‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 64 sur 81 · DE JÉ8XJ8-CHR1SX · texte numérisé non relu

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testamens qui doivent être écrits tout entiers de la propre main 'du testateur ^ celui de notre Sauveur a ceci de particulier , qu il devoit être écrit de soa propre sang, et ratifié par sa mort, et par sa mort violente. Dure condition qui est imposée à ce chari* table Testateur; mais condition nécessaire ^ quesaint Paul nous a expliquée dans la divine Epiii/e aux Hébreux, a Un testament, dit ce grand apôtre (0 , n'a » de force que par le décès de celui qui teste : tant » qu'il vit le testament n a pas son effet; de sorte j» que c'est la mort qui le rend fixe et invariable » : c'est la loi générale des testamens. « Il falloit donc, i> dit Tapôtre , que Jésus moui*ût ; afin que le nou- M veau Testament, qu'il a fait en notre faveur, f&t D confirmé par sa mort »>. Une mort commune ne suffisoit pas; il falloit qu'elle fût tragique et sanglante; il falloit que tout son sang fût versé et toutes ses veines épuisées, afin qu'il nous pût dire aujourd'hui : ce Ce sang, que vous voyez répandu pour la » rémission des péchés , c'est le sang du nouveau j» Testament » qui est rendu immuable par ma mort cruelle et ignominieuse ; Hic est enim sanguis meus novi Testamenti j... in renùssionem peccatorum (^). Que si vous me demandez pourquoi ce Fils bienaimé avoit reçu d'en-haut cette loi si dure , de ne pouvoir disposer d'aucun de ses biens , que sous une condition si onéreuse ; je vous répondrai en un mot, que nos péchés l'exigeoient ainsi. Oui, Jésus eût bien pu donner , mais nous n'étions pas capables dç rien recevoir; notre crime nous rendoit iniâmes, et

C«) Heb. IX. 16, 17. — C») Matth, xxvi. a8.

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entièrement incapables de recevoir aucun bien : car les lois ne permettent pas de disposer de ses biens en feveur de criminels condamnés, tels (]ue nous étions par une juste sentence. Il faltoit donc auparavant expier nos crimes : c'est pourquoi le charitable Jésus, voulant nous donner ses biens qui nous enrichissait, il nous donne auparavant son sang qui nous lave ; afin qu'étant purifiés, nous fussions capables de re* cevoir le don qu'il nous a fait de tous ses trésors. Allez donc , ô mon cher Sauveur , allez au )ardiD det Olives, allez eu la maison de Caïphe, allée au prétoire de Pilate, allez enfin au Calvaire ; et riépaodei partout avec abondance ce sang du nouveau testament, par lequel nos crimes sont expiés et entière* ment abolis.

C'est ici qu'il faut commencer à contempler Jésus-

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seul effort . de sa charité ; de sorte qu il semble que ce divin saDg\ avide de couler pour nous, sans attendre la violence étrangère ^ se déborde déjà de lui-même, poussé par le seul effort de la charité. Allons, mes Frères, recevoir ce sang : « Ah ! terre, » ne le cache pas » ; Terra ^ ne operias sanguinem istum (0 : c'est pour nos âmes qu'il est répandu , et c'est à nous de le récueillir avec une foi pieuse.

Mais cette sueur inouie me découvre encore un autre mystère. Dans ce désir infini que Jésus avoit d expier nos crimes , il s'étoit abandonné volontairement à une douleur infinie de tous nos excès : il les voyoit tous en particulier, et s'en affligeoit sans mesure , comme si lui-même les avoit commis; car il en étoit chargé devant Dieu. Oui, mes Frères, nos iniquités venoient fondre sur lui de toutes parts, et il pouvoit bien dire avec David : Torrentes iniqui"^ taiis conturbasferunt me (^) : « Les torrens des pé- » chés m'accablent ». De là ce trouble où il est en* tré , lorsqu'il dit : « Mon ame est troublée (3) » : de là ces angoisses inexplicables qui lui font prononcer ces mots dans l'excès de son accablement : « Mon » ame est triste jusqu'à mourir » : Tristis est amma mea usçue ad mortem (4). Car en effet, chrétiens, la seule immensité de cette douleur lui auroit donné le coup de la mort , s'il n'eût lui-même retenu son ame , pour se réserver à de plus grands maux , et boire tout le calice de sa passion. Ne voulant donc pas encore mourir dans le jardin des Olives , parce qu'il devoit , pour ainsi dire , sa mort au Calvaire ^

(0 Joh. XVI. 19. — (») Ps, xTii. 5. — (5) Joan. xii. 27. — (4) Malth, xxTi. 38.

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il laine néanmoins déborder son sang , pour notu 1 convaincre, mes Frères, que nos péchés, oui, nu seuls péchés, sans le secours des bourreanx , pos-, ' voient lui donner la mort. L'eussiez-vous pu croire, à pécheur^ que le péché eût une si grande et à malbeureuse puissance 7 Ah ! si nous ne-voyions défiûUir Jésus qu'entre les mains des soldats qui le fouettent, qui le tourmentent, qui le crudGent, nous n^iocBserioos de sa mort que ses supplices : ""'nt^miit que nons le voyons succomber dans le iardin des Olives , où il n'a pour persécuteurs que nos pédiâ, accusonfruons nous-mêmes de ce déicide; plemoM, gémÏMons, battons nos poitrines , et tremblons jm> qu'an fond de nos consciences. Et comment poavons-nous n'être pas saisis de frayeur, ayant eo nooimêmes, au dedans du cœur, une cause de morts

para^ nous verrons partout des traces sanglantes qui nous marqueront les chemins ; et la maison du pontife y et le tribunal du juge romain , et le gibet et les corps-de-garde où Jésus a été livré à l'insolence brutale des soldats , et enfin toutes les rues de Jérusalem sont teintes de ce divin sang qui a purifié le ciel et la terre.

Je ne finirois jamais ce discours ^ si f entreprenois de vous raconter toutes les cruelles circonstances où ce sang innocent a été versé : il me suffit de vous dire qu en ce jour de sang et de carnage, en ce jour funeste et salutaire tout ensemble , où la puissance des ténèbres avoit reçu toute licence contre Jésus- Christ y il renonce volontairement à tout Fusage de la sienne^ si bien qu'en même temps que ses ennemis sont dans la disposition de tout entreprendre, il se réduit volontairement à la nécessité de tout endurer* Dieu , par Teflet du même conseil y lâche la bride sans mesure à la fureur de ses envieux, et il resserre en même temps toute la puissance de son Fils : pendant qu'il déchaîne contre lui toute la fureur des enfers y il retire de lui toute la protection du ciel ; afin que ses soufi*rances montent jusqu'au comble ^ et qu'il s'expose lui - même nu et désarmé , sans force et sans résistance , à quiconque auroit envie de lui faire insulte.

Après cela, chrétiens, faut-il que je vous raconte le détail infini de ses douleui^? faut-il que je vous décrive comme il est livré sans miséricorde, tantôt aux valets, tantôt aux soldats, pour être Tunique objet de leur dérision sanglante , et souffrir de leur insolence tout ce qu'il y a de dur et d'insupportable

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dans une raillerie jnliumaitie et dans une cmauM 1 malicieuse? Faut-il. que je vous le représente, ce clier Sauveur, lassant sur son eorps , à plusieurs reprises, toute la force des bourreaux, usant sur son dos toute la dureté des fouets, ëuioussant en sa têle toute la pointe des cpines? O testament mystique du divin Jésus ! que de sang vous coûtez à cet homine- I>ieu , afin de vous faire valoir pour notre salut!

Tant de sang répandu ne suffit pas pour écrire a testament; il faut maintenant épuiser les veines pour l'achever à la croix. Mes Frères, j# vous en coajnre, soulagez ici mon esprit : méditez vous-mâmes Jésoi crucifié , et épargnez-moi la peine de vous décrire ce qu'aussi bien tes paroles ne sont pas ca]ïables de vous faire entendre : contemplez ce que souffre un liomme qui a tous les membres brisés et romp:

componction > une émotion de pénitence : ceux qui demeurèrent au pied de sa croix et qui lui virent rendre les derniers soupirs ^ « s'en retournèrent, dit » saint Luc , frappant leur poitrine (0 ». Jésus- Christ mourant d'une mort cruelle y et versant sans réserve son sang innocent , avoit répandu surtout le Calvaire un esprit de componction et de pénitence. Ne soyons pas plus durs que les Juifs ; faisons retentir le Calvaire de nos cris et de nos sanglots ; pleurons amèrement nos péchés; irritons-nous saintement contre nous>niémes ; rompons tous ces indignes commerces; quittons cette vie mondaine et licencieuse ; portons en nous la mort de Jésus-Christ ; rendons-nous dignes par la pénitence d'avoir part à la grâce de son testament : il est fait, il est signé, il est immuable; Jésus a donné tout son sang pour le valider. Je me trompe ; il en reste encore : il y a une source de sang et de grâce qui n'a pas encore été ouverte. Venez, ô soldat , percez son côté; un secret réservoir de sang doit encore couler sur nous par cette blessure : voyez ruisseler ce sang et cette eau du côté percé de Jésus ; c'est l'eau sacrée du baptême , c'est l'eau de la pénitence , l'eau de nos larmes pieuses. Que cette eau est efficace pour laver nos crimes ! mais , mes Frères , elle ne peut rien qu'étant jointe au sang de Jésus , dont elle tire toute sa vertu. Coulez donc , ondes bienheureuses de la pénitence ; mais coulez avec le sang de Jésus , pour être capables de laver les âmes. Chrétiens , j'entends le mystère : je découvre la cause profonde pour laquelle le divin Sauveur prodiguant tant de sang

(0 Luc, zxiii. 43.

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