‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 69 sur 81 · II." SERMON · texte numérisé non relu

II." SERMON

Commcnl JésuB-Chrûl esL-il mort au pécbé «i pourquoi dncwuniisy moiiiir Hiec lui. Etcudue du chBDgenii:ni qu'exige cette oxyt ■piritiicllc. Combab nécessaires pour conxervci te fruit de nctit nctoire un le pi'ché. Deux étaU parlicnlierï dn règne de la eb*nlc. Uvucin dp Dieu en luiuaiit SOS senilcurssujela à taoïd'iuliiaûu*. Cnmingat itoi cotps devienDeut-ili les temple* de l'Esprit saint : d< quelle iDBniére l'ouvras^ de leur bieDhcnrense inunorlalïté se coiomenci dit i présent : hooneur que nous dcTOOt leur porter.

Coiisqnihi ciiim sumus cum illo pcr bupiisiuum in raor- Iciii; ut (jiioiiiodo Clirisluji suvlc^il ù murtui» per giuliaiii l'aii'U, iia cl iio» in uoviiatc viio: ambulemuâ.

Nous sommes ensevelis arec Ji-siis-Christ par le bapléine ilans Iri/uelnoiis partitipoits à sa mort; afin que comme JesuS'V/iriit est ressuscité des morts, ainsi nous iiuircitions en nouycaulc tic vie. Rom. * i. .'i.

(<ETïE sainte notiveaule de vie, dont nous parle si souvent le divin apôtre, mérite Iiien, Messieurs, que les fidèli'S s'en entretiennent, et p^rllculiércineitt aujonrd'liui que Jésus nous en a donne' le modèle tians sa glorieuse résurrection. Enfin jésus-Clirist , cet homme nouveau , a dépouille en ce jour tout ce

qui lui restoit de Fancicn ; et nous montre ^ par son exemple , que nous devons commencer une vie nouvelle. Pour entendre cette nouveauté à laquelle nous oblige le christianisme , il faut nécessairement remonter plus haut y et reprendre les choses jusqu'au principe.

L*homme , dans la sainteté de son origine ^ avoit reçu de Dieu ces trois dons^ l'innocence , la paix, l'immortalité : car étant formé selon Dieu, il étoit juste ; régnant sur ses passions , il étoit paisible ; mangeant le fruit de vie, il étoit immortel. La raison, dit saint Augustin (0, s'étant révoltée contre Dieu , les passions lui refusèrent leur obéissance ; et l'amé ne buvant plus à cette source inépuisableTde vie, devenue elle-même impuissante , elle laissa aussi le corps sans vigueur : de là vient que la mortalité s'en est emparée incontinent. Ainsi , pour la ruine totale de l'homme , le péché a détruit la justice; la convoitise s'étant soulevée , a troublé la paix ; l'immortalité a cédé à la nécessité de la mort : voilà Touvrage de Satan opposé à l'ouvrage de Dieu.

Or le Fils de Dieu est venu au monde « pour dis- ^ soudre l'œuvre du diable (^) » , comme il dit luimême dans son Evangile : il est venu pour réformer l'homme selon le premier dessein de son Créateur^ comme nous enseigne l'apôtre (3) ; et pour cela il est nécessaire que sa grâce lui restitue les premiers privilèges de la nature.'

Mais ce que nous avons perdu tout à coup , ne nous est pas rendu tout à coup : Dieu procède avec

(») De Ciuit, Dei, l. xiii , c. xiii , et seq, tom, vu , coL 334 » 335. — (>) /. Joan. III. 8. — (5) Coloss, m. lo.

S^a »OCR LE JOUR BE PAQUE.

oidre. Il faut remanjuer, Messieurs , que Dieu , en renouvelant ses élus, ne v«ut pas qu'ils soient changés tout k coup ; mais qu'il ordonne certains pi-ogrès par lesquels il les avance de jour en jour à la per- | feclion consoinme'e. II y a trois dons à leur rendre; il y aura trois diCerens âges par lesquels, de degrd en dogi é , ils deviendront « hoinmes faits » , comme dit saint Paul-, in virum perfectum (') : de sorte que, dans ce monde , il réparc leur innocence ; dans te ciel , il leur donne la paix ; k la résurrection génévale, il ornera leurs corps d'ioiniortalité. Par c«3 trois âges, « les justes arrivent à la plénitude de » Jésus-Christ u , ainsi que piirle l'apôtre : In mensumtn œtatù plenUudinis Chrisii W. La vie présente est CQinme l'enfance; celle dont les saints jouissent au ciel, est semljlable à la (leur de l'âge; api'ès, suivra la maturité dans la dernière résurrection. An reste, celte vie n"a point de vieillesse i parce qu'étant loute divine, elle n'est point sujette au déclin.

Vous voyez les divers degrés par lesquels le Saint- F-sprit nous avance à cette pariatte nouveauté' d'esprit et de corps- Maïs il l'aut encore observer, et cette remarque, Messieurs, fera le fondement de ce discours, qu'encore que ce merveilleux renouvellement ne doive avoir sa pcrlcetioii qu'au siècle futur ; néanmoins ces gtan<ls cliangeuiens qui nous font des liommes nouveaux en Jésus-Christ , doivent se commencer dès cette vie ; car comme je vous ai dit que la vie présente est comme l'enfance , je confesse , à la vérité , qu'elle ne peut avoir la perfection ; mais néanmoins tout ce qui doit suivre y doit avoir son K') F.,,hcs. ty- ,y. - ■■^) //.iJ.

commencement y doit être comme ébauché dans ce bas âge. Jésus -Christ a trois ennemis à détruire en nous successivement ^ le péché , la convoitise , et la mort; par trois dons divins ^ Tinnocence, la paix, rimmortalité : encore que ces trois choses ne s'accomplissent pas en cette vie y elles y doivent être du moins commencées.

Et voyez en effet , Messieurs , de quelle sorte Dieu avance en nous son ouvrage pendant notre captivité dans ce corps mortel. Il abolit premièrement le péché y en nous justifiant par la grâce : la convoitise y remue encore; mais elle y est fortement combattue, et même glorieusement surmontée : pour la mort , à la vérité, elle y exerce son empire sans résistance; mais outre que l'immortalité nous est assurée , nos corps y sont préparés, en devenant les temples de TEsprit de Dieu.

Ainsi, pour parottre en hommes nouveaux , il faut détruire en nous le péché ; et c'est notre sanctification : non contens d'avoir détruit le péché, il en faut attaquei^ les restes , il faut combatre les mauvais désirs; et ce combat fait notre exercice : en mortifiant en nous les mauvais désirs ; nous préparons peu à peu nos corps à l'immortalité glorieuse ; et c'est ce qui entretient notice espérance. C'est par ces trois choses, mcâ Frères, que nous nous unissons à Jésus- Christ; afin que comme il est ressuscité , « ainsi nous » marchions devant lui dans une sainte nouveauté » de vie v ; lia et nos in noyitate vitœ ambutemus.

pouvons jamais être délivr naissance. Saint Paul , dont de vous expliquer la doctri n k de'truire en eux le poi » p<îciië (') » , par l'exempli cite ; et voici de quelle sort* vez savoir, dit ce grand apùl » citant des morts, ne meurl a une fois au pécliif , et maintt puis faisant l'application aus M devez estimer, mes Frères.

» au piîclié, et vivans à Die '"» Jésus-Christ (JJ...

Et la suite de mon discours journée m'obligent necessaJrei quelle est la pensée de l'apôl Jésus-Clirist est mort au pécfa JésUs ! quoi , éticz-vous donc vous pas au CODlrai"" ''=

POtrn LE JOUR DE PAQUE. S^S

Frères, en quel état nous avons vutfes jours passés le sauveur Jésus dans Fhorreur et Tinfamie de son supplice: victime publique du genre humain, chargé de tous les crimes du monde, à peine osoit-il lever la tête ; tant il étoit accablé de ce poids honteux : il n'en étoit pas seulement chargé; « il étoit venu , » dit Tapôtre (0, en la ressemblance de la chair du » péché » ; il a porté ce fardeau dès sa naissance. Comme les hommes naissent criminels , Jésus a commencé en naissant de porter leurs crimes ; il a reçu en son corps la marque de pécheur : durant tout le cours de sa vie mortelle, il a toujours paru, dit saint Paul , « avec la forme d'esclave » : et c'est pourquoi la forme d'esclave a caché sous ses marques serviles la forme et la dignité de Fils : Semetipsum exinaiiiyit/brmam sen^i accipiens i?). Mais ce saint et cet innocent ne devoit pas éternellement parottre en pécheur ; et celui qui n'avoit jamais commis de péché n'en devoit pas toujours être revêtu. Il étoit chargé des péchés des autres; il s'en est déchargé en portant la peine qui leur étoit due; et ayant acquitté par sa mort ce qu'il devoit à la justice de Dieu pour nos crimes, il rentre aujourd'hui , en ressuscitant ^ dans les droits de son innocence. C'est pourquoi ^ dit le grand apôtre , « il est mort enfin au péché (^) >j : Dieu ne le regarde plus comme un criminel qu'il abandonne ; il l'avoue publiquement pour son FiLs, et il l'engendre encore une fois , en le ressuscitant à la gloire : Ego hodie genui te (4). Assez de honte , assez d'infamie , assez la forme de Dieu a été cachée :

(») Rom. VIII. 3. — (*) Philip, ii. 7. — (3) Rom. vi. 10. — (■î- Ps. II. 7.

explique admirablement pa y a, dit-il, celte différence Christ et la mort des autre hommes est sînj^ulière, et < universelle : c'est-à-dire qm n particulier est oblige à la a mourant que sa propre deL in singuiis mortes /uerunt , dehitum suo fine pcrsolvU ( Christ seul qui soit mort v autres, parce qu'il ne devoit c'est pourquoi sa mort nous r > le seul , dit saint L<5on & , ( n sont crncifiés , en qui tous l » en qui tons les borames sont » aussi sODt ressuscitas » : Cùn soJus Domimu noster Jestts cl crueifixi, in çuo omnes morlu nés eliam sint suscttati. C'est no

POUB LE JOUR DE PÂQUB. ^nn

» au péché , et vivans à Dieu par Jésus-Christ notre » Seigneur » : lia vos existimate, vos mortuos qui-item peccalo , viuentes autem Deo per Jesum Chris^ tum Dominum nostrum (0.

Ce n'est pas assez j chrétiens , de vous avoir proposé cette doctrine apostolique; il faut la rendre fructueuse à votre salut ; et voici Tapplication que Ton en doit faire. Si, selon le sentiment de Tapôtre, noti'e conversion est une mort^ notre baptême une mort, notre pénitence une mort; il est bien aisé de comprendre que, pour nous renouveler en notice Seigneur , ce n*est pas assez qu'il se fasse en nous un changement médiocre. Le péché tient à nos entrailles : rinclination au bien sensible est née avec nous; nous l'avons enracinée jusque dans nos moelles^ si je puis parler de la sorte , par nos attacbemens criminels et nos mauvaises habitudes : nous aimons les créatures du fond du cœur; et ce cœur le fait bien paroitre par la violence qu'il souffre , lorsqu'on lui veut arracher ce qui lui est cher. Alors la douleur pousse des plaintes , la colère éclate en injures , l'indignation en menaces y souvent même le désespoir va jusqu'au blasphème, et je ne m'en étonne pas. Cœur humain , on t'arrache ce que tu aimois , et que tu tenois embrassé par tant de liens ; tu te sens comme déchiré; le sang sort abondamment par cette plaie. Que si l'amour de la créature tient si fortement à nos cœurs , un changement superficiel ne suffit donc pas pour nous convertir. Donnez-moi ce couteau , que je le porte jusqu'à la racine, que je coupe jus-

CO Rom.yi. II.

5t8 pou» 1.E JOUR DK PAQUK.

qu'an vif, qae j'aille cliercher au food jusqu'au! moindres fibres de ces inclinations corrompues. Je veux mourir au péchéj et c'est pour cela que je veux éleiodre jusqu'au piincipe de sa vie.

C'est à quoi nous oblige, mes Frères, cette mort spirituelle au péché que nous prêclie l'apôtre saint Paul ; et c'est pourquoi il nous adresse ces belles paroles ; « Si vous êtes morts au péchif, si vous êtes re- » nouvelés en notre Seigneur, montrez-vous, moo- » trei-vous, mes Frères, comme des hommes ressuïn cités de mort à vie )> : Exhibite vos tan^uam ex morluis viventes (0. Je ne me contente pas d'an cbangcmcnt léger et superficiel ; il n'est pas ici question de replâtrer seulement cet édifice, je veux qu'on retoucbc jusqu'aux fondemens. Peut-être qu'entendant parler contre le luxe, vous réformez quelque chose dans la f omptuosité de vos liabits -, vous croyeft avoir beaucoup fait, et ce n'est qu'un foible commencement : corrigez, corrigez encore toutes ces douceurs affectées et de vos discours et de vos regards. F.h bien ! votre extérieur est modeste ; il faut encore aller plus avant : portez la main jusqu'au cœur ; ce désir criminel de plaire trop , cette complaisance secrète que vous en ressentez au dedans, ce triomphe caché de votre cœur dans ces damnables victoires , c'est ce qu'il faut arracher.

Eli quoi ! ne sera-ce donc jamais fait? cet ouvrage de la conversion ne sera-t-d jamais achevé ? Vous ae serez donc jamais content. Ce n'est pas moi qui vous parle , c'est saint Paul qui vous dit par ma bouche : Exhîbcte vos tan<juam ex mortuis viventes : « Pa-

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