‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 20 sur 109 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

De la suppression des Actes defoù

Nous entrons dans l'exposition d'une erreur i. des plus importantes de la nouvelle oraison : c'est Dessein de que tous les actes explicites sur la Trinité ^ sur

vrc.

l'Incarnation , sur les attributs divins , sur les articles du Crede, sur les demandes du Pater, ne sont plus d'obligation pour ces prétendus parfaits : et la raison en est évidente ; car s*il n'y a pour eux qu'un seul acte perpétuel et universel, ce seroit inutilement qu'on leur prescriroit tant d'actes de foi explicite , tant de demandes expresses ; tout est renfermé pour eux dans un acte confus et èmînent où tous les autres se trouvent autant qu'il , est nécessaire pour contenter Dieu , et ce sont les facilités que l'auteur du Moyen court nous vouloit donner.

Nous avons donc à faire voir par ordre , que tous les actes énoncés dans le Symbole des apôtres, toutes les demandes formées dans l'Oraison dominicale ne sont plus pour nos superbes parfaits. Commençons, dans ce second livre, pat ce qui regarde les actes de foi , et en particulier les actes de foi sur la Trinité et sur l'Incarnation.

On en supprime l'obligation , le passage en est II. exprès, sur le Cantique des cantiques (0 : mais 9"^^^**^^"

W Ch. I.V.I.

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veaux mysd- il en faut avant toutes choses bien explicpier le

^ e^r^ion' ^^^S^S^* O^ y distingue d*abord deux sortes d'uavec Jésus- nion avec Jésus-Christ , Tune essentielle, et Tauti*^ Christ en personnelle : l'essentielle est celle où l'on est uni d'homme- à l'essence de la divinité ; la personnelle est celle Dieu et de xyvi Ton est uni à la personne du Fils de Dieu. ersonne i- q^^^^ «nion personnelle est encore double parce deVlmerpré- qu'ou Fou s'uuit.à Jésus-Ghrist comme étant simiMion surle4 clément le Verbe divin , ou bien Ton s'^unit à lui comme étant aussi un homme parfait. Jç n allègue point ce langage pour le reprendre.;; car il ne faut lamais disputer des mots, mais tâcher de les bien entendre. Ceux-ci étant expliqués , il n^ a plus qu'à écouter ces mots de notre auteur C') : a L'on peut ici résoudre la difficulté de quelques » personnes spirituelles , qui ne veulent pas que » l'ame étant arrivée en Dieu ( ce qui est l'état » d'union essentielle ) parle de Jésus-Christ et de » ses états intérieurs , disant que pour une telle » a^e cet éta,t est passé »« Voilà du moins la diffi^ culte bien proposée : il est question de savoir si l'ame unie à Dieu, essence à essence, qui est, selon le lapf^age de l'auteur, la dernière et la plus par&dtaiiqiQn , peut eràcase parler de Jésus-Christ hommei et de ses états intérieurs. En vérité est-ice là uneëi|ues1;ioi;i^ entre les chrétiens ? et peut-on parmi ^ux ç{iei:(^<^r m^ état où il ne se parle plus de Jésu$rGbrist 7 Si Von disoit qu'absorbé dans la divûxité, il y a. de certains momens où la pensée ^e 8*occupe pas d'un Dieu, fait homn)e,,il n'y auroit là rien d'impossible : mais il s'agit d'un état où

(0 Caai, p. 4 , 5, 6. *

8im LES ÉTArrâ doaxisoh, livre ii. 83 Ion ne parle plus de Jésus^Christ , où par état on Toiiblie y à cause que cet état ( où Ton parle de Jésus-Christ ) est passé pour une telle urne : au lieu de tiétest€r ùh tel état y sans même rexaminer , on se tourmente ù justifier ceux qui veulent que cet état oh l'on parle ehcbre de JésusNChrist soit un ^tat passager. « Je conviens, dit cet ly auteur avec eux, que l^inion à Jâms^Cbrist D ( comme personne divine ) a précédé de très-^ >» long-temps Tunion essentielle » ; c*est4i-dire Tu*nion à Jésus-Cbrist selon l'essence de sa divinité; dont on relod cette raison , « que Funioii à lésus^ » Christ comme divine personne , sVprouve dans » Funion'des puissances -» { qui est encore, selon ce langage, une sorte d'union inférieure) « et w que Funion à Jésus^-Cfatist homme-Dieu est la « première de toutes, et qu^élle se fait dès le corn- » mencement de la vie illuminative i». Voilà donc déjà deux degrés d'union avec JésUs-Cbrist trèsdistinctement marqués : Tun dès le commence* ment de la vie illuminative avec Jésus -Christ homme •'iDieu; Fautre avec Jésus • Christ simplement comme personne divine , qui appartient à ceux dont Favancement est dé|à plus grand : à quoi si nous ajoutons le dernier degré , où famé , dit-on, est arrivée en Dieu ^eulj c'est-InKre à Fessence seule sans plus parler des personnes , on trouvera trois états.- Le premier où l'on est uni à Jésus^Christ hemme-Dieu, qui est le plus imparfait de tous : le second où Fon est uni à Jésus- Christ comme personne dwinè, qui est à la vérité plus élevé, mais encore inférieur au troisième,

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que l'on explique en disant que Vante y est étahUe eh Dieu par l'union essentielle , et non plus pai* la personnelle comme auparavant.

Sans examiner en pailiculier ces raffinemens^ ni les suites qu on en propose , il nous suffit d'avoir vu trois états d'union avec Jésus-Çlirist , que l'on doit passer l'un après l'autre. L'uiûon, qu'on a avec lui comme homme-Dieu j précède celle qu'on a avec lui .simplement comme personne diyinej en faisant abstraction de l'humanité ; et celle-ci précède ^ dit-on, de très-Iong-temps celle qu'on a avec lui selon V essence divine.

Ces trois degrés sont établis pour résoudre la difficulté de ceux qui veulent que dans l'union avec l'essence divine on ne doii^ plus parler de Jésus * Christ et de ,ses étais intérieurs , parce qu'alors cet état est passé. Ainsi l'état où l'ou parle encore de Jésus-Christ comme homme est un état passager : l'état où l'on . sy unit comme personne divine , l'est aussi; et le seul état permanent, aussi bien que parfait ,. est celui où l'on est uni à l'essence même de Dieu , sans plus parler de Jésus - Christ ,, ou de. ses états iatérieui^ y ni s'unir à sa divine personne..

ni. Voilà les prodifi'es de la nouvelle doctrine ;

. 1 *^ ,®*'^.° voilà les^ defiçrés de l'union aveè Jésus-Chi*ist étaneprécédeD- blis, d^sorte que y dans le dernier degré où l'on ^* s'unit à son essence , l'on cesse de s'unir à lui

comme personne divine , et encore plus de s'y unir selon son humanité et ses états intérieurs. Si on cesse, de s'unir à Jésus- Christ comme personne divine , on cesse par conséqiient de s'unir

SUR LES ^T^TS dWàISON, LIVRE II. 8^

de cette sorte au Père et au Saint r-JSsprit. Si on cesse de s'y unir y oa- cessed'exercer sur ces divins objets aucun acte de foi explicite; car ces actes nous uniroient. Par-là on en veut . venir comme à un état pins parfait à s'établir en^Dieu seul], considéré selon son essence ; et on y veut imaginer plus de perfection qu'à s'unir à Dieu selon la dis* tinction des trois Personnes divines. En efiet nous verrons bientôt qu'on pousse le raffinement ; jus- €{ue-lày et même encore plus avant , puisqu'on trouve une espèce de perfection plus éminente dans l'exdusion des attributs divins y pour se rédduîre à la nature confuse et indistincte de Fessence seule. C'est le langage commun de tous nos nouveaux mystiques. .Quand ils se croient arcivés , .comme ils parlent , en Dieu seul , c'est redescenr dreque de contempler la Trinité ou l'Incarnation, L'on ne dit donc plus le Credo ^ et l'on se trouve tp#p pavfait.pour en produire tes actes. Groiroit- Pnque les chrétiens pussent donner dansces excès? Une prétendue simplification^ une prétendue ré^ duction de tous nos actes à un acte perpétuel et universel j a introduit ces prodiges..

Que si Von peut encorde douter, des sentimens ïv. de ceS:auteurs, on n'a qu'à lire ces mots dans la ^^^Hf^j^, inéine, Interprétation sur le Cantique (0 : « D<ès qu,e terprétativn » l'ange commence de recouler à son Dieuxomm^ *"'' ^* ^J^"*.*'"

- - tfue. Suite

^ un flejuve dans son» origine, elle doit etce toute pernicieuse >> perdue et abîmée en Dieu; il faut même alpr^ de cette docyk qu'elle perde la vue aperçue de Dieu, et. toute » connoissance distincte pour petite qu elle soit »«

(») Ch, ▼!, ». 4» p- ^43.

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11 uy . SL donc plus de distinction ^ je ne dis 'pstf d'attributs ^ mais de personnes^ divines : ce qu elle explique plus clairement en. parlant aisisi (i.) : u Lorsque je parle de distiaotion , je ne Tenteiids » pas delà distinctionde quelque perfection divine m en Dieu même ; car elle est perdue il y a long-* » temps >}• Ojai perd donc bientôt ces distinctions des, perfections divines, cet dès les premiers ab- » sprbemens Famé n'a qu'une vue de foi confuse » et générale de Dieu en lui^ sans distinctions de » perfpsctions ni d'attribiits » relatifs ou absolus ; car une fois la distinction est aloi^s entièrement ôtée :, on ne distingue plus de pei'sonnes divines, p^* conséquent plus de Jësus-Ghrist ; et tout cela qu eat-ce autre chose , sans exagiérer , qu^un apti*fice de Tennemi pour faire oublier l^s mystères du christianbme, sous prétexte de raffineme^it sur la contemplation ?

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