‹ Œuvres de Bossuet, évéque de Meaux (volume 5)Chapitre 8 sur 81 · SV& LE EE8PECT · texte numérisé non relu

SV& LE EE8PECT

prendre combien Us sont âioigaés de lui obéir* Mais si vous ne lavez pas encore entendu , la conduite des Juifs envers Jésus-Christ vous ie fera aisément con* noitre. Il leur prêché les vérités qu'il dit avoir vues dans le sein du Père ; ces v^itâ les condamnent ^ et ils haïssent son Père où elles résident : Odemni eC me et Patrem meum (0.

Il les reprend en vérité de leurs vices ; et pendant que ses discours les convainquent, la haine de la vérité leur fait haïr celui qui Tannonce ; ils s*irritent contre lui - même , ils rappellent samari* tain et démoniaque ; ils courent aux pierres pour le lapider, comme il se voit dans notre Evangile. U les presse encore de plus près, il leur porte jufiqu*aa fond du cœur la lumière de la vérité , conformément à cette parole : « La lumière est en vous pour nu n peu de temps » : Adhuc modicàm lumen im voUs est W ; et ils la haïssent si fort cette vérité adorable^ qu'ils en éteignent encore ce foible rayon; parce qu'ils cherchent la nuit entière pour couvrir leurs mauvaises œuvres. Dans cette aversion furieuse, in* vétérée et opiniâtre qu'ils témoignent à la véiité, et parmi tant d'outrages qu'ils lui font souffrir, n'a-t-il pas raison, chrétiens, de leur faire aujourd'hui ce )uste reproche? Si je vous dis la vérité, pourquoi refusez-vous de la croire ? pourquoi une haine aveu» gle vous empéche-t-elle de lui obéir ?

Mais il ne parle pas seulement aux Juifs ses ennemis déclarés; et son dessein principal est d'apprendre à ses serviteurs à aimer et respecter sa vé* rite sainte , en quelque endroit qu'eUe leur paroisse*

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Qnand ils la regardent en leur juge , qn'ils permet* tent qa*eUe les régie : qnand elle les reprend par les antres hommes j qu'ils souffrent qu'elle les cor^ rige : qnand elle leur parle dans leurs consciences , qu'ils consentent non-seulement qu'eUe les tfclaire ^ mais encore qu'elle les change et les convertisse ; trois parties de ce discours.

PREMIER POINT

CoM m ces lois primitives et invariables de vérifC et de justice , qui sont dans TinteUigence divine ^ condamnent directement la vie des pécheurs ; il eA très-certain qu'ils les haïssent et >qu*ils voudroient par conséquent les pouvoir détruire. La raison solide : cVst le naturel de la haine de vouloir détruire son ofafety comme de l'amour de le conserver. Sans que vous donnies la mort à votre ennemi , vous le tues d^à par votre haine , qui poite toujours dans Tame une disposition d'homicide. C'est pourquoi TapMre dit : Omnis cm oditfratrem smim homicida e5f <0. Il le compare à Gàïn : il ne dit pis, Celai (jui trempe les mains dans son sang , ou qui enfonce un couteau d«MS0n sein ; mais. Celui qui le hait est homicide. Cest que le Saint-Esprit qui le guide n'arrête pas sa pensée à ce qui se fait au dehors : il va approfondissant les causes cachées , et c'est ce qui lui fait toujours trouver dans la haine une secrète intention de meurtre. Car si vous savex observei* toutes les démarches de la haine, vous verret qu'elle voudroit détruire partout ce qu'elle a déjà détruit dans nos cœurs ; et les effets le font bien connottre.

(0 /. JiHut, ui. 5.

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Si VOUS haïssez quelqu'un , aussitôt sa présence blesse votre vue y tout ce qui vient de sa part vous fait soulever le cœur : se trouver avec lui dans le même lieu vous parott une rencoQtre funeste. Au milieu de ces mouvemens y si vous ne réprimez votre cœur, il vous dira y chrétiens , que ce qu'il n'a pu soufirir en soi* même , il ne le peut non plus souffrir nulle part ; qu'il n'y a bien qu'il ne lui ôtât après lui avoir ôté son affection ; qu'il voudroit être défait sans réserve •aucune de cet objet odieux : c'est l'intention secrète de la haine. C'est pourquoi l'apôtre saint Jean a Taison de dire qu'elle est toujours homicide.

Mais appliquons ceci maintenant à la conduite des pécheurs. Us haïssent la loi de Dieu et sa vérité : qui doute qu'ils ne la haïssent , puisqu'ils ne lui veulent donner aucune place dans leurs mœurs? Mais l'ayant ainsi détruite en eux-mêmes, ilsYOudroient la pouvoir détiniire jusque dans sa source : Dum esse *volunt rtiali^ notant esse veritatem qud damnantur mali (0 : « Gomme ils ne veulent point être justes, D ils voudroient que la vérité ne fût pas , . parce » qu'elle condamne les injustes ». Et ensuite on ne peut douter qu'ils ne veuillent, autant qu'ils peuvent, abolir la loi dont l'autorité les menace, et dont la vérité les condamne.

C'est ce que Moïse nous fit connoitre par une excellente figure, lorsqu'il descendoit de la montagne où Dieu lui avoit parlé face à face. Il avoit en ses mains les tables sacrées où la loi de Dieu étoit gravée i tables vraiment vénérables , et sur lesquelles la main de Dieu et les caractères de son doigt .tout puis-

(»^ S. Au^. in Joan. Ti\ xc tom, iii, part, ii, coL 7 ai.

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sant se voyoient tout récens encore. Toutefois entendant les cris et voyant les danses des Israélites qui couroient après le vean d*or, il les jette à terre et les brise : f^idit vitubim et choros , iratusçue valda ^ projecit de manu tabulas , et confregit eas (0 : une sainte indignation lui fait jeter et rompre les tables.. Que veut dire ce grand Législateur? Je ne m'étonne pas y chrétiens, que sa juste colère se soit élevée con* tre ce peuple idolâtre pour le faire périr par le glaive ; mais qu*avoient mérité ces tables augustes, gravées de la main de Dieu , pour obliger Moïse à les mettre en pièces? Tout ceci se fait en figure, et s'accomplit pour notre instruction. Il a voulu nous représenter ce que ce peuple faisoit aloFS : il brise les. tables de là loi de Dieu , pour montrer que dans l'intention des pécheurs la loi est détruite et anéantie. Quoique. le peuple ne pèche que contre un chef de la loi, qui défendoit d'adorer les idoles, il casse ensemble ton* tes les deux tables ; parce que nous apprenons de l'oracle que « quiconque pèche en un seul article, » viole l'autorité de tous les autres (^) », et abolit autant qu'il peut la -loi toute entière : il en est de même de l'Evangile , de l'unité du corps de Jésus* Chiîst et de toute sa doctrine.

Mais l'audace du pécheur n'entreprend pas seulement de détruire les tables inanimées , qui sont comme des extraits de la loi divine; il en veut à l'original, je veux dire à cette équité et à cette vérité primitive qui réside dans le sein de Dieu , et qui estla règle immuable et éternelle de tout ce qui se meut dans le temps; c'est - à - dii^e qu'il en veut à

CO Exod XXXII. 19. — C) Jac. II. 10.

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