflgrëf de miférioordey ^ répondent à trois degrés de mkèn ûa Pâme pécberetse est précipitée. Foîblene d'une eme épwsés par Fsittecke à h eréetnre. Motifii pfenens poor noos dxMK ner à INe« per la pénitence. Iiqare ^ne aoos loi. ftisons pnr ftoi^ lércilis : fengeenoe qne scm amonr outragé eieree oQiiire

Et ecce mulier, quae erat ia cîvitate peccatrix , ut cognovit quod accubuisset in domo Pharisxi , attulit alabas* trum unguentf.

Ei voici qu'une femme connue far ses désordres dans la vHIe, aussitôt qu'elle eut appris que Jésus étoii en la maison d^ Pharisien ^ elle lui apporta ses parfums, et se Jeta à ses pieds, Luc, vu. 37.

Jésus-Christ veut être pressé; ceux qui vont à lui lentement n*y peuvent jamais atteindre : il aime les âmes générei&es qui lui arrachent sa grâce par une espèce de violence comme cette fidèle Chananée , ou qui la gagnent promptement par la force d'un

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amour extrême comme Madeleine pénitente. Voyezvous, Messieurs y cette femme qui va chercher Jfésus- Christ jasquà la table du Pharisien? c'est qu'elle trouve que c'est trop tarder, que de diflerer un moment de courir à lui : il est dans une maison étrangère; mais partout où se rencontre le Sauveur des âmes , elle sait qu'il y est toujours pour les pécheurs* Cest un titre infaillible pour Taborder, que de sentir qu'on a besoin de son secours ; et il n'y. a point de rebut à craindre , pourvu qu'on ne tarde pas à lui exposer ses misères.

Allons donc , mes Frères , d'un pas diligent , et courons avec Madeleine au divin Sauveur qui nous attend depuis tant d'années. Que dis-je y qui nous attend? qui nous prévient, qui nous cherche, et qui nous auroit bientôt trouvés, si nous ne faisions effort pour le perdre. Portons-lui nos parfums avec cette sainte pénitente, c'est-à-dire de saints désirs; et allons répandre à ses pieds des larmes pieuses. Ne différons pas un moment de suivre Fattrait de sa grâce; et pour obtenir cette promptitude qu^er^ le sujet de ce discours, demandons la grâce du Saint- Esprit par l'intercession de la sainte Vierge. Ave.

UifK lumière soudaine et pénétrante brille aux yeux de Madeleine ; une flamme toute pure et toute céleste comnfence à s'allumer dans sou cœur ; une voix s'élève au fond de son ame , qui l'appelle par plusieurs cris redoublés aux .larmes , aux regrets , à la pénitence. Elle est troublée et inquiète ; sa vie passée lui déplaît , mais elle a peine à changer si tôt : sa jeunesse vigoureuse lui demande encore quelques

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années; ses anciens attachemens loi retiennent , et semblent se plaindre en secret d*nne rupture si prompte; son entreprise Tétonne elle-même ; enfia toute là nature condut à remettii^ et à prendre un peu de temps pour se réM>ndrei

Tel est. Messieurs y Tétat du pécheur , lorsque Dieu rinvité à se convertir : il trouve toujours de nouveaux prétextes , afin de retard^ Tœuvre de la grâce. Que ferons-nous et que dirons-nous? lui donnerons-nous le temps dé délibérer sur une chose toute décidée y et que Fou perd si peu qu*on hésite? Ah I Ce seroit outrager FEçrit de Jéius, qm ne veut pas qn^on doute un moment de ce qu'on lui doit. Mais s*il &ut pousser ce pécheur encore incertain et irrésolu , et toutefois déjà ébranlé , par quelle raison le pourrons-nous vaincre? Il voit toutes les rai«> sonSy il en voit la force; son esprit est rendu, son cœur tient encore , et ne demeure invincible que par sa propre foiblesse. Chrétiens , parlons à ce cœur ; mais certes la voix d*un homme ne perce pas si avtnt : faisons parler Jésus-Christ ^ et tâchons seu* lement d'ouvrir tous les cœurs à cette voix pénétrante. « Maison de Jacob, dit le saint prophète (0, » écoutez la voix du Seigneur » ; âmes rachetées du sang d*un Dieu , écoutez ce Dieu qui vous parle : ce n*est pas la voix de son tonnerre , ni le cri de sa justice irritée , que je veux faire retentir a vos oreilles. Comme j*ai dessein de parler au cœur, je veux faire parler le divin amour ^ vous le verrez attendri, vous le verrez indigné; vous entendrez ses caresseâ, vous entendrez ses reproches ; celles-là pour amollir vo-

(>) Jerem. ii. 4*

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tre duretéy celles-ci pour confondre votre ingratitude. £n un mot , pour surmonter ces remises d un cœur qui diOere toujours de se rendre à Dieu, j'ai dessein de vous faire entendre les douceurs de son amour attirant y et les menaces pressantes de son amour méprisé.

PREMIEB 1»0INT.

Qui me donnera des paroles pour vous exprimer aujourd'hui la bonté immense de notre Sauveur, et les empressemens infinis de sa charité pour les âmes? C'est lui-même qui nous les explique dans la parabole du bon pasteur, oii nous découvrons trois effets de Tamour d'un Dieu pour les âmes dévoyées : il les cherche , il les trouve , il les rapporte. « Le bon » pasteur, dit le Fils de Dieu , court après sa brebis » perdue » : f^adit ad iUam quœ penerati^). Vous voyez bien , Messieurs , comme il la cherche ; c'est le premier eâet de la grâce , chercher les pécheurs qui s'égarent. Mais il court « jusqu'à ce qu'il la » trouve » : donec ingéniât eam (^) ; c'est le second effet de l'amour, trouver les pécheurs qui fuient : et après qu'il l'a retrouvée , il la charge sur ses épaules ; c est le dernier trait de miséricorde , porter les péciieurs affoiblis qui tombent.

Ces trois degrés de miséricorde répondent admirablement à trois degrés de misère oii Tame pécheresse est précipitée ; elle s'écarte , elle fuit , elle perd ses forces* Voyez une ame engagée dans les voies du monde; elle s'éloigne du bon pasteur, et en s'éloi* gnant elle l'oublie , elle ne connoit plus son visage ,

(0 Luc. XT. 4. — W IbUi.

tlS SVK LÀ FKRTfelTR

elle perd tout le goftt de ses véritég. Il s*approclie^ il rappelle , il toache son cœan Betoume à moi ^ dit-il y pauvre abandonnée; quitte tes ordlires, quitte tes plaisirs y quitte tes attaches; c*est moi qui suis le Seigneur ton Diisu , jaloux de ton Innocence , A passionné pour ton ame. Elle ne reconnott plus la Yoix du pasteur qui la veut désabuser de ce qui la trompe , et elle le fuit comme un ennemi qui lui veut Ater ce qui lui platt. Dans cette fuite précipitée, elle s*engage , elle s'embarrasse , elle s*épuise , et tonlbe dans uùe extrême impuissance. Que detriendroit^Ue, Messieurs, et quelle seroitla fin ijs cette aventure, sinon la perdition étemelle; si le pasteur charitable ne cherchoit sa brebis égarée , ne trouvoit sa brebis fuyante , ne rapportoit sur ses ^Miules sa brebis lasse et fatiguée , qui n*est plus capable de se soutenir? parce que, comme dit TertuUien, errant deçà et delà elle s'est beaucoup ti^vaillée dans ses malheureux égaremens : Mukum enim errando lahoraveratX^).

Voilà , chrétiens , en général trois funestes dispo* sitions que Jésus-Christ a dessein de vaincre par trois effets de sa grâce. Mais imitons ce divin pasteur, cherchons avec lui les âmes perdues ; et ce que nous avons dit en général des égaremens du péché et des attraits pressansde la grâce ^ disons-le tellement que chacun puisse trouver dans sa conscience les vérités que je prêche. Viens donc , ame pécheresse y et que je te fasse voir d*un côté ces éioignemens quand on te laisse , ces fuites quand on te poursuit , ces langueurs quand on te ramène ; et de l'autre côté ces

0) De PœnU, n, 8.

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impatiences d'un Dieu qui te cherche ^ ces touches pressantes d'un Dieu qui te trouve , ces secours , ces misëricordes , ces condescendances , ces soutiens tont-puissans d'un Dieu qui te porte.

^ Premièrement y chrétiens, je dis que le pécheur s'éloigne de Dieu , et il n*y a page de son Ecriture en laquelle il ne lui reproche cet éloignement. Mais sans le lire dans l'Ecriture , nous pouvons le lire dans nos consciences : c'est là que les pécheurs doivent reconnottre les deux funestes démarches par lesquelles ils se sont séparés de Dieu. Ils l'ont éloigné de leurs cœurs, ils Vont éloigné de leurs pensées : ils Font éloigné du cceur en retirant de lui leur af^ fection. Yeux -tu savoir, chrétien, combien de pas tu as fait pour te séparer de Dieu 7 compte tes mauvais désirs, tes affections dépravées, tes attaches, tes engagemens, tes complaisances pour la créature. O que de pas il a &it, et qu'il s'est avancé malheu*^ i^nsement dans œ funeste voyage, dans cette terre étrangère ! Dieu n'a plus de place en son cœur ; et pour l'amour de son cœur, la mémoire, trop fidèle amie et trop complaisante pour ce cœur ingrat , l'a aussi banni de son souvenir : il ne songe ni au mal présent qu'il se fait lui-même par son crime, ni aux terribles approches du jugement qui le menace. Parlez-lui de son péché : Eh bien ! « j'ai péché , dit-il » hardiment; et que m'est -il arrivé de triste (0 » ? Que si vous pensez lui parler du jugement à venir^ cette menace est trop éloignée pour presser sa conscience à se rendre : In longum differuntur dies,,... €t in tempora longa iste prophetat ip) : parce qu'il a

(*) EgcU. y. 4. — C*) Ezech, xii. aa, a7.

laS tua LA FBRVBUK

oublié Dieu , il croit que Dieu Toublie, et me songé plus à punir ses crimes : DixU emùii in corde suo : Oblàus est Dem (0; de sorte qu^il n*y a |dos rien désormais qui rappelle Dieu en sa pensée, parce que le péché qui est le mal prâent n'est pa^ sensible i et que le supplice qui est le mal sensible n*eit pas présent.

Non content de se tenir éloigné de DieiiV il fuit les approobes de sa grâce. Et quelles sont ses fuites , sinon ses délais , ses remises de jour en jour, ce de* main qui ne vient jamais , cette occasion qni manque toufourSy cette aflhire qui ne finit point, et dont Ton attend toujours la conclusion ponr se donner tout-^i-fait à Dieu? n'est-ce pas fuir ouvertement Finspiration ? Mais après avoir fui long «temps, on fiaiit enfin quelques pas , quelque demi-restiti^on , qndqneefibrtpoorsed^ger, quelque résolution imparfidte : nouvelle espèce de fuite ; car dans la voie du salut , si Ton ne court, on retombe; si on languit , on meurt bientôt ; si Ton ne fait tout , on ne fait rien; enfin marcher lentement, c'est retourner en arrière.

Mais , après avoir parlé des égaremens , il est temps maintenant , mes Frères , de vous faire voir un Dieu qui vous cherche. Pour cela , faites parler votre conscience ; qu'elle vous raconte elle - même combien de fois Dieu l'a troublée , afin qu'elle vous troublât dans vos joies pernicieuses ; combien de fois il a rappelé la terreur de ses jugemens et les saintes vérités de son Evangile , dont la pureté incorruptible fait honte à votre vie déshonnéte. Vous ne

CO Pm. IX. 34.

voulez

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Tonles pas les voir, ces vérités saintes , vous ne les voulez pas devant vous , mais derrière vous ; et cependant, dit saint Augustin , quand elles sont devant vous elles vous guident , quand elles sont derrière vous elles vous chargent. Ah ! Jésus a pitié de vous ; il vent 6ter de dessus votre dos ce fardeau qui vous accable, et mettre devant vos yeux cette vérité qui VQps éclaire. La voilà, la voilà dans toute sa force, dans toute sa pureté, dans toute sa sévérité, cette vérité évangélique qui condamne toute perfidie, toute injustice, toute violence, tout attachement impudique. Envisagez cette beauté , et ayez confusion de vous-même ; regardez-^vous dans cette glace, et voyeê si votre laideur est supportable* • Autant de fois, chrétiens, que cette vérité vous parott, c*est Jésus- Christ qui vous cherche. Combien de fois vous a-t-il cherchés dans les saintes prédications 7 il n*y a sentier qu'il n'ait parcouru , il n'y a vérité qu'il n'ait rappelée : il vous a suivis dans toutes les voies dans lesquelles votre ame s'égare ; tantôt on a parlé des impiété , tantôt des superstitions , tantôt de la médisance , tantôt de la flatterie, tantôt des attaches et tantôt des aversions criminelles. Un mauvais riche vous a paru pour voua faire voir le tableau de l'impénitence ; un Lazare mendiant vous a paru pour exciter votre cœur à la compassion, et vQtre main aux aumônes, dans ces nécessités désespérantes. Enfin on a couru par tous les détours par lesquels vous pouviez vous perdre ; on a battu toutes les voies par lesquelles on peut entrer dans une ame ; et l'espérance et la crainte , et la douceur et la force, et l'enfer et le paradis, et

l'io EDR LA FBnVBTia

la mort certaine et la vie douteuse , tout a été employé.

Et après cela vous n'entendriez pas ée quelle ardeur on court après vous '. Que si , en tournant de tous ctttés par le saint empiessement d'une charitable recherche, quelquefois il est arrivé qu'on ait mis la main sur votre plaie , qu'on soit entré dans le cœui" par l'endroit où il est sensible ; si l'on a tiré de ce cceur quelques larmes , quelque regret , quelque crainte , quelque forte rélleiion , quelque soupir après Dieu , après la vertu , après l'innocence ; c'est alors que vous pouvez dire que malgré vos égaremensJésusa trouvé votre ame ; il est descendu aux enfers encore une fois : car quel enfer plus horrible qu'une ame rebelle à Dieu , soumise à sou ennemi , captive de ses passions î Ab ! si Jésus y est descendu , si dans cette horreur et ces ténèbres il a fait luire SCS saintes lumières, s'il a touché votre cœur par quelque retour sur ses vérités que vous avies oubliées; rappelez ce sentiment précieux, cette sainte r^ flexion, cette douleur salutaire ; abandonnea-y votre cœur f et dites avec le Psalmiste .- Trihutationem e( doloreminverUk^): « J'ai trouvé l'affliction et la dou- M leur » : enfin je l'ai trouvée , cette affliction fructueuse, cette douleur salutaire de la pénitence : mille douleurs, mille afflictions m'ont persécuté malgré moi, et les misères nous trouvent toujours fort facilement. Mais enfin j'ai trouvé une douleur qui métitoit bien que je lacberchacse, cette affliction d'un cœur contrit et d'une ame attristée de ses péchA : je l'ai trouvée, cette douleur^ « et j'ai invoqué le nom

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