SUR I.A PANS10K
Le croirions-nous, clirétiens, si l'Ecriture divine ne nous l'apprenoit , «juc pendant cette guerre ouverte qu'un Dieu vengeur faisoit à son Fils , le mystère de nutre paix se négocioit ? On avançoit pas à pas la conclusion d'un s) grand traité; et n Dieu » c'toit en Christ, se réconciliant le inonde ('))]. Comme on voit quelquefois dans un grand orage^le ciel semble s'éclater et fondre tout entier nir li terre; mais en même temps qu'il se décharge, il s'éclaircit peu & peu jusqu'à ce qu'il reprend eaSù sa première sérénité , calmé et appaisé , si je puis parler delà sorte, par sa propre indignation; aioti la justice divine , éclatant sur le Fils de Dieo de toute sa force , se passe peu à peu en se déchargeant ; la nue crève et se dissipe ; Dieu commence à oaTrir aux enfans d'A.dam cette face bénigne et riante : et
DB lËSnB-CBKIST. ^^i
saDCe. Car comme elle avoit pour objet le péché des hommes, et qu'il falloit en détruire la coulpe et la peiue, il a opposé à la coulpe une douleur immense des crimes; Magna est velut mare contritio tua (') ; et satisfait à la peine par une obéissance infatigable , difterminée à tout endurer. Disons l'un et l'autre eu . peu de paroles; c'est la moralité de ce disconrs.
Je dis premièrement , cbrétiens, que se trouvant chaîné, investi, accablé des péchés du monde, il les envisage tous en détail; il les pèse à cette juste balance de sa divine sagesse ; il les confronte aux règles immuables , dont elles violent l'équité par leur injustice; et connoissant parfaitement, pénétrant profondément leur énormilé, par l'opposition aux principes, il gémit sur tons nos désordres , avec toute l'amertume, que cliacan mérite. Ah! disoit autrefois David : o Mes iniquités m'ont saisi et environné j> de toutes pai-tt, elles se sont multipliées plus que » les cheveux de ma tête »; et pendant que je m'applique à les déplorer , « mon cœur tombe en dé&il- M lance ■> , oe pouvant fournir k tant de larmes : Con^rehenderunt me inùfuitates meœ, nailtiplicatœ auni fuper capillos capitù mei; et cor meum dereîifpiil me (^). Que dirai-je donc maintenant de vous, A coeur du divin Jésus, environné et saisi par l'infinité de nos crimes? Oit avez-vous pu trouver place îilant de douleurs qui vous percent, ^tantde regrets qui vous déchirent?
En unité de cette douleur par laquelle le Fils de Dieu déplore nos crimes, brisons nos coeurs devant lui , par l'esprit de componction : car qn'attendons-
(') Thrtn. ». i3. — WPt.XMW. i6, l;.
476 sCr la passion
souETert pour nous faire aller au ciel à notre aise. lia soutenu tout le ^rand effort pour payer nos dettes; il nous 3 laisse de moindres «'preuves, mais néanmoins nécessaires pour entrer en conformité de son esprit, et être honoré de sa ressemblance.
Approchons du sacrement de In pe'nitence avec un esprit giioéreux, i-e'solus de satisfaire à la justice divine par une pénitence ferme et vigoureuse. Li satisfaction nous doit rendre conformes à Jésus cmcifiétmon Sauveur, (juand je vois votre tête conronnée d"épines, votre cliair déchirée, votre corps tout couvert de plaies, votre ame percée de tant de douleurs ; je dis aussitôt en moi-même : Qtioi doac, uneconrte prière, ou quelque légère aumâne, im quelque eflort médiocre sont-ils capables de me cnt' ciller avec vous 1 ne faut-il point d'autres clous pour
DE JÉSUS-CUBIST. 4??
pleurons amèrement nos iniquités; irritons -nous saintement contre nous-mêmes; rompons tous ces indignes conmierces; quittons cette vie mondaine et licencieuse; mourons enfin au péché avec Jésus- Christ : c^est lui-même qui nous le demande.
Jésus y qui n'a jamais cessé d'exhorter les hommes à se repentir de leurs crimes , jusqu'à l'extrémité de son agonie I ramasse ses forces épuisées : il fait un dernier effort, lui dont le cri a été ouï du Lazare jusqu'au tombeau ; « dont les morts entendront la voix, » et ceux qui l'entendront vivront » : Mortui audieni vocem Filii Dei; et qui audierint, vivent (')• Ecoutez ce grand cri qu'il fait en mourant , qui étonne le Centenier qui le garde , qui arrête tous les yeux des spectaleui^ , qui étonne toute la nature , et que le ciel et la terre écoutent par un silence respectueux : c'est qu'il vous invite à la pénitence; il vous avertit de sa mort prochaine, afin que vous mouriez avec lui. Il va mourir, il baisse la tête, ses yeux se fixent, il passe, il expire : c'en est fait; il a rendu l'ame. Et bien sommes -nous morts avec lui? allons-nous commencer une vie nouvelle par la conversion de nos mœurs? puis- je l'espérer, chrétiens? quelle marque m'en donnerez -vous? Ah! ce n'est pas à moi qu'il la faut donner : donnez-la au sauveur Jéi^us , qui vous la demande. Ne sortez point de ce temple sans lui confesser vos péchés dans l'amertume de vos cœurs : entrez dans les sentimens de sa mort par les douleurs de la pénitence ; et vous participerez bientôt au bonheur de sa résurrection glorieuse. Amen»
(0 Jo<m. y. a5.
8UK LA' VASSIOV
Iir SERMON
LE VENDREDI SAINT
pb£ché devant le sot SDA LÀ PASSION DE K. S. JÉSCS-CHBIST.
lUouâJbi, de FeSiaMon da foo ung : «ree qnallo ardonr Mi piolnHon il la rApuuL Hotiâ qas u punon noot foomît ninte bonenr contre le* cUsordret de notre rie et d*aa
SE jÉsna-ciisiET. 479
lettres; autant de gouttes de sang Cfuî coulent de cette victime innocente, autant de traits qui portent empreintes les dernières volontés de ce divin Testateur. Heureux ceux qui peuvent entendre cette belle et admirable disposition que Jésus a faite en notre faveur , et qu'il a cooGrmée par sa mort cruelle ! Nul ne peut connoitre cette écriture, que l'esprit de Jésus ne l'éclairé, et que le sang de Jésus ne le purifie. Ce testament est ouvert à tous : et les Jui& et les gentils voient le sang et les plaies de Jésus crnci&é; n mais » ceux-là n'y voient que scandale, et ceux-ci n'y M voient que folie (<}u. 11 n'y a que nous, chrétiens, qui apprenons de Jésus -Christ même que le sang qui coule de ses blessures est le sang du nouveau testament; et nous gommes ici assemblés, non tant pour écouter, que pour voir nous-mêmes dans la passion du Fils de Dieu la dernière volonté de ce cher Sauveur, qui nousadounétouteschoses, quand il s'est lui-même donné pour être te prix de nos âmes. Il y a dans un testament trois choses considérables : on regarde en premier lieu si le testament est bon et valide: on regarde en second lieu de quoi dispose le testateur en faveur de ses héritiers : et on regarde en troisième lieu ce qu'il leur ordonne. Appliquons ceci, chrétiens, à la dernière volonté de Jésus mourant : voyons la validité de ce testament mystique, par le sang et par la mort du testateur : voyons la magnificence de ce testament, par 1er biens que Jésus-Christ nous y laisse : voyons l'équité de ce testament , par les choses qu'il nous y ordonne. Disons encore une fois, afin que tout le
W /. Cor. I. aï.
.^8o sun i.\ p.vssruN-
iDiindc l'ciUende , et proposons le sujet de tout ce discours. J'ai dessein de vous faire lire le testament de Jésus, écrit et cnfcrnié dans sa passion : ponr cela, je vous montrerai combien ce testament al inébranlable , parce que Jésus l'a écrit de son propre sang: combien ce testament nous est utile, par» que Jésus nous y laisse la rémission de nos crimes: combien ce testament est équitable , parce que Je- ' sus nous y ordonne la société de ses souffrances : voilà les trois points de ce discours. Le premier nout expliquera le fond du mystère de la passion ; et In denx autres en feront voir l'application et l'utilité ; c'est ce que j'espère de vous faire entendre avec le secoui-s de la grâce.
PREMIER POINT