X. C'est l'esprit de Jésus-Christ et de l'Evangile
Contraricté qu'un Dieu a voulu que la plénitude de ladii^ihité
dectiUedoc- - - ^ -..
trine et de ^^^^ ^orporellement et expressément en Jésus" celle de i'E- Christ [5)^ afin qu'on s'incorporât à l'homme semvang! e. |>lal)lê k nous , à qui nous touchons de si prèsf, et qu'on le saisit pour ainsi dire par la foi , sans perdre la divinité qui lui est unie en unité de personne; et cependant, selon ces docteurs, l'hu-» manité de Jésus-Christ sera la boue , dont il faudra nous laver pour avoir les yeux ouverts à la contehiplation. Peut- on chercher des explications à
(0 Malaval 9. p. ti56. -^ (*) Ibid. 366^ -^ (3) Pag. 54. — (4) n,id. x4o. — (5) Col II. 9.
StIR LES ÉTATS D^ORAISOM^ LIVRE n. §3
ces paroles insensées ^ et qui jamais ouit parler d'an tel prodige?
Cependant il ne faut point s'en étonner ^ cest xi. la suite des principes de la nouvelle oraison. On ^*"*^ ^^
, * * trinc des
S y attache à cet acte confus et unwersel, sans nouveaux pensée çuelcongue qui soit distincte (0 : où il n'y^ mystiques a que la seule notion de Dieu d'une manière o4- ^ ntècesl^c scure et universelle (s); et il y faut tellement re- de leurs prlngarder Dieu sans aucune notion distincte (3): Dieu ®'^^* pur y est tellement V objet de la contemplation, et il se faut tellement garder d*y rien ajouter h la simple vue de Dieu, que Jésus<Ihrist homme n'y peut entrer. Les* personnes divines n'y en« trent non plus (4) ^ puisqu'o/» y doit considérer Dieu en lui-même sans attributs, sans aucune acr tion distincte selon son essence (^} ^ et en tant qu'il a dit : Je suis celui qui suis : ou si l'on veut une autre phrase ; on doit se le représenter soui la notion la plus universelle, qui est celle étêitè par essence (6). Or tout cela ne souffre point de diâtimc^ tion de personnes ^ par conséquent point <ie Jésus^ Christ; et ainsi , comme d'autres l'ont remarqué, un vrai adorateur d!e Dieu devroit smyte tes no^ fions les pkis approchantes de celles des MabcH métans ou des Jutfs , ou si l'on veut des D€isf es ; autrement il seroit dégradé de la haute contem« plation , et il retombèrent dans ce qu'on appelle multiplicité.
Je saifr qu'on pourroit penser que cette doctrine xil.
n'a lieu que dans les ten^ps de l'oraison : mais Vaine échappatoire.
(0 Malai^aL i. pa§, 55. — f») 2. p, 186. — C^) Uiiâ. 2a8, 273. •^\A)lhi^, aîi4. — 15) Ibid.ik^i, aaa, aaô^, aaS. — (^) IbiJ. a3a.
ceux qui se contenteront de cette répènsci se**^ ront peu instruits des secrets dé la nouvelle doctrine, puisqu*on y enseigne que Foraison des pré-" tendus parfaits n a point d'interruption y et que leur contemplation est perpétuelle ; réduite par conséquent à ces idées générales et indistinctes ^ où les personnes 'divines n'entrent point, et où' Jésus-Christ ne se trouve qu en Dieu risgardé con«' fusément.
xnr. ' On a pu i^marquer ici une autre sublimité ;
Doctnne c'est-à-dire , une autre ic^norance et un autre éga- ■
desnouveanx ,
mystiques rement de la nouvelle contemplation. C'est qu'a* sur les atiri- pp^g avoir laissé aux plus imparfaits les trois personnes divines, et l'Incarnation du Fils de Dieu, elle veut s'élever encore au-dessus de tous les attributs divins pour s'attacher à la seule essence : mais qu'est-ce que cette essence? qui la connoît ' en cette vie? qui peut se vanter d'y connoitre certainement Tesserice ou la substance d'aucune chose créée quelle qu'elle soit? Combien plus l'essence divine est-elle au-dessus de nos conceptions? Et si l'on dit que l'on ne parle ainsi que selon nos foibles manières de concevoir, et selon les idées de l'école, y Convient-on de la notion où il faut mettre la raison essentielle et' constitutive de Dieu , selon nos manières imparfaites de la con* noître? Malaval qui vient faire la leçon au monde, et lui donner des idées nouvelles de la contemplation, ignore-t-il qu'une partie de l'école établit l'essence de Dieu dans un acte d'une simple et pure intelligence? ceux qui sont^de ce sentiment sont-ils obligés de changer d'avis tlans la
SUR LES ÉTATS VOKklSOSi, LIVRE II. gS
contemplation, ou ne faut -il pas plutôt avouer qu on y doit regarder Dieu d'une manière plus lîimple, et pour ainsi parler antérieure à la distinction de Tessence et des attributs? Cependant Malaval s*obstine à ne vouloir attacher la contemplation qu'à la seule essence de Dieu , en tant que par la pensée on la distingue de ses perfections 'j et la raison qu'il en rend , c'est que les disaines perfections ne sont que quelque chose de DiéuiO, au lieu que l'essence est Dieu même: idée qui pour la sublime contemplation divise trop cette nature infinie , et en fait très-mal en« tendre la perfection.
: Mais c'est que toutes les fois qu'on se veut Xiv. guinder au-dessus des nues on s'y perd, où pour .t,^*^^*^^!* parler plus simplement, on manque de précision mém^ sujet, et de justesse , et on montre son ignorance. N'est-ce ^*°* i'/n«crpas encore une belle idée dans Y explication du CanUguedes Cantique (^), que celle où l'on nous dit <c que les cantiques. «soixante forts d'Israël, ces vaillans guerriers a» qui gardent le lit de repos du véritable Salo- » mon, sont les attributs divins qui environnent » ce lit royal, et qui en empêchent l'accès à ceux i> qui ne sont pas entièrement anéantis ». C'est une bizarre pensée de détadier les attributs de Dieu d'avec lui-même , pour en faire les satellitesi quile gardent ; et une étrange ignorance de dire que ces attributs absolus ou relatifs indistincte^ ment empêchent^ l'accès auprès de Dieu, et le repos dans son essence. Mais c'est une erreur extrême de voulotl? insinuer par-là que pour entrer
96 IHSTRUCTIOlf
dans la haute contemplation de j^'essence de Dieu^ il faille laisser les attributs au-dessous d'elle ^ et ne s'y atti^cher non plus que Ton fait aux gardes quand on est avec le roi. On dira qu il ne faudroit point demander tant d'e.xactitude à une femme : je le Teux , pourvu qu'on m'avoue qu'il ne falloit non plus avancer y cqmme on ose faire dès l'entrée de ce livre y que cette nouvelle explication, fau* tive par tant d'endroits ^ « ne peut être que le » fruit d'une assistance particulière du Saint- » Esprit (0 ».
^V. Pour présenter quelque cbose de plus utile et
S ctément^ ^^ P^"^ agréabje au lecteur, ennuyé peut-être d'AIeun- aussi bien que moi du i^écit de tant de vaines ^®* subtilités , je le prie d'entendi*e un passage de saint
Clément d'Alexandrie sur les noms et les attributs divins : « Dieu est infini, dit-il C^),. et sans figure, » et ne peut être nommé, quoique nous le nom- » mions quelquefois improprement^comme quand 9» nous le nommons Dieu ; et encore aussi que » nous le nommions ou un, du ban, ou intelli* i> gent, cru Celui qui est^ où Père^ ou Dieu, ou » Créateur, ou Seigneur, nous ne prétendons » point par4à dire son nom ; mais nous nous ser- » vous de tous ces beaux noms, à cause de la di* » settô de notre langage } car aucun d'eux pris à » part n'exprime Dieu , mais tous ensemble en » indiquent la souveraine puissance ». Voilà connue on est contraint, pour contempler et connottre la perfection de l'Etre divin , de conr duire avec l'Ecriture son esprit par plusieurs
(0 Cant, préf. -»- (») Strom. 5. pag. 587.
idées,
SUR LES ÉTATS dWâISON^ LIVRE II. 9^
idées f étant impossible d'en trouver aucune dont oa soit content ; et celle-ci , Celui gui est, quoi-' qu'elle soit en efièt la plus gtande et la plus simple de toutes , ëtant rangée comme on vient de voir par ce docte Père avec les autres si défectueuses y dont le concours nous est nécessaire pour exprimer Dieu à notre manière imparfaite^ il semble avoir voulu expressément réfuter la rêverie de Malaval et de ses semblables , qui s'attachent à cette idée , Celui çui est, pour exclure foutes les autres de la parfaite oraison et de Tétat contemplatif. ^
On fait ici une objection quil ne faut pas XYT. (dissimuler; c'est que les scoiastiques demeurent . Objection fTaccord que la plus parfaite contemplation de aocirine de {ar nature divine, est celle où on la regarde selon Scoi et de tesr notions les moins resserrées, comme celle ^"** d'être, de vérité, de bonté, de perfection : tant à cause que ces notions sont en eifet celles qui sont les plus pures, les plus intellectuelles , les' plus abstraites, les plus élevées au-dessus d& ces images corporelles que l'Ecole appelle fantômes; qu'à cause aussi que parleur universalité , elles font en quelque façon mieux entendre l'universelle perfection de Dieu dans toute son étendue, que ne font les idées plus particulières et plus restreintes, de juste, de sage, de saint. C'est l'excellente doctrine de Scot et de Suarez (ï) ; et j'avoue ' que dans ces idées. Dieu est tétre même'. Dieu estla borUé^ ou comme il dit à Moïse, il est tout
(») Sect. I, «.II, dist, 3, ^. 3. Suarez, t. u, lib, if , de orat. menu c. xiii*, n. *i 9 ^ . ao.
BOSSUET. XXVII. n
9^ IHST&UCTfOH
le bien; on lui attribue davantage d'une certaine
manière les perfections infinies qui sont comprises
^mnfuaément et uniTeraellement dans ces notions
abstraites ; par oh aussi Ion excite plus cette ad«-
miration , cet ëtonnement , ce silence par où com*
menée la contemplation^ et qui fait dire à David :
O Seigmeur^ noire Seigneur^ 4fue w^n nom est
admitaUe dans toute la terre (O : et encore : Le
silence est votre bmange (s)»
xvn. Mais cette doctrine est bien Soignée de celle
^^^eî ^^ nouveaux mystiques , qui, sous prétexte qu'en
seos les no- un certain sens on attribue à IMeu plus de peiv
UoDs miîver. f^cUons daus les notions les plus câiârales, ex-
ieiies sont i •
les plus sa- clueut de la contemplation celles qui sont plus blime», sans particuKères f comme cdles de la justice , de la l^iT iL ^ démence et de la sainteté de Dieu ; en quoi leur très. erreur est visible ^ parce qu'enoore qu'il soit beau
de lomr et d'admirer la grandeur de Siai; par ces notions générales , on a pour Im une admirailion à sa manière aussi excellente , quand on contemple distinctement , et qu'on explique ^ pow ainsi dire , à son esprit étonné les perfectùms plus particulières de cet être infini. Car comme chacune de nos iK>neeptionS) et toutes nos conceptions ensemble , ainsi que nous le . dssoit saint Clément d'Alexandrie, demeurent infiniment audes«>us de la perfection de l'Etre divin y. F£critm^ présente à notre e^rit toutes, les manières de le contempler ;. qui à la fin seront tantes ^lemenl parfoites , parce qn'dlc& nous repbngent toutes , pour ainsi parler, dans l'immensité de la
. (0 Ps, VIII. I. — C») Ps, LXiT. I. JuxU Hébr.
StJR LES ÉTATS DORAISOIT, LIVRE II, yQ
pdtf&cûon de Dieu , et éatu$ son incompréhensible yérité. Par eitemple ^ qui oseroit dire qù'Iaaà'e et 408 séraphins n aietit pas été élevés k la plus hante contemj^ktîon dans cette admiriA)le visiôû de Dieu trois fois saint (0 , ou que dans une Vue si haute de sa sainteté ils ne se soient pas abîmés avec uB amour immense dans cette profonde in- GodipiiiShensibîlité de l'être divin ^, puisque c*est ce cpH les oblige à s'envelopper dans leurs atles y et à s'en faire une couverture } c'est-à-dire à trouver toujéuFS. une ignorance infinie daas leurs plus sublimés pensées* »
Par^là on voit daârempent que c^estune fausse xvin. subtilité^ et une erreur dang^euse des nouveaux ^^^^ ^^^^l mystiques^ de renvoyer aux commeneans la con- posés dans le templation des attributs divins , et de réserver Symbole des aux parfmts celle de l'essence seule. C'est faire m^ Tobjet de pour les parfaits un autre symbole que celui qu'on ^^ ^oi et de la a toujours révéré comme le Symbole des apôtres, contemp a- {misque tous les a!ttributs divins nous y sont clairement proposés comme l'unique fondement de notre espérance. Et d'abord la toute^puissance y est eiq>rimée eli termes formels, et décttoée par la création du ciel et dé k terrè^ ah l'étertaité parott aussî^ ptâsque si Cie» ii'étoit éternel et de soi^méme^il sereit créé^ et n^m ctéâftetir. Là miséricorde s'y ti^dttvé dans ces ^srtdies : le cfï-ois là rénmsion dé» péchés y ^và est le èôtrimettcemetit des mî^rtcordes de Dïèu, c&tiivtiti on en voit la consommatkm dass^ l'article où est énoncée Ja résUr-reetiùnde la choit et lA me étemelle. La justice
(0 7i.vï.
100 * INSÏEtJCTION
est dans celles-ci : Il viendra juger les viyans et les morts. Là même se doit entendre en Dieu la parfaite compréhension de toutes choses*, et même -du secret des cœurs, puisque c'est par-là que les hommes seront jugés , selon ce que dit saint Paul (0, qu il révélera ce quon croira avoir recélé dans les ténèbres j et mettra en évidence le secret des cœurs; et alors chacun recevra de Dieu la louange qu'il mérite. Ce qui induit Fimmensite nie l'Etre divin, présent à tous, sans qu'on puisse ;5e soustraire à saconnoissance, à sa puissance, à sa providence, à sa justice. La vraie idée -delà sainteté de Dieu est dans ces articles: Je crois au Saint-Esprit, la communion des saints ^ la rémission des pécJiés; otL l'on nous montre que la sainteté de Dieu consiste en ce qu'il est saint, non pas d^une sainteté empruntée, mais saint et sanctifiant; non sanctifié par l'infusion d'une sainteté étrangère, mais opérant par lui-même , avec la rémission des péchés , la communion des saints par la chanté vivifiante et sanctifiante qui les unit entre eux et avec Dieu. On ne peut nier sans impiété que tous les fidèles ne soient obligés à concevoir, chacun selon leur mesure, ces divines perfections, renfermées si clairement dans le Symbole, sans lesquelles Dieu n'est pas Dieu, et son culte est anéanti. Que s'il y a quelques attributs plus cachés, et peut-être moins nécessaires à la connoissance de tous les particuliers , on sait en théologie qu'ils sont renfermés dans ceux-ci , aue personne ne peut oublier sans mettre son salut en
(0 /. Cor. Vf. 5.
SUR LÈS ÉTATS d'oraison, LIVRE II. lOI
péril ; qui est aussi la raison pour laquelle on les a mis si expressément dans le Symbole des apôtres. Que is'ils sont Tobjèt de notre foi en tout état, ilîs le sont aussi de la contemplation , dont la foi est le fondement, et oh ne peut s*élever au-dessus de la foi qui nous les propose, que par une fausse et imaginaire transcendance.
Dieu pardonne à ceux qui ont dit, où qui di-* ^IX* sent peut-être encore , que pour établir la néces- . 'ÎJ** ^^j^ site des actes.de foi explicite dans lés articles i, ii, m- quelques-uns IV, V des^ ordonnances des i6 et îi5 avril 1695 (*>, ^^ ^^^ **^\^*
> . 1 * • . 1 r • ,., de foi expli-
on y a pousse trop avant les points de toi qu il ^^^ q^^ ^^^ faut croire explicitement pour être sauvé : quel- de nécessité ques-uns ont demandé entre autres choses si Ton pouvoit obliger des gens rustiques et grossiers à croire expresséiiient la toute-puissance; et leur objection ne nous a pas été inconnue. Ceux qui font faite dévoient penser que les auteurs pour qui nous parlions ne sont pas de ces grossiers ni de ces rustiques qui peuvent en certains cas trouver leur excusé dans leur rgnorance; mais du contraire qaik se prétendent lès plus éclairés parmi ïes spirituels. Ils ne doivent donc pas ignorer quUls sont sujets au commandement d'avoir et d'exercer la foi catholique, du moins sur les points qui sont contenus dans le Symbole des apôtres. C'est pour eux principalement que le Symbole attribué à saint Athanase prononce qu'ils doivent
(^) Bossoe.t incline ici aon. Ordonnasce , qui est à la télé de ee volume, et celle de M. de Noailles, évéque de Chàlons, depuis archevêque de Paris , pour la publication des xxxiy Articles d^Issy. ( Edit. de Versailles. )
loa INSTRUCTION
croire explicitement laTrinite% Flncarnation, les perfections ou les attributs de la nature divine, parmi lesquels est nommée la touterpuissance / s'ils ^veulent être sauvés : et en effet quel article est plus nécessaire que celui de la toute-puissance , sans lequel tout le 3yinbole est anéanti? Si Dieil n*est pas tout-puissant y il ne sera point créateur; JésusrGhris|; ne sera pas né d'une Vierge ; car il a failli pour le faire croire à sa sainte mère , que Fange l'assurât que Dieu pouvoit tout (^), Si Dieu n'est pas toutrpuissanty si Jésus*Christ n'est pas ressus* cité y ni nous ne ressusciterons , ni nous ne serons sanctifiés dans le temps ', ni nous n^aurons là vie étemelle au siècle futur. Cest aussi pour cette raison qqe la toutcrpuissance est expressément énoncée à la tête du Symbole^ comme la base inébranlable de tout le reste. On n'oblige pas les simples à faire de sublimes raisonnesbens sur cet attribut ; mais il est sans doute que celui de tous que le peuple doit le mieux eonnoitre, et con* noît le mieux en effet, est celui-là. <}ar aussi comment pouvoit- il mettre en Bieu, en tout et partout, une espérance sans bornes s'il ne savoit qu'il peut tout 7 Je relève expressément cette objection pour f^ire voir au pieux lecteur' ce que peut sur ceirtaines gens l'esprit de contradiction, qu'on pousse à l'extrémité dans notre siècle.
Au reste, pour justifier les cinq articles de ces ordonnances dont il s'agit en ce )ieu , on n'a pas besoin que les actes de foi explicite, auxquels on
(0 Luc. I. 37.
SUR LES ÉTATS D^ORAISON, LIVRE II. loi
a obligé les nouveaux mystiques , soient nëces^ saires de nécessité de moyen; il suffit qu'ils soient nécessaires de nécessité de précepte , pour con* damner ceux qui les omettent volontairement : mais quand on auroit enseigné que les actes ex* primés dans ces cinq articles sont nécessaires de nécessité de moyen y on n'auroit pas sujet de s'en repentir ; puisqu'après tout en cela on n'auroit iait autre chose que de suivre toute TEcole après saint Thomas, qui détermine clairement qu'il est nécessaire do nécessité de salut de croire expUciiement llncarnation (0, à cause qu'elle propose en Jésus-Christ l'unique moyen de s'upir à Dieu« C'est par la même raison qu'il faut croire U Tri* nité, sans laquelle Jésus-Christ n'est pas connu, non plus que le Baptême qu'on reçoit eA lui. Au même endroit {?) , le même saint Thomas établit, après saint Paul (5) , que celui qui veut s'appro* cher de Dieu doit croire quil est, et qu'il est rémunéraieur dé ceux fui le servent ; et cela expli* çitement, comme le conclut saàntThomas de& paro* les mêmes de l'apôtre -, car il seroit Irès-absm^de de ne cnrijrQ que conflEBémenl que Dieu est , ou qu'il est rémanérateur. Le même docteur aiigâlque démontre em:oce que tous leâ articles du Symbole doivent être connus par tous les> fidèles (4); et l'artide où est proposée la tcmte^puissamce e$t un de ceux qu'il juge des plus nécessaires (^).
Si l'on en demande davantage ,. je veux bieti encore aji^uter que quelqiie»'un& des casuôâtes re«
- (0 a. î». ^» sr. tiH, vu, rva. r- (•) -fô*rf. «*•*- ▼• — ^*' -^«*- »'• ^* — i!i)Ihid. (jf. 1. art. vi, vu, vjh.— ^5) Ibid, art, Tiiu ad. a.
Io4 XHST1117CTI09
lâchés ayant osé soutenir que « la foi explicite en » Dieu rémunérateur n étoit pas nécessaire de » nécessité de moyen ; mais seulement la foi en » un seul Dieu » : toute TEglise s*est élevée contre ce blasphème y et cette erreur a été rangée parmi les soixante*cinq propositions réprouvées par Innocent XI d'heureuse mémoire (0, avec un applaudissement universel. Qu'où cesse donc de croire assez exercer la foi , en Fexerçant sur kl divinité considérée indistinctement et en général, et qu on sache qu'il est nécessaire à tout chrétien f sans exception y de faire des actes exprès sur les autres points que nous avons remarqués : que st Ton. demande, quand ^ ce n'est pas là de quoi il s'agit en ce lieu, et on a dit ce qui .suffisoit pour notre sujet dans l'article des ordonnances des 1 6 et 25 avril, où l'on a ranarqué qu'il fallcHt faire ces actes en temps con^enailes (p)* ^ • - XX. * Au reste ^ on ne sait pourquoi nos &tix âiysti-' Delapré- q{jçg ^^ éloignant les attributs divins de te qu'il» Dieu : et si ^ppeUent la sublime contemplation ,« n'y en' ont^ cet attribut réservé qu'un seul^ qui: est celui de la présence^ es p us ne- ^ j)ievL en nous et en toutes choses ; ou, ânaw0
ceMaire que ' '
les autres à parle Malaval, de'Dieu «qui étant partout, est* la couiem- » aussi par conséquent dans notre ame i^l»^ ce qui lui fait définir la 'Contemplation, a un.re^ >» g&rd amoureux suk* Dieu présent » : ei^ ailleurs , ce un acte confus de Dieu présent (4) ». S'ii^ faut s'attachier à l'essence ^ personne ne la.constitue dans la pi^senceideDieu; s'il faut lappdier
' {*)Decr\ Inn, XL a. IXiarU 1670. Prop* aS. — (») ArU sxi; — (3) MalAval, h part^ p» 7^ efe. -« (4) llàd. 11, part, p. 4o4» '
SUR LES JET ATS b'oilAlSdir, LIVRE II. ïo5
)]uelqùe attribut , on ne voit pas pourquoi celuid plutôt que les autres.
Mais y pour fiê point disputer du mot^ expli-*' ^ons en coinbien^ de sortes on conçoit que Dieti ëist pirésent. Premièrétnent il est présent danstottté créature ainimée et inanimée, sainte du pécheresse y' glorifiée du damnée : ce n'est pas en cette manière ^ûe la foi de la présence de Dieu est la plus parfaite^ car il y faut ajouter d'abord que Dieu est présent comme la^ cause dont l'influence inspire partout Fétre, le mouvement et la vie ; qui est aussi l'idée dé présence que saint Paul donnoit aux Athéniens, eif disant que Dieu distribue à tous la vie ^ la respi' ration et toutes choses (0 : d'oti il concluoit qu'il n'est pas loin de nous. Mais il n'y a personne qui ne voie qu'en prenant la présence en cette sorte f oh y joint nécessairement la toute -puissance? c'est-à-dire, cettevertu créatrice et conservatrice ps^' qui tout subsiste. Ce n^est pas là néanmoins encore Ce qu'il y a de plus: excellent dans la foi de la' présence de Dieu : car saint Paul , qui parloit alors à des infidèles', ne leur parle que de la présence par laquelle il étoit en eux , et même dans les démonsi Mais il y a une autre présence pai^ laquelle il n'e^t que dans les saints, y opérant pat une action immortelle la sainteté et la grâce. C'est line telle présence qu'il faut avoir dans Foraison, parce que c'est par la foi de cette présence qu'on pri^e'Dieu en soi-même comme dans son temple, ce qui opère le parfait recueillement .'Mais dès^là on
i*) AcL zvn. a5y 27, 18.
I o6 II^rSTIlUCTlON
ajoute à la foi de la présence universelle celle de Dieu comme saint et conune sanctificateur, où se trouve encore une autre présence, ou plutôt une extension admirable de celle-ci : c'est que Dieu nous inspire la prière, qu'il nous fait prier, guU prie en nous^ selon Texpression de saint Paul (0 ; et c'est là précisément la présence qu'on doit avoir en priant, puisque c'est celle qui, nous unissant à l'auteur de la prière , nous y fait trouver la force et le vrai esprit de prier. C'est peu de croire que Dieu est présent : le premier sen^ timent de celui qui prie, c'est qu'il est écouté, et que l'oreille de celui qu'il appelle à son secours ix^est pas éloignée ; mais quand on le croit présent de cette présence dont Jésus - Gbri^t à dit à se$ apôtres C^) ; Demeurez en moi^ ^t moi en vous : je suis le çsp de la vigne ^ d^ou vom tirez à eha" çue moment toute l'ir^ktence : vous ne pou%^z rien sans moi : sans moi vou^ ne pouvez porter aucun fruiL Vous ne pouvez donc pas porter 1q fruit de la prière : )e suis en vous pour vous l'inspirer , pour vous en dicter tous les sentimens ; et le reste qui est renfermé dans ce grand acte de foi. Cette foi de ta divine présence fait tout le fondement de l'oraison.^ ou pour mieux ps^rlec Toraison entière. Or de dire qu'une telle foi choi« sîsse parmi les attributs la présence univers^Ole de Dieu en toutes dxoses , pour en faire l'unique ab)et de la contemplation, c'est réduîrela contemplation au moindre degré de la présence de Dieu. La vraie
(») Rom, viii. 37. — (■) Joan, xr. k
SUB LES ÉTATS D^OEÀISOll, LIVRE II. 107
présence de Pie u, dont le contemplatif doit être imprimé y est celle de Dieu dans les âmes comme leur sanctificateur y et comme leur inspirant la prière ; mais par-là on doit avouer dans la plus sublime contemplation la présence d'un Dieu saint et sanctifiant 9 d'un Dieu juste et inspirant la justice, d'un Dieu tout-puissant qui opère dans les cœurs , d'un Dieu miséricordieux qui établit sa demeure dans les hommes dont le cœur est droit.
Malgré Tambiguité des expressions de nos mys- ^^^• tiques, je ne crois pas qu'ils puissent ou veuillent del'acteconnier la nécessité et la perfection de cette pré- fus démêlée, sence dans la contemplation, et c'est en vain après cela qu'ils travaillent tant à l'exclusion des attributs, puisqu'il faut, malgré qu'on en ait, en réserver ud qui les ramène tous sous un autre nom« Il ne reste plus qu'à demander à Malaval, pourquoi il veut si absolument que Facte de contemplation soit un acte confur de Dieu pré*sent (0? Ce mot confus , dont il se sert perpétuellement,- peut être pris en différent sens. Si par un acte coiifuS il entend un acte simple ou un acte obscur, à cause de la foi d'où il émane; un acte distinct de lu présence de Dieu ou de tout autre attribut particulier, a sans doute cette sainte obscurité et cette simplicité de la foi. S'il veut appeler cor\fi$9 ce qui noua jette dans quelque chose d'incompréhensible; nous avons vu (^) que les actes les plus distincts de contemplation , comme ceux où l'on s'arrête sur la sainteté, ou sur la justice , ou sur la puissance de Dieu , nous
(0 MalavaL li. part, p, 4o4- — (*) Ci-dessus, ck. xiii et xir.
I08 IlfSTRUCTIOBr
jettent tous pareillement dans cet abime de rincompréhensibilité dmne. N'astreignons donc point les contemplatifs à des actes confus au même sens qu ils sont indistincts , puisque les actes dis^ tincts sui* les attributs, sur les personnes divines^ sur Jésus-Christ Dieu fait homme et réconciliaiit le inonde en soi, et les autres de Inéme nature, sont également saints et parfaits. On né pense pas toujours à tous ces ob^ts divins; mais oïl n'enexclut aucun, et la contemplation, occupée tantôt de Fun et tantôt de Fautre , trouve dwii chacun Tinfinité de Dieu entière et parfaite. XXII. Par -là se voit Tillusion du raisonnement de
Egarement
de Malaval Malaval, qui pour détourner les fidèles de ra;^
sur les attri- sonner sur la puissance de Dieu, et sur la crêa-^
^^ tion du ciel et de la terre ('), remarque « que
» raisonner de tout n est rien à comparaison de
» regarder Dieu en lui-même : Dieu, dit-il, n^esti
» il pas plus que la puissance, que le ciel, que
» la terre, que toutes les pensées des hommes^ »?
Je veux bien quun contemplatif ne raisonne pàs^
et qu'il agisse par la pure foi , qui de sa nattà'é
n'est point raisonnante ; et ce n'est pas là dfe qu<M
nous disputons. Mais quant à cette belle interro^
gation : Dieu n^est-ilpas plUs que là puissance?
non, Dieu n'est pas plus que la puissance , parce
qu'il est sa puissance même'. Il n'est pas plus que
sa sainteté et que sa sagesse , parce qu'il est sa
sagesse même, sa sainteté même. Il ne faut que
se souvenir de cette définition du concile de
Reims, tirée de saint Augustin | et dictiée^pap
(0 Malaval, pag, 8.
Stm LES ÉTATS D^OaAlâON, LIVRE II. I09
saint Bernard (0 : Dieu est saint ^ Dieu est sage. Dieu est grand par la sainteté , par la sagesse , parla grandeur qui est lui-même. C'est donc une ignorance grossière de dire que Dieu soit plus que sa propre toute-puissance : c'en est une autre de dire que penser à Dieu tout-puissant ou saint, ne soit pas le regarder en lui-même ^ puisque sans, doute c'est lui-même qui est tout -puissant et saint \ et quand on ajoute qu'il est au-dessus de toutes les pensées des hommes^ il faudroit songer qu'il est donc aussi au-dessus du regard confus de sa présence, qui sans doute est une pensée, et que s'il faut supprimer les actes qui sont audessous de Dieu y il n'en faut laisser aucun, puisqu'il les surpasse tous jusqu'à l'infini.
On dira que cet auteur n'ignore pas que la xxm. bonté , la justice, la puissance, l'éternité de Dieu ^ / *^°® ^^'
r . . . . faite, elnou-
ne soient Dieu même , puisqu'il le. dit très- ex- veaux ëgarepressément (^) : je l'avoue, mais son perpétuel mena du mêégarement est de ne pas voir ce qu'il voit, et après avoir posé de bons principes d'en tirer de mauvaises conséquences. Car, par exemple, dans le lieu qu'on vient de citer, quelle erreur de dire qu'en pensant aux attributs particuliers on semble partager^ Dieu en plusieurs pièces ? îssïe et les séraphins qui adoroient Dieu comme saint, mettoient-ils en pièces sa simplicité? Que ces raffineurs sont grossiers! ils ne songent plus que Dieu n'est pas saint, ni sage, ni puissant comme le sont les créatures, par des dons particuliers; mais qu'étant
0) Conc, Rhêm, sub. Eue, IIL 1 143. LMe, tom. x^ col. 1 1 x8^ ** (a) Malat^al, /i. ^.
I I O IKSTRUGTIOZV
tout par lui^-méme et par sa propre substance y toute rinfiuité de ce premier être se voit dans chacune de ses perfections. Ce n'est donc pas les partager^ comme le dit trop charnellement ce téméraire spéculatif ^ que de les Considérer par des vues distinctes à la manière qu'on vient d'ex^ poser. C'est au contraire les réunir , et seulement aider la foiblesse humaine > qui ne peut paâ tout porter à la fois. Et quand il ajoute « qu'en regar- » dant Dieu en lui-même par sa simple présence ^ » il le voit tel qu'il est on soi ^ et non pas tel qu'il )) est conçu par nous » : il oublie que ce regardât Dieu présent est en nous une des manières de le concevoir; et qu'enfin , de quelque câté que se tourne sa vaine subtilité^ iL ne fera jamais que nous voyions Dieu autrement que par quelqu'une de nos vues y ni que nous le concericms autrement que par quelqu'une de nos conceptions. Et si l'on dit qu'il faut s'élever au-^dessus de ses conceptions , qui eu doute ; et ces faux subtils pensent-ils ap<^ prendre au monde cette vérité 7 Mais cela même n'est-ce pas encore une des conceptions de l'es^ prit humain? Que s'ils veulent dire seuléûient que les seules conceptions dignes de Dieti tùtkt celles qu'il nous in^re » et que sans tan^ sofiger anx conceptions ^ il se faut ËVrer à ramour ; c'est de quoi tout le monde convient dans tout état d'o-* raison , et il ne iafioit pas recou£ir ici- à des orai^ sons extraordinaires;.
XXIV. On Toit donc qtte ces grands mystiques à force ousimilitude ^® raflSner âfe perdent dans leurs pensées , et ne pleine d'illa- font qu éblouir les simples par un langage qui
SUR LES ÉTATS D^okAISON, LITRE II. III
n'a point de sens, ou en tout cas s'attribuer à eux "^ ^« J'** seuls des pratiques communes k tous ceux qui dëu>urae*d« sont un peu avancés dans la piété. Le même Ma- i>îeu,der£lavai amuse le monde par une similitude qu'il ^^'"'If*.**®
^. . * Jesus-Gorist.
recommence sans cesse (>;, et oà u croit avoir renfermé toute la finesse de son oraison; c'est celle de cette fille qui appelée par un roi à sa coucUe nuptiale, au lieu d'aller droit à lui s'arrêieroii h considérer la lettre du roi C^) ; c'est-àdire, selon cet auteur, l'Ecriture sainte : ou ses beaux appartemens-, ses ridies habits , qui sont les attributs divins ; ou sa pourpre^ qui est, dit-il (3) , thumanité du Sauveur, dont un Dieu s'est reyétu pour rameur de nous. Mais à quoi sert cette allégorie, sinon, sous prétexte de regarder le visage du roi, à détourner Fanie de ses divines perfections d'une manière indirecte ; lui inspirer du dégo&t ou pour l'Ëcriture , ou même pour un Dieu fait homme l Qui n'a appris de saint Irénée^ de saint Augustin et des autres , ou qui ne voit par expérience, qu'il y a des âmes que Dieu élève à la sainteté sans la lecture des saints livres ? mais il ne faut pas pour cela faire imaginer aux con* templatifs que pour ne lire plus l'Ecriture sainte^ ils soient plus parfaits qu'un saint Augustin , un saint Bernard et les. autres, dont la dévotion étoit attachée à un goût divin , qui leur étoit inspiré pour cette lecture.
Malaval hésite quelquefois , et semble marcher XXY. à tâtons sur Jésus-Christ, sans oser dire Ce qu'il ^^^"^j'^^r
(*) Malaval. /. part. pag. 8, etc. IL parL p. 37, 53, 53, eta. — (*) II, pari, p. 37. — (31) Pag. 64, n. 19,
%l% INSTRUCTION
tonttiet de Jît. jj^^ôs en gros on a pu voir, et il est certain ^
Jésus-Christ, »«i i ^ * i x i»
dùmémeMa- ^^ " ^'^ degoute les ames. Je ne veux pour 1 en lavaL convaincre que ce petit mot à sa Philothée, qui
lui avouoit simplement « que les considérations » des œuvres de notre Seigneur Félevoient à sa » personne , et que cette personne infinie lui fai- » soit trouver quelque chose d'infini dans Faction » du Sauveur (0 ». A quoi ce froid directeur lui répond dédaigneusement comme à une personne imparfaite : « Usez bien de cette grâce , et ne • » vous attachez qu à Dieu qui vous Fa faite » ; comme si- Jésus-Ch^^ist Fen eût empêchée. De tels discours , qui sont semés dans tout le livre , détournent les ames de Jésus-Christ, sous prétexte d'inculquer toujours Dieu en lui-même : au lieu qu'il faudroit penser qu'une manière excellente de contempler Dieu en lui-même, est de le contempler en Jésus-Christ , dans lequel la diuinilé habite corporellement et dans sa plénitude, selon l'expression de saint Paul (^) : qui dit encore ces paroles d'une si sublime et si douce contemplation : Dieu étoit en Jésus - Christ se réconciliant le monde (3), et se Funissant d'une façon si intime et si admirable.