IX. Il falloit donc s'accoutumer à tempérer par des
Erreur des gaintes interprétations les excessives exagérations
mystiques de '^ ^ ,
nos jours, de ces auteurs sur les états de contemplation ou d'oraison extraordinaire. On a fait tout le conr traire, et les mystiques de nos jours, non contens de prendre à la lettre ces expressions , les oBt poussées jusqu'à un excès qu'il n'y a plus moyen de supporter, et y ont ajouté des choses que personne n'avoit pensées avant eux ; d'où sont enfin venues toutes les erreurs inconnues aux ancien» mystiques, que nous allons exposera ■^' . , J'entreprends ici, pour Tamour de Dieu et de
ÂUR LES ÉTATS D'oRAISOlTy LIVRE I. 6l
son Eglise, un travail ingrat, qui est celui d*aller du présent rechercher, dans de petits livres de peu de mérite, traité. un nombre infini d'erreurs , qu'il faudroit cç sem* Ué plutôt laisser tomber d'elles-mêmes, que de prendre soin de les réfuter ^ ou même de leur donner quelque sorte de réputation par nos censures.. Plusieurs croiront que ces livres ne méri» toient que du mépris,. surtout celui qui a pour auteur François Malaval, un laïque sans théologie , et les deux qui sont composés par une femm<^ , comme sont le Moyen court et facile , et XlnteV'* prétatiorisur le Cantique des cantiques. On pourra dire quil suffiroit en tout cas, apr^s les avoir notés , de faire paroitre les actes oui elle en a souscrit la condamnation, le reste ne méritant pas d'occuper des docteurs et encore moins des évéques : mais je ne $uis pas de cet avis. J'entre au contraire dans les sentimens de tant de prélats et de papes mêmes , dont les judicieuses censures font voir de quelle importance leur a paru cette aflkire; et pour Finstruction du lecteur on les trouvera recueillies à la fin de cet ouvrage. Ceux qui veulent qu'on méprise tout , veulent en même temps laisser tout courir. Les saints Pères n'ont, pas dédaigné d'attaquer les moindres écrits, quand ils les ont vus entre les mains de plusieurs et ré^ pandus dans le public. Dieu me préserve de la vanité de croire mon temps et mon travail plus précieux que celui de ces grands hommes : il n^ feut pas mépriser le péril des âmes , ni leur refuser les préservatifs nécessaires contre des livres ^ui con*ompent en tant de manières la simplicité
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de la foi. Ces livres , quoique dans le fond feu avoue le peu de mérite , ne sont pas écrits sans ailifice : le mal qu'ils contiennent est adroitement déguisé : sHls sont courts , ils remuent de grande questions ; leur brièveté ies rend plus tnsinuans : le nombre s'en multiplie au-delà de toute mesure : on les trouve partout et en toutes mains. Ceux qui sont composés par une femme sont ceux qui ont le plus piqué la curiosité et qui ont peut-être le plus ébloui le monde : encore qu'elle en ait souscrit la condamnation y ils ne laissent pas de courir et de susciter des dissentions en beauoovrp de lieux d'pù il nous en vient de sérieux avis. Toute la nouvelle contemplation y a été renfermée ^ et réduite méthodiquement à certains chapitres. On y voit l'approbation des docteurs , dant une apparence trompeuse a surpris la simplicité ; et ce n'est pas sans raison que l'on appréhende de voir renaître en nos jours plusieurs erreurs de la secte des Béguards.
\i. Cette secte ne prétendoit pas se séparer de l'&
Des Bë* giîgg ; elle se couloit dans son sein sous prétexte Bégain^. ^ piété : il y avoit au commeneemeM plus d'i* gnorance et de témérité que de malice. C'étoit principalement des femmes qui dogmatisoient sous le voile de la \sainieté^ comme dit la Clémen* tine : £iim de çuibusdam (0. On ne les; épargna pas sous prétexte qu'elles étoient femmes et qu'elles étoient ignorantes. L'Eglise a vu dès sou origine des femmes qui se dîsoient prophétesses C^),
(0 In Clément lit* de relig, domib, lib. ni, cap, i. — («) Apoc^ 11. ao.
SUE LES ÉTATS D^ORAfSON^ LITRE I. 63
et les apôtres n'ont pas dédaigné de les noter. Ceux qui ont réfuté Montan^ n'ont pas oublié dans leurs écrits ses prophétessesr Je ne parle pas des autres exemples que nous fournit Tfaistoire de l'Eglise : il ne faut pas toujours attendre que l'ignorance présomptueuse , qui est la mère de l'obstination, se tourne en secte formée, et dès que le mal commence à se déclarer, la sollicitude pastorale le doit prévenir.
Je me sens donc obHgé à découvrir celui qui est ^^^* renfermé dans les livres censurés : et pour cela je uculicide ce ferai deux choses qui xfiviseront ce premier Traité premierTraîen deux parties : la première qui occupera la plus ^? * **, ,'
* r 1 r r s,q|| généra-
grande partie de l'ouvrage , montrera la fausse le : sujet des idée de perfection que les nouveaux mystiques ou , ^ ^^"^^^^