‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 28 sur 81 · DE LU SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

DE LU SAINTE VIERGE

faire nattre les adoptifs. Qui voudroit adopter à ce prix y et donner un fils pour des étrangers ? iC'est néanmoins ce que fait le Père éternel.

Et ce n^est pas moi qui le dis y c'est Jésus qui nous renseigne dans son Evangile, a Dieu- a tant aimé le s> monde » ; écoutez , hommes mortels ^ voilà Tamour de Dieu qui parott sur nous, c'est le principe de notre adoption; « qu'il a donné son Fils^niqueCO » : ah ! voilà le Fils unique livré à la mort ; paroissez maintenant , enfans adoptifs ; « afin que ceux qui » croient ne périssent pas, maisy qu'ils aient la vie » éternelle ». Ne voyez-vous pas manifestement qu'il donne son propre Fils à la mort , pour faire naître les enfans d'adoption ; et que cette même charité du Père qui le livre , qui l'abandonne , qui le sacrifie ^ nous adopte ^ nous vivifie et nous régénère : comme si le Père éternel ayant vu que l'on n'adopte des en^ fans que lorsqu'on n'en a point de véritables, son amour et inventif et ingénieux lui avoit heureusement inspiré pour nous ce dessein de miséricorde y de perdre en quelque sorte son Fils pour donner lieu à l'adoption , et de faire mourir Tunique héritier pour nous faire entrer en ses droits. Par conséquent, enfans d'adoption, que vous coûtez donc au Père éternel !

Mais ne vous persuadez pas que Marie en soit quitte à meilleur marché : elle est l'Eve de la nouvelle alliance et la mère commune de tous les fidèles ;. mais il faut qu'il lui en coûte la mort de son premier-né , il faut quelle se joigne au Père éternel, et qu'ils livrent leur commun Fils d'un commun ac-

0) Joan. m. 16.

I()8 SUR LA COMPASSIO!»

cord au snpplicc. C'est pour cela que la Providence Va appelée au pied de la croix; elle y vient immoler son Fils véritable : qu'il meure , afm que les hommes vivent. Elle y vient recevoir de nouveaux enfans : « Femme , dit Je'sus , voilà voire Fils [0 ». O cnfantement vraiment douloureux ! o fécondité qui lui est k charge ! Car quels furent ses sentimens , lorsqu'elle entendit cette voix mourante du dernier adieu de son Fils? Non, je ne crauis point de vous assurer que de tous les traits qui percont son ame , celui-ci est sans doute le plus douloureux.

Je me souviens ici, clirétiens, que saint Paulin, évêque de Noie, parlant de sa parente sainte M^lanie, à qui d'une nombreuse famille il ne restoit plus qu'un petit enfant, nous peint sa douleur par ces mots : » Elle étoit , dit-il, avec cet enfant, reste » malheureux d'une grande ruine; qui bien loin de » la consoler, ne faisoit qu'aigrir ses douleurs, et n sembloit lui être laissé pour la faire ressouvenir » de son deni(, plutôt que pour réparer son domu mage » : Unico tantUm sibi paryuïo , incentore poUàs çuàm consolatore lacry marum, admemoriam potilis çuàm ad compensationem affectaum derelicto (i). Ne vous semble-t-il pas, mes Frères, que ces paroles ont été faites pour représenter les douleurs de la divine Marie : « Femme, dit Jésus, » voilà votre fils » ; Eccejilius tuus? Ah! c'est ici, dit-elle, le dernier adieu ; mon Fils, c'est à ce coup que vous me quittez : mais hélas! quel fils me don* nez-vous en votre place? et faut-il que Jean me coûte si cher? quoi, un homme mortel pour un (') Joan. m. a6. — . (»; Epitl. ïiix. adSevtr. p. iSo.

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