V. Conformément à cette doctrine ^ on trouve
roies'su7^* daus uu exemplaii-e très-biei| avéré du manuscrit Jésus-Christ, intitulé les Torrens, quiestdin même auteur que le Moyen courte et Vlnterprétaêien sur les Canti'^ çues^ « qu'une ^me sans avoir pensé à aucun état » de Jésus -Christ depuis les <ilix. et vingt ans » , trouve que toute la force en est « imprimée en elle » par état, quoique Tame dans toute sa voie n ait 5) point de vue distincte de Jésus* Christ ». Vous le voyez ^ sage lecteur : qui ne pense à aucun état de Jésus-Christ, ne pense ni à sa croix ni à. sa gloire : qui demeure sans en ai^oir aucune vue distincte^ ne songe ni s'il est distinctement le Fils
(0 InterpréL surU Cantiq. eh, ri, v. 4; f> • i44^ ^
SUR LES ÉTATS D^OHÀISQlTy LIVRE II. 89
de Dieu, la seconde personne de Id Trinité^ ni s'il est le Fils de rhonimë , comme il s^appelle lai-méme, qui nous a sauvés par son sang. Dans ^s étranges sublimités y on passe tranquillement les dix et les vingt ans sans seulement penser à lui ni à aucun de «es états : et tout cela encore uik <D0up, qu'est-ce autre chose sinon de faire servir la contemplation à une extinction totale de la foi explicite en Jésus^Christ ?
On dira que <sette objection ^st pi'évue et ré- yîsolue dans le Moyen court par ces paroles {>) : nonv^ux « L'on m'objectera que par cette voie » ( oh l'on mystiques n'a que ces vujss confuses et indistinctes de Dieu ) po"/'^l«'^r
i» ». . 1 ^ la foi cxpli-
« ion nesunpnmera pas les mystères ; c est tout eitecnicsus-
» le contraire, ils sont donnés en réalité à Famé , Christ.
» comme saint Paul dit qu'il les portoit iur son
J» corps (î») ». Mais tout cela n'est qu éluder : il ne
s'agit pas de porter sur son corps, avec cet apôtre,
la mortel les biessures deJésusl^) ; mais de s*y unir
par un acte de foi explicite, comme faisoit sans
cesse et dans toutes ses épttres le même saint Paul,
jusqu^à dire^u'iï ne souoit rien que Jésus'Christ,
non pas le voyant en Dieu par des vues confuses
et générales, mais distinctement et expressément
comme crucifié : Jesum et kanc crucifixum (4) ;
mais au contraire nos nouveaux mystiques don^
n«nt pour réglé (5), « que l'attention amoureuse
^ à Dieu renferme toute dévotion particulière ,
» et que qui est uni à Dieu seul ( dans sa seule
» essence comme on a vu ) par son repos en lui ,
(0 Mfyyen court, pag, 3a, 33. — W //. Cor. iv. lO. — (3^ Gai. ▼ï. 17. — (4) /, Cor, XI. ». — (S) Moyen court, pag, 34-
QO ÏWSTKUCTIOW
» est appliqué d'une manière plus excellente h » tous les mystères ». C'est là, encore une fois, un moyen pour éluder tout acte de foi en Jésus* Christ ; c'est faire oublier à cette ame, qui croit être dans de sublimes oraisons , le besoin qu'elle a de sa grâce et de sa médiation perpétuelle : c'est enfin ne le proposer à ces âmes qu'en Dieu et en général y sans cpnnoissance et application distincte : contre saint Paul qui disoit : Je, vu en la foi du Fils dé Dieu gui ma aimé et s'est donné pour moi i}). ,
VIL Ce n'est point satisfaire à la difficulté , que
Suite deces « . . r •* • • tx-
artifices. Pa- ^ «P"*^!' y comme On lait , « que qui aime Dieu , rôle deMoli- » aime ce qui est de lui » ; car c'est précisément la même chose que ce que disoit Molînos {?) : « Celai » qui pense à Dieu, et qui le regarde-^ pense ^ » regarde Jésus-Christ » ;. ce qui ne sort point 4'un amour confus^ où^ sans^ penser à Jésus-Christ par un acte de foi explicite , on croit tout faire en pensant à Dieu en général. Je ne veux pas dire qu'il faille astreindre les âmes dans diaque moment de leur oraison à penser toujours actueller ment à Jésus-Chiist^ encore moins à raisonner sur lui y puisque la foi n'a pas besoîn deraisopner ment. Les faux contemplatifs doivent savoir que ce n'est pas là ce qu'on leur demande : on leur dit et on leur répète que d'établir des oraisons, oii par état et comme de profession y OO; cesse de penser à Jésus- Christ y à ses mystères, à la Tri^ nité, sous prétexte de se perdre mieux dans Vess*
(") Gai, n. ao. — (") Sect, 3 , n. i:i> pag. 7.
STJH LÉS ÉTATS D^ORAISCm^ LIVRE II. 9T
sence divine, c est une fausse piété, et une illusion du malin esprit. t
Molinos, très -artificieux, a paru ayoir.de la Vlll. peine à venir à ces explications , qui rendoient sa uoiûiof. mystagogie odieuse ; et il se contente ordinairement d'exclure la pensée distincte et particulière ,de Jésus-Christ, ou de ses mystères, et des personnes divines, en proposant, comme il fait sans cesse , sa foi et sa connaissance ^nérale et confuse : autrement. 5a Jbi amoureuse et obscure'^ sans aucune distinction des perfections et aUri^ iufsi^)^ comme la seule et perpétuelle action de contemplatif ; ce qui emporte Texclusion des actes de foi explicite et distincte dans certains états. Mais à la fin il faut parler : et entraîné par 4a force de ses principes, il a prononcé les mots qu'on vient d'entendre : Qui pense à Dieu pense à Jésus ^Christ (2) ; à quoi il ajoute, çuon nç se sert plus des moyehs lorsqu'on a obtenu la
Il est vrai qu'il semble réduire l'exclusion de ces moyens à celle de la méditation discursive ; -mais ses expressions aussi bien que ses principes Vont plus loin , puisqu'il restreint l'ame à la présence de la diyinité, et à la connoissance générale et confuse que la foi lui en donne :. ce qui dans tout son langage ne contient que ces notions générales et indistinctes, où Ton ne voit ni personnes ni attributs divins. l^
C est précisément ce que disoit Malaval sur ces Passages de
Malaval.
(') Introd. secL i , a. i , ^. i . XiV. 1 , ch. 11 , p, 44 > *^^» "" î*) Ibid* sect. II , n. 1 2. — (3) Ibid. /i. i3.
Ç% ïlVSTRUCTIOBr
paroles de Jésus- Christ : Je suis la voie; où ce téméraire contemplatif interprète ainsi : « Siiï est » la voie ^ passons par lui (0 » ; et il répète encore ' une fois un peu après : ce Puisqu il est la voie pas- )> sons par lui ; mais celui qui passe toujours n'ar- » rive jamais (^) » ; à quoi il ajoute en d'autres endroits ces foibles comparaisons & : « Que celui T^ qui est arrivé ne songe plus par quel chemin M il a été obligé de passer y fût-il un chemin pavé » de marbre ou de porphire/ct que s'il pense ^) quelquefois au chemin, c'est pour s'en souve- M nir, et non pas pour y retourner ». Quelque insensée que soit cette expression /Tauteur enchérit encore par Celle-ci (4) : « Gomme la boue » tombe quand les yeux de l'aveugle sont ou- -» verts , ainsi l'humanité s'évanouit pour attèin- •» dre la divinité ». Voilà les délicatesses de la tiouvcUe contemplation , et c'est ainsi qu'on apprend à y goûter Jésus-Christ.