‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 7 sur 81 · IL' SERMON · texte numérisé non relu

IL' SERMON

POUB

LE DIMANCHE DE LA PASSION

Force et empire de la vérité. Principe de là baine que les Iiommet lai portent : en combien jde manières ils U haïssent. Nécessité de la simplicité et de la bonne foi, pour bien régler notre conscience. Or^ne des doutes et des fausses subtilités qu^on se forme dans la morale. Funestes suites des efibrts <{ae nous faisons contit la vérité inhérente en nous. Par quels degrés nous tombons dus aa ti gnad mal : quels en sont les progrés et les remèdes.

Si verîtatem dîco vobis, quare non creditis mihi.

Si je vous dis la vérité ^ pourquoi refusez -vous de me croire 7 Joan. viii. ifi.

On a dit, il y a long-temps, qu'il vCj a rien de plus fort que la vëritë; et cela se doit entendre partidulièrement de la vérité de TEvangile, Cette vérité, chrétiens , que la foi nous propose en énigme, comme parle Tapôtre saint Paul , paroît dans le ciel à découvert , révérée de tous les esprits bienheureux : elle étend son empila jusqu'aux enfei^ ; et quoiqu'elle n'y trouve que ses ennemis, elle les force néanmoins de la reconnoître. « Les démons la croient, dit saint

DU ▲ LA VÉRITÉ. 3l

30 Jacques (0 ; et non-seulement ils croient^ mais ils » tremblen t » • Ainsi la vérité est respectée dans le ciel et dans les enfers. La terre est au milieu , et c*est là seulement qu'elle est méprisée. Les anges la voient, et ils Tadorent i les démons la haïssent , mais ils ne la méprisent pas, puisqu'ils tremblent sous sa puissance. C'est nous seuls, ô mortels, qui la méprisons, lorsque nous Técoutons froidement et comme une chose indiJÛTérente que nous voulons bien avoir dans Fesprit, mais à laquelle il ne nous p^ait pas de don<» ner aucune place dans tiotre vie. Et ce qui rend notre audace plus inexcusable, c'est que cette vérité éternelle n'a pas fait comme le soleil , qui, demeu*^ rant toujours dans sa sphère, se contente d^envoyer ses rayons aux hommes : elle, dont le ciel ^t le lieu natal , a voulu aussi naître sur la terre : f^eriias de terra orta est C^). Elle n'a pas envoyé de loin ses lumières , elle - même est venue nous les apporter, et les hommes toujours obstinés ont fermé les yeux ; ils ont haï sa clarté à cause que leurs œuvres étoient mauvaises, et ont contraint le Fils de Dieu de leur faire aujourd'hui ce juste reproche : Si veritatem dîco vobis , quare non creditis mihi ? a Si je vous dis » la vérité, pourqupi refusez-vous de me croire » ? Puisqu'il nous ordonne , Messieurs , de vous faire aujourd'hui ses plaintes ^ touchant cette haine de la vérité; qu'il nous accorde aussi son secours pour plaider fortement sa cause la plus juste qui fut jamais. C'est ce que nous lui demandons par les prières de la sainte Vierge, jài^e^ etc.

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Là vérité est une reine qui a dans le ciel son trôné éternel, et le siège de* son empire dans le sein de bien : il ny a rien de plus noble que son domaine; puisque tout ce qui est capable d^entendre en relève^' et qu'elle doit régner sur la raison même , qui a été destinée pour régir- et gouverner toutes choses. U pourroit sembler y dirétiens, qu'une reine si adorable ne pourroit perdi*e son autorité que par Tignorance : mais comme le Fils de Dieu nous le reproche, que lasialice des hommes lui refuse son oliâssance, lors même qu'elle leur est le mieux annoncée ; c'est véritablement ce qui m'étonne y et je prétends aujourd'hui rechercher la cause d'un dérèglement si étrange. Il est bien aisé de comprendre que c'est une haine secrète que nous avons pour la vérité, qui nous fait secouer le joug d'une puissance si légitime. Mais d'où nous vient cette haine, et quels en sont les motife 7 c'est ce qui mérite une grande considération, et ce que je tâcherai de vous expliquer par les principes , suivant la doctrine de saint Thomas, qui traite expressément cette question (0. Pour cela il faut entendre, avant toutes choses, que le principe de la haine, c'est la contrariété et la répugnance , et en ce regard , chrétiens , il ne tombe pas sous le sens qu'on puisse haïr la vérité prise en elle-même' et dans cette idée générale ; « parce que, 3» dit très-bien le grand saint Thomas, ce qui est » vague de cette sorte et universel ne répugne jamais » à personne, et ne peut être par conséquent un ob- » jet de haine. » Ainsi les hommes ne sont pas ca-

(0 I. a. Quœit zxiz. Art» t.

pables

pables d^avoir de l'aversion pour la vérité ; sinon autant qu'ils la considèrent dans quelque sujet particulier où. elle combat leurs inclinations , où elle contredit leurs sentimens : et en cette vue , chrétiens ^ il me sera facile de vous convaincre que nous pouvons haïr la vérité en trois sortes , par rapport à trois sujets où eUe se trouve et dans lesquels elle contrarie nos mauvais désirs. Car nous la pouvons regarder, ou en tant qu'elle réside en Dieu, ou en tant qu'elle nous parôlt dans les autres hommes, ou en tant que nous la sentons en nous-mêmes : et il est certain qu'en ces trois états toujours elle contrarie les mauvais désirs, et toujours elle donne aussi un sujet de haine aux hommes déréglés et mal-vivans.

Et en effet, âmes saintes, ces lois immuables de la vérité , sur lesquelles notre conduite doit être réglée^ soit que nous les regardions en leur source , c'est-àdire en Dieu , soit qu'elles nous soient montrées dans les autres hommes, soit que nous les écoutions parler en nous-mêmes, crient toujours contre les pécheurs, quoiqu'en des manières différentes. En Dieu qui est le juge suprême, elles les condamnent; dans les hommes qui sont des témoins présens, elles les reprennent et les convainquent ; en eux - mêmes et dans le secret de leur conscience elles les troublent et les inquiètent: et c'est pourquoi partout elles leur déplaisent. Car ni l'orgueil de Tesprit humain ne peut permettre qu'on le condamne , ni l'opiniâtreté des pécheurs ne peut souffrir qu'on la convainque, et l'amour aveugle qu'ils ont pour leurs vices peut encore moins consentir qu'on l'inquiète. C'est pourquoi ils haïssent la vérité; d'où vous pouvez com-

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