‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 25 sur 109 · OU · texte numérisé non relu

OU

SUR LES £tA7S dWaI&ON, LITRE m. I39

I» OU de réteroité :»» Ainsi il ne suffit pas de ne produire aucun de ces actes ; il y faut renoncer dès qaon les ^nt naître $ ce qui n'emporte rien moins que Teatière extinction de tout acte de piété , dont le moindre commencement , la moin-* dre étincelle y et la pensée seulement pourroit s'élever en nous* Si Ton y doit renoncer lorsqu'ils paroissenty à plus forte raison se doit -on em« p4<^r d'en produire : et par conséquent dire qu^otgi n*en veut jamais avoir qui soit connu ou aperçu ^ c'est-à-dire qu'on n'en veut point avoir du toHt ? ce qui est précisément la même hér&ie dont on vient de voir la condamnation. XI.

Cet endroit est plus imporjtant qu'on nesau- f^^^lj^S roit dire ^ et si l'on ne sait entendre ces finesses desnouveaux deç nouveaux mystiques ,. on n'en évitera jamais mystiques les illusions : car ils vous disent souvent qu'ils ^^ ^ „, font des demandes y qu'ils font des actes de foi Ghrût explicite en Jésus* Christ et aux trois pei sonnes divines, qu'ils ont même des dévotions particu* lières aux mystères de Jésus-Christ , comme à sa croix ou à son enfance : mais ce n'est rien dire, puisqu'ils entendent qu'ils font de tels actes y étant poussés par inspiraticHi extraordinaire et particulière à certains états , et aussi que pour en produire ils attendent toujom*s cette inspiration; en sorte que si elle ne vient, c'est-à-dire^ s^ils ne s'imaginent que Dieu la leur donne par une inspiration extraordinaire^ ils vivront pai-» siblement dix et vingt ans sans penser à Jésus- Christ, et sans faire un seul acte de foi ex^ plicite sur aucun de ses mystères^ cdjtnme on a

2 3o INSTIiU^TIOH

va (0; ce qui est visiblement retomber dans Ter^ rear qu'ils font semblant de désavouer.

Et pour achever de les convaincre , lorsqu'ils laissent subsister dans leurs âmes des actes qu'ils y remarquent , à cause qu'ils se persuadent qu ilfi leur sont inspirés d'en-haut par ce genre d'inspiration particulière aux états d'oraisons extraor» dinaires ; il leur faut encore deiÉiander à quoi 11$ connaissent cette inspiration. S'ils répondent se^ Ion leurs principes^ que s'étant abandonnés à Dieu afin qu'il fit seul en eux ce qu'il kii plairait, ils doivent croire qûé rieh né leur vient dans la pensée qui ne soit de Dieu : leur présomption qui n'est soutenue d'aucune promesse les met au rang des hommes livrés à l'illusion de leurs cœùrs^ et prêts à appeler Dieu tout ce qui leur plaît. XII. d'en serait assez quant à présent sur Cette ma*

Pondemens ti^re ^ s'il ne fallbit exposer les fondémetis des mystiques : Qouveaus oôntèmplatifs. Les voici dans le Moyèri Tabus qu'ils eoutt, au chapitre de la Demande ip)y oti en traifont du pas- ^^^^ ^ passa^e dé saint Paul : « iVbit^ né sapons

.sage ou S. r -o

Paul dit, que >> pàs ce tju'Unous /out detnotuiètj niais lé Smntle Saint'Es' ^ Esprit prie en ûous avec dei âétHissekièfis inex-

prit prie en ,. ,, >n, . i.- •..>,,

» pheaùles : Ceci , dit-on ^ est positif : 6i nous ne » savons pas ce qu'il nous faut, et s'il fëui que » l'Esprit qui est en nbus^ à là mction duquel » noué nous abandonnons^ le démande jprour 'V nous^ he dévohs*nous pas le laisser faii*é »? C'est bien là un raisonnetnéht capiàble d'éblduir l'esprit ignorant et prévenu d'une ifbitiiiiëy qui xie sait piis, tm ne songe pas que saint Paul né

(0 Ci-dessus, Ut^. ii, ck, y. -^ W Moyen court, ch, vl, p» 9^.

nous.

Sun lËS àtktS D^OftÀtSON, LIT&Ë III« tSi

dit pas ceci â'aiie oraison extiradrdiilàire ; mais de Tôraison commune à tou^ les fidèles : où As laisser ftUre qu'on veut introduire, c*fest-à-dire la suspension de tout acte exprès , et de tout ef-« fort du libre arbitre^ n'a point de lieu. Car le dessein de l'apôtre (>) visiblement est de faire voir que le Saint-Esprit est l'auteur , non pas des prières d'un Certain ^at, mais de cielles de tous les fidèles. Mais si dire qiie' le Saint-Esprit fbl^me nos prières, c'est dire qu'il ne fbut p0â s'eiciter soi-même, mais attendre comme en susi^en^ que cet Esprit nous remue d'une façon extraordinaire, c'est attribuer cet ^tal à tou^ lés justes ; c'est leur ôter cet effort du libre urhitre^ cûYiMis, qiie fiaint Augustin (^) et tous les saints y reconnoissent ; c'est introduire la passi veti$ ; comme on rappelle, dans Voraison la plus commune. Au lieU donc de dire, comme on fàit^ Si le Saint-Esprit agit en nous, il n'y a qu'à le laisser faire ; il falloit dire, au contraire , S'il agit en nous , âMl nous excite à de saints gémissemens, il faut agir avec lui, gémir avec lui > avec lui ^'exciter âdi-inéme, et faire de pieux efforts pour enfanter reâprit de salut éi d'adoption, comme saint Paul nous y exliorte dans tout ce passage (3).

Ainsi la conséquence qu'on tk*é en ces tndts \ XtiL «c Pourqnoi aptes cela iious aâbàblei^ dfe soins SU- /^'abusqu'ik t» perflùs, et ndus fatiguer dëlife là itiùltiplicité de parole .//»> )• nos actes, sans jamais dire ^ demeurons en re- a qu'une $9ur

(0 Rom, VIII. 26, a^. — (») Au§, in Ps. xxvi , tnatr, 2 j n. 17 j tom, ir, eoL 1 36. De noL et grai» dap^ ]>skv> n.l^\ tom. x, col. 1 6 1 •

l3a , ZlfSTRUGTIOS

le chose qui ,y^ pQg (i) »? est UD abus manifeste de l'Evangile :

soitnéeessaU « . ^. i • - a %

re : quelle ^^^ ^^^ mettre au rang des soms supeiiius le multiplicité .soin de s'exciter à prier Dieu; c'est attribuer à f ^'du*" *^°® mauvaise multiplicité la pluralité des actes :que Dieu nous commande; c'est induire les âmes à un faux repos ^ à un repos que Dieu leur défend f et où elles sont livrées à la nonchalance : ^ c'est avoir une fausse idée de cette parole où le Sauveur reprend Marthe de se troubler dans plusieurs choses^ au lieu çuil n*y en a gu*un/e qui soit nécessaire (^}« Il est vrai , une seule chose est nécessaii^e , qui est Dieu ; mais il y a plusieurs actes pour s'y unir. Il n'y a qu'une fin ^ mais il y a plusieurs moyens pour y arriver, autrement Jia foi, l'espérance, et la charité, qui, selon saint Paul , sont trois choses (3) , seroient supprimées par cette unité où le Fils de Dieu nous réduit , et son apôtre lui seroit contraire. On ne peut donc pas tomber dans un plus étrange égarement, que de tourner contre les actes de piété ce que Jésus -Christ visiUement a prononcé contre la multiplicité des actes vains et turbulens que donnent les soins du monde ou qu'une dévotion inquiète et mal réglée peut inspirer.

^V. TSos nouveaux docteurs posent encore un autre

ils abusent fondement, et celui-ci est le principal, quil ny de cette de- a rien à vouloir m à désirer que la volonté de uTvohn^ Dieu, et qu'ainsi toute autre demande est super-^ êoitfaite. flae« Nous avous déjà répondu que .Jésus-Christ

savoit bien la force de cette demande : Kotre vo^

(«) 3îoyen court, eh, lUE, p^ 95.— W Lw. x. 4 1 • *— (^) /• Cor. xiii. iS,

SUR LES ÉTATS d'oRÀISOV, LITRE III. 1 33

tonte soit faite. Il devoit donc supprimer les au-* très demandes; et s'il les }uge nécessaires , il ne faut pas être plus sage que lui. «

Cen seroît . asseï pour convaincre Terreur j mais pour en connoUre toute Tétendue , il faut développer \m peu davantage ce qu'on entend dans le quiétisme par se conformer à la volonté de Dieu : c'est, eu un mot, être indifférent à être sauvé ou damné; Ce i{ui emporte une entière indifférence à être evt grâce ou n'y être pas , agréable à Dieu ou haï de lui, avo^r pour lui de Famour, ou en être privé dans' le temps et dan? l'éternité par une entière soustraction de ses^ dons. • : •

Ces s'entimens font hôrveur, «t <^x qui ne sauront pas les prétentions des mystiques d'aujourd'hui, anroiit de la peine à croire qu'ils aillent jusqu'à ces excès } mais il n'y a rien pourtant de si véritable.

C'est ici <iu'ï £aut explfquer cet abamdoh « qui XV. » est , dk-oà , ce qu'il y a de conséquence dans ^^gnoiTeaux » toute la voîe , et la clef de tout l'intéineur (0 » i œystiquca : Qu'on retienne bien ces paroleis : 3 faut se ren- Ffo^^^e*^'»-

^ * . . diSerence.

dte attentif à Qet cindroit de la doctrine noùvdfe, dont OU' voit quJe c'est ici le' ncetid pi*îndpaK L'abandon, selon qti'il est révélé dans ce? paroles de saint Pierre (^ v Jetez en 101- toute votre soîli** citude ^ touivo^ soins, toutes vos espérances, et dans cent autres semblables, est d'obligation pour tous les fidèles/: il faut donc que nos prétendues parfaits^ qui veulent nous expUquer des voiles pàr^

(') Moyen courte p* a6. -i-W /: Petr. V. 3.

l34 mSTRVCTlOV

ticiiliàres , «niendent aussi dans Tabandon ^ quî en feit le fond , quelque chose de particulier. Or jeter en Dieu tous ses soins ^ et s'abandonner à lui , selpli ce que. 4lt mnt Pierre , c'est vouloir tout ce qu'il veut ) par conséquent vouloii* son salut y ps^rce quil ve^t que nous le voulions, en prendra sqin , parQ0 qu'il veut que noù&praiions ce soin ; l^i d^n^aqde^ pour cela tout ce qui nous est nécessaire.^ c'^est^^i-dire ^ la continuation de ses grâces et potre' persévérance; croire avec une ferme, et vive fin que notre salùt est l'œiitre de pieu plus que la nôtre; dana cette foi, en atten* dre Veffqty et les grâces qui* y 'Conduisent , de ssi pure libéralité, et lui demander ses dons qui font nos mérites : voUà )usqu'oîi l'abandon se doit por* ter selop les cojpmun^ dbligliti9as. Il n'y a rien nu-delà pour coppo^l* iiq état et une oraison extraordinaire, que .l'abandon à être daiofé, dont nous avons déjà vu un petit essai. d^nsTindiSe-* ^encç 4e B|l(olinos et de Malay^ij^j iiiais dont nous aUcms yç^ir le p^us^ graud excès às^^ V Interpréta-^ tion d^ Cantique^ ,[})[ : «, V^^P^ ftirrjil^ à ce degré » entre dans j^es y^f^jêts 4§ 1^ ditin^juislice, et à » SQ^ égard^l^.ç^^i dj^s aufr^is, d'unie telle sorte » qi;)i'eltenÇ;p0ijiV9Îit[^o^l0ir^autre chose, soit » pour eUf ^u.pQ)iar,i|ijiti:e ^ti^c^nqite, que celui 9 que cette cUvi^c justice lui^vot^oiti donner pour » le temps .^ pt^i^r; l'^eitnité ». Ycilè dans cette i^me prejtendue parfjSiite UQ^e.iadiflSSrence inanie parjQÇiitles sam,ts : Dieu^vmtt, çiè tans fek hommes ^aient.^ajtit^ i^l : Oelle^ci ni nie/Yeirtfnj né peut

5U1L LES ÉTATS D^OAAISOVy LIVRE III. l3^

:tvoir cette volonté» Une des inteiprétations de ce passage de saint Pa^l ; c'est que Dieu inspire à tous les justes la volonté du salut dp tous lecT hommes. Celle-ci se met au-dessus ^e cette ias^ piration ^ et aussi indifféi*eûte pour les autres que pour elle r même, quoiqu'elle fôt, dit -elle (0, «c toute prête detre anathéme pour ses frèrc^s ^ » comme saint Paul, et qu'elle^ ne travaiUe à » autre chose qu'à le^r salut , elle est néanmoins 3» indiifiîrente pour le àucoès, et elle ne poqrroit » être affligée ni de sa propre pe^pte^ ni de ce^e » d'aucune créature regardée du côté de la justice 9 de Dieu n. Ce correctif est bien fq^ble/ puisque l'abandon où cetfe ame vient de déclarer qu^elle . se trouvoit, l'empêche de regarder }es autre&ames, Boj:^ plua qu'dle-:même y d'un autre câ)é que de celui ^e la volonté çt de la justice de Dieu. Les çxcès énormes oii se jettent ces esprits <Qutrés , les obligent dç t^ipp. eti temps à de petita correctifs ^ qui ^e di£îf8|it riei^ d^ps le foi^» et qui ne. fervent qua fair^. ^ntir qii'eji vaywt VinévitabW censure de l^urs Steptiflfte9Â.9 Us ont voulu se préparer quelque épbf^ppatoire; tuais en vain ^puisqu -après tout, di^nt^ils (^)<, ce rîndifierence est si gcande, », que l'amie ne peut pencher ni du côté de la j jouissance , ni év^ cMé de la pi^ivation ; et quoi- 9 que son aniQur aoit inoampar£)blement plus « fort qu'il n'a jgmais étemelle ne peut.néanmoins. y désirer le paradi^ h, ni ppur. ellef, m pour aucun autre, comme on à va; et la raison qtVon, en apporte, c'est que « l'effet le plus profond de

(0 Interp. du CaoL ck» yuï« v.i^y p. ao6. *»^ {*) JùitLp. 309>

i36 • ïNfSVKVcriov

» i! ÂvtkjmsszxEvt doit être Tindifférence pour » le succès » de tout ce qu*on fait pour sonsalut y et pour celui du prochain. Saint Paul, dont on allègue l'exemple, ne fut jamais anéanti de cette sorte. Pendant qu'il se dévoue pour être anathéme, il déclare qu'il est saisi d'une tristesse profonde , et ressent une continuelle et violente douleur; è^ûwi pour le salut de ses frères les Israélites (>)• Celle-ci le pousse plus loin que cet apôtre, et « ne peut être affligée ni de sa » propre perte , ni de celle d'aucune autre créa- » tuie ». Voilà une nouvelle générosité de ces âmes si étrangement désintéressées ; la perfection de saint Paul *ne leur suffit pas , il leur faut faire un autre Evangile, ^y^ La même doctrine est établie dans le llfoyem

Pindifiëren- ^^^^^^ ^^ 1* diiTéreuce qui se trouve entre ces deux ce 8QI1S pië- Uvres., c'est que le Cantique va plus par saillies, volonté d ^^ *ï"® l'autre va plus par principes. CTcst pour-

Dieu» quoi après avoir supposé l'idée générale du

laissemênt total, on en vieât à l'application par' ces paroles : « Il faut ne vouloir que ce que Dieu » a voulu dès son éternité (^) ». Voilà, sous une expression spécieuse, d'étranges sentimens cachés. Oie» a voulu de toute éternité priver les réprouvés de lui-même^ et ne leur pardonner jamais; ce qui est le plus malheureux, et aussi le plus îuste effet de leur damnation. Au lieu donc de demander pardon pour eux , ou de le demander pour soi-même ; dans l'ignorance où Von est du secret de Dieu ; il faut supprimer ces demandes j

CO Rom, 13^ % ^ \*) J. De Vabandon, p. 38«

SUR LES ÉTÀÏS d'o&AISOIT, tIVEE in. 187

à moins de se mettre aa hasard de vouloir autre chose que ce que Dieu veut de toute éternité : d'où aussi Ton est forcé de conclure c< qu'il faut. » être indifférent à toutes choses ^ soit pour le » corps y soit pour Famé, pour les biens temporels » et éternels , laisser le passé dans Toubli , lavenir » à la providence y donner le présent à Dieu »; c'est-à-dire , pour le passé et pour l'avenir se mettre dans la disposition la plus opposée au soin que ^ Dieu nous commande d'avoir de notre salut^ au souvenir de nos péchés pour lui en demander pardon, à la prévoyance des périls et à la demande des grâces. Voilà oil l'on en vouloit enfin venir par ces mots spécieux de délaissement et d'abandon ; et par tout ce bel appareil , où l'on semble n'avoir d'autre but que de se livrer soimême à la volonté divine.

C'est donc ici que l'on tombe manifestement ^vn. dans ce dérèglement étrange , et si justement re- jontédcDica proche aux nouveaux mystiques, qui est, sous nous devoi» prétexte de s'abandonner aux volontés inconnues fj*^® » /' de Dieu , de. mépriser celles qu u nous a révélées volontés didans ses commandemens pour en faire notre règle, ^in^s sur les- La volonté que Dieu nous déclare par ses saints ne^^^ous de^ commandemens, c'est qu'il veut que nous dési- mande aurions notre salut, que nous lui demandions ses ^^^ *^*®* grâces, et que nous craignions plus que toutes choses d'en mériter la soustraction par nos p échés ; . que nous en demandions tous les jours pardon à Dieu, et le priions qu'il nous fasse vaincre les tentations qui nous y portent. Yoilà ce que Dieu commande , et à quoi les nouveaux mystiques ne

peuvent plus seulement songer; sia contraire^ il» font sur les volontés inconnues de Dieu^ des actes qu il ne leur demande pas^ comme sur leur ré^ probation et celle des autres : il est certain y et il faudra peut-être bientôt démontrer plus amplement, que Dieu ne commande à ses créatures aucun acte de leur volonté sur ce sujet ; de sorte qu il n y a rien de moins conforme à la volonté de Dieu que cet abandon à sa damnation éter-* nelle^ et ce tranquille consentement à celle des autres.

Cette barbare indifférence emporte une plus funeste disposition que celle des libertins^ qui se contentent de dire en leur cœur: Dieu a décidé de mon sort; je n'ai qu'à demeurer sans rien faire , et attendre la suite de ma destinée : mais ceux-ci y ajoutent encore ; je^nemen mets point en peine y et je tiens pour indifférent d'être sauvé ou damné. On déteste Fimpiété d'un Prodigue et des autres qui rejetoient la prière , sous prétexte que Dieu sait de toute éternité ce qu'il nous faut ^ et ce qu'il a résolu de nous donner. Ces impies ne songeoient pas que ce n'est point pour instruire Dieu que nous lui offrons des prières ; mais pour nous mettre nous-mêmes dans les bonnes dispositions où nous devons être envers lui. On ramène le mauvais effet de cette doctrine sous prétexte de perfection y puisqu'on en vient à la suppression de la prière, et qu'on cesse d'honorer Dieu par les demandes qu'il a daigné lui-même nous mettre à la bouche, xvni. ^'^^'' ^^^ s^^*^ ^^ cette doctrine que ni l'O-

Que selon

SXJK LEà ÉTATS D^OBÀISON, LIVRE IIl. 189

raison dominicale , ni les Psaumes , qui sont rem- les nouveaux plis de tant de demandes, ne sont pas les oraisons i^^^^^* des parfaits. Sur cela il faut écouter le Père Fran- et roraison cois la Combe dans son livre intitule : Anafysis *i«ï»"ï*cal«

• , , , ne sont pas

oraiionis : et encore qu'il n'ait osé déclarer une pou^ 1^3 par. erreur si insupportable qu avec quelque sorte de foji^ : docdétour, son sentiment ne paroitra point obscur i^^conlc!'* à ceux qui sauront entendre toute la ifinesse de ses trois espèces d'oraison mentale : Celle de méditation ou de discours ; celle d* affection , et celle de contemplation (0. La distinction est commune; mais cet auteur y ajoute deux choses (2) : «l'une, qu'il est certain qu'on doit quitter la » méditation ou le discours dans l'oraison d'afiec- » tion , et qu'il faut aussi s'abstenir des affections » lorsque l'oraison de silence ou de quiétude ( qui )* est celle qu il appelle aussi contemplation ) 9 nous est commandée ; ce que l'on connott, pourri suit-il, par des règles sûres et très-excellentes, 3> que les bons directeurs savent discerner » : et il confirme sa proposition par cette sentence : « que celui qui a la fin quitte les moyens; que » celui qui est au terme iquitte le chemin ; que 31 celui qui demeure toujours dans les moyens, » et veut toujours être dans la voie , n'a^rrivera » jamais»; c'est-à-dire, selon ses maximes, qu'il faut quitter la méditation etles affections, qui sont ies moyens et la voie, aussitôt qu'on est parvenu à la contemplation qui est la fin et le terme. Mais l'autre chose qu'ajoute le Père la Combe (^j ,

(■) jinal orat, c.\,p. 18. — C») Ibid. x, 53. — (3) Uid. c. iv,

l4o ÏWSTRTTCTIOlf

c'est que « les Psaumes y les lamentations des » prophètes^ les plaintes des pénitens, les joies )» des saints y toutes les hymnes de FEglise, et » toutes ses oraisons y principalement Toraison 9 divine que Jësu^-Christ nous a enseignée, avec x> sa préface où nous adorons Dieu dans les deux » comme notre père, et ses sept demandes, ap-» » partiennent à Toraison d'afTection » ; par Con^ séquent aux moyens qu'il faut laisser, au chemin qu'il faut quitter, lorsqu'on est dans la quiétude ; et enfin à cette oraison qui doit céder la place à une meilleure,

S confirme cette doctrine en répétant çueCO' raison dominicale est entièrement aspirative (') ; c'est-à-dire , qu'elle appartient à l'affection : d'où ï condut, a qu'encore quelle semble contenir » toute la plénitude de la perfection, elle élève » ceux qui se la rendent familière à un état plus » haut » : où il abuse d'un passage de-Cassien que nous examinerons ailleurs; et quoi qu'il en soit , il est constant, selon lui, que les Psaumes et le Pater appartiennent à un genre d'oraison infé* rieure à celle des parfaits.

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