‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 26 sur 81 · DB LA SAIHTE VIERGE. IC)I · texte numérisé non relu

DB LA SAIHTE VIERGE. IC)I

Toit comme kr Tictiine ; il vooloit agir comme victime ; il prenoîl, si Ton peot pariier de la sorte, faction el la posiure d*une TÎctimc , et il la laissoit traîner à rautelavec frayenr et tremblement. Mais ausfftôt ipC'A est à Taiitel , et qu*2 eonunence à faire la fonotiott de prêtre ; aussitât qu'il a en élevé ses mains • ionoeefttes pour présenter la victime au ciel irrité, fl ne veut plus sentir aucun trouble , il ne £atit plus parottre de crainte ; parce qu'elle semble marquer quelque répugnance : et encore que ses mouvemens dépendent tellement de sa volonté , que la paix de aon ame n'en est point troublée , il ne veut plus souffrir la moindre apparence de trouble ; afin, mes Frères y que vous entendiee que c'est un pontife miséricordieux , qui ^ sans force et sans violence , d'un esprit tranquille et d'un sens rassis , s'immole Ini-méaie v<dontairementy poussé par l'amour de notre salut» De là cette action remise et paisible qui fait qu'au milieu de tant de douleurs « il meurt plus » doucement, dit saint Augustin (0, que nous n'a» » vous accoutumé de nous endormir.».

Voilà , chrétiens , ce grand mystère que j'avois promis de vous^découvrîr; mais ne croyez pas qu'il soit acheva ea la personne de Jésus-Christ : il in^ire ce sentiment à sa sainte mère, pany^ quelle doit avoir part à ce sacrifice -, elle doit au^si îmaaioler ce Fils : c'est pourquoi elle se compoee aussi bieo que lui> elle se tient^lrpite 411 piedde la orou: , pour marquer une action plus délibérée; et malgré toute sa dou*: leur, elle l'offre de tout so« x^aeur au Pèi^ étemel , pour être la victime de sa vengeanoe* Mes Frères ,

(0 TracU cxiz. iipJoan. n. 6, tom. m | part, il , ooL 8o3.

iga son la compassion

riîveillet vos atteations , venez Rpprendre de cette Vierge à sacrifier à Dieu constamment tout ce que vous avez de plus cher. Voilà Marie au pied de la croix, qui s'arrache le cœur, pour livrer son Fils unique à la mort : ellel'offre, non pas unefois;elle n"a cessé de l'offrir depuis que le bon Siraéon lui eut pre'dît , par l'ordre de Dieu , les étranges contradictions qu'il devoit souffrir. Depuis ce temps-là, chrétiens, elle l'offi-e tous les momens de sa vie; elle en achève l'oblation à la croix. Avec quelle résignation ? c'est ce qu'd n'est pas possible que je vous explique ; jugez-en vous-mêmes par l'EvangUe et par la suite de ses actions.

Ah ! K votre Fils, lui dit Siméon (0, sera mis en îi butte aux contradictions; et votre ame, ô mère, » sera percée d'un glaive ». Parole effroyable pour une mère. Il est vrai que ce bon vieillard ne lui dit rien en particulier des persécutions de son Fils ; mais ne croyez pas, chrétiens, qu'il veuille épargner sa donlenr : Don , non, chrétiens, ne le croyez pas; c'est ce qui l'afflige le plus , en ce que , ne lui disant rien en particulier, il lui laisse à appréhender toutes , choses. Car est-il rien de plus rude et de plus affreux que cette cruelle suspension d'une ame menacée de quelque grand mal , et qui ne peut savoir ce que c'est ? Ah ! cette pauvre ame , confuse, étonnée, qui se voit menacée de toutes parts, qui ne voit de toutes parts que des glaives pendaas sur sa tête, qui ne sait de quel côté elle se doit mettre en garde , meurt en un moment de mille morts. C'est là que sa crainte toujours ingénieuse pour la tourmenter, ne pouvant

savoir

DS LÀ SÂIlfTE VIERGE. igS

savoir son destin , ni le mal qu*on lui prépare , va parcourant tous les maux les uns après les autres , pour faire son supplice de tous ; si bien qu'elle souffre toute la douleur que donne une prévoyance assurée, avec toute cette inquiétude importune, toute Tangoisse et Tanxiété qu'apporte une crainte douteuse. Dans celir cruelle incertitude, c'est une espèce de repos que de savoir de quel coup il faudra mourir; et saint Augustin a raison de dire qu' « il est » moins dur sans comparaison de souffrir une seule * » mort , que de les appréhender toutes » : Longe satiiis est unam perpeti moriendo , quhm omnes timere "vii^endo (^).

C'est ainsi qu'on traite la divine Vierge. O Dieu I qu'on ménage peu sa douleur ! Pourquoi la frappezvous de tant.de côtés? qu'elle sache du moins à quoi se résoudre : ou ne lui dites rien de son mal, pour ne la point tourmenter par la prévoyance; oudites^ lui tout son mal , pour lui en ôter du moins la sui^rise. Chrétiens, il n'en sera pas de la sorte, on la veut éprouver : on le lui prédira, afin qu'elle le sente long-temps ; on ne lui dira pas ce que c'est, pour ne pas ôter à la douleur la secousse que la surprise y ajoute. O prévoyance ! ô surprise ! ô ciel ! ô terre ! ô mortels ! étonnez-vous de cette constance ! Obstupescite ip) ! Ce qu'on lui prédit lui fait tout craindre, ce qu'on exécute lui fait tout sentir. Voyez cependant sa tranquillité : là elle ne demande point : Qu arrivera-t-il ? quoi qu'il arrive ; ici elle ne murmure pas de ce qui est arrivé : Dieu

(0 De dvU. Dei. lib. i, cap, xr, tom. Tif, coL la («) Jerem.

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