‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 29 sur 81 · DE LÀ SAINTE VIERGE. I · texte numérisé non relu

DE LÀ SAINTE VIERGE. I

homme-Dieu ! Ah ! cruel et fuueste échange ! triste et malheureuse consolation !

Je le vois bien^ ô divin Sauveur, vous n'avez pas tant dessein de la consoler, que de rendre ses regrets immortels. Son amour accoutumé à un Dieu, ne rencontrant en sa place qu un homme mortel , en sentira beaucoup mieux ce qui lui manque; et ce fils que vous lui donnez , semble paroître toujours à ses yeux , plutôt pour lui reprocher son malheur que pour réparer son dommage. Ainsi cette parole la tue, et cette parole la rend féconde : elle devient mère des chrétiens parmi TelTort d'une affliction sans mesure. On tii*e de ses entrailles ces nouveaux enfans avec le glaive et le fer , et on entr*ouvre son cœur avec une violence incroyable, pour y enter cet amour de mère qu'elle doit avoir pour tous les fi* dèles.

Chrétiens, enfans de Marie ^ mais enfans de ses déplaisirs, enfans de sang et de douleurs, pouvezvous écouter sans larmes les maux que vous avez faits à votre Mère? pouvez-vous oublier ses cris parmi lesquels elle vous enfante? L'Ecclésiastique disoit au* trefois : Gemitus mairis tuœ ne oblMscaris (0 : ce N'oublie pas les gémissemens de ta mère «>. Chrétien, enfant de la croix, c'est à toi que ces paroles s'adressent : quand le monde t'attire par ses voluptés; pour détourner l'imagination de ses délices pernicieuses, souviens-toi des pleurs de Marie, et n'oublie jamais les gémissemens de cette Mère si charitable : Gemitus mairis tuœ ne obliviscaris. Dans les tentations violentes, lorsque tes forces sont pres-

V») EccU. vu. ag.

aOO SUR LA COMPASSIon

que abattues, que les pieds cliancèlent dans la droite voie, que l'occasion, le mauvais exemple, ou l'ardeur de la jeunesse te presse, n'oublie pas les géraissemens de ta Mère ; Ne obîiviscaris. Souviens - toi des pleurs de Marie, sou viens- toi des douleurs cruelles dont tu as dt^cliiré son cœur au Calvaire; laissetoi iSinouvoir au cri d'une Mère. Misérable, quelle est ta pensée? veux-tu élever une autre croix pour y attacher Jésus-Christ? veux-tu faire voir à Marie son Fils cruciCé encore une fois? veux-tu couronner sa tête d'épines, fouler aux pieds à ses yeux le sang du nouveau Testament , et par un si horrible spectacle rouvrir encore toutes les blessures de son amour maternel ? A Dieu ne plaise, mes Frères^ que nous soyons si dénaturés ! laissons-nous émouvoir aux cris d'une Mèi-e.

Mes enfans, dit-elle, jusqu'ici je n'ai rien sou^ fert, je compte pour rien toutes les douleurs qui m'ont affligée à-la croix; le coup que vous me donnes par vos crimes, c'est là véritablement celui qui me blesse. J'ai vu mourir mon Fils bien -aimé; mais comme il soufTroit pour votre salut , j'ai bien voulu l'immoler moi-même, j'ai bu cette amertume avec joie. Mes enfans, croyez-en mon amour : il me semble n'avoir pas senti cette plaie , quand je la compare aux douleurs que me donne votre impénitence. Mais quand je vous vois sacrifier vos âmes à la fureur de Satan; quand je vous vois perdre le sang de mon Fils en rendant sa grâce inutile, faire un jouet de sa croix par la profanation de ses sacremens, outrager sa miséricorde en abusant si long-temps de sa patience; quand je vois que vous ajoutez l'insolence

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