‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 68 sur 81 · i+ POUn LE lOVK DE PiQCE · texte numérisé non relu

i+ POUn LE lOVK DE PiQCE

rayons du soleil , qui môriloit d'être ornée d'iramM^ talilé et de gloire , il la couvre encore , pour l'amoar de nous, de limace de notre péclu* : n'est-ce pas di quoi nous confondre ? Que sera-ce donc si noi venons à considérer que c'est par ce nnoycQ que» péchés sont gu<?ris ? C'est ici , c'est ici le trait le p]i mer\'cilleiix de la mise'ricoide divine.

On rapporte qtie par fuis les magiciens, posséda en leur anje d'un désir furieux de vengeance, font des images de cil e de leurs ennemis, sur Icsquellei Us murmuient quelques paroles d'cncliantement; et après, ajoule-t-on , frappant ces statues, la Uessure, par un fatal contre-coup, en retombe sof l'original. Kst-ce fable, ou vérité? je vous le laisse i juger : seulement saîs-je bien qu'il s'est passé quelqu* chasc de semblable en la personne de mon Maître. Où e'toit rùnage du péché? En sa chair bétiile. Oii étoit le pécïié mémo? Kn vous et en moi , chrétiens, La chair du Sauveur, cette image innocente du crime , a été livrée entre les mains des bourreaux, pour en faire à leur fantaisie : ils l'ont frappée, les coups ont porté sur le péché; ils l'ont crucifiée, le péché a été crucifié ; ils lui ont arraché la vie , le péché a [)prdu la sienne ; et voili justement ce que l'apôtre veut dire. Le Sauveur , selon sa doctrine, est mort au péché; parce qu'abandonnant à la mort sa chair innocente , qui en étoit l'image , il a anéanti le péché. Mais pounons-nous conclui'e de là qu' « il » faut que nous mourions avec lui i> ; fia et vos existimntc niortuos ^uidcm cfse pe.ccato ? Cerlainemeut, chrétiens, la conséquence en est bien aisée; il ne faut que lever les yeux, et regarder notre Maître pendu

pendu à la croix. O Dieu , comment a*t-on traité sa chair innocente ? Quelque part où je porte ma vue, je ny saurois remarquer aucune partie entière. Quoi y parce qu'elle portoit Fimage du péché, il a bien voulu qu'elle fût ainsi déchirée, et nous épargnerons le péché même qui vit en nos âmes \ nous ne mortifierons point nos concupiscences; au contraire nous nous y laisserons aveuglément emporter I Gardons-nous-en bien , chrétiens; il nous faut faire aujourd'hui un aimable échange avec le Sauveur. "Innocent qu'il étoit, il s'est couvert de l'image' de nos crimes , subissant la loi de la mort : criminels que nous sommes, imprimons en nous- mêmes la figure de sa sainte mort, afin departiciper à ^on innocence : car lorsque nous portons la figure de cette mort , par une opération merveilleuse de l'esprit de Dieu, sa vertu nous en est appliquée. C'est pour cela que l'apôtre nous exhorte à porter Timage de Jésus cru* cifié sur nos corps mortels, à avoir sa mort en nos membres, à nous conformer à sa mort (0.

Mais quelle main assez industrieuse pourra tracer en nous cette aimable ressemblance? Ce sera l'amour, chrétiens , ce sera l'amour. "Cet amour saintement curieux ira aujourd'hui avec Madeleine adorer le Sauveur dans sa sépulture : il contemplera ce coips innocent gisant sur une pierre, plus froid et plus immobile que la pierre; et là se remplissant d'une idée si sainte , il en formera les traits dans nos âmes et dans nos corps. Ces yeux si doux , dont un seul regard a fait fondre saint Pierre en larmes, ne reh-

(0 //. Cor. ly. 10. Colos$> m. 5. Jiom. Ti. 5.

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dent plus de lumières : l'amour portera la maio soi ies nôtres ; il les tiendra dos pour toute celte pompe du siècle; ils D'aoront plus de lumière pour les taailés. Cette bouche divine, de laquelle inondoîent des fleuves de vie étemelle, je vois que la mort T» fcnnée : l'amour feimera la nôtre à jamais aux blispliémcs et aux médisances : il rendra nos comn de glace pour les \-ains plabirs qui ne méritent pas ce nom; nos mains seront immobiles pour les rapines: il nous sollicitera de nous jeter k corps perdu sorcrt aimable mort , et de nous envelopper avec lui dans' son drap mortuaire : aussi bien l'apôtre noos apprend que II nous sommes ensevelis avec lui par le » saint baptême»: Consepuiti Christo in iaptùmo '\ La belle cérémonie qui se faisoit anciennement dans TEglise au baptême des chrétiens : c'étoit ea ce jour qu'on les bapttsoit dans l'antiqaït^, et tous voyez que nous en retenons quelque chose dans la bcnt'diction des fonts baplismaus. On avoit accoutume' de les plonger tout entiers el de kà ensevelir sous les eaux ; et comme les fidèles les voyoicnt se noyer, pour ainsi dire, dans les ondes de ce bain salutaire , ils se les représente icnt en un moment tout changés par la vertu du Saint-Esprit, dont CCS eaux étoicnt anime'es : comme si soilani de ce monde k même temps qu'ils disparoissoîent de leur vue , ils fussent allés mourir et s'ensevelir avec le Sauveur. Cette cérémonie ne s'observe plus, il est vrai ; mais la vertu du sacrement est toujours la même , et partant vous devez vous considcier comme étant ensevelis avec Jcâus-Chmt.

Encore un petit mot de réflexion sur une ancienne cérémonie. Les chrétiens autrefois avoient accoutumé de prier debout , et les mains modestement élevées en forme de croix ; et vous voyez que le prêtre prie encore en cette action dans le sacrifice : quelle raison de cela ? il me semUe qu ils n^osoient se présenter à la Majesté divine ^ qu*au nom de Jésus crucifié : c*est pourquoi ils en prenoient la figure , et paroissoient devant Dieu comme morts avec Jésus* Christ. Ce qui a donné occasion au grave TertuUien d'adresser aux tyrans ces paroles si généreuses : Paratus est ad omne suppUcium ipse habitas orantis Christiani (0 : ce La seule posture du chrétien priant » affronte tons vos supplices » : tant ils étoient persuadés ^ dans cette première vigueur des mœurs chrétiennes y qu'étant morCs avec le Sauveur^ ni supplices ni voluptés ne leur étoient rien. Et c*est pour le même sujet qu*ils prenoient plaisir en toute rencontre d'imprimer le signe de la croix sur toutes les parties de leurs corps : comme s'ils eussent voulu marquer tous leurs sens de la marque du crucifié , c'est-à-dire y de la marque et du caractère de mort. Pour la cérémonie y nous Tavons tous- les jours en usage : mais nous ne considérons guère le prodigieux détachement qu'elle demande de nous ; et c'est à quoi néanmoins l'apôtre saint Paul nous presse. [Ces premiers chrétiens] n'avoient rien déplus présent à l'esprit y que cette pensée : il faut que tout chrétien meure avec Jésus-Chiîst. Il faut qu'il meure; car le péché se contractant par la naissance , il ne

(>) Apolog. n. 3o.

5,',fl poon LE jom de i-aqce.

se délaclie que par une espèce de mort. Il faut <pi'il meure; car il faut qu'il s'applique et la ressemblanct et la vertu de la mort de notre Sauveur, qui est ïanique guérison de ses maladies. Voilà de'jà deux rasons: la première est tirée d'une propriété' du pécU; la seconde, de la qualité' du remède. Oublieronsnous cette insti-uction particulière que nous avons promise : elle me semlde trop nécessaire ; et ceu'est point tant une nouvelle raison , qu'une conséquence que nous tirerons des deux autres.

Ecoulez , écoutez, pécheurs , la grave et sérieuse leçon de cet admirable docteur : puisqu'il ne nous parle que de mort et de sépulture, ne vous imagiaei pas qu'il ne demande de nous qu'un cbangement médiocre. Où sont ici ceux qui mettent tout le christianisme en quelque réformation extérieure et superficielle , et dans quelques petites pratiques ? En vain vous a-t-on montré combien le péché tenoità notre nature, si vous croyez après cela qu'il ne faut qu'un léger effort pour l'en délacber : l'apùtievous a enseigné que vous devez traiter le péché comme Jésus-Clirist en a traité la ressemblance en sa sainte chair. Voyez s'il l'a épargnée : quel endroit de son corps n'a pas éprouvé la douleur de quelque supplice exquis? et vous ne comprenez pas encore quelle obligation vous avez de rechercher dans le plus secret de vos cœurs tout ce qu'il y peut avoir de m-iuvais désirs , et d'en arracher jusqu'à la plus profonde racine ! Oui, je vous le dis, chrétiens, après le Sauveur ; quand cet objet , qui vous sépare de Dieu , vous seroit plus doux que vos yeux , plus nécessaire

que votre main droite , plus aimable que votre vie , coupez, tranchez ; Abscide eum{^). Ce n'est pas sans raison que Fapôtre ne nous prêche quc'mort : il veut nous faire entisndre qu'il faut porter le couteau jusqu'aux inclinations les plus naturelles , et même )us* qu'à la source de la vie , s'il en est besoin.

Saint Jean- Chrysostôme fait, à mon avis, une belle réflexion sur ces beaux mots de saint Paul : JUihi mundus crucijixus est , et ego mundo (^) : « Le » monde m'est crucifié, et moi au monde » : entendez toujours par le monde , les plaisirs du siècle. « Ce ne lui étoit pas assez d'avoir dit que le monde » étoit mort pour lui, remarque ce saint évéqueC^) ; » il faut qu'il ajoute que lui-même est mort au monde. » Certes, poursuit le merveilleux interprète, l'apôtre, » considéroit que non - seulement les vivans ont » quelques sentimens les uns pour les autres ; mais » qu'il leur reste encore quelque affection pour les 3) morts, qu'ils en conservent le souvenir, et rendent » du moins à leurs corps les honneurs de la sépul- » ture. Tellement que le saint apôtre , pour nous » faire entendre jusqu'à quel point le fidèle doit être » dégagé des plaisirs du siècle : Ce n'est pas assez , » dit-il , que le commerce soit rompu entre le monde » et le chi*étien , comme il l'est entre les vivans et les. 3» morts ; parce qu'il y reste encore quelque petite » alliance : mais tel qu'est un mort à l'égard d'un» 3» ^ort, tels doivent être l'un à l'autre le siècle et » le chrétien » . Comprenez l'idée de ce grand homme ; et voyez comme il se met en peine de nous faire voir

vO Matth. V. 3o.— \?) GoLyu i4* — (^) Lib, ii, de Compunct, n. 3} loin, I, p. \^i-

55o vovti LE joun be taqck.

que, pour les délices du monde, le fidèle y doit être ' froid, immobile, insensil)le : si je savois quelque terme plus significatif, je m'en sei-virois.

C'est pourquoi arraez-vous, fidèles, du glaive de la justice! domptez le péclié en vos corps par un exercice constant de la pénitence: ne m'allcguet point ces vaines et froides ex cuses, que vous en avct assez fait , et que vous avez déchargé le fardeau de vos consciences entre les mains de vos confesseurs Ruminez en vos esprits ce petit mol d'Oiigène : .Yegue enim putes guod ianovatii} vitœ , <jutE dicitur temel/acia , sufficiat : sed semper et quoiidie , si dici potest, ipsa novitas innovanda efï(0 : n Ne croye* a pas qu'il suHise de s'être renouvelé une fois : il faut » renouveler la nouveauté même a ; c'est-à-dire que quelque participation que vous ayez de ta sainteté et de la justice , fussiez-vous aussi justes comme vous prt*sumez de l'être , il y a toujouis mille clioses k renouveler par une pratique exacte de la pe'nitence : à plus forte raison, êtes- vous obliges de vous y adonner, n'ayant point expié vos fautes, et sentant en vos anies vos blessures toutes fraîches , et vos mauvaises habitudes encore toutes vivantes. Et Dieu veuille que vous ne le connoisslez pas sitôt par expérience !

Mais il me semble qitc j'entends ici des murmures. Quoi , encore la pénitence ! eb ! on ne nous a prêcUé autre cliose durant ce carême : nous parlera-t-on toujours (le pénitence ? Oui certes, n'en doutez pas; tout autant qu'on vous prêchera l'EvangUe et la mort (le notre Sauveur. Tu t'abuses , chrétien , tu t'a-

■.•I:h.V..r f/.. n./ Jicm.H, 8,(MllV,p. 5ÛI.

POUR LE JOUE DE PAQUE. 55c

buses, si tu penses donner d'autres bornes à ta pénitence , que celles qui doivent finir le cours de ta vie. Sais-tu l'intention de TEglise dans rétablissement du carême ? Elle voit que tu donnes toute Tannée à des divertissemens mondains : cela fâche cette bonne mère : que fait^elle ? Tout ce qu elle peut pour dérober six semaines à tes dé^ églemens» Elle te veut donner quelque goût de la pénitence ; estimant que Tutilité que tu recevras d'une médecine si salutaire , t'en fera digérer Tamertume et continuer Tusage : elle t'en présente donc un petit essai pendant le carême : si tu le prends ^ ce n'est qu'avec répugnance *, tu ne fais que te plaindre et murmurer durant tout ce temps.

Hélas ! )e n'oserois dire quelle est la véritable cause de notre joie dans le temps de Pâque. Sainte piété du christianisme , en quel endroit du monde t'es-tu maintenant retirée ? On a vu lé" temps que * Jésus en ressuscitant trouvoit ses fidèles ravis d'une allégresse toute spirituelle ; parce qu'elle n'avoit point d'autre sujet que la gloire de son triomphe : c'étoit pour cela que les déserts les plus reculés et les solitudes les plus affreuses prenoient une face riante. A présent, les fidèles se réjouissent ; il n'est que trop vrai : mais ce n'est pas vous, mon Sauveur, qui faites leur joie. On se rejouit de ce qu'on pourra faire bonne chère en toute licence : plus de jeûnes, plus d'austérités j si peu de soin que nous avons peut-être apporté durant ce carême à réprimer le désordre de nos appétits, nous nous en relâcherons tout-à-fait : le saint jour de Pâque , destiné pour nous faire commencer une nouvelle vie avec le Sau-

55a POUn LT^ JOCTt DE PAQrt.

vpur, va ramener sur la terre les folles délices \\û siècle, si toutefois nous leur avons donne (jucltjue trêve, et ensevelira dans l'oubli la oiortiGcatiODet la p(înitence : tant la discipline est énervée parmi nom. ] Ici vous m'arrêterez peut-être encore une fois, pour ' me dire : mais ne faut- il pas se rejouir dans le temps de Pâque? n'est-ce pas un temps de réjouissance? i Certes, je l'avoue, chrétiens : mais ignorez-voni quelle doit être la joie chrétienne, et combien elle est difTe'ienle de celle du siècle? Le siècle et ses sec- , tateui-s sont tellement insensés, qu'ils se réjouissent dans les biens présens; et je soutiens que toute la joie. du chrétien n'est qu'eu espérance : pour quelle raison? C'est que le chrétien dépend tellement du Sauveur, que ses souffrances et ses contentemens n'ont ' point d'autres modèles que lui. Pourquoi faut-il que le dirétien^oufTre ? parce que le Sauveur est mort. Pourquoi fnut-il (]n'il ait de lii joie? parce qvc le même Sauveur est ressuscité. Or sa mort doit opérer en nous dans la vie présente, et sa résurrection seulement dans la vie future. Grand apôtre, c'est votre doctrine; et partant notre tristesse doit être présente; noire joie ne consiste que dans des désirs et diins une géuéicuse espérance ; et c'est pour cette raison que le saint apôtre dit ces deux beaux mots, décrivant la vie des chrétiens : Spe gaudenles; et incontinent après :' In tributatione patientes (0. Savcz-vous quelles gens ce sont que les chrétiens? ce sont des personnes qui se réjouissent en espérance: et en attendant que sont-ils? ils sont patiens dans les tribulations. Que ces paroles, mes Frères, soient

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notre consolation pendant les calamités de ces temps; quelles soient aussi la règle de notre joie durant ces saints jours : ne nous imaginons pas que l*Eglise nous ait établi des fctes pour nous donner. le loisir de nous chercher des divertissemens profanes, comme la plupart du monde semble en être persuadé. Nos véritables plaisirs [ne sont pas] de ce monde : nous en pouvons prendre quelque avantgoût par une fidèle attente; mais la jouissance en est réservée pour la vie future. Et pour ce siècle pervers dont Dieu abandonne Tusage à ses ennemis, songeons que la pénitence est notre exercice, la mort du Sauveur notre exemple , sa croix notre partage, son sépulcre notre demeure. Ah! ce sépulcre, c'est une mère : mon maître y est entré mort, il Fa enfanté à une vie toute divine : il faut qu'après y avoir trouvé la mort du péché j'y cherche la vie de/ la grâce : c'est notre seconde partie.

SECOND POINT

Saint Augustin distingue deux sortes de vie en Famé; Tune, qu « elle communique au corps, et "» l'autre, dont elle vit elle-même » : Aliud est enim in anima unde corpufi vwificatur , aliud imde ipsa vivijicatur (0 : comme « elle est la vie du corps , ce » saint évêque prétend que Dieu est sa vie » : yita corporis anima est , vita aniniœ Deus est W. Expliquons , s'il vous plait , sa pensée, et suivons son raisonnement. Afin que l'ame donne la vie au corps, elle doit avoir par nécessité trois conditions : il faut qu'elle

(') fn Joan. Tract, xix, ». la, tom. m, part, ii, coL 44'*' •— (») Senn. clxi, n. (>, tom, v, col, 777.

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soit plus noble; car il est plus noUe de tlonncr que \ de recevoir : il faut quelle soit uDie; car il est maaifesle que notre vie ne peut être hors de nous : il faut qu'elle lui communique des opérations que le corpi ne puisse exercer sans elle ; car il est certain que U vie consiste principalement dans l'action. Que sî nous trouvons que Dieu a excellemment ces Iroii qualile's k l'e'gard de lame, sans doute il sera sa ïîe à aussi bon titre qu'elle-même est la vie du corps. Voyons en peu de mots ce qui en est.

£t premièrement, que Dieu soit, sans comparai* son, au-dessus de t'ame, cela ne doit pas seulement entrer en contestation. Dieu nescroît pas notre souverain bien , s'il n'e'loit plus noble que nous , et â nous n'étions beaucoup niieus en lui qu'en nousmêmes. Pour l'union , il n'y a non plus de sujet d'cQ douter à des chrétiens, après que le Sauveur a dit tant de fois « que te Saint-Esprit habiteroit dans )i nos amcs (0 » ; et l'apùlrn, que » la cbaritc a die » répandue en nos cœui-s par le Saint-Esprit qui » nous a c'tc donne' (3) », Kt en vérité, Dieu étant tout notre bonheur, il faut par nécessite qu'il se puisse unir à nos âmes ; parce qu'il n'est pas concevable que notre bonheur et notre félicite ne soit point en nous. Reste donc à voir si notre ame , par cette union, est clevtîe à quelque action de vie dont sa nature soit incapable. >ie nous éloignons pas de saint Augustin. « Certes, dit ce grand homme, Dieu i> est une vie immuable; il est toujouis ce qu'il est, n toujours en soi, toujours à soi » ; Est ipse semper in se , est ila ut est , non aliter niinc , alilcr postai ,

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aliter antea (0. Il ne se peut faire que Famé ne devienne meilleure, plus noble, plus excellente, s*unissant à cet £tre souverain, très-excellent, et trèsbon : étant meilleure, elle agira mieux; et vous le voyez dans les justes : « car leur ame , dit saint Au- » gustin, s'élevant à un Etre qui est au-dessus d*elle » et duquel elle est, reçoit la justice, la piété, la » sagesse » : Chm se erigit ad aliquid quod ipsa non est y et quod supra ipsam est et à quo ipsa est, per^ cipit sapientiam , justitiam , pietatem W : elle croit ^n Dieu , elle espère en Dieu , elle aiàie Dieu. Parlons mieux : comme saint Paul dit que « TEsprit de » Dieu crie , et gémit , et demande en nous » ; Spi'^ ritus postulat pro nobis P); aussi faut-il dire que le même Esprit croit, espère, et aime en nos âmes; parce que c'est lui qui forme en nous cette foi, cette espérance, et ce saint amour. Par conséquent aimer Dieu, croire en Dieu, espérer en Dieu, ce sont des opérations toutes divines, que Tame n'auroit jamais, sans Topera tion, sans Funion, sans la communication de FEsprit de Dieu ; ce sont aussi des actions de vie, et d*une vie éternelle : il est donc vrai que Dieu est notre vie.

O joie ! ô félicité ! qui ne s'estimeroit heureux de vivre d'une belle vie ? qui ne la préféreroit à toutes sortes de biens? qui n'exposeroit plutôt mille et mille fois cette vie mortelle, que de perdre une vie si divine? Cependant notre premier père Favoit perdue pour lui et pour ses enfans : sans le Fils de Dieu, nous en étions privés à jamais : <c mais je suis venu., dit-

(0 In Joan. Tract, xix, n, 1 1, fom. iir , part, ii, col. 44^ • *^ ^*) ^^<<^' n. 1 a , col, 44^' — ^^^ Hom, vm. 26.

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1. il, afin qu'ils vivent, et qu'ils vivent plus abonu damtoent a : Ego i'eai, ut vitam habennt, et ahwf Hantius habeant £0. En effet, j'ai remarqué avec beaucoup de plaisir, que dans tous les discours tin Sauveur qui nous sont rap[»ortés dans son Evangile, il ne parle que de vie , il ne piomet que vie. D'oQ vient que saint Pierre , lorsqu'il lui demande s'il le veut quitter : c Maître, où irions-nous , lui dit-il, Il vous avex des paroles de vie éternelle C'^J « ? et le Fils de Dieu lui-nièine : « Les paroles que je vouj » dis, sont esprit et vie P) » : c'est qu'il savoit biea que les hommes n'ayant rien de plus cher que vivre, il n'y a point de charme plus puissant pour eux, que cette espéi-anne de vie. Ce qui a donné occasioa à Clément Alexandrin de dire dans cette belle hymne qu'il adresse à Jésus le roi des enTans, c'est-à-dire, des nouveaux baptisés, que « ce divin Pécheur, ainsi 11 appelle-t-il le Sauveur, retiroit les poissons dp la 11 mer orageuse du siècle , et les atliroit dans ses i> lilcls par l'appât d'une douce vie » ; Dulci vitd inescans (4).

El c'est ici , chrétiens , où il est à propos d'élever un peu nos esprits, pour voir dans la personne du sauveur Jésus l'oritçinc de notre vie. La vie de Dieu n'est que raison et intelligence; et le Fils de Dieu procédant de cette vie et de cette intelligence , il est lui-même vie et intelligence. Pour cela, il dit en saint Jean, « que comme le Père a la vie en soi, » aussi a-t-ildonnéàson FUs d'avoir la vie en soU^b. C'est pourquoi les anciens l'ont appelé la vie , la rai-

vtJo,m.\. io.~- WIM. vi. Gg, — i, Ibùl. ù\. — vnj 7"un» i. l'a^. 3ia. liilil. O.ionicni, i j i 3. — ('. Joan. t. jG.

son , la lumière , et rintelligence du Père (0 ; et cela est très-bien fondé dans les Ecritures. Etant donc la vie par essence , c'est à liii à promettre, c'est à lui à donner la vie. L'humanité sainte qu'il a daigné prendre dans la plénitude des temps, touchant de si près à la vie, en prend tellement la vertu, « qu'il en » jaillit une source inépuisafble d'eau vive : quicon- » que en boira aura la vie éternelle (^) ». Il seroit impossible de vous dire les belles choses que les saints Pères ont dites sur cette matière, surtout le grand saint Cyrille d'Alexandrie (3). Souvenez- vous seulement de ce que l'on vous donne II ces redoutables autels : voici le temps auquel tous les fidèles y doivent participer. Est-ce du pain commun que l'on vous présente? n'est-ce pas le pain de vie, ou plutôt n'est-ce pas un pain vivant que vous mangez pour avoir la vie 7 car ce pain sacré, c'est la sainte chair de Jésus, cette chair vivante, cette chair conjointe à la vie , cette chair toute remplie et toute pénétrée d'un esprit vivifiant. Que si ce pain commun qui n'a pas de vie, conserve celle de nos corps ; de quelle vie admirable ne vivrons-nous pas, nous qui mangeons un pain vivant, mais qui mangeons la vie même à la table du Dieu vivant ? Qui a jamais ouï parler d'un tel prodige , que l'on pût manger la vie? il n'appartient qu'à Jésus de nous donner une telle viande : il est la vie par nature; qui le mange, mange la vie. O délicieux banquet des enfans de Dieu! ô table délicate! ô manger savoureux! Jugez de l'excel-

C») TerlulL aduers* Prax. n. 5, 6. S. AOianoM. Orat, contr. Cent. n. 46, tom, 1, p. 46. — (*) Joan. nr. 14. — W S. Cyril, in Joan. lih. ly, cap, 11, U)m» ir, p. 354 > etseq»

Icnce de la vie parla douceur de la nourriture : maé plulôt, afin que vous en connoissiez mieux le prii, i) faul que je vous la décrive dans toute soa étendue.

Elle a ses progrès, elle a ses âges divers : Dieu, qui anime les justes par sa pre'sence, ne les renouvelle pas tout en un instant. Sans doute, si nous conside'rons tous les changemens admirables que Dieu opère en eus durant tout le coiirs de celle vie bienheureuse, il ne se pourra faire que nous ne l'aimions; et si nous Taimons, nous serons pousses du d^sir de la conserver immortelle. Imitons ea nous l'immortalité du Sauveur : c'est à quoi j'aurai, s'il vous en souvient, k vous eshorter, lorsque je serai venu à ma troisième partie. Kt puisqu'elle a taot de connexion avec celle que nous traitons , et qu'elle n'en est, comme vous voyez, qu'une conséquence, je joindrai l'une et l'autre dans une même suite de discours. Disons en peu de mots nutant qu'il sera niicessaîrc pour se faire entendre.

Cet aigle de l'Apocalypse, qui crie par trois fois d'une voix foudroyante au milieu des airs : « Mal- » heur sur les liabitans de la terre » : Fœ , vœ , vœ liabitantibus in terra ('), semble nous parler de la triple calamité dans la(juelle notre nature est tombée. L'homme, dans la sainteté' d'origine, étant entièrement animé de l'Esprit de Dieu, en recevoit ces trois dons, l'innocence, la paix, l'immortalité. Le diable, par le péché, lui a ravi l'innocence; la convoitise s'étant soulevée, a troublé sa paix; l'immortalité A cédé à la nécessité de la mort : voilà l'ouvrage de Satan opposé à l'ouvrage de Dieu. Or le Fils de

(0^/.oc,vu,.,3.

POUR LE JOUn DE PAQUE. BSq

Dieu est venu « pour dissoudre Tœuvre du dia- » ble (0 », et réfonner rhomme selon la première [^institution] de son Créateur : ce sont les propres mots de saint Paul. Pour cela, il a rëpandu son Es« prit dans Tame des justes, afin de les faire vivre; et « cet Esprit ne cesse de les renouveler tous les jours » : cela est encore de Tapôtre ; Renov^atur de die in diem W. Mais Dieu ne veut pas qu'ils soient changés tout à coup. Il y a trois dons à leur rendre ; il y aura aussi trois difierens âges par lesquels, de degré en degré, ils deviendront « hommes faits » ; In virum perfectum (3), Grand apôtre, ce sont vos paroles, et vous serez aujourd'hui notre conducteur. Et Dieu Fa ordonné de la sorte , afin de faire voir à ses bien-aimés les opérations de sa grâce les unes après les autres : de sorte que dans ce monde il répare leur innocence ; dans le ciel il leur donne la paix; à la résurrection générale il les orne d*immor« talité. Par ces trois âges, « les justes arrivenf à la » plénitude de Jésus-Christ » , ainsi que parle saint Paul; //i mensuram œtatis plenitudinis Chrisliii). La vie présente est comme Tenfance; celle dont les saints jouissent au ciel , ressemble à la fleur de l'âge ; après ^ suivra la maturité dans la résurrection générale. Au reste , cette vie n'a point de vieillesse, parce qu'étant toute divine , elle n'est point sujette au déclin : de là vient qu'elle n'a que trois âges; au lieu que celle que nous passons sur la terre souffre la vicissitude de quatre différentes saisons.

Je dis que les saints en ce monde sont comme dans

(0 Hebr. iK i'4. — W //. Con IT. i6. — {^) Ephe4, ir. i3. — (4) Ibid.

560 POUU I-E JOUll DE PAQUE.

leur enfance, et en voici la raison. Tout ce qui rencontre dans la suite de Is vie, se commence dam les enfans : or nous avons dit que toute l'operatton du Saint-Esprit, par laquelle il anime les justet, ■ consiste à surmonter en eux ces trois furieux canemis que le diable nous a suscites, le pécb^, !■ concupiscence, et la mort. Comment est-ce que Dieu les traite pendant celte vie 7 avant toutei choses, il ruine entièrement le p^clié : la coo- ' cupiscence y remue encore; mais elle y est combattue, et de plus elle y est surmontée : pour h I mort, elle y exerce son empire sans résistance: mail | aussi l'immorlalitc est promise. Considérez ce pro- ' grÈs : le péché ruiné fait leur sanctification ; la coa- i cupiscence combattue, c'est leur exercice ; l'immor* ! talité promise est le fondement de leur espérance. 1 Et ne remarquez -vous pas en ces trois choses Ici i vrais caractères d'enfans? Comme à des enfans, l'iunoc«ice leur est rendue : si le Saint-Esprit combat en eux la concupiscence; c'est pour les fortifier doucement par cet exercice, et pour former peu à peu leurs linéamcns selon l'image de notre Seigneur. Enfin y a-t-il rien de plus convenable, que de les entretenir, comme des enfans bien nés, d'une sainte cl fidèle espérance.' Sainte enfance des clirétiens, que lu es aimable! tu as, je l'avoue, tes gémlssemens et tes pleurs; mais qui considérera à quelle hauteur doivent aller cescommencemens, et quelles magnifiques promesses y sont annexées , il s'estimera bienheureux de mener une telle vie.

Car, par exemple, dans l'âge qui suit après, que

je compare avec raison ùunc ncurissante jeunesse, à

cause

POUR LE JOUR DE PAQUE. 56l

cause de sa vigoureuse et forte constitution , quelle paix et quelle tranquillité y vois-)e régner ! Ici bas, chrétiens , de quelle multitude de vains désirs lame des plus saints n'y est-elle point agitée? Dieu y habite, je Tavoue; mais il n*y habite pas seul : il y a pour compagnons mille objets mortels que la convoitise ne cesse de leur présenter; *parce que ne pouvant séparer les justes de Dieu auquel ils s'attachent , [elle] tâche du moins de les en distraire et de les troubler. C'est pourquoi ils gémissent sans cesse , et sVcrient avec Tapôtre : « Misérable homme que je » suis, qui me délivrera de ce corps (0 »? Au lieu qu'à la vie paisible dont les saints jouissent au ciel, saint Augustin lui donne cette belle devise ; Cupidi^ tate extînctd, charitate compléta (^) ; « La convoi- » tise éteinte y la charité consommée ». Ces deux petits mots ont, à mon avis, un grand sens. 11 me semble qu'il nous veut dire que l'ame ayant déposé le fardeau du corps, sent une merveilleuse conspiration de tous ses mouvemens à la même fin : il n'y a plus que Dieu en elle ; parce qu'elle est tout en Dieu, et possédée uniquement de cet esprit de vie dont elle expérimente la présence : elle s'y laisse si doucement attirer, elle y jouit d'une paix si pro- ' fonde , qu'à peine est-elle capable de comprendre elle-même son propre bonheur : tant s'en faut que des mortels comme nous s'en puissent former quelque idée.

Ne seml)le-t-il pas, chrétiens, que ce seroit un crime de souhaiter quelque chose de plus? et néan-

(0 Rom. VII. a4. — C») Epist. clxxvii, «• '7 ? tom, ii, col. 628.

BossuET. XIII. 36

— —, ^v3.-,i-,iiie, non p

\ainc cuiiositf:, mais poui

espérances, jo vous lespos,

que je prends de saint Au(

Icoses; car illes a tirées lit

gement qui arrive dans Ici

ration de IKsprit de Dieu:

enseigné que cet Esprit a s

cause qu'il est sa vie. Si doi

le corps, comment est-ce

grand Jioninie nous en va

principe. » Cejui-I,i, dit-i

" tient la partie dominante

pnacipale tenu : « £„ toi

»q<fieitlaplusnoiiIe,c-es,.

» là qui domine -:/„4,,B,

tu» eu : et incontinent il ,

meiiortm posaidet et inferio

Qu'inférerons-nous de cette doctrine de saint Augustin ? La conséquence en est évidente : Dieu habitant en nos âmes , a pris possession de nos corps : par conséquent y 6 mort^ tu ne les lui saurois enlever : tu t*imagines qu'ils sont ta proie; ce n'est qu'un dépôt que l'on consigne entre tes mains ; tôt ou tard Dieu rentrera dans son bien : « Il n'y a rien , dit le » Fils de Dieu y qui soit si grand que mon Père : ce » qu'il tient en ses mains , personne ne le lui peut » ravir, ni lui faire lâcher sa prise » : Pater meus çuod dédit mihi majus omnibus est : et nemo potcst rapere de manu Patris mei (0. Partant^ ô abîmes, et vous, flammes dévorantes, et toi, terre, mère, commune et sépulcre de tous les humains, vous rendrez ces corps que vous avez engloutis; et plutôt le inonde sera bouleversé, qu'un seul de nos cheveux périsse ; parce que l'Esprit qui anime le Fils de Dieu , c'est le même qui nous anime. Il exercera donc en nous les mêmes opérations , et nous rendra conformes à lui : car remarquez cette théologie. Comme le Fils de Dieu nous assure « qu'il ne fait » rien que ce qu'il voit faire à son Père (2) » ; ainsi « le Saint-Esprit qui reçoit du Fils » ; De meo ac* cipiet (5), le regarde comme l'exemplaire de tous ses ouvrages. Toutes les personnes dans lesquelles il habite, il faut nécessairement qu'il les forme à sa ressemblance : c'est ce que dit l'apôtre en ces mots : ft Si vous avez en vous l'Esprit de celui qui a vivifié » Jésus -Christ, il vivifiera vos corps mortels (4) ». Et de même que Iç germe que la nature a mis dans

(0 Joan, X. ag. — (») Joan, y. 19. — C^) Joan. XTx. i5. — C'O Rom,

TIII. II.

566 POTTK LE :OVR DE PAQOE.

(|ne vous allez faire ? -cjue de belles espérances roM

allez lout à coup ruiner! conservez chèremenl cette vie; peut-être que si vous la perdez cette fois, elle ne vous sera jamais reudue. Dans la premièi-e intention de Dieu, elle ne se devoit donner ni se pcitlre qu'une seule fois : considL'rcz cette doctrine. Adam l'avoit perdue : c'en cloit fait pour janiais ; si le Fili de Dieu ne fiil intervenu, il n'y avoit plus de r«source. Rnfîu il nous la rend par le saint Laptême. Et si même nous venons à violer l'innocence baptismale, il se laisse aller à la considéiation de ton Fils à nous rendre encore la grâce par la pénitence r mais il ne se relâche pas tout-à-fait de son pi-eniier dessein. Plus nous la perdons de fois,' et plus il se rend difficile. Dans le baptême il nous la donne aisément : à peine y pensons-nous. Venons-n#us à la perdre? Il faut avoir recours aux larmes et aux Inivatix de la pifnîtenre. Que s'il est vrai qii'i! se rende ton jouis plus difficile, 6 Dieu! où en sommes-nous, clirctiens , nous qui l'avons tant de fois rerue et tant de fois me'prisée ? combien s'en faut-il que notre sanle ne soit entièrement désespérée? Tertullien dit, qur ceux qui craignent doficnser Dieu après avoir leru la rémission de leur faute , n appréhendent » d'être à charge à la miséricorde divine » : NoluiU itcniin tîivinœ misericordice oncri csso ('). Donc ceux qui uc le- craignent pas, sont à charge à la miséricorde divine.

Comment cela se fait-il?Un exemple familier [vous l'apiucndra]. L'n pauvre liomme pressé de misère vdiis demande votre assistance : vous le soulagez sc- {•: DcPixnil. n. -.

Ion votre pouvoir ; mais vous ne le tirez pas de nécessité ; il revient à vous avec crainte; à peine oset-il vous parler : il ne vous demande rien ; sa nécessitéy sa misère^ et plus que tout cela sa retenue vous demande : il ne vous importune pas, il ne vous est pas à charge : tout votre regret c'est de ne pouvoir pas le soulager davantage. Voilà le sentiment d*un bon cœur. Mais un autre vient à vous qui vous presse, qui vous importune ; vous vous excusez honnêtement : il ne vous prie pas comme d'une grâce ; mais il semble exiger comme si c'étoit une dette : sans doute il vous est à charge ; vous cherchez tous les moyens de vou^ en défaire. Il en est de même à regard de Dieu : un chrétien a succombé à quelque tentation *, la fragilité de la chair Ta emporté : incontinent il revient : Qu'ai-je fait? où me suis-je engagé? la larme à Tœil, le regret dans le cœur, la confusion sur la face , il vient crier miséricorde; il en devient plus soigneux. Âh! je Tose dire, il n'est point à charge à la miséricorde divine. Mais toi , pécheur endurci , qui ne rougis pas d'apporter toujours les mêmes ordures aux eaux de la pénitence; il y a tant d'années que tu charges des mêmes [récits] les oreilles d'un confesseur : si tu avois bien conçu que la grâce ne t'est point due , tu appréhenderois plus de la perdre , tu craindrois qu'à la fm Dieu ne retirât sa main : mais que tu y reviennes si souvent sans crainte , sans tremblement ; il faut bien que tu t'imagines qu'elle te soit due. Tu crois que Dieu sera toujours bien aise de te recevoir : sache que tu es à charge à sa miséricorde; qu'il ne te fait, pour ainsi dire, du bien qu'à regret; et que si tu continues,

568 pocR LE joun de paoue.

il se (lofera de toi , et ne te permettra pas de te jouer

ainsi de ses dons.

C'est une parole effroyable des Pères du concile d'Elviie : « Ceux , disent-ils, qui après la pénitence » retourneront à leur faute, qu'on ne leur rende pu u la communion même à rexlrc'mité de la vie; de » peur qu'ils ne semblent se jouer de nos saints mysu tèrcs D ; JV'e lusisse Je dofnînica communione videanUtr C'). Cette raison est bien effroyable, et eocore plus si nous venons à considérer que cette communion donlils parlent etoitunccbose, en ce temps, dont on ne pouvoit abuser que deux fois. On U dunnoit par le baptême ; la perdoil-on par quelqu<! crime? encore une seconde ressource dans la pénitence ; après , plus : en violer la sainteté par denz fois, ils appeloîent cela s'en jouer.

O Dieu, si nous avions à rendre raison de nos notions dnns ce s.iint concile, quelles cxclamafions feroicnt-ils? comment c'viterions-nous Icui-s censures? <iosevê(]uesnous prendroient-ils pour des chrétiens, nous dont les pc'nitenccs sont aussi frequcnlci que les rcclmtes, qui faisons de la communion, je n'oserois presque le dire, comme un jeu d'enfant; cent fois la quitter, cent fois la reprendre. C'est pourquoi cveillons-nous, chrétiens, et tâchons du moins que nous soyons cette fois immortels à la grAei' avec le Sauveur. ]\'e soyons pas comme cc\s\ qui jicnscnt avoir tout fait (|u.-in(l ils se sont confessi''.s : li; (irincipal reste à fain;, qui est de changer SCS lu.tnrs et de lieraciner ses mauvaises hahituili's. Si vouî, avez ctc justilies , vous n'avez plus à ciaindiv

tO C.,n. m, l.,ilj.ron,.i,'c.t.^-,.

la damnation éternelle ; mais pour cela ne vous imaginez pas être en sûreté; ce de peur qu^une iausse » sécurité ne produise en vous une funeste négli* » gence » : Ne accepta securitas indiligcntiam pa^ riat. Craignez le péché , craignez vos mauvaises inclinations y craignez ces fâcheuses rencontres dans lesquelles votre innocence a tant de fois fait naufrage : que cette crainte vous oblige à une salutaire précaution ; car la pénitence a deux qualités également nécessaires. Elle est le remède pour le passé^ elle est une précaution pour Tavenir : la disposition pour la recevoir comme remède du passé,, c'est la douleur des péchés que nous avons commis : la disposition pour la recevoir comme précaution de l'avenir, c'est une crainte filiale de ceux que nous pouvons commettre y et des occasions qui nous y entraînent. Dieu nous puisse donner cette crainte qui est la garde de Tinnocence.

Âh ! chrétiens ^ rraignons de perdre Jésus qui nous a gagnés par son sang. Partout où je le vois, il nous tend les bras. Jésus crucifié nous tend les bras: Viens-t-en, dit-^l, ici mourir avec moi: il y fait [bon] pour toi y puisque )*y suis. Jésus ressuscité nous tend les bras, et nous dit : Viens vivre avec moi, tu seras tel que tu nie vois : je suis glorieux, je suis immortel; sois immortel à la grâce, et tu le seras à la gloire.

FOOK LE lOV

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