POUE LE 10I7& DE PAQT7B
» roissez devant Dieu comme des personnes ressns- » citées » : si votre conversion est véritable , il a dft se faire en vous-mêmes un aussi grand changement que si vous étiez re.ssuscités des morts. Et quel changement voyons-nous? Un changement de grimaces, un changement qui dure deux jours? estK^e là ce que Ton appelle mourir au péché? Je ne m'étonne pas, chrétiens, si le^ prédicateurs et les confesseurs sont souvent contraints de se plaindre qu il y a peu d'hommes renouvelés et peu de conversions véritables. Mais quand vous auriez détruit en vous le corps du péché, ce bon succès ne suffiroit pas pour vous faire un homme nouveau; il en faudroit encore attaquer les restes^ en combattant vos convoitises, et c'est ma seconde partie.
SECOND POINT
Là victoire que nous obtenons sur le péché par la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ, n'est pas de ces victoires pleines et entières qui terminent tout d'un coup la guerre, et laissent après elles un calme éternel : l'honneur et le fruit de cette victoire doivent être conservés par de longs combats; parce qu'après avoir vaincu le péché, il faut en attaquer jusqu'au principe : Jésus-Christ ressuscité nous y exhorte. Il y a ceci de remarquable dans sa glorieuse résurrection, qu'il ne ressuscite pas, comme le Lazare , pour mourir, encore une fois : il ne dompte pas seulement la mort ; mais il va jusqu'au principe , et il dompte encore la mortalité : il ne jouit pas seulement d'une pleine paix, en bannissant le trouble et la crainte qui Fagitoient ces jours passés si vio-
58o l'OtH 1.E JOtlK DE PAQVH.
Icmment ; il en arrache jusqu'à la racine ; et SOB âme non-seulement n'est plus agitée, mais encon n'est plus capable d'agitation. Ainsi nous voyons, chi-etiens, que le Fils de Dieu ressuscitant a atlaqu(î la moit jusqu'à son principe, et détruit l'infirmité jusque dans sa Source : c'est l'exemple que now devons suivre.
Apre» avoir dompté le péché, allons à celte source des mauvais dcsii'S , c'est-à-dire à la convoitise; et comme nous ne pouvons pas l'abolir entièrement dans cette vie par une victoire parfaite, ii' chons du moins de l'aflbiblir par un combat continuel. Ce combat est notre exercice durant nolrt pèlerinage : c'est par ce combat, chrétiens, que notre lioraïue intérieur se renouvelle de jour en jour; et aha que vous entendiez cette ve'rité, apprenez avant toutes clioscs, de saint Augustin, que le règne delà charité peut être considt're' en deux manières. 11 y a un règne de la cltarité oîi toute la convoitise est éteinte, ou il n'y a plus de mauvais désirs : il y a un règne de la charité où elle surmonte la convoitise, mais oii elle est obligée de la combattre. Ce règne de la charité ofi la convoitise est éteinte, c'est le partage des bienheureux : ce règne de la charité où la convoitise vaincue ne laisse pas de faire delà résistance, c'est l'exercice des hommes mortels. Là donc on jouit d'une pleine paix; parce qu'il n'y a plus de mauvais désirs : ici on a la victoire , et non pas la paix; parce que, dit saint Augustin, « la chair » qui convoite contre l'esprit, ne peut être vaincue a sans péril, ni modérée sans cotitraiute, ni régie n par conséquent ^ns inquiétude » : Et illa ijuat
POUE LE JOUft DE FAQUB» 58l
resisUtntj periculoso debellantur prœlio ; et illa çuœ victa sunt, nondum securo triumphantur otio, sed adhuc sollicita premuntur imperio (0. De sorte qu A y a cette diiTérence entre les saints qui sont dans le ciel y et les saints qui sont sur la terre : les saints qui sont dans le ciel sont des hommes renou/vel^ : 'les saints qui sont sur la terre sont des hommes qui se renouvellent. Là, où les hommes sont renouvelés, ce mot de saint Augustin leur convient;^ « la con-r » voitise est éteinte, et la charité consommée »; Cupiditate extinctd , charitate compléta {^) : voilà comme la devise des bienheureux. Ici , où les hommes se renouvellent) « la convoitise diminue , et la cha- » rite va toujours croissant » ; Déficiente cupiditate, crescente charitate. Là par conséquent les vertus triomphent y et ici les vertus combattent : là les vertus se reposent , et ici les vertus travaillent : nous tendons à ce repos j mais il le faut ipériter par ce travail : nous aspirons à cette paix j mais on ne peui y parvenir que par cette guerre.
Cest vous f ô enCains de Dieu , qui en êtes le sujet, et vous en êtes aussi le théâtre : c'est pour rbomnie, que se donnent tous ces combats; c'est en lui qu'ils se donnent , et c'est lui-même qui les donne. La cha* rite rélève aux biens éternels; la convoitise le repousse aux biens périssables : il n'est jamais sans mauvais désii^s ; toujours ou la chair l'attire , ou la vaine gloire le flatte : « qqelque volonté qu'il ait de » faire le bien , il trouye en l^i-méme uq mal inbé- » rent dont il ne peut pas se délivrer » : Invenio
(0 De Civil. Dei, Ub, xix, cap. xxvn, tom. tu, coL 57a. — (») EpiiU CLxxvii, n. 17 , tom, 11, coL 628.
^ 5g<l TOOR LE JOOR HE PAQDE- j
^'' igitur legem , volenli mihi facere honum , quoniam I I mi'Aï malum adfacet ('). Que fait l'homme de bien
dans ce combat? La convoitise l'empêche de faire tout le bien qu'il voudroit ; réciproquement , dit saint Augustin , il empêche la convoitise de faire tout le mal qu'elle désire : il ne peut s'empêcter de la ressentir, il s'empêche du moins de la suivre; s'il ne peut pas encore accomplir dans sa dernière perfection ce pi-^cepte : Non concupùces (^) : « Ta n'ao- » ras point de convoitise » ; il accomplit du moins celui-ci : « Tu n'iras pas après tes convoitises ■ : Post concupiscentias tuas noneas (') : il y a quelques restes du pèche en lui-, mais il ne souffre pas qu'il y règne, selon ce que dit l'apôtre saint Paul : Non rcgnet peccatum (4J : tellement que s'il ne possède pas tout le bien, sa consolation , dans cette peine, c'est du moins qu'il ne se plaît dans aucun mal; « de » même, dit saint Augustin, que nous pouvons ne a nous plaire pas dans les ténèbres, encore que M nous ne puissions pas arrêter la vue sur une la- » mière très-éclatante « : Potest octdus nuUis tenchris deîectari , t/uamvis non possit in Julgeruissima luce defigi (5). Tel est i'élat de l'homme durant l'eiil de cette vie : il lutte continuellement contre sa propre infirmité; et c'est ainsi qu'il se renouvelle, tâchant d'effacer tous les jours quelques rides de sa vieillesse.
Grand Dieu ! sera-t-il permis à des mortels de se plaindre ici de vous à vous-même? Et pourquoi laissez-vous vos serviteurs dans cette malheureuse ne'ces-
(■)flo™.Tii. 31. — HD«ut.v, ar.-(3)/:cct. XV11..30. — Il^flom. \uii.~'.^DtSpirit.etLit. n. 65, (om. i, co/. ia3.
VqVK LE JOUR DE PAQY7B. 583
site d*avoir toujours en eux des vices à vaincre ? que ne leur donnez-vous tout d'un coup cette paix parfaite qui calme tous les troubles de leurs passions ? Saint Paul a fait autrefois à Dieu cette plainte : il a prié long-temps y afin qu'il plût à Dieu de le délivrer d'une tentation importune : et que lui fut-il répondu? » Ma grâce te suffit (0 » ; car telle est ma conduite avec mes élus , que leur force se perfectionne dan^ Tinfirmité. Mais je passe encore plus loin^ et je vous demande ) ô mon Dieu : quel est ce dessein? quel est ce mystère ? pourquoi avez-vous ordonné que la force se perfectionne dans l'infirmité ? Saint Augustin y Messieurs y va vous le dire. C'est que c'est ici un lieu d'orgueil; c'est que, 4e toutes les tentations qui nous environnent, la plus dangereuse et la plus pressante y c'est celle qui nous porte à la présomption : c'est pourquoi Dieu , en nous donnant de la force , nous a aussi laissé de la foiblesse. Si nous n'avions que de la foiblesse , nous serions toujours abattus; et si nous n'avions que de la force ^ nous deviendrions superbes et insupportables. Dieu a trouvé ce tempe* rament : pour ne pas succomber sous L'infirmité , il nous donne de la force : « mais de peur qu'elle ne » nous enfle y il veut qu'elle se perfectionne dans » l'infirmité » : Virtus qud hic ubi superbiripotest, ne superbicdur^ in infirmitaie perjicitur {p).
Par conséquent , ô enfans de Dieu ^ admires en vous la conduite de votre Père céleste. Il sait que vous êtes superbes; c'est le vice inséparable de notre nature : contre cette enflure de l'orgueil , il fait un
(0 //.' Cor, XII. 9. -* (') Cotu. Julian» lié, ït, cap, 11, r. i i, tom, s , coi, 5^.
--. "^ ,■: iiiti pasijau » bouche .. Qu'esl-ce à c l«>ucl,e?C'esl.à-dire,aii,
propre force, se remercie, «uvres. Loin de vous ô
">"■« ■""" «oit forte, V, votre victoire; vou, pourri, et lo, rendre grâce du bien »nUntfoibleeti„p„,-„.„„ votre ïue et dire avec le di " grâce» à Dieu ,ui nous ad »t«Sdgne,rJé.u,.Christ
"«•"•«'•'«wWeSiiliM, 'f°» •«"»**.<. ..travail.
"'«>tpa..».b.«.B,e„,de .™^,,I,„^e«.lar,
POVA LE JOUR SB PÀQUC* 585
même de la vieillesse , la pressent de se renouveler de four en jour. Cest le véritable sentiment que vous devez prendre dans la sainte fête de Pâque. Vous avez tous songé durant ces saints jours à vous renou-^ vêler par la pénitence : je ne puis avoir de vous d*autres sentimenSy sans offenser votre piété. Non, le sang de Jésus-Christ n'a pas ruisselé en vain sur le Calvaire; et ce n*est pas en vain quon a rouvert pour vous émouvoir toutes les blessures du Fils de Dieu. Si vous êtes renouvelés parla pénitence, donc » la vieillesse est passée, et vous devez commencer une » vie nouvelle » : Veiera transierunt : eccefacta sunt omnia nova (0. Adieu ^ adieu pour jamais à ces corn-» merces infâmes , adieu à cette vie libertine , adieu à ces inimitiés invétérées. « Majs. ne vous persuader » pas que ce soit assez de se renouveler une seule . » fois » : Neque emrn putes quod innovatio vitœ çuan dicitur semel fcLcta, sufficiat; sed semper et ^uoti^ diej si dici potest ^ ipsa nouiias inno^anda est ip) : « Il faut renouveler la nouveauté même ». C'est peu de se dépouiller de ses péchés, et d'en nettoyer sa conscience; il faut aller maintenant aux mauvais désirs : il faut porter la main à ces habitudes vicieuses que le péché a laissées en nous en se retirant ^ comme un germe par lequel il espère revivre bientôt, comme un reste déracine, qui fera bientôt repousser cette mauvaise herbe. Jésus ressuscité vous y exhoite : il n'a pas seulement détruit la mort| ' il en a ôté en lui-même jusqu'au principe. Mais encore n'est-ce pas assez de renouveler vos esprits : il
(>) //. Cor, T. 17. —« (*) Origen, in EpUu ad Roman. U6, w, n. 8, tom, lYfpag, 563.
—...orielic, dont son co ■no'iue inftillible de ce «r les nôtres; je vous d, •!« SI bien enseigne-e par •re (■), n'est ignorée d'»
japute à cette doctrine "•âge se commence dès ; »>«els,vo»»ensere.p, snrez peine à comprendre corruption Die„ avance ,
"•gedeleurtienhenreu, «en-e et cendre, et réjon p-eur: pendant , ne ce co, taogotnn et d'infinnit*, ] pHnajiM d'une oonsistane «"■ilvieaiit.Dieolereno,
d««pre.«^,etànnemort 7«« par >on Esprit ,ai„,
POUR LE lOVE DE PÀQUE. 587
donne lieu à saint Augustin de nous expliquer ce mystère par cette belle comparaison. Il dit que nos corps sont renouvelés par la grâce du christianisme^ à peu près comme on renouvelle un temple profane, où Ton auroit servi les idoles , pour le consacrer au Dieu vivant. On renverse premièrement . les idoles; et après qu'on a aboli toutes les manques du culte profane^ on dédie ce temple au vraiDieu^ et on le sanctifie par un meilleur usage. C'est en cette sorte y dit saint Augustin ^ que nous devons renouveler notre corps mortel qui a été autrefois un temple d'idoles , et qui devient par la grâce <r un saint temple dédié au Seigneur » ; Templum sanctum Domino^ comme parle le saint apôtre. Il faut premièrement briser les idoles ^ c'est-à-dire ^ ces ' passions impérieuses qui étoient autrefois les divinités qui présidoient dans ce temple : Ista in nobis, dit saint Augustin (0^ tanquam idola frangenda sunt : « Cest ce qu'il faut détruire comme les idoles ». « Ce qu'il ne faut pas détruire, mais changer seule- » ment y dit ce grand docteur, pour le faire servir à » un usage plus saint, ce sont les membres de ce » corps ; afin qu'ayant servi à l'impureté de la con- » voitise, ils servent maintenant à la grâce de la s> charité » : In usus auiem meliores vertenda sunt ipsa corporis nostri membra ; ut quœ serviebmit imr munditiœcupiditatisj setvîantgratiœ charitatis. C'est de cette sorte, mes Frères, que nos corps, ces temples profanes, deviendront les temples de TEsprit de Dieu, et qu'il les remplira par sa présence.
Mais de quelle sorte remplit-il nos corps? com-
(0 Serm. CLXiiiy n. a, tom. y, eol 785.
588, roua T.E louB be paque.
ment s'en met-U en possession? Le même saint Augustin vous l'expliquei-a par un beau principe. ■ Ce- » lui-là, dil-il, possède le tout qui tient la partie )j dominante u : Tolum possidet gui principale teiiet : or en vous, poursuit ce grand homme, la partie la plus noble , c'est-à-dire «l'ame, est celle qui u tient la première place ; c'est à elle qu'appartient w l'empire « : In te principatui' guod meliits est t'î. Et ces deux principes étant établis, il tire aussitôt cette conséquence ; Dieu tenant cette partie principale, c'est-à-dire l'âme et l'esprit ; par le moyen du meilleur, il se met en possession du moindi-e: parle muycn du prince, il s'acquiert aussi le sujet ; et dominant sur l'ame, il étend aussi la main sur le corpi et s'en met en possession comme de son temple. Voilà votre corps renouvelé : il change de maître heureusement, et passe en de meilleures maios. Par la nature il e'toit h l'ame-, parla corniplioii il ser-' voit au vice ; par la religion il est à Dieu. L'arac se soumettaot àDieu, lui transporte tout son domaine: comme dans le mariage la femme épousant son mari le rend maître de tous ses biens, lui transporte aussi tous les siens; l'ame s'unissant à Dieu, par uo bienheureux raaringe spirituel, le rend maitre de tous ses biens, comme étant le chef et le maître de celte communauté bienheureuse: « sa chair la suit, dit » TertuUien, comme une partie de sa dot; et au » lieu qu'elle étoit seulement servante de l'ame , elle » devient servante de l'esprit de Dieu )> : Seguitur animam nubentem spirilui caro, ut liotale mancipiuntj eCjain non animœfamula , scd spirilûs (s).
('' Scrm CLji,n.6,Io»,,T,coi.;;;.— ') De Anint. n. i-
FOXJ& LE JOUR DE PAQUE. SSg
O chair, que tu es heureuse de passer entre les mains d'un si bon maître ! c*est ce qui jette en toi les principes de Timmorlialité que tu espères; et la raison en est évidente , en insistant toujours aux mêmes principes. Dieu^ avons-nous dit , remplissant nos âmes y a pris possession de nos corps ; par conséquent, ô mort y tu ne les lui saurois enlever : tu penses qu ils sont ta proie ; mais ce n'est qu'un dépot que l'on te confie , et que Ton consigne en tes mains : Dieu saura bien rentrer dans son domaine. Le Fils de Dieu a pronohcé « qu'on ne peut rien }> ôter des mains de son Père » : Nemo poiest rapere çuidçuam de manu Patris mei (0; parce que ces mains étant si puissantes, nulle force ne les peut vaincre, ni leur faire lâcher leur prise. Ainsi Dieu ayant déjà mis la main sur no6 corps, son Saint-Esprit ^ que l'Ecriture appelle son doigt, en étant entré en possession; par conséquent, ô chair des fidèles, en quelque endroit de l'univers que la corruption t'ait jetée, ou quelque partie de tes cendres, tu demeures toujours sous sa main. Et toi, terre , mère tout ensemble et sépulcre commun de tous les mortels , en quelques sombres retraites que tu aies englouti et caché nos corps, ta les rendras un jour tout entiers ; et plutôt le ciel et la terre seront i^enversés qu'un seul de nos cheveux périsse. Pour quelle raison ^ chrétiens, si ce n'est pour celle que j'ai déjà dite; que Dieu se rendant maître de nos corps, il les 4pit posséder dans l'éternité, sans qu'aucune force puisse l'empêcher d'achever en eux son ouvrage ?
Vivez dans cette espérance. Messieurs; et cepen-
0) Joan. X. 39.
SgO POUR LE lOtIft DE PAQBE.
dant, regardant vos corps comme les temple* de l'Esprit de Dieu, n'y faites plus régner les idoles que vous y avez abattues. Votre corps , en L'état que Dieu l'a mis, ne peut plus ètie viole sans sacrilège, o Ne savez-vous pas, dit saint Paul , que vos corps j> sont les temples de l'Esprit de Dieu, et que si >i quelqu'un profane son temple, Dieu qui est jai> loux de sa gloire lui fera sentir sa vengeance ; il le n perdra sans misc'ricorde » ; Disperdet illum Deus, dit ce saint apûlre {'). Donc, mes Frères, nevioloiu pas le temple de Dieu ; et puisque nous apprenons par la foi, que notre corps est un temple, « posséu dons en honneur ce vaisseau fragile, et dod pas » daus les passions d'inlempi^rance , comme les genu tds qui n'ont pas de Dieu : car Dieu ne nons apu pelle pRs à l'impureté, mais h la sanctification ea M Jésus-Clu-ist notre Seigneur (>) ». O sainte chasteté! c'est à toi de garder ce temple; c'est à toi d'en empêcher la profanation. C'est pourquoi TerluUien a dit ces beaux mots, que je vous prie d'imprimer dans votre méinoîie : Illato in nos et consecrato Spirilu sancto , cjus templi œditua et antisUta pudicUia est {'^) : « Le Saint-Esprit étant descendu en nous ij pour y demeurer comme dans son temple, la i> gardienne de ce temple, c'est la chasteté : elle en Il est, dit Tertullien , la sacristine «; c'est à elle de le tenir net ; c'est à elle de l'orner dedans et dehors; dedans par la tempérance, et dehors parla modestie ; c'est à elle de parer l'autel sur lequel doit fumer cet encens céleste, je veux dire des saintes prières, (■!/.(o<-. 111. i;. — W7-Ae«. iv.4,5,;, — 13) De Cut. fitm.
àt]
et monter comme un parfum agréable devant la face de Dieu. ,
Mais y ô temple! 6 autel! 6 corps de Thomme! 6 cœur de Thomme ! que )e vois en vous de profanation! « Fils de rhomme, approche-toi, dit TEsprit j» de Dieu à Ezéchiel (0^ et je te montrerai Tabomi- » nation. Et )e m'approchai, dît le prophète, et )e » vis le temple et le sanctuaire : et voilà , chose abo- » minable » ! voilà dis-je , que de tous côtés chacun y érigeoit son idole : dans le propre temple du Dieu ▼ivant y sur Tautel même du Dieu vivant , on y sacriCioit aux faux dieux. Là étoit Tidole de la jalousie : ambition , c est toi qui Télève ; autant que tu vois de concurrenSy ce sont autant de victimes que tu voudrois immoler à cette idole ; Idolum zeli (^}. «c Là des hommes qui tournoient le dos au sanc- » tuaire^ et adoroient le soleil levant », la faveur naissante : Dorsa habentes contra templum Domini, et Jacies ad orientem ; et adorabant ad orUtm so^ lis (?) : ils oublioient le vrai Dieu , et ils adoroient la fortune ; et des femmes au dedans du temple « pleuroient la mort d*Âdonis » ; Plangentes Adonidem (4). Ne m'obligez pas à vous dire que c'est le sacrifice de l'amour profane. Ce spectacle vous fait horreur ; et ce qui vous fait horreur pour les autres ne vous fait pas horreur pour vous-même. O corps ^ que Dieu a choisi pour temple ! ô cœur, que Dieu a consacré comme son autel , que je découvre en vous d'abominations ! que de fausses divinités ! que d'ido* les que l'on y adore!
(0 EMeçh, VIII. 10, 1 1. — W ma. 3. — O Ihid. i6. ^ W lUd, 14.
59^ POOa LE JOUR DB PàQDB- ]
Mais peut-être qu'on les aura renvei-sées en l'hoi*- 1 iieur de Jësus-Clirist ressuscité, et que celte àésa- ' iion publique de toute l'Eglise tous aura fait nettoyer ce temple, et abattre toutes ces idoles. Ali! que j'ai sujet de craindre que vous ne sojrez sorti» du tombeau coniute des fantômes, A'aÎDS &imulacr«i de vivans , qui n'ont que la mine et l'apparence , qui n'ont ni la vie ni le cœur , qui font des mouveineiu et des actions qui sont tout arliâciclles , et comme appliquées par le dehors , parce qu'elles ne partent pas du principe ! Si vous êtes ressuscites, toutes rot premières liaisons sont rompues. C'est en vaia que vous m'appelez , vains et criminels attachemens , f devez- vous dire;] je ne vous connois plus. C'ert en vain que vous m'appelez à ces anciennes fanû- Jiaritésj il est arrive en moi un grand changement qui ne me permet point de vous connottre. Est-ce donc un changement si étrange que de s'être confessé à Fàque? Ce cliangement est une morti ce changement m'a fait un autre homme, et vousvoulei que j'agisse do la même sorte? Je ne me contente donc pus d'un cliangement léger. Chrétien , dans ces saintes solennités tu as Lu à la fontaine de vie, dam la source des sacremens : tu as reçu la grâce, je le veux croire : tu as repi is une vie nouvelle avec Jésus- Christ ; celte vie nouvelle n'est que commencée icibas, et quand elle sera consommée, elle aura tous CCS admirables ellets , que je te représentois tout à i'iicure. Dans un mois, dans dix jours, dans trois jours peut-être les anciennes habitudes se reveilleroal ; l'ivrognerie, l'impudicité, la vengeance le rappelleront
POUR LE JOUR DE PAQUE. SgS
rappelleront à leurs faux plaisirs. Tu avois parât)tinë une injure à ton ennemi ; le venin de la haine reprendra ses forces. Arrête^ misérable , cônsidëi^ : eh ! que de belles espérances tu vas détruire! que de beaux commencemens tu vas arrêter! Sic*est nne malice insupportable de déraciner la première verdure des champs y parce qu'elle est Tespérance de nos moissons; si nous tenons à très-grande injure que l'on arrache dans nos jardins une jeune plante , parce qu'elle nous promettoit d'apporter de beaux fruits ; quelle est notre folie , quelle injure nous faisons-nous à nous-mêmes^ à l'Eglise y à l'Esprit de Dieu y de chasser cet El^ritqni commençoit en nous un si graàd ouvrage , de mépriser la grâce qui est une semence d'immortalité , de perdre la vie nouvelle y qui y croissant tous les joUrs , fût vetiue à cette perfection que je vous ai dite?
Par conséquent y mes Frères ^ comme Jésus-Christ est ressuscité^ ainsi marchons en nouveauté de vie. Puisque nous sommes ici-bas en cet exil' du monde parmi tant de maux y songeons qu'il n'est rien de meilleur que cette belle , cette illustre espérance que Dieu nous présente par Jésu»*Christ. Après avoir confessé nos pécha dans l'humilité de la pénitence , cessons y cessons d'aimer ce que nous avons détesté solennellement devantle ministre de la sainte Eglise, en présence de Dieu et de ses saints anges. N'allons point aux eaux infectées y après nous être lavés datis le sang de Jésus : après avoir communiqué à son divin corps y qui eSt le gage de notre glorieuse résurrection y ne communiquons point à Satan y ni à ses BossuET. XIII. 38
5g( POUtt LE lOOR DE PAQWE.
pompes, ni à ses œuvres; que la joie saÎDte del'Ei- i prit de Dieu surmonte la fausse joie de ce monde.
Je me souviens ici, chrétiens, de l'allégresse divine et spirituelle qui étoit autrefois dans l'Eglise au saint jour de Pâquc. C'étoit vraiment anc joie divine , une joie qui honoroit Jiîsus-Cbrist ; paixe qu'elle n'avoit point d'autre objet que la gloii-e de son triomphe. C'etoît pour cela que les déserts les plus recule's et les solitudes les plus afircuses prcnoient une face riante. Maintenant nous nous ré- ' jouissons, il n'est que trop vrai; mais ce n'est pas vous, mon Sauveur, qui êtes la cause de notre joie. Nous nous re'jouissons de ce qu'on pourra faire bonne chère en toute licence; plus de jctlnes,plus d'austérités : si peu de soin que nous avons peutêtre apporté pendant le carême à réparer les désordres de notre vie, nous nous en relâcherons tant- : à-fait. Le snint jour de Pâque, destiné pour nous faire commencer une vie nouvelle avec le Sauveur, va ramener sur la terre les pernicieuses délices do siècle, si toutefois nous leur avons donné quelque trêve, et ensevelira dans l'oubli la mortification et la pénitence; tant la discipline est énei'vée parmi nous. Nous croyons avoir assez fait quand nous nous sommes acquittés pour la forme d'une confession telle quelle, cl d'une communion qui peut-être est un sacrdége. Mais quand même elle seroit sainte, comme je le veux présumer, vous n'avez fait que la moitié de l'ouvrage.
Fidèles , je vous en avertis de la part de Dieu; la principale partie reste à faire, qui est d'amender
POUR LE JOUR DE PÀQUE. SqS
votre mauvaise vie , de corriger le dérèglement de vos mœars, et de déraciner ces habitudes invétérées qui vous sont comme passées en nature. Si vous avez été justifiés^ j*avoue que vous n avez plus à craindre la damnation étemelle ; mais ne vous imaginez pas pour cela être en sûreté. Craignez vos mauvaises inclinations ; craignez ces objets qui vous plaisent plus qu*il n*est convenable à un chrétien qui a participé au corps du Sauveur; craignez ces dangereuses rencontres dans lesquelles votre innocence a- déjà tant de fois fait naufrage : que votre expérience vous fasse prudens^ et vous oblige à une précaution salutaire ; car la pénitence a deux qualités qui sont toutes deux également saintes et inviolables.
Ketenez ceci^ s*il vous plaît; la pénitence a deux qualités : elle est le remède pour le passé ; elle est une précaution pour Tavenir. La disposition pour la recevoir comme remède de nos désordres passés ^ c*estla douleur des péchés que nous avons commis : la disposition pour la recevoir comme précaution de Tavenir^ c'est une crainte filiale des péchés que nous pouvons commettre, et des occasions qui nous y entraînent. Gardons-nous bien. Fidèles, de violer la sainteté de la pénitence , en Tune ou en Fautre de ses parties, de peur de faire injure à la grâce et à la libéralité du Sauveur.
Par conséquent ne perdons jamais cette crainte respectueuse qui est Tunique garde de Tinnocence : craignons de perdre Jésus-Christ qui nous a gagné par son sang. Pai*tout où je le vois^ il nous tend les
liras. Jésus nous tend les bras à la croix : Vcncr, diL-il, mourir avec moi. Jésus-Christ sortant du tombeau, victorieux de la mort, nous tend les bras; Venez , dit-d , ressusciter avec moi. Jésus-Christ à la droite du Père nous tend les bras: Venez, dit-il, régner avec niui : vous serez , vous serez un jour tel que je suis en cette glorieuse demeure; vivez, coif solea-vous dans cette espérance. Je suis heureux, je suis immortel : soyez immortels à la grâce, vous obtiendrez enlin dans le ciel le dernier accomplissement de la vie nouvelle; c'est-à-dire, la justice parfaite, la j)iiix assurée, l'immortalité de l'ame cl
POUR LE JOUR DE PAQUE. 5q']