‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 66 sur 81 · IV.^ SERMON · texte numérisé non relu

IV.^ SERMON

: LE VENDREDI SAINT, vaAcai a ba covb.

«m hk BASSIOn DE V. s. JltSDB-GBDUIC.^

toBtai 1m îndHgnhà qu'A MoSra. Inwpi'oli ti nm iilii^iwnn : cm^

1 devons imiter sa pnlimctf. Dct c[iuHe maniiire Dien prt-

DE JÉSUS-CHniST. S07

Non enitn judica\^i me scire alitfuid inier vos ^ nui Jesum Christum et hune crucifixum (0.

£n effet il est véritable que la sagesse divine oe s^est jamais montrée plus à découvert , à ceux à qui la foi a donné des yeux , que dans le mystère de la croix. Cest là que Jésus-Çhrist étendant les bras nous ouvre le livre sanglant dans lequel nous pouvons apprendre tout Tordre des conseils de Dieu , toute l'économie du salut des hommes , la règle fixe et invariable pour former tous nos jngemens , la direction sûre et infaillible pour conduire droitement nos mœurs , enfin un mystérieux abrégé de toute la doctrine de TEvangileet de toute la théologie chré* tienne. Ce n est donc pas sans raison que le pro« phète Isaîe se plaint dans mon texte que cette mort n'est pas méditée; « Le juste meurt , nous dit-il , et » personne n'y pense en son cœur ». C'est en vain que la sainte Eglise appelle aujourd'hui tous ses enfans à la croix : tous en révèrent l'image ; peu en contemplent le mystère ; aucun presque ne s'en applique la vertu : de sorte que le plus saint de tous les spectacles , et celui qui est le plus capable de toucher les cœurs , n'a pas de force pour changer les nôtres.

Qui me donnera , chrétiens y que je puisse aujourd'hui vous rendre attentifs à la croix de Jésus-Christ ; que je puisse graver dans vos cœurs un souvenir étemel de sa passion , et vous découvrir les secrets qu'elle enferme pour votre salut! Mais, mes Frères, nul n'est capable d'entendre le mystère de la croix, si auparavant il ne l'adore ; et le degré nécessaire pour

(«) /. Cor, II. 2.

5o8 SDR I.A PASSIOir

péo(!trer ses grandeurs, c'est de révérer ses bassesses. Donc, ô croix du sauveur Jésus, qui noDS fait voir aujourd'hui le plus grand de tous les miradet dans le plus grand de tous les scandales! â croix, supplice du juste, et asile descrimineb; ouvrage de l'injustice , et autel de la sainteté' ; qui nous Ates Jésus-Christ, et qui nous le donnesj qui le fais notre vktime et DOtre monarque i et eufennes dans le Kp-' tère dn même écriteau la cause de ta mort et le tïti€ deiarpyanté; reçois nos adorations, etfti»noittpait deteigriceset de tes lumières. Je te rends , 6 ôofac de J^u, cette religiense adoration que l'Egliie noer enseigDe ; et pour l'amour de celui dont le wppliw rïionore , dont le sang te consacre , dont les opp»-' bres te rendent d^e d'un culte étemel, je te dis* arec cette même Ëfj^ : O Crvx, ave.

DE JÉSUS-CIiniST. 5o9

ce titre vraiment auguste ; c est celui qui ayant paru au temps destiné, a dit hautement à tous les hommes : « Qui de vous me reprendra de péché (0 » î et pour tout dire en un mot, qui étant Dieu et homme tout ensemble, est saint d*une sainteté infinie, et appelé pour cette raison « le Saint des saints W ». Cependant une cabale impie 8*est liguée malicieusement contre lui ; elle a trouvé le moyen de corrompre un disciple periide , d^animer un peuple infidèle , d'intimider un juge trop foible et malheureusement politique, et de faire concourir toutes les puissances du monde au supplice de Finnocent et du saint qu'on attache à un bois infâme au milieu de deux scélérats : Et cum iniquis reputatus est (^).

Mais tandis que les Juifs ingrats traitent leur Sauveur en cette sorte \ lui cependant , qui reconnoit Tordre de son Père dans leur haine aveugle et envenimée, et qui sait que c'est leur heure et la puissauce des ténèbres, ne se sert ni de $on pouvoir infini ni de sa sagesse pour les confondre : il ne fait que baisser la tête ; et bien loin d'appeler à son secours des légions d'anges, lui-même n'allègue rien pour sa justification. Bien plus^ il ne se plaint pas même de ses ennemis. On a vu les innocens afiligés faire de funestes imprécations contre leurs persécuteurs; celui-ci, le plus juste sans comparaison et le plus indignement traité, ni ne dit rien de fâcheux , ni n'invoque contre les Juifs, qui le persécutent, le ciel témoin de son innocence : au contraire il n'ouvre la bouche que pour demander leur grâce; et non content de leur pardonner pendant qu'ils le

(i) Joan. yiii. £fi, -* W Dan, iz. a4* "** ^'^ ^'«« «"• «^i-

5io suit LA. PAssioir

iuDt mourir inhumainement, il offre encore powr «nx ofrMDg que répandent leurs mainâ wcriH^f tant sa bonté est tnépuiBable.

Cest ainsi que pendant que les m^diaHS osent tout centre le Juste^ noo-senlement-il so«:tfre tonl par obéissance , mais encore Q pardonne todt pav iafatfricorde. O le saint et admirablft^wclacle! qn'tf iMUta TU le «id «t la teiM qMi uMtè ^ihi|||t|i tétnriguàif qa'oU tdb jMrtMtttfOn lî tefiMM^ iMia<«itttiq«iM» alrtn^ieBictat «MtMde^ri aM» tfcMrdUMMKBtfKrdMiMtPOtaiMaidoMlfekyeni Ai^tiadiV et poof obâr ttK ^rophèM, <fli -Mw pnée kvtn tait de fm» de pAîM' Il ht iÉDH' iû Jute y comidoMnifc kutift w CMMM tfHS Mi^De'iMHlcé Qft w'pOlWCAto^kVWifpklW'AvâBlMMfllIHRWBMt, ImC^Use faontitf k ptlrMtiM. HaÏB^pttiiifAetMftéi

DE JÉSUS-CHRIST. 5lX

Judas qui le trahit , plus que les Juifs qui T^ccusent y plus que Pilate qui le condamné ^ plus que les soldats qui le crucifient. Mais c*est d'une autre manière y que je prétends considérer notre crime dans la passion du Sauveur. Je ve«ix vous y faire voir les diverses dispositions de ceux qui ont con<couru à persécuter Tinnocent, et dans ces disposi*tions les inclinations et les mœurs des hommes , afin que chacun puisse reconnottre la maKgnité qu^ porte en son cœur. Pour cela il faut remonter jusques au principe , et remarquer , chrétiens , que ç*à ëté un conseil de Dieu que Jésus-Chrisl , qui devoit mourir pour le péché , mourût aussi par le pécfcé même : 'je veux dire qu'étant la victime et la -commune piv>pitiation de tous les crimes du monde (0 , il est aussi arrivé que presque tons les crimes ont part à sa mort et à son supplice. C'est pourquoi nous y voyons concourir l'envie , la cruauté , la dérision y les blasphèmes y les artifices , les faux témoignages^ l'infustice et la perfidie ; enfin il à éprouvé tout et qu'il y a de plus furieux , de plus injure et de plu^ malin dans le cœur de l'homme.

Que si vous me demandez queUe a été la cause de ce conseil y et pourquoi tant de crimes ont concouru au supplice du Sauveur des âmes; je vous dirai , chrétiens y c'est que le Pîls de Dieu nous est proposé comme celui qui non-seulement doit ex]pier les péchés et la malice du monde , mais encore la faire haïr. Il y a dans la créature un fond de malignité infinie, qui fait dire à rap6u*e saint Jean, non-seulement que le monde est xaalin , mais encore « qu'il

(0 /. Joan. u. 3.

5l2 SUTl I.A PASbION

« n'est autre chose cjue malignité » : Sfimdits totus in malignopositus cj( (0. [Elles'est] produite contre Jésus-Christ pour deux raisons : il est venu combattre la malignité du monde ; il a ettî nécessaire qu'il la fît déclarer toute entière, afin de faire éclater l'opposition éternelle de lui et du monde : c'est pourquoi elle a , pour ainsi dire , marché contre lui comme en bataille rangée, et déployé contre lui tout ce qu'elle a de malices.

Secondement [il est venu] expier [les péchés], Dous donner les moyens de les connoitre , et les moti& de les haïr. Mais rien ne nous peut faire haïr davantage la malignité du monde , que de lui voir répandre contre le Sauveur tout ce qu'elle a de venin. C'est pour cela qu'il a fallu que tout ce qu'il y a de plus secret , tout ce qu'il y a de profondeur daos la

DE JÉSUS-CH&I8T. 5l3

prit humain : enfin venez voir ce qu'il faut souffrir de Tamitiéy de lahaine, de Tindifférence des hommes; de leur appui , de leur abandon ; de leurs vertus et de leurs vices ; de leur probité et de leur injustice. Tout est changeant , tout est infidèle , tout se tourne en affliction > et Jésus-Christ nous en est un illustre exemple {*)

Que lui fera maintenant souffrir la fureur de ses ennemis? Mille tourmens, mille afflictions , mille ca* Jomnies. Mais avant que de vous parler de toutes ces indignités, regardons-en la première cause qui ëtoit une noire envie. C'est la plus basse , la plus odieuse y la plus décriée de toutes les passions ; mais peut - être la plus commune , et dont peu d'ames sont tout-à-fait pures. Apprenons donc à la détester et à la déraciner jusqu'aux moindres fibres; puisque c'est elle qui a inventé et exécuté tout ce qui a été entrepris contre le Juste. Les hommes se piquent d'être délicats ; et la flatterie de notre amour-propre nous fait si grands à nos yeux , que nous prenons pour un attentat la moindre apparence de contradiction y et nous nous emportons si peu qu'on nous -blesse.

Mais ce qu il y a en nous de plus déréglé , c'est que même , tant nous sommes tendres, on nous fâche

(^. Voyez, pour remplir cette lacune, le sermon précédent, depuis la page 49^ jusqu^à la page 5oi. U est à croire que Bossuet se proposoit d'emprunter de ce même sermon ce qui manque ici , puisqu'il j renvoie dans un ftutre endroit du manuscrit. ( £diL Je VtnaUUs. )

BoSSUET. XIII. 33

»)«e de toute les p.,,„„P • parce ,„e,„ affliges les i„ "'°."'™™Ue, parce oue » ."juste e.c„,.e„„efc,,^;= •'»"' le genre l,„„ai„.;„f,^; » nement, que i„ ^„^ » car U «^Oûioiences

«i»%a..tdatrourre:r'°

DE jésus-chuist. 5i5

paimi les douleurs , et Faigreur de la moquerie, dans le dernier emportement de la cruauté.

SECOND POINT

Saint Augustin a remarqué comme trois principes de la mort de notre Seigneur. « Jésus-Christ , dit ce » saint évêque (0, a été livré au dernier supplice » par trois sortes de personnes; par son Père^ par » ses ennemis y par lui-même ». 11 a été livré par son Père; c'est ce qui fait dire à l'apôtre que « Dieu » n'a pas épargné son propre Fils, mais qu'il l'a li- » vré pour nous tous » : Pro nobis omnibus tradidit eum (^). 11 a été livré par ses ennemis : Judas l'a livré aux Juifs; Ego vobis eum tradam (^); les Juifs l'ont livré à Pila te ; Tradiderunt Pontio Pilato prœ* sidiii); « Pilate Ta livré aux soldats pour le cruci- » fier »; Tradiditeum militibus ad crucifigendum (^). Non-seulement, chrétiens, il a été livré par son Père, et livré par ses ennemis, mais encore livré par lui-même; et saint Paul en est touché jusqu'au fond de l'ame, lorsqu'il écrit ainsi aux Galates : <c Je » vis en la foi du Fils de Dieu qui m'a aimé, et s'est » livré lui-même pour moi )> ; Et tradidit semetipsum pro me (6). Voilà donc le Fils de Dieu livré à la mort par de différentes personnes et par des motifs bien différens. Son Père l'a livré par un sentiment de jus* tice, Judas par un motif d'intérêt, les Juifs par Fins-tinct d*une noire envie , Pilate par lâcheté, luimême enfin par obéissance.

Mais pour entendre jusqu'où va son obéissance ,

(») In Epist, Joan. Tract, vu, /i. 7, tom. m, part. 11, col. 874 1 8^5. — (a) Rom. VIII. 3a. — (') Matth. juLyi, j5. — v4) Md, julyu. a. — ^5; Jiij, a6. — K^) Gai. 11. 20.

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DE JÉ8U8-CHRIST. Sl^

Cest ce que Tapôtre saint Pierre nous explique excellemment en un petit mot dans sa première Epitre canonicfue (0, oii remettant devant nos yeux Jésus-Christ souffrant , il remarque « qu il ne rendoit » point ni opprobres pour opprobres , ni malédic* » tion pour malédiction^ ni inenstces pour menaces » . Que faisoit-il donc, chrétiens, dans tout le cours de sa passion 7 Fapôtre saint Pierre nous l'expliquera dans une seule parole : Tratlebat autem judicanti se injuste : a II se livroit, il s'abandonnoit à celui » qui le jugeoit injustement ». Et ce qui se dit de son juge f se doit entendre de la même sorte de tous ceux qui entreprennent de lui faû^e insulte : il se livre tout-à-fait à eux pour fah*e de lui à leur volonté. C'est pourquoi il ne refuse pas sa divine bouche aux perfides baisers de Judas ; il tend volontairer ment aux coups de fouet ses épaules innocentes; il donne lui-même ses maids , qui ont opéré tant de miracles, tantôt aux liens et tantôt aux dous; et présente ce visage, autrefois si majestueux, à toutes les imlignités dont s*avise une troupe furieuse. Il est écrit expressément , « qu il ne détourooit pas seule- » ment sa face » : Faciem meam non averti ab inerepantibus et conspuenù'bus in me W. Victime humblement dévouée à toute sorte d'excès, il ne fait qu'attendre le coup sans en vouloir seulement éluder la force par le moindre mouvement de tête. Venez donc, ô Juifs et Romains, magistrats et particuliers, peuples et soldats, venez cent fois à la charge; multipliez sans fin vos outrages, plaies sur plaies , douleurs sur douleura , indignités sur indi-

(«) 1. Petr. II. 23. — (») Is. t. 6.

5lR SUR LA PiSSION

gnilôs : mon Sauveur ne résiste pas, et respecte en votre fureur l'ordre de son Père. Ainsi son innocence est abandonnée au débordement effréné de votre licence, et à la toute-puissance, si je puis l'appelsT ainsi , de votre malice.

Si jamais il vous arrive, Messieurs, de tomber entre les mains de vos ennemis, dètre décriés par leurs médisances, enveloppés dans leurs artifices, accablés par leur puissance et par leur crédit, souvenez-vous du Juste que vous voyez succomlwr aujourd'hui sousla malice obstinée de ses envieux. C'e^ là , je le confesse, la plus rude épreuve d« la patience: on cède plus facilement dans les autres maux où la malice des hommes ne se mêle pas; mais quand la malignité de nos ennemis est la cause de nos disgrâces , on a peine à trouver de la patience. Et la raison, chrétiens, c'est que par exempte dans lei maladies un certain cours naturel des choses nous découvre plus clairement l'ordre de Dieu , auquel notre volonté quoique indocile voit bien néanmoins qu'il faut se rendre. Mais cet ordre qui nous est montré dans les nécessités naturelles, nous est caché aucontraire parla malice des hommes. Lorsque nous sommes circonvenus par des fraudes, par des injustices, par des tiomperics; lorsque nous voyons que « nos ennemis nous ont comme assiégés et envii-onnés » par des paroles de haine » , ainsi que parle le divin Psalniiste; Scrmonibus odii circumdederunt me et cxpugnaverunt me gratis i'), [que] les sorties pour nous échapper, les avenues pour nous secourir [sont fermées par] une circonvallation d'iniquité, et que

DE liSDS-ÇHRIST. SlJ)

de quelque côté que nous nous tournions , leur malice a pris les devans , et nous a fermés de toutes parts, alors il est malaisé de reconnoître l'ordre d'un pieu juste parmi tant d'injustices qui nous pressent; et comme rieo ne nous pai-oît que la malice des hommes qui nous trompent et qui nous.oppriment, notre cœur croit avoir droit de se révolter ; et c'est là qu'on se sent poussé aux derniers excès.

O Jésus crucifié par les impies \ û juste persécute de la manière du monde la plus outrageuse ! venea ici à notre secours, et faites-nous voir l'ordre de Dieu dans les maux que nous eadurons par la malice des hommes. En effet qu'est-il jamais arrivé au monde par un ordre plus manifeste de la providence de Dieu que la passion de son FlLs? et quel événement a-t-on jamais vu où la malice, où la perfidie, où tons les crimes aient plus de part ? C'est là , si nous Vea-r tendoDS , la cause de ce grand combat de Jésus-Christ contre la justice de son Père. « O Père, lui dit-il » avec tant d'ardeur dans le jardin des Olives , que » ce calice passe loin de moi n. A la vérité, chrétiens, étant homme comme nous et de même complexion , il avoit une horreur naturelle de la mort H des tourmens : mais je ne me tromperai pas en \as6urant que c'est quelque chose de plus rigou- ... ' >^ lui fait faire cette prière avec tant d'instance. <- >.-st qu'il voyoît dans le calice de sa passion non-seulement des douleurs exlrémes , mais encore des injustices inouies : c'est ce qui en fait la grande amertume , c'est ce qui cause le plus d'horreur à sa sainte ame *, et rien ne l'afflige tant dans set plaies , que lorsqu'il voit qu'il n'en reçoit point que par au-

Sio sun LA TAssioir

tant de îacriléges. O mon Père, ce n'est pas aînà que je voadrois être couvert des pèches du peuple ; oh ! je ne refuse pas les douleurs : eh ! mon Père , s'il se pouvoit que je souffrisse sans tant de crimes de la part de mes ennemis , mes peines seraient supportahles ; mais faut-il qu'avec tant de totirmens , je boire encore , pour ainsi dire , tant d'iniquités , et que je mevoie l'unique sujet de tant d'horribles blasphèmes, de tant de violences furieuses ? Pater, si posstbile est , transfcr calicem istitm h me : c O Père , s'il est a possible, délivrez -moi du moins de cette amer- » tume ; et toutefois , ajoute-t-il , non ma volonté , !> mais la vôtre a : f^erumtamen non mea volantax , ied tua fiai (0. Quoi donc, la volonté du Père celeste est-elle dans la trahison de Judas , dans la furenr des pontifes, et dans tous tes autres crime» énormes dont je vous ai fait tant de fois le dénombrement ?

C'est ici qu'il nous faut entendre avec le grand saint Augustin (^J, que Dieu préside, même atii mauvais conseils r il les bride, il les pousse, il lâche la main, il les tient domptés et captifs-, et malgré les mauvaises intentions il les conduit à ses fins cachées; [sans cela] , Dieu tout-puissant et tout bon ne permettroit pas tant de péchés, il ordonne les ténèbres aussi bien que la lumière ; c'est-à-dire, qu'il rapporte aux desseins secrets de sa providence, non moins les complots criminels que les actions vertueuses; et quelque effort que les méchnns fassent pour se retirer

i') Matih. xxïi. 39. Luc. \\n. 41. — 1') Lib. dt Grat. el lib. Ai- Utr. n. 4r, ^i, tvni. x, tul. 7^0, ;^i. Serm.cxi.v. n. 5, (ohi. t,

DE 1É6V5-CHILIST. Sst

de lui j ils retombent d'an autre côte dans Tordre de sa providence [et de sa] sagesse.

Ainsi osez tout, 6 mécbans esprits; attaquez , pressez, accablez, aiguisez vos langues malignes , enfoncez bien avant vos dents venimeuses, assouvissez par vos médisances cette humeur malfaisante qui vous domine : le fidèle doit vivre en repos ; parce que vous pouvez bien entreprendre , mais vous ne pouvez rien opérer que ce que Dieu veut. Vous lancez vos traits empoisonnés ; mais ils ne portent pas toujours où votre main les adresse , et Dieu saura bien , quand il lui plaira , non-seulement les détourner, mais encore les repousser contre vous. Il ne faut donc pas nous troubler pour la malice des hommes : Jésus persécuté et obéissant nous y fait reconnottre Tordre de son Père.

Prenons garde seulement. Messieurs, à n^aigrir pas nos maux par Timpatience, et à nHrriter pas Dieu par nos murmures; allons toujours constamment par les droites voies : si cependant nos ennemis remportent sur nous , si les desseins équitables sont les moins heureux , et que la malice prévale contre la simplicité , ne perdons pas pour cela notre confiance ; ne croyons pas que nous succombions sous Tefibrt d*une main mortelle ; regardons d*oil est parti Tordre souverain , et disons à nos ennemis comme le Sauveur faisoit à Pilate : ce Vous ne pourriez rien » contre moi , s'il ne vous étoit donné d'en-haut » : Non haberes potestatem adi^ersum me ullam, nisi tiii datum esset desuper (0.

C'est ce qui doit éteindre en nos cœurs tous les sentimens de vengeance : car la malice de nos enne*

(0/oa/i. XIX. II.

5aa son LA PASSIO!»

mis, toute odieuse qu'elle est, ne laisse pas d'être l'iDstruinent d'une main divine pour nous excrc«roa pour uous punir. Il faut que cette pensée désarme notre colère; et celui-là est trop hardi qui voyant paroUre ia main de Dieu , et l'ordre d'un tel souverain , songe encore à se venger, et non à s'abaisser et se soumettre. AJnsi regardons , Messieurs , non c» que les hommes ont fait contre nous , mais qui est celui (I qui leur a donné la puissance de nous nuire ■; Datum estiilis ut nocerenti') : alors nosresscntimeoi n'oseront paroître ; une plus haute pensée nous occupera ; et par respect pour l'ordre de Dieu nous serons prêts non-seulement à souQrir, mais encore » pardonner : Jdsos-Christ crucifié nous en a donné I rexeinplc.

TROISIÈME POINT

Voua avez vu , chrétiens, tonte la malignité deU crcoture doclurée ouvertement contrelui; vousavez vu le Juste accablé par ses amis, par ses ennemis , par ceux qui e'iant en autorité dévoient leur protection à son innocence, parlalbiblessedes uns, par la cruelle fermeté des autres : il n'oppose rien à tous ces outrages qu'un pardon universel qu'il accorde à tous et qu'il demande pour tous à son Père: V O Père, dit-il, pardonnez-leur; car ils ne savent » ce qu'ils font » : Pater , dimiltc illis : non enim sciunt quid faciunt i.'') . Vous voyez que non content de leur pardonner, sa divine bonté les excuse : il plaint leur ignorance plus qu'il ne blâme leur malice; et ne pouvant excuser la malice même , U oflre pour l'expier la mort qu'ils lui font souffrir, et « les {') ^pi,c. vu. 1. — ;■! i„e. xïiji. 31-

DB jéstTS-CURIST. 5^3

» rachète du sang qu'ils répandent » ; Ipso rcdetnpU sanguine quem fuderunt (0.

A la vue d*un tel excès de miséricorde y aurotis* nous Famé assez dure pour ne vouloir pas aujourd'hui, et excuser tout ce qu'on nous a fait souflTrir par la foiblesse, et pardonner de bon cœur tout ce qu'on nous a fait souffrir par la malice? Chrétiens, ceux qui nous haïssent et nous persécutent ne savent •en vérité ce qu'ils font. Ils se font plus de mal qu'à nous : leur injustice nous blesse , mais elle les tue; ils se percent eux-mêmes le sein pour nous effleurer la peau. Ainsi nos ennemis sont des furieux qui ne savent ce qu'ils font; qui voulant nous faire boire y pour ainsi dire, tout le venin de leur haine , en font eux-mêmes un essai funeste, et avalent les premiers le poison qu'ils nous préparent. Que si ceux qui nous font du mal sont des malades emportés, pourquoi les aigrissons-nous par nos vengeances, et que ne tâchons-nous plutôt à les ramener à leur •bon sens par la patience et par la douceur ? Mais nous sommes bien éloignés de ces charitables dispositions : bien loin de faire effort sur nous-mêmes pour endurer une injure, nous croirions nous dégrader et nous ravilir, si nous ne nous piquions d'être délicats si peu qu'on nous blesse. Aussi poussons-nous sans bornes nos ressentimens : nous exerçons sur ceux qui nous fâchent des vengeances impitoyables; ou bien nous nous plaisons de les accabler par une vaine ostentation d'une patience et d'une pitié outrageuse, qui ne se remue pas par déco S. AugusU in Joan. TractaU xcii, n, i, tom, m, part, n, col. 734.

9a4 sii" '■* PAî'sioM

dain , et qui feint d'être tranquille pour ÎDsultïr davantage : tant nous sommes cruels ennemis et im^ placaLles vengeurs , qui faisons des armes oQVnsiveâ et des instruineus de colère, de la patience même et de la pitii5.

Chrétiens, que ce saint jour ne se passe pas 8uns que nous donnions nos ressentimens à Jésus-Citrist crucifie : ne pensons pas inutilement à Li mort da Juste et à ses boutes infinies. Pardonnons à son exemple à nos ennemis^ et songeons qu'il n'y a point de pàque pour nous sans ce pardon nécessaire. Je suit que ce précepte évangélique n'est guère écouté à U Cour : les vengeances y sont infinies; et quand on ne les pousseroit pas par ressentiment , on se senti* rntt oblige de le faire par politique. On ci ait i^u'il est utile lie se faire craindre ; et on pense qu'on s'expose trop quand on est d'humeur à souffrir. Et peut^ être qu'on support eroit cette maxime an tichréticnoe, si nous n'avions à ménager que les intérêts da monde : mais notre grand intérêt c'est de savoir nous concilier la mise'ricorde divine, c'est de ménager un Dieu qui ne pardonne jamais qu'à ceux qui pardonnent sincèrement, et n'acrorde sa miséricorde qu'à ce prix. Noire aveuglement est extrême , si nous ce sacrifions à cet intérêt éternel nos intérêts périssables. Pardonnez donc, chrétiens; mais après la grâce accordée , qu d n'y ait plus de froideur : je vous le dis devant Dieu , et Jésus-Christ crucUié me sera un témoin fidèle que je dis la vérité. La manière de pardonner qu'on introduit dans le monde est une dérision manifeste de son Kvangilc .- amis, pourvu qu'on ne se voie pas; on ne veut point revenir des prc-

DE JÉSUS-CHRIST. SsS

mieirs ombrages. Pardonner comme Jésus - Christ a pardonné; tâcher de rétablir la confiance perdue ^ rappeler le cœur aliéné ; et rallumer la charité toute éteinte y par des bienfaits effectifs : Benefa^ cite (0. Ne me demandez point d*autre raison; le mystère me rappelle. Décidons une fois ce que TEvangile a décidé : le sang de Jésus-Christ ^ son exemple, pour toute raison : autrement nulle communion avec Jésus-Christ y nulle société à la croix, et nulle part à la grâce qu il a demandée pour nous à son Père.

Car, mes Frères , vous n*ignoree pas que nous avons tous été compris dans la prière qu'il a faite. Jésus-Christ étoit attaché à un bois infâme , levant à Dieu ses mains innocentes y et sembloit n'être élevé si haut que pour découvrii* un peuple infini qui se moque de ses maux, qui remue la tête, et fait un sujet de risée d'une extrémité si déplorable. Mais sa vue porte bien plus loin : il voit tons les hommes avec tous leurs crimes : il nous a vu chacun en particulier. En ce jour, « je vous ai vu, dit -il, et 7è je vous ai appelé par votre nom (3; ». Il est frappé de tous nos péchés non moins que de ceux des Juifs qui le persécutent : il ne nous trouve ni moins aveugles ni moins inconsidérés dans nos passions ; et touché de compassion, il déplore notice aveuglement plutôt qu'il ne blâme notre malice. Il se tourne donc à son Père, et lui demande avec larmes qu'il ait pitié de notre ignorance. En effet les hommes qui pèchent sont doublement aveugles : ils ne savent ni ce qu'ils font ni oii ils s'engagent; et permettez-inoi,

S-^G Sun LiL l'ASSIOV

clu'ctiens, de considérer ici notre aveuglement dani celui des malheureux Juifs.

Ils sont misérablement aveugles; puisqu'après Unt de signes et tant de miracles , ils ne veulent pas considérer la dignité de celui sur lequel ils mettent leur) mains sacrilèges. Mais voici le dernier excès ; ctsl, Messieurs, qu'ayant à choisir entre Jésus el Baiablias, « ils renient, comme dit saint Pîenc ('), le » Juste et le Saint; ils délivrent le meurtrier, cl » font mourir l'Auteur de la vie a. 11 n'est pas nécessaire que je parle ici : c'est déjà une chose horrible de voir qu'ds ont mis leur Sauveur en croii; mais si nous venons à considérer de qui il remplit la place, il n'y a rien qui puisse égaler l'indignité de ce choix. Mais soit que nous nous indignions contre l'injustice des Juifs, soit que nous nous étonnions d'un si étrange aveuglement , jetons lea yeux sur nous-mêmes : il n'est pas nécessaire que je parle ici ; que chacun se juge en sa conscience. Que quittons-nous? que clioisissons-nous? que préféronsnous à Jésus-Christ? que faisons-nous non-seulement vivre, mais régner en sa place? pour qui est-ce que notre cœur se déclare? et qu'est-ce qui nous fait dire : V Qu'on l'ote , qu'on le crucifie {'') d ? et [nous] crucifions Jésus-Christ encore une fois (3). Quel est donc notre aveuglement? et après cet indigne choii, quelle espérance nous resteroit de notre salut, si Jéïus-Clirist n'avoit prié à la croix pour ceux qui ne savent ce qu'ils font?

Mais nous pensons encore moins à quoi nous nous engageons, et quelle vengeance nous attirons (') ytcl 1». i.',, )S.— {')Joait.x.ii.. i5.— l.iJ//ei/-,Ti.S.

DE jâsUS-CHRIST. Ss^

.ur nos têtes par cette outrageuse préférence. Les fuifs contentent leur haine ; et pendant qu'ils ré- >andent le sang innocent avec un€| si furieuse inhunanité, ils ont encore Faudace de dire : « Son sang » soit sur nous et sur nos enfans (0 ». Ils ne savent li ce qu'ils font ni ce qu'ils disent ; et ne pensent pas^ es malheureux, que pendant qu'ils assouvissent leur )assion , ils avancent leur jugement y leur dernière *uine. Race maudite et déloyal^ , ce sang sera sur ;oi selon ta parole : ce sang suscitera contre toi des ennemis implacables qui abattront tes murailles et es forteresses y et renverseront jusqu'aux fondemens :e temple l'ornement du monde, ils ne savent pas > Is n'entendent pas; et enchantés par leur* passion ^ . Is ne voient point la colère qui les menace. Et nous également enivrés par nos passions insensées , nous le regardons point le jour de Dieu, jour de ténèjres, jour de tempête, jour d'indignation éternelle (^} ; et nous ne considérons pas de quelle sorte nous pourrons porter les coups incessamment reloublés de cette main souveraine. Jésus-Christ succombe sous ce poids terrible : il s'afflige, il se trouble, il sue sang et eau; il se plaint d'être délaissé; il ne trouve point de consolation.

Tel est, Messieurs ,*un Jésus sous l'efFroyable pressoir de la justice divine. Les femmes de Jérusalem sont émues de compassion voyant l'excès de ses maux et de ses douleurs ; mais écoutez comme il leur parle : « Ne pleurez point sur moi, leur dit-il; mais pleurez n sur vous-mêmes et sur vos enfans (^) ». Déplorez la calamité qui vous suit de près : car ic si on fait

(0 Mauh, zxYU. a5. — (*) JoêL ii. i, a. — (>) Lue, zziii. a8.

SaS SVR LA PASSION

a ainsi au bois verd , que feia-t-on au bois sec (0 »' Cliréticos, qui vous étonnez de voii' Jésus -Chiifl | traité si cruellement , étonnez-vous de vous-mêmei I et des supplices que vous attirez sur vos têtes crîmi- | nelles. 6i la justice divine n'épargne pas l'innooetit, parce qu'U a répondu pour les pécheurs , que doiveot attendre les péclieurs eux-mêmes, s'ils méprisent la miséricorde qui leur est otiérte? Si ce bois verd, ce bois vivant , si Jésus-Christ , cet arbre fécond qui porte de si beaux fruits , n'est pas épargtu:; pécheur, bois aride, bob déraciné, qui n'est plus bon que pour le feu éternel , que dois-tu attendre 7 C'est ce que nous ne voyons pas j et Jésus touché de compassion des misères qui nous attendent : O Père, ayez pitié de ces insensés qui courent en aveugles à leur damnation, en riant, en battant des mains, en s'applaiK

DE jésus-ghuist. Sag

leurs y où toute TEglise nous crie : ce Mes Frères , » nous vous conjurons pour Jésus-Christ , de vous » réconcilier avec Dieu (0 ». Qui de nous n*est pas résolu durant ces saints jours d'approcher de la sainte table ? O sainte résolution ! mais trouvez- bon néanmoins que je vous an*éte pour vous dire avec Tapôtre: Probetaulemseipsum homoW : « que rhouime » s*éprouve soi-même ». L^aclion que vous allez faire est la plus sainte, la plus auguste, la plus importante du christianisme : il ne s*agit de rien moins que de manger de sa propre bouche sa condamnation ou sa vie y de porter la miséricorde ou la mort toute présente dans ses entrailles. Le mystère de rcucharistie ^ c*cst le mémorial sacré de la passion de Jésus : il y est encore sur le Calvaire ; il y répand encore pour notre salut le sang du nouveau Testament ; il y renouvelle y il y représente, il y perpétue son saint lacriCce.

Nous avons remarqué y mes Frères y dans la pas* sion le crime de ses ennemis, et sa sainteté infinie : maintenant il est question en communiant [de savoir] & laquelle de ces deux choses vous aurez part ? Serace à la sainteté de la victime , ou aux crimes de ceux qui Timmolent? sera-ce pour perpétuer la violence ^ ou la soumission ; les outrages \ ou l'obéissance ; la trahison de Judas, ou [la fidélité du Sauveur] 7 Dieu ne venge rien plus terriblement que la profanation de ses saints mystères. Dans une action dont les suites sont si importantes, Tapôtrc a raison de nous an^éter, etde nous ordonner une sainte épreuve:

(0 //. Cor. V. ao. — (•) /. Cor. xi. a8.

BOSSUET. XIIT. 34

53o son LA pAssioa

donc k la vue de ce saint autel cjue chacun s'cprouw soi-même et rentre dans les replis de sa cooscieDce. OuUicz-donc toutes vos allaires : car quels soins ne doivent céder à celui de se rendre digne de Jésuh Christ î et peut-on imaginer quelque chose qu'il soit ni plus utile de bien recevoir, ni plus dangereux de profaner que son mystère adorable?

Songez-vous & corriger votre vie , à restituer k bien mal acquis, à réparer les injustices que voia avez faites ? Je ne puis pas vous en faire ici le dénombrement : songez seulement à celles du jeu à fréquentes, si peu médite'es, si peu rëpai-ées. Je tremble pour vous, quand je considère les avantages frauduleux que vous prenez et que vous donnez , les ruines qui s'en ensuivent , et le repos malheureux que je vois sur ce sujet dans les consciences- 11 semble qu'on se persuade que tout est jeu dans le jeu; mais il n'en est pas de la sorte. Les injustices ne sont pas moins grandes, ni tes restitutions moins obligatoires ; sans que j'y puisse remarquer d'autres différences sinon qu'on y pense moins, et que les fraudes et voleries sont plus ordinaires et plus manifestes. Pensez-y donc , chrétiens : si ce n'est qu'avec vos richesses vous vouliez encore jouer votre arac, ou plutôt non tant la jouer que la perdi-e très-assuréuient, d'une manière bien pins hardie que vous ne faites vos biens. Le grand saint Ambroisc s'étonne de la hardiesse des grands joueurs, (1 Qui peut-être changent, dit ce grand homme (';, u à tous momens de fortune i tantôt riches, tantùt

(' LU. <k Tub. cnp. \! , lom. 1, to/. 6oi,eu3.

DS l£SDS-eBKIST. 53l

M ruina, selon qu'il platt au hasard n. Ne vous étonnez pas, chrétiens, si nousdescendonsàcesba»» sesses; et si vous trouvez peut-être que c'est trop rabaisser nos discours, jugez donc combien il est plus indigne de rabaisser jusque-là votre conscience. Mais je ne Gnîroîs jamais ce discours , si je voulois faire avec vous tout votre examen : Probei autem se ipsumhomo : a Que l'homme s'éprouve soi-même ». Si vous vous mettez à l'épreuve , connoîssez votre ibiblesse, et déliez-vous devosforces... de cette même ' bouche dont nous consacrons les divins mystères, recevez-les saintement : ne faites point vos pâques par un sacrilège.

LE JOUK DE

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