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BOSSUET. XllI. i3
IQ^ SCn LA COMPASSION
l'a voulu, il faut le vouloir. La crainte n'est pas curieuse; la douleur n'est pas impatiente : la première ne s'informe pas de l'avenir; t[uoi qu'il arrive, il faut s'y soumettre : la seconde ne se plaint pas du présent : Dieu l'a voulu , il faut se résoudre. Voilà les deux actes de résignation ; se préparer à tout ce qu'il veut, se résoudre à tout ce qu'il fa*.
Marie, alarmée dans sa prévoyance, regarde déjà son Fils comme une victime : elle le voit déjà tout couvert de plaies ; elle le voit dans ses langes comme enseveli; il lui est, dit-elle, a un faisceau de myrrhe » qui repose entre ses mamelles n : Fasciculus myrrhes dilectus meus mihi ('). C'est, dit-elle, ua faisceau de myrrhe , à cause de sa mort qui est toujours présente à ses yeux. Spectacle horrible pour une mère ! O Dieu, il est à vous; je consens à tout, faites-en votre volonté : elle lui voit donner le coup à la croix. Achevez, fi Pt-re éternel : ne faut-il plus que mon consentement pour livrer mon Fils à la mort ? je lui donne , puisqu'il vous plaît ; je suis ici pour souscrire à tout; mon action vous fait voir que je suis prête : déchargez sur lui toute votre colère ; ne vous contentez pas de frapper sur lui ; pi-enez votre glaive pour percer mon ame , déchirez toutes mes entrailles , arrachez-moi le cœur en m'ôtant ce Fils bien-aimé.
Ah '. mes Frères , je n'en puis plus. Je voulois vous exhorter ; c'est Marie qui vous parlera ; c'est elle qui vous dira que vous ne sortiez point de ce lieu sans donner à Dieu tout ce que vous avez de plus cher. Est-oe un mari , est-ce un iils? ah 1 vous ne le per-
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DE LA SAINTE VIE&GE. IqS
drez pas, pour le déposer en ses mains; il rendra le tout au centuple. Marie reçoit plus qu'elle n^e lui donne. Dieu lui rendra bientôt ce Fils bien-aimé; et en attendant , chrétiens, en le lui ôtant pour trois jours, il lui donne pour la consoler tous les chrétiens pour enfans : c'est par où )e m*en vais conclure.
TROISIÈME POINT
C'est au disciple bien-aimé de notre Sauveur, c'est au cher Fils delà sainte Vierge, et au premierné des enfans que Jésus-Christ son Fils lui donne à la croix , de vous représenter le mystère de cette fécondité merveilleuse : et il le fait aussi dans TÂpocalypse par une excellente jfigure. « il parut, dit*il, » un grand s.igne au ciel ; une femme environnée » du soleil , qui avoit la lune à ses pieds et la tête » couronnée d'étoiles, et elle faisoit de grands cris » dans le travad de Tenfiintement (0 ». Saint Augustin nous assure que cette femme c'est la sainte Vierge W ; et il seroit aisé de le faire voir par plusieurs raisons convaincantes. Mais de quelle sorte expliquerons-nous cet enfantement douloureux ? ne savons-nous pas , chrétiens , puisque c'est la foi de l'Eglise, que Marie a été exempte de cette commune malédiction de toutes les mères , et qu'elle a enfanté sans douleur, comme elle a conçu sans corruption 7 Comment donc démélerons-nous ces contrariétés apparentes ?
C'e^t ici qu'il nous faut entendre deux enfante-
(0 Apec. xu. I . *- (*^ Serm. ly. de Simp, ad Catec. cap, j, iom, tj, €oL $7 5.
J^6 SUn LA COMPASSION
iDCDS de Marie : elle a enfanté Jésus-Christ, elle a enfanté les Qdèles ; c'est-k-dire , elle a enfanté l'innocent, elle a enfanté les pécheurs : elle enfante l'innocent sans peine ; mais il falloit qu'elle enfantât les pécheurs parmi les douleurs et les cris : et vous en fierez convaincus , si vous considérez attentivement à quel prui elle les achète. Il faut qu'il lui en coûte son Fils unique; elle ne peut être mère des chrétiens, qu'elle ne donne son Lien-aimé h la mort : ô fécoodité douloureuse ! Mais il faut. Messieurs, vous la faire entendre, en rappelant à votre mémoire cette vérité importante , que c'étoit la volonté du Père -éternel de faire naitre les enfans adoptifs par la mort du Fils véritable. Ah ! qui pourrait ne s'attendrir pas à la vue d'un si beau spectacle 7
Il est vrai qu'on ne peut assez admirer cette immense charité de Dieu par laquelle il nous a choisis pour enfans. Il a engendré dans l'éternité un Fils ^ui est égal à lui-même , qui fait les délices de sod cœur, qui contente entièrement son amour comme il épuise sa fécondité ; et néanmoins , ô bonté ! 6 miséricorde ! ce Père , ayant un Fils si parfait , ne laisse pas d'en adopter d'autres : cette charité qu'il a pour les hommes, cet amour inépuisable et surabondant fait qu'il donne des frères à ce premier-né, des compagnons à cet unique , et eofiQ des cohéritiers à ce bien-aimé de son cœur : il fait quelque chose de plus, et vous le verrez bientôt au Calvaire, Non-seulement il joint à son propre Fils des^nfans qu'il adopte par miséricorde ; mais , ce qui passe toute créance, il livre son propre Fils à la moit pour