‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 31 sur 81 · SUR LA COMPASSION DE LA SAINTE VIERGE · texte numérisé non relu

SUR LA COMPASSION DE LA SAINTE VIERGE

Constance admiralilc de Icsui sur sa croix : ma dernières dispositions : mystère qu'elles conlicnDent. Combica l'Hiuitié rëcijiroque du Fili et tle U Mcee sont incnaccvuhlcs. Excelleuce ci avuDlagei de l'union uès-pucfuite de Marie avec le Père clcinei : pouioir di: cette MiTc sur le cietir de sou Fits. Mutic, mère commtuie (le toui les lîdclcu ■■ comment elle les a enfantés : quelle nt la mesure de (on amour pour eox. En quoi coneiate la véritable dévotioD k la gaint« Vierge : qui sont Les dévou supeiilitlciui, El ccui ([ue Marie reconnolt pour ms eufans.

Dicit Jésus Malri sa» : Millier, ecce Filius taas. Deindc dicit discipulo : Ecce mater tua.

Jésus dit Usa Mère : Femme, voilà voire Fils, Après il dit à son disciple : f^oilà votre mère. Joan. xix. 36.

01 jamais l'amour est ingénieux , si jamais il produit de grands et de nobles elléts, il faut avoueique c'est particulièrement à l'extrémité de la vie qu'il fait paroitre ses plus belles inventions et ses plus généreux transports. Comme l'amitié semble ne vivre que dans ia compagnie de l'objet aimé;

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quand elle se voit menacée d'une séparation éter- Bclle y autant qu^une loi fatale Téloigne de sa pré* sence, autant elle tâche de durer dans le souvenir. C'est pourquoi les amis mêlent ordinairement des actions et des paroles si remarquables parmi les douleurs et les larmes du dernier adieu ^ que lorsque rhistoire en peut découvrir quelque cliose, elle a accoutumé d'en faire ses observations les plus eu* rieuses.

L'histoire sainte, chrétiens, ne les oublie pas, et vous en voyez une belle preuve dans le texte que j'ai allégué. Saint Jean , le bien-aimé du Sauveur, i(ue nous pouvons appeler l'Evangéliste d'amour, a été soigneux de nous recueillir les dernières paroles dont il a plu à son cher maître d'honorer en mou* rant, et sa sainte Mère et son bon ami; c'est-à-dire les deux personnes du monde qu'il aimoit le plus. O Dieu ! que ces paroles sont dignes d'être méditées, et qu'elles peuvent servir de matière à de belles réflexions ! Car, je vous demande, y a-t-il chose plus agréable que de voir le sauveur Jésus être libéral , même dans son extrême indigence 7 Hélas ! il a dit plusieurs fois que son bien n'étoit pas sur la terre ; il n'y a pas eu seulement de quoi reposer sa tête : et pendant qu'il est à la croix , je vois l'avare soldat qui partage ses vêtemens, et joue à trois dés sa tunique mystérieuse ; tellement qu'il semble que la rage de ses bourreaux ne lui laisse pas là moindre chose dont il puisse disposer en faveur des siens. Et cependant , chrétiens , ne croyez pas qu'il sorte de ce monde sans leur laisser quelque précieux gage de son amitié.

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L'antiquité a fort rem.ircjué (0 l'action d'un cer- | tain pliilosoplic (*), qui, tie laissant pas en mourant de quoi entretenir sa famille, s'avisa de léguer à ses amis sa mère et ses enfans par sou testament. Ce que la ae'cessité suggt^ra à ce philosophe, l'amour le fait faire à mon maître d'une manière bien plus admirable. Il ne donne pas seulement sa Mère à son ami, il donne encore son ami à sa sainte Mtre, il leur donne à tous deux ; et il les donne tous deux ; et l'un et l'autre leur est e'galement profitable : Eccejllius ùius, eccc mater tua. O bienheureuse Marie , ces paroles ayant e'té prononcées et par votre Fils et par notre maitre, nous ne doutons pas qu'il ne lei ait dites et pour vous consoler et pour nous instruire. Nous en espiîrons Tintelligence par vos prières; et afin que vous nous fassiez entendre les paroles par lesquelles vous êtes devenue mère de saint Jean, nous vous allons adresser une autre parole qui vous a rendue Mère du Sauveur : toutes deux vous ont été portées de la part de Dieu ; mais vous reçutesl'uDede la propre bouche de son Cils unique, et l'autre vous fut adresse'e parle ministère d'un ange qui vous salua en ces termes : Ave, gralid plena.

Parmi tant d'objets admirables que la croix du sauveur Jésus présente à nos yeux, ce que nous fait remarquer saint Jean - Chrysostôme , traitant l'Evangile que nous avons lu ce matin , est digne , à mon avis, d'une considération très -particulière. Ce grand personnage, contemplant le Fils de Dieu prêt

C') Luàan. Dialog. Toxar. ttu Ainicîl.

(*} Eudainidu de Corintlie.

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à rendre Tame^ ne se lasse point d'admirer oomme il se possède dans son agonie , et comme il paroit absolument maître de ses actions. La veille de sa moi^, dit ce saint évéqueCO^ il sue, il tremble , il frémit, tant Timage de son supplice lui parott terrible î et dans le fort des douleurs, vous diriez que ce soit un autre homme, à qui les tourhiens ne fout plus rien. Il s'entretient avec ce bienheureux larron, d'un sens rassis et sans s'émouvoir : il considère et reconnoit distinctement ceux des siens qui sont au pied de sa croix, il leur parle, il les console ; enfin ayant remarqué que tout ce qu il avoit à faire étoit accompli , qu'il avoit exécuté de point en point la volonté de son Père, il lui rend son ame avec une action si paisible, si libre, si préméditée , qu'il est aisé à juger que « personne ne la lui ravit , mais » qu'il la donne lui-même de son plein gré » , ainsi qu'il l'assure : Nenio toUit eam à me, sed ego pono eam à meipso M. Qu'est-ce à dire ceci, demande saint Jean-Chrysostôme 7 comment est-ce que Tappréhension du mal Tafilige si fort , puisqu'il semble que le mal même ne le touche pas 7 est-ce point que l'économie de notre salut devoit être tout ensemble un ouvrage de force et d'infirmité 7 11 voulolt montrer par sa crainte qu'il étoit comme nous sensible aux douleurs, et faire voir par sa constance qu'il savoit bien maîtriser ses inclinations, et les faire céder à la volonté de son Père. Telle est la raison que nous pouvons tirer de saint Jean-Chrysostôme;'et je vous avoue , chrétiens, que je n'aurois pas la har-

(i) In Joan. Hom, lxxxv, tom» Tiii, n. 3, pag. 5u5, 5o6. — • {^)Joan. X. i8.

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iliesse d'y a)outer mes peosées, si lersujct que je traite ne m'y obligeoit.

Je considère donc le Sauveur pendu à la croix, non-seulement comme une victime innocente qui se dévoue volontairement pour notre salut, mais encore comme un père de famille qui sentant approcher son heure dernière, dispose de ses biens par son testament; et sur une vérité' si connue , je fonde celte réflexion que je fais. Un homme est malade en son lit; on le vient avertir de donner ordre à ses affaires au plutôt, parce que sa sauté est désespérée par les médecins ■ en mèiue temps, si abattu qu'il soit par la violence du mal , il fait un dernier efibrt pour ramasser ses esprits , afin de déclarer sa dernière volonté d'un jugement sain et entier. Il me semble que mon Sauveur a fait quelque cbose de semblable sur le litsanglant de la croix. Ce n'est pas que je veuille dire que la douleur ou l'appréhension de ta mort aient jamais pu troubler tellement son esprit, qu'elles lui empèchassentaucune de ses fonctions : plutôt ma langue demeure à jamais immobUe, que de prononcer une parole si téméraire. Mais comme il vouloit témoigner à tout le monde qu'il BC faisoit rien en cette rencontre qui ne partit d'une mûre délibe'ration , il jugea à propos de se comporter de telle sorte qu'on ne pût pas remarquer la moindi-e émotion en son ame ; alin que son testament ne fût sujet* ^ aucun reproche. C'est pourquoi il s'adiesse à sa Mère et à son disciple avec une contenance si as5ui-ée, parce que ce qu'il avoit à leur dire devoit faire une des principales clauses de son testament : et en voici le secret.

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