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» représentation de Marie ». Â quoi j^aurois encore à ajouter un passage célèbre de saint Augustin , dans le livre de la sainte Virginité , oh ce grand docteur nous enseigne que la Vierge, « selon le corps , est » mère du Sauveur qui est notre chef; et selon Tes- » prit y des fidèles qui sont ses membres » : Came mater capitis nostri , spiritu mater membrorum ejus (0. Mais d'autant que je me sens obligé dé réduire en peu de mots ce que je me suis proposé de vous dire , afin de laisser le temps qui est nécessaire pour le reste du service divin ; je passe beaucoup de choses que je pourrois tirer des saints Pères sur ce sujet; et sans examiner tous les titres par lesquels la sainte Vierge est appelée à bon droit la Mère des chrétiens , je tâcherai seulement de vous faire voir, et c'est à mon avis ce qui vous doit toucher davantage, qu'elle est mère par le sentiment; je veux dire qu'elle a pour nous une tendresse véritablement maternelle : pour le comprendre, vous n'avez , s'il vous platt , qu'à suivre ce raisonnement. Ayant présupposé, et sur la foi de l'Eglise, et sur la doctrine des Pères, encore que je l'aie seulement touché ea passant , ayant , dis-je , présupposé que Marie est véritablement notre mère ; si je vous demandois, chrétiens, quand elle a commencé à avoir cette qualité, vous me répondriez sans doute que notre Seigneur vraisemblablement la fit notre mère, lorsqu'il lui donna saint Jean pour son fils. En efiet , nous y trouvons toutes les convenances imaginables : car je vous ai avertis dès Feutrée de ce discours, et il Xi^est pas hors de propos de vous en taire ressouvenir,
(0 De eiuiU» Virgmit n. 6, tom. ji^coL ^3.
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que saint Jean ayant été conduit par la main de Dieu au pied de la croix , y avoît tenu 1» personne de tous les fidèles; et j*en ai touché une raison qui tne semble fort apparente : c'est, s'il vous en souvient, que tous les autres disciples de notre Seigneur ayant été dispersés, la Providence n'avoit retenu près de lui que le bien-aimé de son cœur; alÎD qu'il y pût représenter tous les autres, et recevoir en leur nom les dernières volontés de leur Maître, Sur quoi considérant qu'il y a peu d'apparence que le Fils de Dieu, dont toutes les paroles et les actions sont mystérieuses , en une occasion si importante ne l'ail considéré que comme un homme particulier; nous avons inféré , ce me semble avec beaucoup de raison, qu'il a reçu la parole qui s'adressoit à nous tous, que c'est en notre nom qu'il s*est mis înconti- , nent en possession de Marie , et par conséquent c'est j ]k proprement qu'elle est devenue notre mère.
Cela étant ainsi résolu j'ai une autre proposition ï vous faire. D'où vient, à votre avis, que notre Seigneur attend cette heure dernière , pour nous donner à Marie comme ses enfans? Voua me direz peut-être qu'il a pitié d'une Mère désolée qui perd le meilleur fîls du monde, et que, pour la consoler, il lui donne une postérité éternelle. Cette raison est bonne et solide; mais j'en ai une autre à vous dire, 'que peut-Jtre vous ne désapprouverez pas. Je pense que le dessein du Fils de Dieu est de lui inspirer pour nous dans cette rencontre une tendi-esse de mère. Comment cela, direz-voas? nous ne voyons pas bien cette conséquence. Il me semble pourtant , chrétiens, qu'elle n'est pas extrêmement éloignée.
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Marie ëtoit au pied de la croix , elle voyoit ce cher Fils tout couvert de plaies , ëteodant ses bras à un peuple incrédule et impitoyable , soii sang qui dé* bordoit de tous côtés par ses veines déchirées : qui pourroit vous dire quelle étoit Fémotion du sang maternel 7 Non y il est certain ^ elle ne sentit jamais mieux qu'elle étoit mère; toutes les souffrances de son Fils le lui faisoient sentir au vif.
Que fera ici le Sauveur 7 vous allez voir, chrétiens , qu il sait parfaitement le secret d'émouvoir les affections. Quand Famé est une fois prévenue de quelque passion violente touchant quelque objet , elle reçoit aisément les mêmes impressions pour tous les autres qui se présentent* Par exemple , vous êtes possédés d'un mouvement de colère ; il sera difficile que tous ceux qui approcheront de vous , si innocens qu'ils puissent étre^ n'en ressentent quelques effets : et de là vient que dans les séditions populaires , un homme adroit, qui saura manier et ménager avec art les esprits de la populace, lui fera quelquefois tourner sa fureur contre ceux auxquels on pensoit le moins; ce qui rend ces sortes de mutineries extrêmement dangereuses» n en est de même de toutes les autres passions; parce que Tame étant d^]à excitée, il ne reste plus qu'à l'appliquer sur d*autres objets ; à quoi son propre mouvement la rend extrêmement dis[>osée. C'est pourquoi le Fils de Dieu , qui avoit résolu de nous donner la sainte Vierge pour mère, afin d'être notre frère en toute façon , admirez son amour, chrétiens, voyant du haut de sa croix combien l'ame de sa mère étoit attendrie, et que son cœur ébranlé faisoit inonder par ses yeux un tor-
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renl de larmes améres; comme si c'eût été là qu'il l'eût attendue, il prît son temps de lui dire, lui montrant saint Jean : « Femme, voilà ton fils » ; Ecte Jîtius tuus. Fidèles , ce sont ses mots ; et voici son sens, si nous le savons bien pénétrer : O femme lui dit -il, alHigée, à qui un amour infortune fait dprouwr à présent jusqu'où peut aller la compassion d'une mère; cette même tendresse dont vous êtes à pre'sent touchée si vivement pour moi, ayez- )a pour Jean mon disciple et mon bien-aimtf, ayezla pour tous mes fidèles , que je vous recommande en sa personne ; parce qu'ils sont tous mes disciples et mes bien-aimes : Eccejilius tuus. De vous dire combien ces paroles, poussées du cœur du Fils, dcscen- , dirent profonde'ment au cœur de la mère, et l'impression qu'elles y firent, c'est une chose que je n'oscrois pas entreprendre. Songez seulement que celui qui parle, opère toutes clioses par sa parole toute-puissante , qu'elle doit avoir un effet merveilleux, surtout sur sa sainte mère-, et que pour lui tlonner plus de force, il l'a animée de son sang, et l'a proférée d'une voix mourante, presque avec les derniers soupirs : tout cela joint ensemble, il n'est pM croyable ce qu'elle rftoit capable de faire dans l'ame de la sainte Vierge. Il n'a pas plutôt lâché le mot ksaint Jean pour lui dire que Marie estsamère, qu'incontinent ce disciple se sent possédé de tontes les ailèctions d'un bon fila, et depuis cette heure-là, il la prit chez lui : Et ex illa hora accepit eam dis~ cipuliu in stta (0 : à plus forte raison , sa parole doitelle avoir agi sur l'ame de sa sainte mère, et y avoir
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fait entrer bien avant un amour extrême pour nous, comme pour ses véritables enfans.
Il me souvient à ce propos de c^s mères misérables à qui on déchire les entrailles par le fer , pour en tirer leurs enfans au monde par violence. Il vous est arrivé quelque chose de semblable , ô bienheureuse Marie : c'est par le cœur que vous nous avez enfantés; parce que vous nous avez enfantés par la charité : Cooperata est charitaie, utfilii Dei in Ecclesia nascerenlur ^ dit saint Augustin (0. Et j*ose dire que ces paroles de votre Fils , qui étoient son dernier adieu , entrèrent en votre cœur ainsi qu un glaive tranchant, et y portèrent jusqu'au fpnd, avec une douleur excessive , une . iocUnation de mère pour, tous les fidèles. Ainsi: vous nous ave? , pour ainsi dire, enfantés d'un cœur déchiré parmi la véhémence d'une affliction infinie : et. toutes, les fois que les chrétiens paroissent devant vos yeu3(^. vousi vous souvenez de cette dernière parole, et vos entrailles s'émeuvent sur nous comme sur les enfans de votre douleur et de votre amour ; d'aut^t plus que vous ne sauriez jeter sur nous vos regards, que nous ne représentions à votre cœur ce Fils que vous aimez tant, dont le Saint-Esprit prend plaisir de graver la. ressemblance dans l'esprit de tous les fidèles; [d'autant plus] que \ous nous voyez tout au.tant <|ue nous sommes de chrétiens^ tout. couverts du ,sang du Sauveur dont nous sommes teints et blanchis, et que vous remarquexr ea nous ses mêmes linéamens.
C'est une doctrine que jp tiens des Ecritures, di*
(>) De tanet. yirg, ubi suprà.
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vines, et qui est bien puissante pour nous exciter Ù la vertu, outre qu'elle fait beaucoup à eclaircirla vérité que je traite j c'est pourquoi il est à propos fie vous la deduii-e : car j'apprends de l'apôtre saint Paul, et cette doctrine, ô fidèles, est bien digne de voire audience, que tous les cbre'tiens, dont l.i vie répond à la profession qu'ils ont faîte, portent imprimés en leur auie les traits naturels et la véritable image de notre Seigneur. Comment cela se fait-ill certainement In manière en est admirable. Vivre cbrétiennemcnt , c'est se conformer à la doctrine du Fils de Dieu. Or je dis que la doctrine du Fils de Dieu est un tableau qui est tire sur sa sainte vie : U doctrine est la copie, et lui-même est l'ortginal; ea quoi il diffère beaucoup des autres docteurs qui se mêlent d'enseigner k bien vivre : car ceux-ci ne seront jamais assez téméraires pour former sur leuit actions les règles de la bonne vie; mais ils ont accoutBiBé de se figurer de belles idées, ils ^tablisseot certainesrègles, sur lesquelles ils tâchent eux-mêmes de se 'Composer: Tout au contraire , le Fils de Dieu éttcnt envoyé au moncle pour y être un caempiaire achevé de la plus haute perfection, ses enseigne^ mens étotetit dériva de ses mœurs i il enseignoit les choses, parce qu'itles-pratiquoit : sa parble n'était qu'une image de sa coodoite: Que faït donc le Saint- Ksprit dans l'aned'un bon chrétien? il &it qael'Fîvangîle est son Consol danS tous ses desseins, et l'unique règle qu'il^regerdé dans ses actions. Insensiblement la doctrine du Fils de Dieu passe dans ses mœurs : il devient, pour ainsi dire, un Evangile vivant : tout y sent le Alaitie dont U a reçu les le-
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çoiiSy il en prend tout Tesprit ; et si vous pénétriez dans Fintérieur de sa conscience , vous y verriez les mêmes linéamiens ^ les mêmes affections^ les mêmes fiiçons de faire qu'en notre Sauveur.
Et c est ce qui touche sensiblement la bienheu« reuse Marie, comme il m'est aisé de Fédaircir par un exemple familier. Vous verrea quelquefois une mère qui caressera extraordinairement un enfant, sans en avoir d'autre raison , sinon que c'est, à son avis, la vraie peinture du sien. Cest ainsi, dira*t*elle, qu'il pose ses mains; c'est ainsi qu'il porte ses yeux; telle est son action et sa contenance : les mèi*es sont in*g^nieuses à observer jusqu'aux moindres choses. Et qu'est-ce que cela ? sinon comme une course , si on [ peut ] parler de la sorte , que fait l'affection d'une mère , qui ne se contentant pas d'aimer son fils en sa propre personne , le va chercher partout où elle peut en découvrir quelque chose. Que si elles sont si fort émues de quelque ressemblance ébauchée ; «[ue dirons-nous de Marie , lorsqu'elle voit dans l'ame des chrétiens des traits immortels de la par&ite beauté de son Fils , que le doigt de Dieu a si bien forma dans leur ame 7
Mais il y a plus : nous ne sommes pas seulement lès images vivantes du Fils de Dieu , nous sommes encore ses membres, et nous composons avec lui un corps dont il est le chef; nous sommes son corps et sa plénitude, comme enseigne l'apôtre; qualité qui nous unit de telle sorte avec lui, que quiconque aime le Sauveur, il faut par nécessité, que par le même mouvement d'amour, il aime tous les fidèles. [C'est] ce qui attire si puissamment sur nous les af-
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feclions de la sainte Vierge , qu'il n'y a point de m^re qui puisse aller à l'ëgal ; ce qu'il me seroit aisé de vous faire voir par des raisonnemens invincibles, si je n'fîtois pressé de finir bientôt ce discours : et pour vous en convaincre , je ne veux seulement que vous en proposer eu abre'gé les principes, après avoir repassa légèrement sur quelques verite's que j'ai tâché d'établii' dans ma première partie , dont il est nécessaire que vous ayez me'moire pour l'intelligence de ce qui me reste à vous dire.
Je vous ai dit , chrétiens , que la maternité de la Vierge n'ayant point d'exemple sur la terre, il en est de même de l'aiTection qu'elle a pour son Fils : et comme elle a cet honneur d'être la mère d'un Fils qui n'a point d'autre père que Dieu; delà vient que, laissant bien loin au-dessousde nous toute la natui-e, nous lui avons été chercher la règle de son amour dans le seip du Père éternel. Car de même que Die» le Père, voyant que la nature humaine touche de si près à son Fils unique, c'tend son amour paternel à l'humanité du Sauveur , et fait de cet homme-Dieu l'unique objet de ses complaisances, comme nous l'avons prouvé parle témoignage des Ecritures; ainsi avons-nous ditquela bienheureuse Marie ne séparoil plus la divinité d'avec l'humanité de son Fds, mais qu'elle les embrassoit eu quelque façon toutes deui par un même amour. Ce senties véritëssur lesquelles nous avons établi l'union de Marie avec Dieu 1:1 «a Toici quelques autres qui vous feront bien voir «« charité envers nous.
Les mêmes Ecritures qui m'appreoneot que Dieu aime en quelque façon par un même amoui' la divî-
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nitéetJlramanité de son Fils, à cause de leur société ins^arable en la personne adorable de notre Seigneur Jésus-Christ y m'enseignent aussi qu'il nous aime par le même amour qu'il a pour son Fils unique et bien-aimé , à cause que nous lui sommes unis comme les membres de son corps ; et c'est de toutes les maiimes du christianisme celle qui doit porter le plus haut nos courages et nos espérances. En voulez -vous un beau témoignage dans la bouche même de notre Seigneup? écoutez ces belles paroles qu'il adresse à son Père , le priant pour nous : Dilectio , çud ddlexisli me , in ipsis sit, et ego ineisi^): fc Mon Père y dit-il ^ je suis en eux , parce qu'ils sont % mes membres ; je vous prie que Taflection par la- » quelle vous m'aimez y soit en eux ». Voyez , voyez, chrétiens y et réjouissez-vous. Notre Sauveur craint que l'amour de son Père ne £i8Se quelque différence entre le chef et les membres ; et connoissez par-là combien nous sommes unis avec le Sauveur, puisque Dieu même y qui a distingué tous les êtres par une si aimable variété^ ne nous distingue plus d'avec lui y et répand volontiers sur nous toutes les douceurs de son affection paternelle. Que s'il est vrai que Marie ne règle son amour que sur celui du Père éternel y allez y 6 fidèles , allez à la bonne heure à cette mère incomparable ; croyez qu'elle ne vous discernera plus d*ayec son cher Fils : elle vous considérera comme « la chair de sa chair, et comme les os de ses 31 os » y ainsi que parle l'apôtre C^) y comme des per* sonnes sur lesquelles et dans lesquelles son sang a coulé; et pour dire quelq^ue chose de plus, elle vous
(0 Joan, xTii. îi6 — {*) Epkes. r. 3o.
I aao SUR LA COMPASSION ^^H
' regardera commeautatitdeJésus-Cliristssurla terre: 1
l'atnonr qu'elle a pour sou Fils, sera la uaesure de celui qu'elle aura pour vous, et partant ne craignez point de l'appeler votre mère; elle a au souverain degi'é toute la tendresse que cette qualité demande. C'est , si je ne rae trompe , ce que je m'étois proposé de prouver dans cette seconde partie ; et je loue Dieu de ce qu'il nous a fait la grâce d'établir une dévotion sincère à la sainte Vierge, sur des maximes qui me semblent si chrétiennes. Mais prenez garde que ces mêmes raisonnemens , qui doivent nous donner une grande confiance sur l'intercession de la Vierge, ruinent en même temps une confiance té* méraiie à laquelle quelques esprits inconsidérés se laissent aveuglément emporter : car vous devez avoir reconnu , par tout ce discours , que la dévotion de la Vierge ne se peut jamais rencontrer que dans une vie cliiélienne. Kt comliicn y en a-t-il qui abusés d'uue crcttnco supeistitieuse , se cioient dévots à la Viet^e quand ils s'acquittent de certaines petites pratiques , sans se mettre en peine de corriger la licence ai le débordement de leurs mœurs 7 Que s'il y avoit quelqu'un dans la compagnie qui fAt imbu d'une si foUe persuasion , qu'il sache , qu'il sache ^ne puisque son cœur est éloigné de Jésus , Marie a en exécration toutes ses prières : en vaio tâcfaexvous de la contester de quelques grimaces, en vain l'appelez -vous votre Mère par une piété sknulée. Quoi, auriez-vous bien l'insolence de croire que ce lait virginal dût couler sur des lèvres souillées de tant de péchés ? qu'elle voulût embrasser l'eunemi de son bien ~ aimé de ces mêmes bras dont elle le
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portoit dans sa tendre enfance ? qu'étant si contraire an Sauveur, elle voulût vous donner pour frère au Sauveur 7 Plutôt , plutôt sachez que son cœur se soulève y que sa face se couvre de confusion , lorsque vous rappelez votre Mère.
Car ne pensez pas, chrétiens ^ qu'elle admette tout le monde indifféremment au nombre de ses enfans : il &ut passer par une épreuve bien difficile, avant que de mériter cette qualité. Savez-vous ce que fait la bienheureuse Marie , lorsque quelqu'un des fidèles Vappelle sa Mère? elle Vamène en présence de notre Sauveur : Çà, dit-elle, si vous êtes mon fils, il faut que vous ressembliez à Jésus mon bien-aimé. Les enfans, même parmi les hommes, portent souvent imprimés sur leurs corps les objets qui ont possédé l'imagination de leurs mères : la bienheureuse Marie est entièrement possédée du sauveur Jésus : c'est lui seul qui domine en son cœur, lui seul règne sur tous ses désirs, lui seul occupe et entretient toutes ses pensées : elle ne pourra jamais croire que vous soyez ses enfans , si vous n'avez en votre ame quelques linéamens de son Fils. Que si , après vous avoir considérés attentivement , elle ne trouve sur vous aucun trait qui ait rapport à son Fils, ô Dieu! quelle sera votre confusion, loi*sque vous vous verrez honteusement rebutés de devant sa face , et qu'elle vous déclarera que n'ayant rien de son Fils, et ce qui est plus horrible , étant oppo* ses à son Fils, vous lui êtes insupportables !
Au contraire , elle verra une personne , descendons dans quelque exemple particulier, qui pendant les calamités publiques, telles que sont celles où
a38 EUR LA COMPASSION
Dous nous ToyoDS à présent, considérant tant de pauvres gens it^ilults à d'étranges extrémités, en ressent son ame attendrie, et ouvrant son cœur sur la niiiière du pauvre par une compassion véritable , élurgit en même temps ses mains pour le soulager; O, dit-elle incontinent ensoi-mètne, il a pris cela de mon Fils, qui ne vit jamais de mise'rable, f]u'il n'en eût pitié. " J'ai compassion de cette troupe » , disoit-iL (■); et à même temps il leur faisoit donner tout ce que ses apôtres lui avoient gardé pour sa subsistance, iju'il multiplie même par un miracle, afin de les assister plus abondamment. Elle verra un jeune Lomme qui aura la modestie peinte sur le visage; quand il est devant Dieu, c'est avec une action toute recueillie; lui parle-t-on de quelque chose qui regarde la gloîie de Dieu , il ne clterche point de vaines défaites, il s'y porte incontinent avec cœur. O qu'il est iiimable! dit la bienheureuse Marie; ainsi étoit mon Fils lorsqu'il étoit en son âge , toujours recueilli devant Dieu : dès l'âge de douze ans , il quittoit parens et amis, pour aller vaquer, disoit-il, aux affaires de son Père (a). Surtout elle en verra quelque autre dont le soin principal sera de conserver son corps et son ame dans une pureté trèsentière ; il n'a que de chastes plaisirs, il n'a que des amours innocens ; Jésus possède son cœur, il en fait toutes les délices. Parlez-lui d'une parole d'tmpureté, c'est un coup de poignard à son ame; vous verrez incontinent qu'il s'arme de pudeur et de modestie contre de telles propositions. Voilà, chrétiens, voilà un enfant de la Vierge : comme elle s'en ré- (<) Marc. Tiii- 3> -r (') li"*. u, 49-
DK Li. SAlirTB YIBHGE. dSg
jouit! comme elle s'en glorifie! comme elle en triomphe ! avec quelle [ joie ] elle le présente à son bienaimé, qui est par -dessus toutes choses passionné pour les âmes pures! . ^ .
Cest pourquoi excitez-vous, chrétiens, à Tamour de la pureté; vous particulièrement, qu'une sainte affection pqur Marie , a attirés dans une société qui s'assemble sous son nom , pour se perfectionner dans la vie chrétienne* Cest votre zèle qui a aujourd'hui orné ce temple sacré dans lequel nous célébrons les grandeurs de la Majesté divine. Mais considérez que vous avez un autre temple à parer , dans lequel Jésus habite, sur lequel le Saint-Elsprit se repose. Ce sont vos corps, mes chers Frères, que le Sauveur a sanctifiés, afin que vous eussiez du respect pour eux ; sur lesquels il a versé son sang , afin que vous les tinssiez nets de toute souillure ; qu'il a consacrés, pour en faire les temples vivans de so.n Saint-Esprit : afin que les ayant ornés en ce monde d'innocence et d'intégrité, il les ornât en l'autre d'immortalité et de gloire.