VX LA PASBIOH
avant sa mort, nons en gardoit encore api^ sa BMfl 1 même : celui (pi'il répand avant sa mort, faisoit le prix de notre salut ; celui qu'il rëpand après , nmi ' eu montre l'application par les sacremens de l'EgliK. Disposons-nous donc j chrétiens , à noos appliquer lie lang de Jésus , ce sang du nouveau Testament , ea méditant qu'il nous est donné pour la rémisâoa de nos orinus : c'est ma leooiide partie.
SECOND fOIMT.
' Jtaoa-Cnm, pour nous mériter la rAniiBoii de nos crimes , nous en a premièrement vaénté la hnàe; et les douleurs de sa passion portent grâce tfant les coeurs pour les détester. Ainsi, pour noos rendre dignes de mériter ce pardon , cherchons dans sa passion les motifi d'une sainte horreur contre les
DE 1ÉSU8-GHRIST. 4^9
grat : tous les jours , pour faire vivre en nos cœurs une créature chérie, nous faisons mourir Jésus- Christ ; nous crions qu'on Tôte , qu'on le crucifie ; nous - mêmes , nous le crucifions de nos propres anains, <c et nous foulons aux pieds ^ dit le saint » apôtreCO, le sang du nouveau Testament répandu a> pour laver nos crimes ».
Mais l'attache aveugle à la créature y au préjudice du Créateur, a mérité à notre Sauveur un supplice bien plus terrible ; c'est d'avoir été délaissé de Dieu ; car écoutez comme il parle : « Mon Dieu, mon » Dieu , dit Jésus , pourquoi m^avez - vous aban- 3> donné W » 7 Arrêtons ici , chrétiens ; méditons la force de cette parole*, et la grâce qu elle porte en nous , pour nous faire détester nos crimes.
C'est un prodige inouï qu'un Dieu persécute un Dieu , qu'un Dieu abandonne un Dieu , qu'un Dieu délaissé se plaigne, et qu'un Dieu délaissant soit inexorable : c'est ce qui se voit sur la croix. La sainte ame de mon Sauveur est remplie de la sainte horreur d'un Dieu tonnant; et comme elle se veut rejeter entre les bras de ce Dieu pour y chercher son soutien , elle voit qu'il tourne la face , qu'il la délaisse, qu'il l'abandonne, qu'il la livre toute entière en proie aux fureurs de sa justice irritée. Où sera votre recours, ô Jésus? Poussé à bout par les hommes avec la dernière violence , vous vous jetez entre les bras de votre Père; et vous vous sentez repoussé, et vous voyez que c'est lui-mênie qui vous persécute, lui-mcme qui vous délaisse , lui-même qui vous accable par le poids intolérable de ses vengeances.
(«) Hebr, x. 39 C») 3Iaith. xxvii. 4^.
490 &UK I.IL PASSION
Chrétiens, quel est ce myslèi-e? Nous avons délaissé ' le Dieu vivant, et il est juste qu'il nous délaisse par un scDtinieiitdedcdain,par un sentiment de colère, par un sentiment de justice; de dédain, parce que nous l'avons mépris»; ; de colère, parce que noof l'avons outrage; de justice, parce que nous avons violé ses lois et oâènsé sa justice. Créatare folle et fragile, pourras-tu supporter le dédaio d'un Dien, et la colère d'un Dieu , et la justice d'un Dien ? Ah! tu serois accablée sous ce poids terrible. Jésus se présente pour le porter : il porte le dédain d'un Dien , parce qu'il» crie, et son Père ne l'écoute pas ; et la colère d'un Dieu, parce qu'il prie, et qne ion Père ne l'exauce pas; et la justice d'un Dieu» parce qu'il souBre , et que son Père ne s'appaise pas. U ne
S8 JÉSUS-CHRIST. ^QM
un retour admirable qui compreud tout le mystère de notre salut , pendant qu'il délaisse son Fils innocent pour l'amour des hommes coupables , il embrasse tendrement les hommes coupables pour l'ainour de son Fils innoceot.
Jetons-noDS donc, chrétiens , dans les horreurs salutaires du délaissement de Jésus ; comprenons ce que c'est que de délaisser Dieu , et d'être délaissé de Dieu. Nos coeurs sont attachés à là créature ; elle y règne , elle en exclut Dieu : c'est pour cela que cet ouvrage est extrême j puisque c'est pour le réparer que Jésus s'expose à porter pour nous le délaissement et le dédain de son propre Père. Retournons à Dieu , chrétiens , et recevons aujourd'hui la grâce de réunion avec Dieu que ce délaissement nous mérite.
Mais poussons encore plus loin , et voyons dans la passion de notre Sauveur tous les motifs particuliers que nous avons de nous détacher de la créature. n faut donc savoir , chrétiens , qu'il y a dans la créature un principe de malignité , qui a fait dire à saint Jean , non - seulement que « le monde est malin , x mais qu'il n'est autre chose que malignité (>} ». Mais pour haïr davantage ce monde malin , et rompre les liens qui nous y attachent ; il n'y a rien, à mon avb, de plus efficace que de lui voir répandre contre 1è Sauveur toute sa malice et tout son venin. Venez donc connottre le monde en la passion de Jésus; venez voir ce qu'il faut attendre de l'amitié, de la haine, de l'indiiTérence des hommes, de leur prudence, de leur imprudence , de leurs vertus , de leurs vices, de leur appui ^ de leur abandon, de
(■] /. Joan. T. tg.
49* sus LA FA.SSIOS
leur probité et de leur injustice : tout est dungetat, ' tout est ioGdële, tout se tourne en affliction et en croix ; et Jésus nous en est un exemple.
Oui , mes Frères , tout se tourne en croix ; et premièrement les amis : ou ils se détadient par intérêt, ou ils nous perdent par leurs tromperies, ou ils nom quittent par foiblesse , ou ib nous secourent à contretampêf wloD leur homenr, et non pu adon nonfaemia$i et tonjoara ils nous accablent.
. Le perâde Judas nous fiût voir la malignité Je Tintât qoi rompt les amitiâ les plus nioUi. Jému Tavoit appelé parmi ses ap6tres ; Jéios Fa- Toit honoré de sa confiance particnlière, etj'avoît établi le dispensateur de toute son économie : Dépendant , 6 malice do cœur bumain 1 ce n'est point ai nn ennemi ni nn étranger, c'est Judas, ca Aa
le livre à ses ennemis : c^est Timage parfaite d*un flatteur^ qui n applaudit à toute heure à celui qu'il nomme son maître et son patron, que pour traCquer de lui y comme parle Tapôtre saint Pierre. « Ce sont » ceux-là y dit ce grand apôtre, qui , poussés par leur » avarice, avec des paroles feintes, traGquent de » nous » : In ai^aritiajictis verbù de vobis negotia^ bunturi}): toutes leurs louanges sont des pièges ; toutes leurs complaisances sont des embûches. Us font des traités secrets dans lesquels ils nous comprennent sans que nous le sachions : ils s'allient avec Judas : « que me donnerez-vous , et je vous le mettrai » entre les mains ip) tu 7 Ainsi ordinairement ils nous vendent , et assez souvent ils nous livrent. Défionsnous donc des louanges et des complaisances des hommes. Regardez bien ce flatteur qui épanche tant de parfums sur votre tête : savez-vous qu'il ne fait que couvrir son jeu , et que par cette immense profusion de louanges , qu'il vous donne à pleines mains , il achète la liberté de décrier votre conduite , ou même de vous trahir sans être suspect ? Qui ne te faaïroit, ô flatterie, corruptrice de la vie humaine , avec tes perfides embrassemens et tes baisers empoisonnés, puisque c'est toi qui livre le divin Sauveur entre les mains de ses ennemis implacables?
Mais après avoir vu. Messieurs, ce que c'est que des amis corrompus , voyons ce qu'il faut attendre de ceux qui semblent les plus assurés : foiblessc , méconnoissance , secours en paroles , abandonnement en effet ; c'est ce qu'a éprouvé le divin Jésus. Au premier bruit de sa pris(; , tous ses disciples le
(0 //. Petr. II. 3.— (»^ Matth. xxvi. i5.
^94 *"" "■'^ PASSIOB
quittent par une fuite honteuse ('). O €our, à qui je iiréclie cet évangile , ne te reconnois - tu pas tôtmême dans cette Listoire ? n'y reconnois-tu pas t« faveurs trompeuses, et tes amitiés inconstantes? Aus$rtôt qu'il arrive le moindre embarras, toatfuit, tout s'alarme, tout est étonné; ou l'on garde tout, au plus un certain dehors , afm de soutenir pour U forme quelque apparence d'amitié trompeme et quelque dignité d'un nom si saint. Mais poussont encore plus loin , et voyons la foiblesse de cette amitié, lorsqu'elle semble le plus secourante. Cest le foible des amis du monde de nous vouloir aider selon leur humeur, et non pas selon nos besoins. - Pierre entreprend d'assister son Maître, et il met la main « l'épée , et il défend par le carnage celui qui ne vouloit être défendu que par sa propre ionth
tance qui tombe dans la suite tout à coup ^ et nous accable plus cruellement que si Ton nous quittoit au premier abord ; le même Pierre en est un exemple. Qu'il est ferme! quil est intrépide! il veut mourir pour son Maître; il n*est pas capable de Tabandonner : il le suit au commencement; mais, ô fidélité commencée y qui ne sert qu'à percer le cœur de Jésus par un reniement plus cruel , par une perfidie plus criminelle ! Àh ! que Famitié de la créature est trompeuse dans ses apparences , corrompue dans ses flatteries, amère dans ses cbangemens, accablante dans ses secours à contre^temps , et dans ses commencemens de constance qui rendent l'infidélité plus insupportable ! Jésus a souffert toutes ces misères, pour nous faire haïr tant de crimes que nous fait faire l'amitié des hommes , par nos aveugles complaisances. Haïssons-les, chrétiens, ces crimes; et n'ayons ni d'amitié , ni de confiance , dont Dieu ne soit le motif, dont la charité ne soit le principe.
Que lui fera maintenant souffrir la fureur de ses ennemis? Mille tourmens, mille calomnies, plaies gur plaies, douleurs sur douleurs, indignités sur indignités ; et ce qui emporte avec Soi la dernière extrémité des souffrances , la risée dans l'accablement , l'aigreur de la raillerie au milieu de la cruauté.
C'est une chose inouie que la cruauté et la dérision se joignent dans toute leur force ; parce que l'horreur du sang répandu remplit l'ame d'images funèbres , qui modèrent cette joie malicieuse dont se forme la moquerie. Cependant je vois mon Sauveur livré à ses ennemis, pour être l'unique objet de leur raillerie, comme un insensé; de leur fureur.
4g6 SUE LÀ PASSION
comme un tcûérAt : en telle sorte , mes Frères, ipt nous voyons régner dans tout le cours de sa pnsion , la risée parmi les douleurs, et l'aigreur de h moquerie dans le dernier emportement de la cruaotë. 11 le relloit de la sorte ; il falloit que moQ SaDvnr « fbt rassasié d'opprobres », comme avoit préditk propbète (Oj aCn d'expier et de condamner par w •aiptes confusion!, d'un côté cet moqueries iiHt(fl> geaaes; de l'autre, ces dëUcatesses et ce point iflwknenr qui fait toutes les querelles. Cbi-^tieiis, oê^ vous vous abandonner à cet esprit de dérisioD <ui a été à outrageux contre Jésus-Christ? Qu'est-œ ipù la dérision, sinon le triomphe de l'oi^eil, le rèpa de Timpudence, la nourriture du méprît, b iM^i de la société raisonnable, la honte de la winiWw et de la vertu 7 Ne voyex-vous pas, raîUeon à 9ii>
passion une nouvelle espèce de comédie, dont toutes les plaisanteries soient^ pour ainsi dire, teintes de sang y dont la catastrophe soit toute tragique.
« Mes Frères, dit le saint apôtre (0, nous sommes D baptisés en sa mort » ; et puisque sa mort est infâme, nous sommes baptisés en sa confusion; nous avons pris sur nous, par le saint baptême, toute cette dérision et tous ces opprobres. Et quoi, tant de honte, tant d'ignominies, tant d'étranges dérisions, dans lesquelles nous sommes plongés par le saint baptême, ne seront-elles pas capables d*étouiIcr en nous les cruelles délicatesses du faux point d'honneur? et sera-t-il dit que des chrétiens immoleront encore à cette idole, et tant de sang, et tant d'ames que Jésus-Christ a rachetées ? Ah ! Sire, continuez à seconder Jésus-Christ,. pour empêcher cet opprobre de son Eglise, et cet outrage public qu'on fait à Fignominie de sa croix.
Je Youlois encore vous représenter ce que font les indilTérens; et je vous dirai, en un mot, qu'entraînés par la fureur , qui est toujours la plus violente, ils prennent le parti des ennemis. Ainsi les Romains, que les promesses du Messie ne regardoient pas encore , à qui sa venue et son Evangile éloient alors indiflerens, épousent la querelle des Juifs passionnés; et c'est Tun des effets les plus remarquables de la malignité de Tesprit humain, qui, dans le temps où il est, pour ainsi parler, le plus balancé par Tinditrérence , se laisse toujoui*s gagner plus facilement par le penchant de la haine. Je n'ai pas as-
(0 Bom. VI. 3.
isi»
sez<k temps pour peser celte circonstance; mabj) 1 ne puis omettre en ce lieu ce que souffre le dJm Sauveur par l'iimbition et la politique du monilt) I pour expier les péchés que fait faire la politiqae: | toii}oarï, si l'on n'y prend garde, elle condamOf h vërittf, elle affoibiit et corrompt malheureunemeat Jes meilleures inleiitious, Pilate nous le fait bien Toir, en se laissant lâchement surprendre aux pi^gM ijM IMdent les Juifs à son amliition trembUnte.
Ces malheureux savent joindre si adi-oitement i leurs passions les intacte de l'Etat , le nom et la n»* jcst^ de C^sar, qui n'y pensoît pas, que Pîlalc reconnoissant l'innocence , et toujours prêt à îalwoudre, ne laisse pas m^anmotus de la condamner. 0 "que la passion est hardie , quand elle peut prendre le prétexte du bien de l'Etat! ôque le nom du prince ftît sonvcnt des injustices et des violences qui frniient Imrrutirà ses mains, et dont rn'anmoins quelquefois elles sont souille'cs; parce qu'elles les appuient , ou du moins qu'elles négligent de les réprimer ! Dieu préserve de tels péchés le plus juste de toUs les rois; et que son nom soit si vénérable, qu^il soit toujours si saintement et si respectueusement m^ nagé, que bien loin d'opprimer personne , il soft l'espérance et la protection de tous les opprimés, jusqu'aux provinces les plus éloignées de son Empire. Ttlais reprenons le lil de notre discours , et admirons ici , chrétiens , en Pilate la honteuse et misérable foiblesse d'une vertu mondaine et politique. Pilate avoit quelque probité et quelque justice : il avoit même quelque force et quelque vigueur; il étoit capable de résister aux persuasions des pontifes
et aux cris d'un peuple mutiné. Combien s'admire la vertu mondaine, quand elle peut se soutenir en de semblables rencontres ! Mais voyez que la vertu même , quelque forte qu elle nous paroisse , n est pas digne de porter ce nom , jusqu'à ce qu elle soit
. capable de toute sorte d'épreuves. G'étoit beaucoup , ce me semble, à Pilate d'avoir résisté à un tel con-
* cours et à une telle obstination de toute la nation judaïque, et d'avoir pénétré leur envie cachée, malgré tous leurs beaux prétextes; mais parce qu'il n'est pas capable de soutenir le nom de César , qui n'y pense pas , et qu'on oppose mal à propos au devoir de sa conscience, tout l'amour de la justice lui est inutile ; sa foiblesse a le même effet qu'auroit la malice; elle lui fait flageller, elle lui fait condamner, elle lui fait cruciuer l'innocence même ; ce qu'auroit pu faire de pis une iniquité déclarée, la crainte le £ttt entreprendre à un homme qui paroit juste. Telles sont les vertus du monde ; elles se soutiennent vigotireusement, jusqu'à ce qu'il s'agisse d'un grand intérêt ; mais elles ne craignent point de se relâcher pour faire un coup d'importance. O vertus indignes d*un nom si auguste ! 6 vertus qui n'avez rien par dessus les vices, qu'une foible et misérable apparence^ Qu'H me seroit aisé, chrétiens, de vous faire voir en ce lieu que la plupart des vertus du monde sont des vertus de Pilate; c'est-à-dire, un amour imparfait de la vérité et de la justice ! On les estime , on en parle , on en veut savoir les devoirs ; mais foiblement et nonchalamment. On demande à la façon de Pilate : c Qu'est-ce que la vérité (0 »? et aussitôt on
(0 Joan* xviii. 3S.
5oO SUR L*. PASSION
se lève sans avoir reçu la réponse. C'est assex qp'« s'en soit cnquis en passant, «t seulement pour b Toiuiei mais on ne veut pas péne'lrei- le fonii- Ainâ Ton ignore la vt^rité, ou Ton ne la sait qu'à demi; «t la savoir à demi , c'est pis que de l'ignorer toute entière i parce que cette connoissance imparfaite fiùt qu'on pense avoir accompli ce qui souvent n'est pu ] commencé. C'est ainsi qu'on vit dans le moudcj d manque de s'être affermi dans un auiour conslantdc la vérité , on étale magnifiquement une vertu de parade dans de foitiles occasions, qu'on laisse toid à coup tomber dans les occasions importantes.
Jésus donc étant condamné par cette vertu iInpa^ faite, nous apprend k expier ces défauts et ces fcttblesses houleuses. Vous avez vu, ce me semble, toute la malignité de la créature, assez clairement déchaînée contre Jésus-Christ ; vous l'avez vu accablé par SCS amis, par ses ennemis, par ceux qui étant en autorité dévoient protection à son innocence, par l'inconstance des uns, par la cruelle fermeté des autres, par la malice consommée, et par la vertu imparfaite. 11 n'oppose rien à toutes ces in-sultes qu'un pardon universel qu'U accorde à tous, et qu'il demande pour tous. (1 Père, dit-il, pardonnez-leur; » car ils ne savent pas ce qu'ils font (0 ». Son content de pardonner à ses ennemis, sa divine bouté les excuse, elle plaint leur ignorance plus qu'elle ne blâme leur malicej et ne pouvant excuser la malice même, elle donne tout son sang pour l'expier. A la vue d'un tel excès de miséricorde y aura-t-il quelque ame assez dure pour ne vouloir pas excuser tout ce
DE JÉSUS-CHRIST. 5o I
qu'on neus a fait souffrir par foiblesse, pour ne vouloii' pas pardonner tout ce qu*on nous a fait souffrir par malice? Ah! pardon, mesFrères, pardon, grâce, miséricorde, indulgence en ce jour de rémission ; et que personne ne laisse passer ce jour sans avoir donné - à Jésus quelque injure insigne, et pardonné pour Tamour de lui quelque offense capitale.
Mais au sujet de ces haines injustes y je me souviens, chrétiens, que je ne vous ai rien dit dans tout ce discours de ce que l'amour déshonnête avoit fait souffrir au divin Jésus. Toutefois, je ne crains point de le dire , aucun crime du genre humain n'a plongé son anàe innocente dans un plus grand excès de douleurs. Oui, ces passions ignominieuses font souffrir à notre Sauveur une confusion qui l'anéantit. C'est ce qui lui fait dire à son Père : « Vous connoissez les » opprobres dont ils m*ont chargé » : Tu sois impro^ perium meum (0. Ce trouble qui agite nos sens émus a causé à sa sainte ame ce trouble fâcheux qui lui a fait dire : « Mon ame est troublée (^) ». Cette intime attache au plaisir sensible qui pénètre la moelle de nos os, a rempli le fond de son cœur de tristesse et de langueur; et cette joie dissolue qui se répand dans les sens, a déchiré sa chair virginale par tant de cruelles blessures qui lui ont ôté la figure humaine, qui lui font dire par le saint Psalmiste : « Je suis un » ver et non pas un homme (3) ». Donc 6 délices criminelles , de combien d'horribles douleurs avezvous percé le coeur de Jésus? Mais il faut aujourd'hui, mes Frères , satisfaire à tous ces excès en nous plongeant dans le sang, et dans les souffrances de Jésus-
CO Ps, Lxviii. a3. — (*) Joan, x!i. 27. — ^^) Pt. xxi. 6.
Christ : c'est, Messieurs, ce qu'il nous ordonne, d c'est la deruière partie de son testament.
TROISIÈME POINT
QuicoHQiJE veut avoir part à la grâce de ses duoleurs, il doit en ressentir quelque impression : car ne croyez pas qu'il ait tant soufîcrt , pour nous faire aller au ciel à notre aise, et sans goûter l'amertane de sa passion. 11 est vrai qu'il a soutenu le plus grand effort ; mais il nous a laissé de moindres épreuves, et toutefois nécessaires pour entrer en coDformitéile son esprit, et être honorés de sa ressemblance.
C'est dansle sacrement de la pénitence que non» devons entrer en société des souffrances de Jésus- Christ. Le saint concile de Trente dit , que les satisfactions que l'on nous impose doivent nous rendre conformes à Jésus-Christ crucifié (0. Mon Sauvenr, quand je vois votre tête couronnée d'épines, votre corps déchiré de plaies, votre ame percée de tant de douleurs, je dis souvent en moi-même : Quoi donc, une courte prière , ou quelque légère aumône , ou quelque effort médiocre, sont- ils capables de me crucifier avec vous? ne faut-il point d'autres clous pour percer mes pieds, qui tant de fois ont couru aux crimes , et mes mains qui se sont souillées par tant d'injustices? Que si notre délicatesse ne peut supporter les peines du corps, que l'Eglise imposoiC autrefois à ses enfans par une discipline salutaire, récompensons-nous sur les cceui-s : pour honorer la doideur immense par laquelle le Fils de Dieu déplore nos crimes , brisons nos cœurs endurcis, par 10 De Suli.faa. ntix,!. Scsi, mt, ç.ip. vm.
D-E JÉSUS-CIIRIST. 5o3
refibrt d'une contrition sans mesure. Jésus mourant* nous y presse : car que signifie ce grand cri avec lequel il expire ? Ah ! mes Frères , il agonisoit , il dé- £eiilloit peu à peu , attirant Tair avec peine d*unc bouche tQute livide > et traînant lentement les derniers soupirs par une respiration languissante : ce* pendant il fait un dernier effort pour nous inviter à la pénitence : il poqsse au ciel un grand cri, qui étonne toute la nature , et que^out Tunivers écoute avec un silence respectueux : il nous avertit qu'il va mourir y et en même temps il nous dit qu'il faut mourir avec lui. Quelle est cette mort ? C'est qu'il faut arracher son cœur de tout ce qu'il aime désor* fdonnémenty et sacrifier à Jésus ce péché régnant , qui empêche que sa grâce ne règne en nos cœurs.
Chrétiens > Jésus va mourir; il baisse la tête, ses yeux se fixent ; il passe, il expire : c'en est fait , il a rendu l'ame. Sommes-nous morts avec lui? sommesnous morts au péché? allons-nous commencer une vie nouvelle? avons-nous brisé notre cœur par une contrition véritable y qui nous fasse entrer aujourd'hui dans la société de ses souffrances? Qui me donnera, chrétiens, que je puisse imprimer en vos cœurs ce sentiment de componction? Que si mes paroles n'en sont pas capables, an^étez les yeux sur Jésus, et laissez-vous attendrir par la vue de ses divines blessures. Je ne vous demande pas pour cela, Messieurs, que vous contempliez attentivement quelque peinture excellente de Jésus-Christ crucifié : j'ai une autre peinture à vous proposer ; peinture vivante et parlante qui porte une expression naturelle de Jésus mourant. Ce sont les pauvres, mes Frères, dan3 les-
5o4 ^^^ t"^ VASSIOM
quels je vous exhorte de contempler aujourd'hui 11 passion de Jésus. Vous n'en venez nulle part i imagf! plus naturelle. Jésus souffre dans les pauvres; il languit, i) meurt de faim dans une inCuité de pauvres familles. Voilà donc dans les pauvret Jésus-Christ soulTiatit ; et nous y voy on s encore pour notre malheur Jésus-Christ abandonné , Jésus- Christ délaissé, Jésu&^hrist méprisé. Tous les riches devroient courir ponr soulager de telles misères; et on ne songe qu'à vivre à son aise , sans penser à l'amertume et au désespoir où sont abîmés tant de chrétiens. Voilà donc Jésus délaissé; voici quel- 1 que chose de plus. Jésus se plaint par son prophète ! de ce que « Ton a ajouté à la douleur de ses ' )i plaies u ; Super dotorem vulnerum meorum addideruni ('); <i de ce que dans sa soif extrême on lui M a donné du vinaigre ('') u. N'est-ce pas donner du vinaigre aux pauvres que de les rebuter, de l« maltraiter , de les accabler dans leur misère et dans leur extréniité déplorable? Aii! Jésus, que nous voyons dans ces pauvres peuples une image trop cllective de vos peines et de vos douleurs! Sera-ce en vain , chrétiens, que toutes les chaires retentiront des cris et des gémissemens de nos misérables Frères? et les cœurs ne seront-iis jamais émus de telles extrémités ?
Site, Votre Majesté les connoît; et votre bonté paternelle témoigne assez qu'elle en est émue. Sire, que Votre Majesté ne se lasse pas ; puisque les misères s'accroissent, il faut étendre les miséricordes; puisque Dieu redouble ses fléaux , il faut redoubler W Pj. Liviji. 3i. — W /W. 36.
DE JÉSÙS-CHRlSf. 5o5
les secours y et égaler, autant qu'il se peut, le remède à la maladie. Dieu veut qu'on combatte sa justice par un généreux eObrt de charité, et les nécessités extrêmes demandent que le cœur s'épanche d'une façon extraordinaire. Sire, c'est Jésus mourant qui vous y exhorte; il vous recommande vos pauvres peuples : et qui sait si ce n'est pas un conseil de Dieu d'accabler, pour ainsi dire, le monde par tant de calamités; afin queVotre Majesté portantpromptement la main au secours de tant de misères, elle attire surtout son règne ces grandes prospérités que le ciel lui promet si ouvertement? Puisse Votre Majesté avoir bientôt le moyen d'assouvir son cœur de ce plaisir vraiment chrétien et vraiment royal , de rendre ses peuples heureux : ce sera le dernier trait de votre bonheur sur la terre ; c'est ce qui comblera Votre Majesté d'une gloire si accomplie, qu'il n'y aura plus rien à lui désirer que la félicité éternelle, que je lui souhaite dans toute l'étendue de mon cœur. Amen.
• DK hÀ. ¥ASBIOB