‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 16 sur 109 · X -n 1 1 Vv '\ ' dont il est · texte numérisé non relu

X -n 1 1 Vv '\ ' dont il est

contemplatifs, connus sous le nom de Quietistes, composé. tâchent d'introduire : et l'on verra dans la seconde en pai'ticulier l'abus que font ces nouveaux auteurs, de l'oraisoB de quiétude, aussi bien que des expériences, et la doctrine des saints qui l'ont pratiquée.

On voit fort bien, sans que je le dise, qu'il y a des choses dans ce dessein qui demandent un peu d'étendue , dont la première est la nécessité de rapporter les passages des nouveaux auteurs

pour justifier la vérité des censures , et de peur

que quelqu'un pe croie qu'on leur en impose : la seconde^ c'est qu'en découvrant le poison il faudra aussi commencer à proposer l'antidote et opposer la tradition à ces nouveautés : la troisième , qui ne sera pas la moins importante , c'est qu'il est de mon devoir d'ôter aux nouveaux mys^ '

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tiques quelques auteurs renomniés dont ils s'ap» paient, et entre autres saint François de Sales , qu ils ne cessent d'alléguer coimne leur étant fa* vorable y quoiqu'il n*y ait rien qui leur soit plus opposé que, la doctrine et la Conduite de ce ^iût évéque : et voilà ea général ce que j'ai à faire dans ce Traité, qui est le premier des cinq que )-ai promis au public.

Pour en donner une idée encore plus particu- Uère, et aider en toutes manières autant qu'il sera possible le pieux lecteur, je lui propose d'abord en pea de paroles lé ^jet de chacun des diat livres dont ce Traité sera composé.

Dans le presaier on verra^ après une idée générale de ce qu'on appelle quiétisme , le prtMQier principe de cette doctrine , qui consiste dans un certain actecontinu et universel qu'on y établit, et qu'il faudra non ^seulement expliqua:*, mais encore réfuter aussi brièvement qu'il sera • possible^ .

Le plus dangereux effet de ce feux principe «si d'induire la suppression des actes explicites ; et premièrenaeqt de ceux de la foi tant envers les personnes divines, en y comprenant Jésus-Christ, c'est-à-dire le Fils de Dieu incarné , ^'envers les principaux attributs de Dieu, que nos nouveaux auteurs ne craignent pas d'ôter aux contempla-» tifs , sous prétexte de les attacher à la seule essence divine ; et ce sera le sujet du second «livre.

De la suppression des actes de foi , on passer^ dans le troisiè^tne livre à celle des désirs et des demandas, où les faux mystiques nous montrant

quelque

S^ÛK tes ÉTATâ D^OfAÂlSONy LIVRE U 65

ifUélfpe chose d'intéressé et de bas qui les rend indignés des âmes sublimes : contre les expràs commandemens de FEvangile^

Gomme le prétexte de la suppression des demandes est une fausse conformité à la volonté de I>ien fort vantée par les nouveaux mystiques, on anplotera le quatrième livre à montrer combien elle est mal entendue y et à combien d'erreurs et d'illusions elle ouvre la poi*te.

On examine y au cinquième livre, les actes di*^ i^cts et réfléchis , distincts et confus , aperçus et non aperçus : par oh l'on ôte aux nouveaux mys^ tiques une fausse idée de recueillement et une source intarissable de fausses maximes, dont on ne peut expliquer ici tout le détail.

Avant que de passer outre è la découverte des erreurs , le sixième livre opposera à celles qu'on tient d'exposer la tradition des saints.

On commence, au septième livre, à découvrit* l'abus que font nos faux mystiques de l'oraison passive ou de quiétude, et on en expliquera la pratique et les vrais principes par la doctrine constante des mystiques véritables et approuvés ; tels que sont le bienheureux Père Jean de la Croix , et le véqéraUe Père Baltasar Alvarez , de la compagnie de Jésus, un des confesseurs de sainte Thérèse.'

La doctrine de saint François de Sales , et la conduite de la vénérable Mère de Chantai sa fille spirituelle , servant d'un vain refuge aux faux mystiques, le huitième et le neuvième livres seront utilement employés à expliquer les maxi*

BOSSUET. xxvu. 5

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mes de ce saint évéque , et ils seront soutenus par les sentimens conformes de sainte Thérèse, de sainte Catherine de Gènes , et de quelques autres excellens spirituels.

Enfin dans le dernier livre ^ qui. est Fun des plus importanSy parce que c'est comme un résultat de la doctrine de tous les autres, on rendra raison des articles exposés dans les ordonnances de M. Févéque de Ghâlons à présent archevêque de Paris, et de Févéque de Meaux, et de toutes les qualifications qui y sont apposées aux propositions des Quiétistes. On expliquera les rétractations , et le moyen de connoître ceux qui perastent dans leurs maximes. Je propose d'abord cette analyse des dix livres de ce Traité, afin que les lecteurs, conduits par la main , entendent toutes les démaixhes qu on leur fera faire , et connoissen t le progrès de leurs connoissances : heureux si en même temps ils s'avancent dans l'union avec Dieu, qui est la fin de tout ce discours, xm. Pour maintenant entrer en matière, disons que

Idée génë- l'abrégé des erreurs du quiétisme, est de mettre qu on appel- ^^ Sublimité et la perfection dans des choses qui le qaiétisme. ne sont pas, OU en tout cas qui, ne sont pas. d^ cette vie ; Ce qui les oblige à supprimer dans certains états, et dans ceux qu'on njpmme parfaits contemplatifs , beaucoup d'actes essentiels à la piété et expressément commandés de Dieu, par exemple, les actes de foi explicite contenus dans le Symbple des apôtres, toutes les demandes et même celles de l'Oraison dominicale, les ré-^ flexions, les actions de grâces^ et les autres actes

Stm LES ÉTATS jyOtiJLXSOTSf f LIVRE I. 67

de cette nature qu'on trouvecommandës et pratiqués dans toutes les pages de FEcriture^ et dans tous les ouvrages des saints. Ces séiitimens en général prennent leur naissande de l-orgueil natu-' rel à Fesprit humain^ qui affecte toujours de se distinguer : et qui pour Cette raison- mêle partout , si V^n n'y prend gaMe , et même dans Toraison, c'est-à-dire, dans lé centré de la religion^ de superbes singularité^.Mèîià poiti^ en venir tnaintenant aux principes et aux conclusions particu^ lîères; lesyoîcï: ' ^ » r

Un des principes du quiétisme, et peut* être xrv. le premier de tous, est proposé en ces teimes pat' ^^-^^^I le Père Jean Falconi, dans une letti^e qu'on â nouveaux imprimée à la fin du tivrél intitulé, Moyen "yw».

• , • -, que lor8-

coiir^^ etc. «Je voudrois, dit-il (0, que tous vos q^i»^,^ g^st » soins, tous vos mois, toutes vos années et votre unefoiadon- » vie toute entière fût employée dans uù acte l'acte en «ub^ » continuel de contemplation. En cistte disposi- siste toujours » tîon, continue-t-il («), il n'est pas nécessaire ^^ "'"' '^'

, • • * voqué, et

» que vous vous donniez à Dieu de noàveau, qu'n ne le

» parce que vous l'avez déjà fait : où il apporte la ^*"* P®™*

» cômparaisond'undiamaht, qu'on auroit donné nouvclcr.

» à un ami : à qui après l'avoir mis entre les

» mains, il ne faudroit plus répéter tous les )our^

» que vous lui donnez cette bague : il ne faudroit

» que la laisser entre ses mains sans la reprôn-

» dre, parce que pendant que vous ne la lui ôtez

» pas, et que vous n'en avez pas même le désîr,

» il est toujours vrai de dire que vous lui ave^

iO Moyen court, p» i4i| i^'iM ^«^« "^ ^ ^^* i$9*

^ fait ce pr&ent , et gae voiis ne le révoquer » pas ». Ainsi eif ;<^t-ily conclut cet auteur, du éon que vous* avez ^t à pieu de vous-mênaie paiun amoureux* abandon.

. La çpmparaisça ;atrpara si belle à nc& nonvçaiu; tAystiques y, qu'ils ne cessent delà répéter, e^ Mqlinos, qui la prise du Père Falconi ^i se la rend propre W. P^ ujoe $e]|ib)ab}e. ÔBiitiinde , Mala* val représente aussi qnnii^e épouse ne répète pas à diaque moment , Je suis* à vous i?) ; et tout cela pour montrer que content de s'être donné unq ^is à Dieu , on ne doit pas se mett;ce en peine de réitérer un acte si essentiel, ou- ci^ind|re,qv il nous soit ôté y ni par les occupations de cette vie i ni mâipae par les péchés oîi nous tombons tous les jours y puisque de soi il est perpétuel s'fl n'esl; révoqué , comme ce Pèjre Texplique eu ces ter^r mes i^\ : ce Ce qui est de plus important , c*est de ' p n*ôter plus à Dieu ce que nous lui )^yQns4ûnné^ ^ en' faisant quelque chose notable cçntm son ^ divin bon plaiôr : car, pourvu que cela, ik^vr ^ rive pas,' Tessence et la continuation de votrç » abandon et de votre cpnformité au vouloir de D Dieu dure .toujours ; parce que .les faut^ légè^ tt res que Ton fait sans y bien penser , ne détri^i^ u sent pas le point essenti,êl de cette conformité ». XV. , Selon ces principes , il reprend ceux q^ii croiei^t

Que cetac- ^ qyç j^^ exercices de la vie humaine interrom.^

le continue * . . .

toujours mal- » pent.cet acte d'amour continu (4) ». Parmi ces

gré les dis- exercices de. la vie humaine, il. comprend le$

(0 Guid.liv.it eh, xiii, xit, xt. — (■) RfalayoL i.p, ay. -^

sus LES ÉTATS D^OAÀISOVy LITRE I. 6j^

ôecupatiôns les pluâ âis%rayaiiteè« En effet , €*est traction , line niaxime dans^lé quiëtisme^ que nuUêiS'dis^ oUigent^le tractions n'interrompent Tacte d'amour , et qu*en* renouvelçr. core que danl^ Toraison on soit distrait jusqu'au point de ne plus du tout sohger à Dieu y c'est fbiblesse, c^est inquiétude de i^nouvder Pac^ d'amour^ parce que la distraction n'étant pas la révocation de cet acte , il a toujours subdsté pendant qu'on étoit ainsi distraite

n B'est péà même mte^dipu par le sommeil ; ^';^^ atttremèxit û faudroit du moins le renouveler sûte pendant tous les jéûrs en s'ëveillant , comme le pratiquent ^ ««nmeil. les sainte': mais c'est de quoi ce religieux ne dit jias utk tnot ; il défend eti général de jamais renouveler cet acte^. si ce n'est dans le seul cas où on l'auroit révoqué : partout ailleurs , tt tous »' n'avez , dit-â (0, qu'à demeui^r là ; gardez-vou^ i de l'inquiétude et des effo^ qui tendent à faire n de nouveaux actes » : gardez-vous-en par con- ^uent aprèl le sommeil ; car le renouvellement seroit trop fréquent y et on aurait tort d'appeler pi^étuei ce qui cesseroit tant de fois et A long* temps. C*«st pourquoi srâuteur du Mojren court dans son ^Interprétation du Cantique des canti^ ques W', ^a trouvé que « leis amies tort avancées À dans rôraison passive ou de quiétude y éprôu- »' vent une chose fort siirprenahté/qài est (Qu'elles » n^ont là' nuit qu'un demi- sommeil , et Dieu » opère {iltts' ce semble en dies durant là nuit et Ji datf^'lé ^mmèil que p^Âdànt le four »: Ce n''ést point à une g^âce extraordinaire et mira-'

(0 Paie, IbiJ. i6o. — (*) CanU ch\ tv, v. a, ^. i ï i.

7^ IHSTRUCTIOH .

ciikuse qu^'elle. attribue cet évënement : c^esi un «âiat 4e ravancement dans certain^ états d'ora^-» sotx d ^ <f^^ nest qit une iconséquence. de ce qu elle avoit dit au commencement M y que cet açie sub* 9isf^ toujours parmi toutes choses; et il i&,fa,ut ])ien selon le principe /puisque dormir n'est pas rëy<iquer> et que Fami à qui fai.dpnné le dia-» mant , en demeure ^ale^ient posse^sseur , soit que |e dorme, soit que je veille.

•^T?' i L'absurdité de cette doctrine se fait sentir

Combien " ,, , , , . * .»

est grossier dabord aux«plas ignorans. Attnbucfr u^ie. p^rpér et^absurde à tuelle cousistance, et même pendant le sommeil , MUnos^dV^^ parmi les plus grandes distractions, à un yoircomparé acte du libre arbitre , c'est confondre l'^ctç avec le don de sa j^ dispo^tîon habîtudle qu il peut|nettre dans 1^

liberté avec r ^ • j . j ^ .

le don d*un .co&ur.> La comparais w du joyau dcœne, qui par diamant. r^^t si Spécieuse- aux Qniétistes, eGjt dans le fond bien grossière; C'est autre chpfse qu'une, donation faite une fois ait un effet perpétuel jai|tre ,chose qu'un acte du libre arbitre de soi et par ^ natuir^. subsiste toujours. Il n'en est pas de même de don* ner sa volonté que de donner une Ipague ou quelque autre présent çorpp^el. Car dès qu^ Toa. t donné en. cette d^rni^r^, manière , l'on ne. peut plus soi-même révoquer le.don:. mais au qojntraire on ne peut que trop révpquer le tjLon qu'on a fait à Dieu de sa Uberté^ et tous ie&.aqtes.par. où l'on a tâché de l'^n rendre maître : mais, s$m< même les révoquer^ d'autres actes, dlaujtres, e;Ker-. cices les interrompent, et les font.ti^op sotuvend oublier. Qui ne doit pas craindrai qu^ o^i^aU^çur

(*) Cam. cA. x.y , v. 3 ^ /r. 3. , *

8t7E hS% iTAÏS I>*0RAI80Ny LITRE I. 7I

lie lui arrive souvent? Qui ne doit point rëchauffisr

une volonté languissante? On peut faire de si bon

cœur le don d -une bague ^ qu il n'y ait rien en

nous qui yTépugne : quoi qu il en soit, lorsqu'on

Ta livrée , et qu'on en est venu à cet acte qui

s^appélle tradition j on est tellement dessaisi , que .

nul acte / nulle répugnance contraire n'afibiblit

pour peu que ce soit Yefkt de ce don. Mais puis*

je venir à bout, quelque bel acte que je fasse , de.

me dessaisir éternellement du libre arbitre que

Dieu m'a donné y et qu'il ne veut point me ravir

dans cette vie ? Et puisque , dans ce lieu d'exil ^

oU la chair convoite contre V esprit, et l'esprit

contre la chair (0 y le don de soi-même qu'on fait

à Dieu par «tn acte de sa liberté est combattu ^

c'est l'exposer à se ralentir, à se changer, à se

perdre , que de négliger de le renouveler souvent.

L'objection de Malaval- se résout par le même xvni. principe. Une femme , qui s'est une fois donnée Malaval m-

troduil auflsi

dans le mariage par un légitime consentement, ne maU-propos dit pas à chaque moment à son mari : Je suisà vous : 1& comparai-

• *.»ij» •»«.^^*j ^ ■on d^un ma»

amsi en est-il d une ame qui s est une fois donnée' ^j ^^ ^,^^^ à Jésns-Gfarist. C'est bien^parler sans entendre que femme, de raisonner de cette sorte. Cette femme est à soU' mari en deux manières, par le droit du noeud conjugal qui est perpétuel. et irrévocable et qui subsiste de soi, soit qu'on le veuille^ soit qu'on ne le veuille pas. EUe est à lui d'une autre sorte , par son coeur , par sa volonté , par son choix , qu elle toudroit toujours faire quand elle seroit encore en sa liberté : et cette manière de se donner se

(>)Ga/.v. 17.

•ja iiîSTaucTioir

renouvelle souvent. Il ne suffît pas dVyoir un amour habituel pour un père^ pour une mèrç.^. pour une épouse ^ pour un ami ^ pour i|n bienfai* . teiir 5 il faut que Fhabitude se réduise en a,cte : il faut de méipe ^réduire en acte la disposition habituelle à aimer Dieu et à se donner à lui. Otez>veu9 dç. l'esprit TeQvie inq^ète de vous tourmenter saiia eeSSQ à forpier de ji<>uve9ux actes , ptiisqu a^ près qu'ils ont été faits , on sent par expérience qu'ils sqbsistqnt long-t^inps en vertu. : mais de vQ^joir. donner |>pur règle ,qu*à m^oin^. qu'on révQqu,e ceç actes i ils, spient de nature à subsister toute la vie y. et par-là induire les âmes à ne prend|:0 jamais aucun soin de les renouveler , c'est introduire un relâchement qu'on ne peut assesi condampier.

XK. Aussi ^ome a-t-ellë. flétri , par décret exprès ^

La pj^-. cet écrit du Père Falconi . et on trouve les propoconi exprès- sition$ équivalentes, à la sienne. parmi les Soixante^ sèment ocn- [^j^ «ng 1q Pape a expressément condamnées^

surëeàRome. ... ^^ . '

comme il paroit par 1^ xa , xv ^ xvu , xxiv y xxv ^ et autres iseniblables« .

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