‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 49 sur 81 · SUR LES DEVOIRS DES ROIS · texte numérisé non relu

SUR LES DEVOIRS DES ROIS

du peuple de Dieu. Jésus-Christ règne dans les Etats, lorsque FEglise y fleurit ^ et voici en peu de paroles , selon les oracles des prophètes ^ la grande et mémorable destinée de cette Eglise catholique. Elle a dû être établie malgré les rois de la terre ; et dans la suite des temps eUe a dft les avoir pour protecteurs. Un même psaume de David prédit en termes formels ces deux états de TEglise : Quarefremuerunt génies : « Pourquoi les peuples se sont-ils émus, et ont- ils a médité des choses vaines? Les rois de la terre se » sont assemblés , et les princes ont fait une ligue » contre le Seigneur et contre son Christ (0 ». Ne voyezrvous pas, chrétiens, les empereurs et les rois frémissans contre FEglise naissante , qui cependant toujours humble et toujours soumise, ne défeudoit que sa conscience ? Dieu vouloit paroître tout seul dans rétablissement de son Eglise \ car écoutez ce qu'ajoute le même Psalmiste : « Celui qui habite au » ciel, se moquera d^eux, et TEtcrnel se rira de » leurs entreprises » : QuiliabitaHincœlis, irridebit eos W» O rois y qui voulez tout fialle, il ne plaît pas au Seigneur que vous ayez nulle part dans rétablissement de son grand ouvrage : il lui plaît que des pêcheurs fondent son Eglise, et quils l'emportent sur les empereurs.

Mais quand leur victoire sera bien constante , et que le monde ne doutera plus que FEglise, dans sa foiblesse, n*ait été plus forte que lui avec toutes ses puissances, vous viendrez à votre tour, ô. Empereurs, au temps quil a destiné; et on vous verra Laisser humblement la tête devant les tombeaux de

CO Ps. II. I , a. — C») Ibid. 4.

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ces pêchenrs : aloi-s l'état de l'Eglise sera change; Pendant cjae l'Eglise prenoit racine par sfs croix el par SCS souffrances, les empereurs, dîsoit Tertullien {'), ne pouvoient pas être chrétiens ; parce que le monde , qiiî la tourmentoit , devoit les avoir k sa f^'te. n Mais maintenant », dit le saint Psalmiste; ^t nune , reges , intelligite (^) ; maintenant qu'elle est e'talilie, et que la main de Dieu s'est assez montrée, il est temps que vous veniez , ô rois du monde : commencez k ouvrir les yeux à la vérité ; apprenez la véritable justice, qni esl la justice tie VLvangilc : « O'tous qui jugez la terre, servez le Seigneur en " crainte i> : Servile Domino in limore (5) ; dilatez maintenant .'!on règne. Servez le Seigneur: de quelle sorte le servrrer-vous? Saint Augustin tous le va dire : « Servez-le- comme des hommes particuliers, » en obéissant à son Evangile, comme nous avons » déjà [dit]; mais servez-le aussi comme rois, en n faisant pour son Eglise ce qu'aucuns ne peuvent ->• faire, sinon leHitiots >> .- In hoc serviunt Domino Tege.'i in çuanttJ^mnt reges, cùm eajaciunt ad serviendum iili, quœ non possuntfacere nisi reges (4). Et quels sont ces services considérables que l'Eglise exige des rois comme rois? De se rendre les défenseurs de sa foi, les protecteurs de son autorité, les gardiens et les fauteurs de sa discipline.

La foi , c'est le dépôt , c'est le grand trésor , c'est le fondement de l'Eglise, De tous les miracles visibles que Dieu a faits pour cet empire, le plus grand, le plus mémorable , et qui nous doit attacher le plus

- (3) /&■</. 1 1 . — [0 £;,. CLXWV .

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rtement aux rois qu'il nous a donnés , c est la pote de leur foi. Le trône que remplit notre grand onarque est le seul de tout Tunivers où, depuis la 'emière conversion , jamais il ne s^est assis que des •inces lenfans de l'Eglise. L'attachement de nos rois mr le saint Siège apostolique , semble leur avoir mmaniqué quelque chose de la fermeté inébran- Ue de cette première pierre sur laquelle l'Eglise t appuyée : et c'est pourquoi un grand pape, c'est int Grégoire , a donné dès les premiers siècles cet oge incomparable à la couronne de France , 1* « elle est autant au-dessus des autres couronnes du monde y que la dignité royale surpasse les IbrtuDes particulières v : Quantb cœteros hoines regia dignitas antecedit, tantb cœierarum mtiuin régna regni vestri prqfectb culmen exceU \ ('}. Un si saint homme regardoit sans doute plus kcore la pureté de la foi , que la majesté du tronc : ais qu'auroit<-il dit , chrétiens , s'il avoit vu durant mse siècles cette suite non interrompue de rois Ltholiques? S* il a élevé si haut la race de Pharaond, combien auroit-il célébré la postérité de saint ouis? et s'il en a tant écrit à Childebert , qu'auroit-

dit à Louis-Auguste ?

Sire, Votre Majesté saura bien soutenir de tout m pouvoir ce sacré- dépôt de la foi, le plus préteux et le plus grand qu'elle ait reçu des rois ses icétres : elle éteindra dans tous ses Etats les nou» ;Ues partialités. Et quel seroit votre bonheur, quelle i gloire de vos jours , si vous pouviez encore guéir toutes les blessures anciennes! Sire, après ces

(0 Ep. iib, Yi. Ep. yi,ad Child. Meg. tom. n, coL 795.

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cloDsextraordinaircs que Dieu vous a départis si abondammeut, et pour lesquels Votre Majesté lui doit de! actioDs de grâces immenses; elle ne doit désespérer d'aucun avautage qui soit capaUle de signaler la Télicité de son règne : et peut-être ; car qui sait les secrets de Dieu? peut-être qu'il a permis que Louis Ift I juste de triomphante mémoire se soit rendu mémo- ■ rable éternellement, en renversant le parti qu'avoil * formé rUérésie, pour laisser à son successeur la gloire ' de l'étoulTer toute entière par un sage terop«ïrament de sévérité' et de patience. Siie, quoi qu'il en soit^ et laissant à Dieu l'avenir, nous supplions Votre ' Majesté qu'elle ne se lasse jamais de faire rendre aux oracles du Saint-Esprit, et aux décisions de l'Eglise, une ubéissauce non feinte; aiin que toute l'Eglise catliolique puisse dire d'un si grand roi, après saint Gr(Sgoire : « Nous devons prier sans cesse pour notre M monarque très -religieux et très-chrétien, et pour » la reine sa très-digne épouse , qui est un miracle' u de douceur et de piété , et pour son fils sérénissime » notre prince , notre espérance » : Pro vita piissimi et chriscianùsimi Donuii nostri, et trantfuiUi^ sima ej'us conjuge, et mansuetissima ejus sobola semper orandum est (0. Et s'il vivoit en nos jours, qui doute qu'il n'eût dit encore avec joie , pour la reine son auguste mère, dont le zèle ardent et infatigable auroit bien dû être consacré parles louanges d'un si grand pape. Nous devons donc prier sans relâche pour toutes ces pet-sonnes augustes, n pendant le » temps desquelles, voici un éloge admirable, les » bouches des hérétiques sont fermées », et leur (■)£/'"(' /ii' IX- £;>. xux, loDi. H, co/. gG3.

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malice, leurs nouveautés n*osent se produire : QuO" rum temporibus hœreiîcorum ora contieescunt (0. Mais reprenons le fil de notre discours.

LXglise a tant travaillé pour l'autorité des rois , qu^elle a sans doute bien mérité qu'ils se rendent les [H*otecteurs de la sienne. Ils régnoient sur les corps par la crainte , et tout au plus sur les cœurs par rindination. L*Eglise leur a ouvert une place plus irtfnérable; elle les a &it régner dans la conscience : c*est là qu'elle les a fisiit asseoir dans un trône ^ en présence et sous les yeux de Dieu même : quelle merveilleuse dignité ! Elle a fait un des articles de sa Foi de la sûreté de leur personne sacrée , un devoir de » religion de Tobéissance qui leur est due. C'est elle jai va arracher jusqu'au fond du cœur, non-seulenent les premières pensées de rébellion , les mouve^ nens les plus cachés de sédition y mais encore et les ilaintes et les murmures : et pour ôter tout prétexte le soulèvement contre les puissances légitimes, elle i enseigné constamment y et par sa doctrine, et par K>n exem{de, qu'il en faut tout souflrir, jusqu'à Fin* justice, par laquelle s'exerce invisiblement la justice néme de Dieu.

Après des services si importans , une juste reconaoissanoe obligeoit les princes chrétiens à maintenir l'autorité de l'Eglise , qui est celle de Jésus-Christ néme. Non , Jésus-Christ ne règne pas, si son Eglise l'est autorisée : les monarques pieux l'ont bien reconnu ; et leur propre autorité , je l'ose dire, ne leur I pas été plus chère que l'autorité de l'Eglise. Ils )nt fait quelque chose de plus : cette puissance sou-

(0 S, Çre£or, Epitt. lib. ix, Ep. xi<iz, tom. n, col. 968.

3fia tvK 11^4 DEvotits ncs nois.

veraine, qui doit donnoi- le branle dans les adtret choi^s, n'a pas jugé indigne d'elle de ne faire que seconder dans toutes les afiaires eccle'âiasli(]ues ; et un roi de France , empereur, n'a pas cru se rabaisser trop, lorsqu'il promet son assislance aux prdlatii, qu'il les assure de son appui ditns les fonctions de leur ministère; « afin, <lil ce grand roi(0, que » nQtrc puissance royale servant, comme il est con- » venable, b ce que demande votre autorite, vous » puissiez cniicuter vos décrets o : Ut nostro tutjtUio suffiilti , çitod vestra aiUorilas exposcit , JiamultvUv , tit Hecet, poteslaie nostrtl , perjicere -valeatis (."*).

Mais, ô sainte autorite de l'Eglise, frein néi-rsgaire de la licence, et unique appui de la discipline, qu es-tu maintenant devenue? abandonnée par les nns, et usurpée par les autres, ou elle est entièrement abolie , ou elle est dans des mains dirangères. Mais il faudroit un trop Ion;; discours pour eïposer ici toutes ses plaies: aire, le tempsenéclaircira Votre Majesté. Cette alTaire est digne que Votre Majesté s'y af^lique : et dans la réformation générale de tous les abus de l'Etat , qui est due à la gloire de votre règne, que l'on attend de votre haute sagesse, !'£• glise et son autorité , tant de fois blessées, recevront leur soulagement de vos mains royales. Et 'comme cette autoiîté de l'Eglise n'est pas faite pour l'éclat d'une vaine pompe , mais pour l'établissement des bonnes mœurs et de la véritable piété, c'est ici principalement que les monarques chrétiens doivent faire régner Jésus - Cbrîst sur les peuples qui leur

<■) Lud. Piut. — l'I Capit. an. 8a3, c. iT, tom. i, p. 634. ^'^

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obâfsent; et voici en peu de mots quels sont leurs devoirs, comme le Saint-Esprit nous les représente.

Le premier et le plus connu , c^est d exterminer les blajdiémes. Jésus- Christ est un grand roi; et le moindre respect que Ton doive aux rois , c'est de parler d'eux avec honneur. Un roi ne permet pas dans ses Etats qu'on parle irrévéremment même d'un roi étranger, même d'un roi ennemi ; tant le nom de roi est vénérable partout où il se rencontre. Et quoi donc, 6 Jésus -Christ, Roi des rois^ soufirira-*t-on qu'on vous méprise et qu'on vous blasphème, même au milieu de votre empire ! quelle seroit cette indignité ! Ah ! jamais un tel reproche ne ternira la réputation de mon Roi. Sire , nn regard de votre face sur ces blasphémateurs et sur ces impies ; afin qu'ils ii*osent parottre , et qu'on voie s'accomplir en votre règne ce qu'a prédit le prophète Àmos, « que la 3» cabale des libertins sera renversée » : Auferetur fitctio taseivieniium (>) , et ce mot du roi Salomon : a Un rm sage dissipe les impies , et les voûtes des » prisons sont leurs demeures » : Dissipât impios rex sapiens, et incurvât super eos fomicem (^), sans égard ni aux conditions, ni aux personnes ; car il faut un châtiment rigoureux à une telle insolence.

Non-seulement les blasphèmes, mais tous les crimes publics et scandaleux doivent être le juste objet de l'indignation du prince. « Le roi, dit le même Salo* % mon, assis dans le trône de son jugement, dissipe » tout le mal par sa présence » : Rex qui sedet in solio judiciiy dissipât omne malum intuitu suo (^). Voyez qu'aucun mal ne doit échapper à la justice

CO Am. VI. 7. — (») Prow, xx. a6. — (3) Ibid, 8.

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