LIVRE III
De la suppression des demandes : et de la conformité à la volonté de Dieu.
!• Âpres avoir vu lés actes de foi explicite que
Principes suppriment nos nouveaux docteurs^ sans respecveaux mysti- ter le Symbole ^ il est aisé de comprendre qu'ils ques sur la ^ épargnent pas^avantage les demandes qui sont dcs^Aernan. contenues dans rOraisou dominicale. Tous ces des. actes, et les demandes comme les autres, sont
également renfermés dans cet acte unique , continu et perpétuel -, et nous allons voir aussi , par ccjtte raison, les demandes entièrement suspen* dues. Mais outre cette raison commun^ aux actes, de foi et aux demandes, il y en a une particulière pour les demandes \ c'est qu elles sont toutes intéressées , indignes par conséquent de la générosité de nos parfaits, à la réserve peut-^tre de celle-ci, Fiat voluntas tua; votre volonté soit faite; encore que JésusrChi^ist, qui sans doute en a bien connu toute la force, n'ait pas laissé de commander également toutes les autres.
^' , Ces fondemens supposés , il ne faut plus qu'en* de Molinos: tendre parler nos f^ux docteurs. Molinos ouvre suppression la carrière par cet anéantissement de tous actes, de tous les j^ ^^^g désirs, de toutes demandes, qu'il prêche partout. «L'anéantissement, dit-il (0, pour être
(0 Guide, L ii, c. zix, n. iqS^ p, 196.
SUR LES ÉTATS B^OliÀISON, LIVRE III, n5
3^ parfait y s'étend sur le jugement, actions, in- » clinations, désirs, pensées, sur toute la sub- » stance de la vie ». En voilà beaucoup, et on ne sait pluâ ce qu'il veut laisser à un chrétiéri« Il pousse pourtant encore plus loin : « L^ame doit » être morte à ses souhaits, efforts, perceptions, » voulant comme si elle ne vouloit pas , "fcompre- » nant comme si elle ne comprenoit pas, sans avoir » même de Titiclination pour le néant » ; c'està-dire, sans en avoir pour l'indifférence : ce qui est la pousser enfin jusqu'à se détruire elle-même. Ce parfait anéantissement qui a supprimé les désirs, avec eux a supprimé les demandes et les prières qui eti sont l'effet : et un peu après (0, K C'est à» ne considérer rien, à ne désirer rien, à » ne vouloir rien, à ne faire aucun effort, que » consiste la vie, le repos et la joie de Tame ».
Cest ce qu'il appelle, en termes pluk généraux : se 'plonger dans son rien W ; c'est-à-dire, né produire aucun désir. « Le néant,*dlt-ir(5), » doit fermer la porte à tout ce qui n est pas » Dieu » t ïe désir tiiéme de Dieu n'est pas Dieu'j et le néant lui fsrm^ la porte comme à tout 1^ reste.' «Autrefois Tame étoit affamée des bi^nï » dn ciel , elle aVoit soif de Dieu craignant dé lé >• peMre M) >j : mais c'est autrefois; mainten^t et depuis qu*oii- est parfait 'on ne prend 'plûs:''dë part ti àiâ'béatitûde dé ceux qui ont faim et soif » de la justice, à qui Jésus^tlhrist a promis qu'ils » seroient rassasiés ». C'est. par-là qw'on paryient
(«) Ùuide,iirii; c. xx, rt. aoa, jp. 199-' — ^*) îhld:n» itfi, p. 197. —• (3) iiftd. 'n\ aoii— (4) /à«d!.i^. ïi, p. ài, n. aoô, p. âor;
Il6 HfSTRUGTIOH
à la sainte et céleste indifférence, 'ce Gevi% qui » avoient; reçu avec saint Paul les prémices du » Ss^int-Esprit étoientdans.un gëmissement per- ^ »> pëtuel^ et dans les douleurs de renfantement, j» en désirantradoption des enfans et rhéiitage ce* » leste. Maintenant y qu on est plus fort, on est » aus$i, content de la terre que dans le ciel; ou » revient à la première origine (0 ». L'homme n'avoit point à gémir en cet état y il ^toit aussi tranquille qu'innocent, et « rindilierence céleste » nous ramène aussi à Theureuse inuoceiKre que » nosparens ont perdue » : au contraire , « nous » an^étons les grâces: célestes en voulant faire ïi quelque chose ». CVst faire quelque chose que désirer et demander; ainsi tout désir doit être indifférent et anéanti, • . î , .
HL Malaxai ne parle pas moins clairement ; son
Doctrine fondement est , dès k. commencement 4^ son li-
conforme de " ' \ *. j • ^ j
Bialaval : ^^^> ^"^' ^^^^^^'^^ "6 jeter Ce regard amoureux
suppression sur Dieu présent ^ et il ne faut xien. penser ni rien
des deman- ^ désirer autant de temps quU Sera posçit^le W .» .
S!il se re^ti^eint d!abpi;d à un certain, teinpç , c'est
^^ l^y^uf .des..comm,ença.çs; mais au ji^este bous
^yons vu (^) qu'on en vient « à un acte coptin^.e^
* )> perpéttfel : ji^^vui^ simple et âmouj^eijise cç^-
^ prend tous les actçs^ foi, espéranc^,. amour,
p actign^de grâces (^4) |,»^^ tojit.l^.^este ;. on.
n'ezerce.plus ni entéjpidement, i^'vçlon'té/m mé^
moire, « comme si l'pn n en avoit poi^t ($) : vo-
e \ ^ • ■ ' *. 'i ' . ' ' J. ■ ■ " t ' ' ■ •' *' I <i ♦ ' - ■" iL J *" -^-
{}) Guide, en. six, xx^ln. 194 , ao2, p, 197, ^[99. Ch. xxi, /i» ao6, 207 et ai a'..-:-» ^^nlayal, L part, g. &r— - (3) Ci-dessus, tiy^ II, çh. 3JAYI. — W Malfifal^li part, p. 65. -r i^) P^* 7» •
StJK LEO ÉTATS !D*011ÀIS0N, LIVRE îll.' llij
» tre acte éminent absorbe tout, et contient tout » en vertu et en valeur (0 » : il n'y a qu'à pousser l'abandon à l'opération dwine jusqu'à ûe rien faire et laisser tout faire à Dieu : il faut a sulspen- » dre tous les actes distincts et particnliei^s pout » faire place à l'acte confus et universel de la M présence de Dieu (^) : cet acte universel em- 1» porte la suspension des actes particuliers (3) » : que serviroient les désirs et les demandes 7 toutes les demandes sont renfermées dans ce grand acte universel (4). Il y a, dans un entretien, un endroit -exprès destiné à cette matière (5) , et il y est décidé, « que l'ame qui possède Dieu par une pré- » sence amoureuse, ne demande rien que le Dieu » qu'elle possède » : c'est-à-dire , qu'elle en est si contente, qu'elle n'en désire plus rien que ce quelle en a, comme si elle n'étoit plus dans le lieu de pèlerinage et d'exil. Une seconde raison, contre les demandes, c'est que si Dieu s'est « donné » lai-même, il nous donnera nos besoins sans que » nous les demandions : et que les âmes dépouil- » lées de tout sont bien en peine que demander » à Dieu si ce n'est sa volonté (6) ». Elles sont donc bien en peine, si elles doivent lui demander ce qu'il leur explique lui-même, ce qu'il leur ordonne. Ainsi quand on veut, contre son précepte, tout réduire à cette seule demande : Votre volonté soit faite, et que Ton ajoute que t homme qui na qiLune volonté (?) , c'est-à-diré , celle de
(*) Âfalaval, L part. pag. 63, 64* — (*) //• part p. io6. — (3) l^ag. 357. - (4) IbiJ, 412, 4i3.— ^5) £:nt. la. n. 10. —
|l8 IMSTRUCTIOW
Dieu^ n*a jamais qutjme demande à faire; on suppose que ceux qv4 font, pour ainsi parler, tout du long les sept, demandes du Pater^ ont une autre volonté que celle de Dieu. Pour troisième et dernière raison , on demande tout en s'ur nissant amoureusement à celui gui est tout. Sans doute Jésus-Christ aura: ignoré ce mystère, il ne songeoit pas à la force de cette demande : Fiat voluhîas tua. S'il falloit supprimer les autres , à cause qu'elles sont comprises dans celle-ci seule, pourquoi Jésus-Christ ne les a-til pas supprimées , et d'où vient qu'il nous a donné l'Oraison dominicale comme elle est ? Qui pourroit souffrir des chrétiens qui disputent contre Jésus-Christ, et qui viennent reformer une prière , qui dans sa . simplicité et dans sa grandeur est une des mer* veilles du christianisme ?
rv. Mais le livre où l'on se déclare le plus contre
/^ 1 1* Vfttc e " jgg demandes, c'est sans doute le Moyen court et
TTC qui ou- ^ ' •-'
tre le plus la facile : on n'y attend pas que l'ame soit arrivée à suppression la plus haute perfection , et dès les premiers de-
des deman- ^ ^^^ t / \ i
des, c'est le 8^^^ ^^^ ^^ ^ trouvera, dit'On (0, dans ui^ état Moyencoun, u d'impuissance çfe faire des demandes à Dieu-, .3) qu'elle faisoit auparavaat avec facilité ». Remarqi\ez ceci : <reux qui veulent qu'<m réduise à rien les es^pressions par des interprétations forcées, entendent par cette impuissance un manquement de facilité, ne songeant pas que l'on Oppose la facilité d'autrefois, à l'impuissance d'aujourd'hui ; ce qui n'a point d'autre sens , si ce n'est que l'ame, qui avoit, auparavant des fa-
(0 Moyen court, §. 17, p, 6^.
cilités^ ne trouve plus que des impuissances, e]L des impuissances 7?ar etafj, afin qu'on ne. pense pas que ce soit des impuissances passagères. La raison qu'on est allègue est universelle ; car c*esjt alors que l'Esprit denumde pQur les saints^ selon la parole de s£Ûnt Paul (0 ; comme si cette parole ne regardoit qu'un état particulier d'oraiçon » et non pas en gépéral toute prière bien faite, en quelque état qu'on la fasse. C est c|é}à une erreur grossière, bien contraire à saint Augustin, qui prouve par ce passage que toute prière , et celle des commençans comme des autres, est inspirée de Dieu (^) : mais c'est l'erreur ordinaire des nouveaux mystiques d'attij-ibuev à certains états extraordinaires et particuliers ce qui convient en général à l'état du durétien. L^aissons à part cette erreur , qu'il n'est pas temps de relever, et considérons seulement la conséquence qu'on tire de la parole de Tapôtre: « C'est, dit-on, q.uil^f£^ut se* I» couder les desseins de pieu, qui est de dépouil- Ji> 1er l'ame de ses propres, opérations pour sub^- » stituer les siennes à la place : laissez - le donc » faire ». Ce laissez Jaire^ dans ce langage, c'est ne faire rien, ne désirer rien, ne demander rien de son càïé^ et attendre que Dieu fasse tout. On ajoute : « La volonté de Dieu est préférable à tout » autre bien j défaites-vous de vçs intérêts, et. vi- » vez d'abandon et de foi » ; c'est-à-djire, coijoime on va voir. : vivez dans l'indiSerence dç tQi)tes
(0 Hom, viit. 26. — {») />6 dono persew.^cap. xîciii >" «. '6:^ j iom, X , tqL 856. EpUt, mdSixU olim cv; munc cxmr, tk. xâ/IlO^ J7 j tom. II, eol. ^19., etc.
tàù IWSTRTJCTIOH
choses y et même de votre salut et de votre dam«nation : défaites-vous de cet intérêt comme de tous les autres; ne regardez plus comme un^ peine' Timpuissance de faire à Dieu aucime demande y puisqu'il ne lui faut pas même demander le bonheur de le posséder : « C'est ici^ continue- » t-on, que la foi commence d'opérer excellem- » ment »/ quand on fait cesser toutes les demandes comme imparfaites et intéressées. Voilà de tous les égaremens des nouveaux mystiques le plus incompréhensible; c'est un désintéressement outré , qui *fait que le salut est indifférent ; une fausse générosité envers Dieu, comme si c'étoît Tofiènser et l'importuner dans un extrême besoin de demander quelque chose à celui dont les richesses aussi bien que les bontés sont inépuisables. V. C'est, ce qu'on explique pi'écisément sur le Can-
liC aegir et -^j „g j^^ cantiques, où l'on remarque que l'E-
du salut en- pouse /demeure sans rien demander pour elle^ tiérement rnéme (0. A quoi on tijoute un peu après ces
supprimés : . -i t \ \^^ a * « . .
étrange ex- étranges paroles W : « Cétoit une perfection ces dans r//i- » qu'elle avoit autrefcMS, que de désirer ardem-
àu Cantique '* >^€^* Cette charmante possession ; car cela étoît '» nécessaire pour la faire marcher et aller à lui; » mais maintenant c'est une imperfection qu elle » ne doit point admettre, son bien-aimé la pos^ » sédant parfaitement dans son essence et dans » ses puissances d'une manière très^réelle et in- » VARIABLE, au-dessus de tout temps, de tout » moyçn, et de tout lieu ». Elle est donc parfaitement heureuse ; elle est dans la patrie^ et non
(0 Cant, €h, viii , V. 16, p, 200. — W Ibid, 207. '
SUR LES ÉTATS d'oRAISOIT, LIVRE IH. 121
pas dans Texil : autrement elle auroit encore et des désirs à pousser , et des demandes à faire: mais au contraire , « elle n*a,plu$ que faire de » soupirer après des momens de jouissance dis- » tincte et aperçue ; outre qu elle est dans une » si entière désappropriation , qu'elle ne sauroit » plus arrêter un seul désie sur quoi que ce soit^ » non PAS MÊME SUE LES loiES DU PARADIS n , quoique ces î<Mes du paradis ne scùent autre chose que le comble y la surabondance , la perfection de Ta* mour de Dieu ^ et le dernier accomplissement de sa volonté*
Cependant cette ame est tellement pleine ou indiâ^rente^ quelle laisse FEpoux céleste répandi^e où il lui plaira , et dans d'autres âmes , comme un baume précieux ^ toute sorte de saints désirs (0 : « Mais pour elle elle ne sauroit lui rien » demander , ni rien désirer de lui y a hoihs que y^ CE NE FUT Lui-H&HE qui lui en donnât le mou- » vement^ non qu'elle méprise et rejette les con- » solations divines : mais c'est que ces sortes de » grâces ne sont plus guère de saison pour une » ame aussi anéantie qu'elle Test , et qui estéta- 3» blie DANS LA JOUISSANCE DU CENTRE , et qu'àyaut » perdu toute volcmté dans la volonté de Dieu, » elle NE PEUT PLUS rien vouloir » ; pas même vou* loir voir Dieu , et l'aimer comme on fera dans le dely c'est-à-dire de la manière la plus excellente.
On ne pouvoit pousser plus loin la présomption et l'égarement ; car encore qu'il ne s'agisse d'espérance en apparence que des visites particulières du entièrement
supprimée.
(') Cant, cA.yiii, v, lê, p, aoS*
129 IKSTRUCTIOR
Verbe qui vient à nous par ses consolations, on pousse TindiiTérence jusqu'à l'éterixelle possession de Dieu ; on prononce généralement qu'on ne sauroit lui rien demander , ni désirer rien de lui, par conséquent en rien espérer , puisqu'on désire ce qu'on espère, et que l'espérance enferme , ou est elle-même, selon 1^ docteurs, une espèce de désir. Ainsi, de trois vertus théologales, on en éclipse la seconde , qui est l'espérance ; et on porte si lavant l'extirpation du désir, quon ne sauroit plus en former ni en arrêter un seul sur .^uoi que ce soit.
vn. Mais içs raison^ qu'on allègue de cet état sont
Deux rai- , . . ^- , a m
sons des nau- ^^i^^^^^ plus pernicieuses que la chose même : il ▼eaux mysti- y en a deujc dans le passage qu'on vient de proques pour J^i^,g . jî^^ç ^^ jj^ plénitude de la jouissance qui
les deman- empêche tous les désirs , et par conséquent tou*des : la pre- ^^g j^g demandes ; l'autre est lé parfait désinté*
miere com- • '^
bieu outrée, ressèment et désappropriathn de cette amey qui l'empêche de rien demander pour elle» La première est le comble de l'égarement : cette plénitude qu'on vante dans la jouissance du centre, avec cette parfaite possession « du bien-aimé dans » son essence et dans ses puissances d'une ma* » nière très-réelle et invariable , au-dessus de tout 9 temps , de tout moyen , de tout lieu n : c'est GOBaune on verra en son lieu, une illusion des Béguards. Il y a une telle disproportion entre la plénitude qu'on peut concevoir en cette vie , et celle de la vie future , qu'il y reste toujours icir bas de quoi e^érer, de quoi désirer, de quoi demander jusqu'à l'infini ^ et que supprimer ses
STTE LES ÉTATS d'oRÀISON. LIVRE III. I1t3
demandes y c'est oublier ses besoins , et nourrir sa présomption de la manière la plus dangereuse et la plus outrée*
La seconde raison de cet état oiï Ton supprime vni. les demandés y c'est qu'il les faut regarder comme ^^\^x^tst intéressées. Je suis ici obligé d'avertir que nos poinc nn démystiques se fondent principalement sur une ««*»*^»'f»«-
, , trois fentes
opinion de l'Ecole y qui met l'essence de la charité xixées de S. à aimer Dieu , comme on parle , sans retour sur ^>^1 - *^*^ soi « sans attention à son éternelle béatitude. "^^ v^
' ^ ne de 1 CiCO*
J'aurai dans la suite à taire voir que ce n'est là le. dans le fond qu'une dispute de mots entre les doc* teurs orthodoxes, et qu'en tout cas cette opinion ne peut servir de fondement aux nouveaux mystiques. J'oserai seulement avec respect aver* tir les théologiens scolastiques , de mesurer de manière leurs expressions , qu'ils ne .donnent point de prise à des gens outrés. Mais en attendant qu'on développe cette théologie de l'Ecole dans le traité qui suivra celui-ci ^ je dirai avec assurance que désirer son salut comme l'accomplissement de la volonté de Dieu, comme une chose q^t'il veut, et qu'il veut que nous voulions; et enfin comme le comble de sa gloire^ et la plus parfaite manifestation de sa grandeur^ c'est constamment y de l'avis de tout le monde, un acte de chanté. C'est là une vérité manifestement révélée de Di^u par ces paroles de saint Paul, où. en ejrprimant avec toute l'énergie possible le désir de posséder Jésus ^ Christ , il conclut que nous l'avons par une bonne volonté : bonam vobin-
i a4 INSTRUCTION
tatem hàbemus (0 : or la bonne volonté , cVst là charité. Saint Paul nous exprime encore cette bonne volonté comme un effet de notre choix : « Je suis, dit-il (2) , pressé d'un doublé désir , l'un » d'être avec Jésus -Christ, ce qui est le mieux » de beaucoup; l'autre de demeurer avec vous, A ce qui vous est plus nécessaire ; et je ne sais que » choisir » : nous montrant très-expressément ', par ces paroles, que lequel des deux qu'il eût fait, c'eût été l'effet de son choix. Mais ce choix auroit eu pour fin naturelle la gloire de Dieu , comme le même saint Paul le témoigne manifestement , lorsqu'il se propose dans l'adoption éternelle des^ enfans de Dieu la possession de l'héritage céleste pour la louange de la gloire de sa grâce (5) , à laquelle il rapporte aussi tout le conseil de la prédestination (4). Ainsi le Saint-Esprit nous a revoté expressément par saint Paul trois vérités importantes sur le désir d'être avec Jésus-Christ. Premièrement, que c'est un acte de charité : secondement , que c'est un acte très-délibéré : troisièmement , que c'est un acte d'amour, ^et d'un amour pur et parfaitement désintéressé, où l'on rapporte non point Dieu à soi, mais soi-même tout entiei* à Dieu et à sa gloire. Dès-lors donc on l'aime plus que soi-même puisqu'on ne s^aime soi* même qu'en lui et pour lui.
^ Pour réduire ce raisonnement en peu de pà*rôles: un acte n'est point intéressé lorsqu'il â
(0 //. Cor. ▼. 8. — C») Phil, I. aa, a3. t- ^') Ephet, i. 6t — 4) Rom, XI. 33.
SUE ^^ ÉTATS d'oRAISOU; LIVUE III. 12$
pour fin naturelie et premièrement regardée la gloire de Dieu. Ce principe est incontestable. Or est-il que le désir, di| salut a pour sa fin naturelle et premièrement regardée la gloire de Dieu. La preuve en est manifeste dans les passages de saint Paul qu'on v.ient d'alléguer ; j'ajoute celui de David lorsqu'il espère à la vérité <;{ Vitre rassasié ; mais seulement quand la gloire de Dieu lui apparaîtra : Satiabor cùm apparuerit ghria tua (0. Donc le désir du, salut ne peut être rangé sans erreur parmi les actes intéressés.
Sur ce fondeme^it , il est certain que tous leg désirs de posséder Dieu, qu'on voit dans les Psaumes . dans saint Paul, et dans tous les saints, sont des désirs inspirés par un amour pur , et qu'on né peut accuser d'être imparfaits sans un manifeste égarement y ni s'élever au-dessus sans porter la présomption jusqu'au comble.
. Aussi nos nouveaux mystiques; tâclikent die tem- IX. pérer leurs exc^s p^r deux excuses ; l'une en di- ^nt ,que lorsqu'il^^ejett;ent si expresséfnent dans veanx mystîl)ame parfaite tous^déârs et toutes demandes . ils ^^^^ ' ^® P"^"
* ^ ■ *4 '• '*• ' miére qaila
y apportent cette;exQeptiA|i ,; « à moi^s que ce fût ^'excluent >)Dieumémeg^ij^i,l^V^.^9^9'^^^U^P4ou.Yement(^)». t^ î«s de- Ce que J^a}ay%^,^|ique,çn ces ternies: « Qu'il '"3ptXs de » faut être sans;^)icunj^ pensée distincte., si ce Bleu : dis- » n'est que le Sain|-]Çsprit nous y applique par t»nction im- ^ la volonté 4^\ine , et xion par la nôtre qui n'agit 3^ plus, ni par ^otfe ç^oix i?) »• L'autre excuse, c'est qu'en exclusu^'ainsi les désirs elles d^maur. des, ils 'entendent seulement les désirs connus et
(») Ps, XVI. 1 5. — (») CfmU p. ao8, — i?) Malawi, /. part. p. 55»
Deux excuses des noa-
laO IKSTRUCTIOIÏ
lés demandes intéressées et aperçues (0, sanspréf tendre exclure les autres.
Les faux4uyans de l'erreur' ne servent qu à la découvrir jilus clairement, et une courjte distinction le va faire voir. Quand on « dit qu^on ne n sauroit plus rieu demander k Dieu, ni rien dé* » sirer de lui , qu'il n'en donne le mouvement W 4 ; ou Ton entend par ce mouvement rinspiratiou prévenante de la grâce commune à tous les justes^ ouTonentend une inspiration barticulièi^e:: si c'est le premier on dit vrai , mais on ne dit.rien qui soit à propos. On dit vrai, car il est de la foi catholique qu'on né peut faire aucune prière agréable à Dieu, ni produire aucun bon désir, qii'oh ne doit prévenu par sa grâce : mais en même tempfs on ne dit rien à propos , puisqu'on n'expliqué point ce qu'on prétend, qui est de montrer danS un état particulier la cessation > des demandeif. Mais si , jpoiîir dire quelque chose qui soit particttliêr à cet état, on veut dii^è qu'drf y attend^ une inspiration particûlièire pbiït^ faire à' Dieu les demandes qu'il a commandées, c'iést en cela* qu'est Terreur. L'er^éiiivést»j^3i5s^je,'clè crôlrë)jbé pour pï'iët 6ù demaiïdei^^,iè'cè*iUnïaiidemetit ek^ près/de Jéàus-Christ, son 'exepptj)lè , et celui dé' tout ce' qu'il y a de saints he itkffisent pas à çertaineâ âmes, comme si elles étoiënt exemîptes de^ pratiquer c^s commàndeniéiis^ xAx^Ae suivre ces exemple^: Gétteerreui' est diteètëriifefit condamnée' dans oettierdétei^mination du cofecile de Trente ^J
(0 Cant. p. a07. Moyen, etc. p. lag, etc. '-^{*) Ibid, p, ao8.
s9a les états B^ORAlSONy LIVRE III. 12^
tirde de saint Augustin , et de la tradition de tous les saints : « Dieu ne commande rien d*impossi^ » ble 'y mais en coinmandant il nous avertit de )» faire ce que nous pou vôns^ et de demander ce » que nous ne pouvcmâ pas ^ et il nous aide à lé » pouvoir ». Selon cette définition , toute ame juste doit croire que la prière lui est possible autant qu elle est nécessaire et, Commandée : que - Dieu frappe à la porte , et que ce n'est que par notv6 faute que nous la tenons fermée : et enfin que le mouvement de la grâce ne nous manque pas pour accomplir ce précepte de Jésus-Christ : Demandez j et vous obtiendrez : cherchez^ et vous tromperez : frappez, et il vous sera ouvert (0, ni celui-ci de saint Jaicques f*) : Si Von a besoin dé sagesse, et qui n'en a pas besoin sur la terre? 4/u*on la demande au Seigneur. Que si' la foi nous assure que ce mouvement de la grâce ne manque point au fidèle, en attendre un autre ^ et en Tattehdant demeutei* en suspens ; attendre que Dieu nous applique, et encore sans notre choix, par sa ^olontê particulière, et non par la nâtre/à causé qu'elle n'agit plus, c'est pécher contre ce précepte t F^ùus ne tenterez point le Seigneur votre Dieu (3) ; c'eàt réaister à sa girâce commune à tous les fidèles, et à son commandi&ment exprès ; c'est enfin ouvrir la porte à toute illusion , et pousseï^ leÀ âmes iu^ firmes jusqu'au fanatisme. i'
Par-là il est aisé d'établir la note ou la cfett« sure précise dont la proposition des uouveatfr mystiques doit être qualifiée; en disant qu'on ne peut
<0 Âfatth. VII. 7. — W Jac. z. 5. -^ O Mattk: ly, 7.
laS IHSTRUGTIOS
plus rien demander que Dieu n*en donne le moût yement ; si par ce ^9/115 on entend qu'on le pouvoit auparavant sans le mouvement de la grâce préve* tiante^ c'est une' hérésie : et si Ton entend qu'on ne le peut plus^ parce que lé commandement gêné* rs^, et la grâce commune à tous les justes ne nous suffisent pas dans de certains ëtats, en sorte qu'il Y faille attelidre pour nous remuer, que Dieu I nous remue par une inspiration plus particu* lière ; c'est une autre hérésie contraire à la mani* feste révélation de Dieu, et à l'expresse détermination du condile de Trente* ^ Que si l'on «n revient à dire qu'en assurant
excuse des qu'on ne peut plus faire de demandes ou pro*
nouveaux duire des désirs, on ne veut exclure que les demystiques : j i 1 j^ • •♦ que rejeter n^^^des couuues et les désirs aperçus : j avoue
tout acte que c'est la doctrine perpétuelle des nouveaux
aperçu, c est dpctcurs, et que les actes qu'ils veulent suspen-
lamêmecho- . -
se que de re- dre OU supprimejT sont partout les actes connus : jeter tout ac- 01315 ^'est là précisément retomber dans l'erreur yjj ^ qu'on veut éviter. Qui ne peut soujBTrir en soimême la connoissance d'un acte, par soi-même n'en veut aucun. On trouve en efiet cette décision dans le Moyen court (i), <( qu'il faut benor- » osa à toutes inclinations particulières, quelque. » bonnes qu'elles paroissent, sitôt qu'on les sent ^ nattre 9.' Ces inclinations particulîères sont' celles où l'on voudroit quelque autre chose qu6^ la volonté de Dieu en général ^ et c'est pourquoi on conclut après, pour « TindifTérence à tout » bien, ou de l'^uoie ou du corps, -ou du temps ^
(*) JHoycn court, §. 6, p. 39.