‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 27 sur 109 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Où il est traité plus a fond de la conformité

à la volonté de Dieu.

On demande en théologie si tous les fidèles q^^^ Jq^^ peuvent et doivent demander à Dieu ces grandes demander à grâces qui sont suivies de l'effet, et surtout ce Dieu absolu-

^ ^, t -1 » ment les gra-

oonspédaldepersévérancequin est donné qu aux ces les plus «9us(0; et tous répondent unanimement qu'on efficaces. doit demander tous ces dons, sans entrer dans la question si Dieu a résolu de toute éternité de les accorder ou non. La raiison est, en premier lieu, q«L'il est de la foi que Dieu veut donner tous ces dmiSy et même ce grand don de persévérance à ceux qui l'en prient de la manière dont il veut être prié; d'où il s'ensuit qu'il l'en faut prier dé teut son pouvoir. Secondement, on est obligé de:.demaâder à Dieu son royaume céleste , et par conséquent ce qui y conduit. En troisième lieu , on est obligé de s'aimer soi-même conformément à ce précepte : f^ous aimerez votre prochain comme vous-même ip) ; selon lequel il est clair qu'on ne peut aimer son prochain sans s'aimer soi-même auparavant; niais on ne s'aime pas soi-même comme il faut, sans se procurer, du moins sans se désirer tous les biens que Dieu a proposés à

0) Suan derelig, t,Uf liù, i, cap, zx, zxi, p. 5i et seq. -— (*) 3farc. XII. 33.

SOSSUET. XXVlI. lO

l46 INSTRUCTION

notre foi. En quatrième lieu ^ c'est à nous une perfection et une vertu de faire cette demande ; et au contraire y ne la £siire pas^ c'est négliger les moyens d'éviter le péché y et entretenir dans nos cœurs- une pernicieuse indifférence à pécher ou ne pécher pas. Enfin ^ en cinquième et dernier lieu y tout le monde demeure d'accord que la demande des grâces qu'on nomme efficaces ^ et celle du don de persévérance sont clairement et for* meUement renfermées ^ non-seulement dans les prières^ de l'Eglise ^ mais encove ( ce qui est bien plus important) dans les demandes du Pater, et en particulier dans celle-ci : Ne souffrez pas que nous succoméions à la tentation, mais détiurez-nous du malj ce qui emporte une délivrance éternelle du peohé) et une victoire entière sur la ten-« tation.

Far ces raisons les docteiu^s décident sans hésiter qu'on peut , et par conséquent qu'il y a obli-* gation de demander à Dieu toutes ces ^âces, et en particulier le don spécial de pei^évérance, et même de le demander absolujaient ; car on met cette diâer^ice entre la demande des biens tem-* porelset celle des éternels y. que les premiers n'é^ tant pas des biens ainsolus, on ne peut aussi les demander absolument, mais seulement sous la condition de la volonté de Dieu; au lieu que les biens éternels étant les vrais biens et absolument tels, il n'y a, point à hésitera le§ demander labso-f lument à Dieu , et on ne peut sans lui faire injure les lui demander avec la t^oudition s'il veut les donner, parce qu'on ne peut pas douter , qu'il

SUR LES ÉTATS D*0]IAIS<>N^ LIYllE ÏV. t47

ne les veuille donner à ceux cpi les lui deman*» dent y puisqu'il s'y est engagé par sa promesse.

Ainsi on ne peut douter de Tobligation ni de désirer ni de demander de si grands biens^ et, tous les moyens préparés de Dieu pour nous y con* duire^ sans entrer dans la question de ce qu^ Dieu a voulu ou n'a pas voulu sur ce sujet par s^ décrets éterneb ; par^e qw comme raisonnent très-bien ces théologiens , et; enire autr^ Suarez^ nous n'avcms pas à examinei' ce que Di^# v^OïUln &à cette sorte y mais ce qui noms convient , et ce qu'il nous ordonne d^ vouloir.

C'est aussi à quoi aboutit cette difitinc&ion<de it. l'Ecole : il y a une volonté iqu'on nomme de lion î^^^^i^ctioii plaisir y par laquelle Dieu décide ^te événem^ns., lomés de siet il y a une volonté qu'on appeUe signifiée , par gne^debon laquelle il nous commande ce qu'il veut de nous, sag^qu'on^ Cette dei*niè]^e constamment est la règle de noire doit faire : vie, et il y a des occasions où nous ne pouvons P^^cipesde m ne devons regarder loutre. ti^.

Et pour remonter à la source, il convient à Dieu comme caus^universelle , absolue , première et toute-puissante, de vouloir des cboses qu'il* ne convient pas aox hommes 'de vouloir. SainJ; Âu^ gustin M y qui a établi doctement «cette règle con* tre les Félagieiis, en a^doimé cet exemple, que Dieu peut ne: vouloir pas *empecher les; cciifaes qti'îl pourrait ^mpéduer s!il vouloit y au contraire il veut lés perm/^ttre , et cependant il demeure très-bon ; au lieu que si l'bomme agissoit ainsi >

(0 Op^ imperf. lib. m , cap. xxii et séq. usqùe ad xxyii ^ et Uh» lY^ cap.xxxiY, xxxYi, tom.x^ coL iq6o, etc. ri5i> eto*

il ne pourroît être que très-mauviais. De cette

sorte, dit ce Père , Dieu veut des choses par une

bohne volonté que nous ne pouvons vouloir que

par une volonté perverse ; et ainsi sans raisonner

sur ce qu'il veut ou ne veut pas en lui-même ^

nous n avons qu à considérer ce qu'il veut que

nous voulions.

^ in. Toutes ces règles sont renversées par les fon-

mal*entcndu ^®*ii®ï*s ^ans Tabandon et FindiiTérence des nou-

desnouveaux veauz mystiques. Un des fondemens des demandes

mystiques ^q^^qh doit faire pour soi et pour les autres , et

est contraire * a i • • •■ »

à toates ces peut -être le principal y cest Famour que Dieu • régies. nous Commandé pour le prochain comme pour

nous^ mais nos faux mystiques y renoncent , et ils ne s^en cachent pas/ puisqu'ils parlent de cette sorte (0 : «Il faut que cette ame, laquelle par » un mouvement de charité se vouloit tous les » biens possibles par rapport à Dieu ^ s'oublie » entièrement de toute elle-même pqur ne plus » penser qu'à son .bien-aimé ». Remarquez que ce qu'elle oublie ce n'est pas un amour-propre , mais le mouifement de charité ^i/ii elle avoit pour elle-même par rapport à Dieu; c'est-à-dire, -qu'elle s'oublie du second précepte delà charité , par lequel Dieu lui^commandoit de s'aimer soim^e avec le prochain ^ d'un même amour : elle refuse au contraire d'exercer cet acte, et ne veut plus ni à soi-même ni. au prochain tout le bien qu'elle lui vouloit par rapport^ Dieu. Si on lui demande qui Fa exempté^ de ce commandement , et où en est écrite la dispense, et qu'elle réponde

(0 Cant, des cant, ch, ii, v. 4» />. 44-

SUR LES ÉTATS d'or AlSOir, LIVRE IV. l49

que c'est qu'elle craint de vouloir ce que Dieu ne veut pas, ou ce quelle ne sait pas que Dieu veuille ; nul ne le sait sur la terre , et voilà une raison générale de supprimer ce second précepte. Mais si elle dit que c'est Tabondance de son amour envers Dieu qui Fempêche de s'aimer soi-même y et ses frères par rapport à lui , c'est précisément oh est l'erreur de croire qu'on s'en aime moins , et qu'on aime moins le prochain en aimant Dieu davantage, ^uisqu'au contraire ce second amour étant une suite de celui qu'on a pour Dieu , nous le pratiquons d'autant plus que nous aimons Dieu plus fortement; ainsi cette ame prétendue parfaite prend un vain prétexte de ne plus exercer l'amour qu'elle se doit à elle-même, en disant qu'elle ^'oullie de tout intérêt de salut et de perfection pour ne penser çuà riniérét de Dieu : comme si Dieu avoit un autre intérêt que celui de faire du bien à ceux qui l'aiment , ou une autre gloire plus grande que celle de se rendre admirable dans ses saints.

On voit donc que cette manière de séparer nos intérêts d'avec ceux de Dieu , poussée à l'ex.-* trémité où la poussent les faux mystiqueSv,» éteint le second précepte de la cliarité. La même sécheresse qu'ils ont pour eux-mêmes , ils l'ont aussi pour les autres : et au lieu que Samuel ne cessoit de pleurer et de prier pom' Saiil ,, et que pouv fiiire cesser ses gémissemens il fallut que Dieu ré; vêlât ex{»*essément au saint prophète la répro* bation de ce malheureux roi (0 ; ceux-ci au con-

(») /. Keg. XVI. 1»

1 5o INSTRUCTIOI*

traire suppriment d'eux - mêmes leurs lamentations. Dieu nous tient ses décrets cachés de peur que nos prières^ ne discontinuent; et comme dit saint Augustin ('), il n*y a que le diable et ses anges pour qui il ne soit plus permis de prier , parce que leur sentence est déclarée, et leur éternel endurcissement révélé : par où Ton voit en quel rang nos mystiques se mettent eux-mêmes, et tous ceux pour qui ils déclarent qu'ils ne peuvent plus faire aucune demande. * IV. Il est vrai qu'en nous tenant le sort des réprou-

c'est^unTen- ^^^ ^^ caché, Dieu, dont lés jugemens sont toutimcnt^étes- jours justes n a pas laissé de révéler qu'il ne donne table decon* ^ ^^^^ j^ monde le dou de persévérance ,

sentir a sa * . ■ .

damnation ni la gloire éternelle qu'il y a attachée. A ceuxquoique jus- \^ jj gg^ certain qu'il a voulu et destiné par sa justice la soustraction de ses dons, de soû amour, et de tout lui-mêine, comme une juste péîne de leur défection volontaire, conformément à cette règle de justice expressément déclarée dans l'Evangile : // sera donné à celui qui a : la gloire sera donnée à celui (Jui a la grâce ; la ôowonne de justice sera donnée à celui qui a les mériteS'.'» mais pour^eelui (juin a pas {\à grâeéel la charîlé) menée ee quil a ( ces petits restes de grâces et de justice qui demeurent dans les plus méôhanfe) lui sera été, et par cette sousti'actidn , il sera jeté dans les ténèbres du deîiors (^) : c'est-à-dire, séparé de Dieu et livré k lui-même. Tel sera donc le sort de ces malheureux , et nul ne sait en cette vie sUl est

(0 De Civit. Dei, Ub. xxi, cap, xxiy j lom» yii, col, 643. -— (>) Matt. XIII. 12 et xxy. 39, 3o.

Sun LES ÉTATS BOUXl&OJXy LIVRE ÏV. l5r

digne d'amour ou de haine (0. Mais Diea n'exige des hommes aucun consentement à leur [lerte, quoique justement résolue par un irrévocable, décret ; au contraire y il nous défend expressément d'exercer sur ce sujet-là aucun acte d^ volonté, parce que cet acte ^t de ceux qui neconvien*droient pas à. notre nature. II ne conviendroit ^ dis-)e , pas avec Thorreur que nous devons avoir de Tétat où l'on est privé de Dieu; et ce seroit diminuer cette liorrçur , et pour ainsi dire nous apprivoiser et nous familiariser avec un si grand mal) que de nous permettre d'y consentir; ce seroit nous rendi:e cruels et envers nous et envers les autres:, et Qourrir da^ les cœurs cbrétienis la sécheressç.et l'inhu/i^nité. Mais nos mystiques méprisent ces règles invariable^ delà sagesse divine, et nous avons ouï de Leur bouche cette étonnante parole (^) : « Elle entre ( cette ame prétendue >y par&ite) dans les intérêts de la justice de Dieu, 3) consentant de tout son cœur à tout ce qu elle » fera d'eUç,soit pour le tejtpaps, soit pour Véter- » nité » ; sajp)S songer que ce que Dieu veut faire des réprouvés par sa justice , c'çst de les priver de' lui-même, dç ses grâces, de son amour, de tout bien ; à quoi uqm ame pieuse ne peut jamais consentir , tant à çau^ des maux que contient çiette privation , qu'4 cavise de ceux qu elle attire , comme sont Ift hainç de Diiçu, le désespoir,, c^t pour tout dir« en un mot, l'endurcissement dans le péç\àé.

n arrive aussi de là que ces âmes prétendues '^*

QueTexceS' (') £:ccle. iz. I. * (*) Jbid. 44.

iSa INSTRtICTIOW

8if abandon parfaites , mais qui déclarent Textinction de leur

ci6s nou.~ 1 «.^ -1 1* '*•■ °9 * ^1 *

veaux mysti- ch^rite par les dispositions qu on vient de voir , tiques dimi- perdent peu à peuThorreur du péché que la piété nue en eux inspire à toute ame juste : car dans ces fausses

1 horreur du /,. . ^ .x ^ ,

péché. sublimités ^ premièrement nous avons vu qu on

ne demande point pardon à Dieu , puisqu'on ne lui demande rien du tout : secondement qu'on n'y laissp aucun lieu à la componction. De telles âmes en approchant du confessionnal , ce au lieu » du regi-et et d'un acte de contrition qu'elles » avoient accoutumé défaire », n'ont plus, à ce qu'elles disent (0, « qu'un amour doux et transi quille qui s'empare de leur cœiir »; et toute la vivacité de la componction, avec les douces larmes de la pénitence, demeure à jamais éteinte. Il est étrange qu'on ose faire ici une règle pour tout un état de cette cessation de la contrition. C'est une doctrine commune, que les péchés véniels, même hors de la confession, peuvent être effacés par un acte d'amour. Je ne veux pas en- *ti'er dans la question si et comment un acte d'amour sans regret de chaque péché, ou du péché, si l'on veut, en général, peut concourir ou suffire selon ses diverses circonstances à la justification du pécheur : ce que je condamne san^ hésiter, a^ectous les saints docteurs, c'est de vouloir être ainsi par état; d'exclure, dis-je, par. état l'acte de contrition de ses péchés; et non -seulement de le supprimer quand il se présente, mais encore faire profession de ne s'y exciter jamais : car, avec ces exclusions et ces suppressions^ l'acte d'à-

(0 Moyen court, 20, 63.

SUR LES ÉTATS D*ORAISOîf, LITRE IV. l53

inour qu'on a-oit avoir n'est qu'imaginaire. C'est pourtaM<'OÙ Ton veut mener les âmes par ces prétendus ëtats d'oraison; oii y blâme en général tt ceux qui veulent se retirer de là (de ce doux » et tranquille amour) pour faire un acte de con- » trition, parce qu'ils ont ouï dire que cela est » nécessaire, et il est vrai (0 ». On a bien peur que ces âmes ne se portent à la contrition. S'il est vrai qu elle soit nécessaire et qu'on le reconhoisse de bonne foi , falloit-il blâmer comme sortant de leur état, ceux qui forment un acte de contrition, ni leur dire « qu'ils perdent la véri- » table contrition , qui est cet amour infus infini- » ment plus grand que ce qu'ils pourroient faire » par eux-mêmes » ? Tout ce discours est plein d'erreur : car premièrement , s'ils sont vraiment chi'étiens , loin de prétendre rien faire par eu30 mêmes , ils croient que sans Jésus -Christ on ne peut rien : secondement, si par acte infus ils entendent cette infusion extraordinaire et passive dont nous parlerons en son lieu, il est faux que cet acte-là soit la véritable contrition, à Texclusion de celui qui est répandu d'uïie autre sorte dans les cœurs; et faux encore que cet acte d'amour infus exclue la contrition , comme s'il étoit incompatible avec elle : au contraire, 'on sait que l'acte de contrition peut être infus comme tous les autres. C'est d'ailleurs un prodige înoui, dans "la théologie , de dire que la contrition déroge à l'amour : it quand après pour exclure l'acte de contrition de certains états d'oraison, l'on ajoute

(') Moyen court, p, 63.

l56 ÏWSTKUCTIOîî

ignorance. A son exemple saint Augustin a pleuré dans son extrême vieillesse, et après trente ans d'une vie si sainte y les péchés qu'il avoit commis avant son baptême. David , à qui le pi*ophète avoit annoncé la rémission dé son péché, ne laisse pas de demander à Dieu quil Ven laife encore davantage; Amplius lava me (0 : lui et tous les saints ont repassé leurs années dans Tamertume de leur amie. J'accorderai doâc si Ton veut à Cassien , ou à quelque autre spiiituçl anciea ou moderne, que quelquefois dans certains momens^ et lorsque Tàbondance des miséricorde^ se fait sentir plus pleinement à une amè , le grand caln^ où elle se trouve peut être une marque que Dieu à oublié son péché : mais de faire.de cette marque une règle générale et une chose d'état perpétuel, c'est une erreur insupportable et un manifeste aifoiblissement de l'horreur qu'on doit avoir en tout état pour le péché, ■^ni. Cgg parfaits passent pourtant encare plus avant,

veaux doc- P*iisqu'ils imputent leurs péchés à Dieu ; témoin teurs font lin celle qui dit sur le Cantique i?) : « Ne fugez pas mystère .de ^ j^ ^^^^j ^^ j^ coùleur brune que je porte au-de-

leurs défauts * . .

et Tes impu- ^ liors , ni par mes défauts extérieurs , soit récl& lent a Dieu: ^ ^^j apparens i cîar cela ne vient pas, comme

passage de ri /< i» j

Gerson. * ' J) aux ames commençantes, faute d amour et de

» courage ; mais c'est que mon divin soleil par ses

» regards continuels, ardens et brâlans m'a dé-

' » colorée, et c'est la force de l'amour qui me

, » sèche la peau et la brunit ». On ne sait ce que

c'est que ces défauts qu'on attribue à Dieu et à

(») Ps, L. 4- — W Cant, 1,5, pag, i^

SUR LES ÉTATS DORAISOU, LIVRE IV. iS^

ses regards, 50/1 gu^ils soient réels ou apparens. On entend encore moins que ces défauts ne soient des défauts que pour les âmes qui commencent, et n en soient plus pour les âmes parfaites. « Cette » noirceur, poursuit-on, est un avancement, et )> non pas un défaut; mais un avancement que » vous ne devez pas considérer , vous qui êtes en- » core jeunes, parce que la noirceur que vous » vous donneriez seroit un défaut : elle ne doit ve- » nir, pour être bonne, que du soleil de justice ». Ce que cest dans les âmes, que cette noirceur et que ces défauts qui viennent du soleil de justice, c'est un mystère qui m'est inconnu, et que l'Ecriture ni les saints ne m'apprennent pas : nos défauts et notre noirceur viennent de nous-mêmes, et le contraire est impie.

Dans la suite l'amante fidèle prie l'Epoux d'ôter les petits renards , qui sont quantité de petits défauts, qu'on veut appeler petits, encore qu'ils gâtent la vigne, quils la rai/agentj qu'ils en abattent la fleur, et y fassent d'étranges ravages (0. On avoue pourtant que ces défauts viennent du maître de la vigne , c'est-à-dire de Dieu même : car on ajoute : « Que ferez -vous, pauvre ame, » pour abandonner cette vigne à laquelle vous » êtes attachée sans le connoitre. Âh ! le maître » y mettra lui-même de petits renards ; c'est-à- » dire, ces défauts qui la ravagent, qui en abattent » les fleurs » ; c'est-à-dire , du moins les ornemens, et y font tout le dégât qu'on vient de voir. Au lieu de s'humi],ier de ces défauts, on les impute

(0 Cant. it. i5> 62.

l58 IKSTRUCTIOir

à Dieu même ^ et on s'en fait un sujet de gloire^ Le saint homme Gerson ^ dans le savant livre qu'il a composé de la Distinction des ^véritables disions d*àyec les fausses ('), dit <c quon trouve » de faux dévots, qui se glorifient témérairement » de leurs défauts, de leurs négligences et de leurs » nécessités (ou de leurs foiblesses); chose absurde 3) à penser : mais il est vrai qu ils s'en glorifient » de telle manièi^ \ qu'ils pensent que Dieu les 9 permet , comme dans saint Paul , de peur que » la grandeur des révélations ou de leurs veitus » ne les enfle. Quelle misère, poursuit--il, d'une » conscience arrogante, qui n'est ni humiliée , ni » guérie de ses défauts , et loin de s'abaisser s'en » fait un argument de son élévation » ! Celles-ci poussent encore la chose plus Imn , puisqu'elles disent qu'il a fallu pour les détacher d'elles-mêmes , non-seulement que Dieu permit, mais qu'il mit en elles ces défauts, n:. C'est encore une autre maxime qui tend à éteior

uite es jj.^ rhorreur du péché, de dire que la perfection

mauvaises * ' t. r

maximes sur consiste à ne s^en plus sou^^enir, SOUS prétexte 1 ezunction q^'on est arrivé à un àesré oh le meilleur est

de la corn- l ,,. . ^ *

ponction. ^ ouôlier ce qui nous concerne , pour ne se st^u^C'^ nir que de.Dieu W» Quoi donc , c'est oublier Dieu que d'être affli^ de son péché pour l'amour de lui? faut-il, pour oublier ce qui nous concerne, ne songer plus que le péché souille notre con^ science , nous rend odieux à Dieu , nous en sépare? où prend-on ces raffinemens , et pourquoi

(') De disu ver. vis. àfalsisJ^. tertium igitar signum* tom. f , col. 5o* — W Moyen court, p. 65»

SUR LES ÉTATS D*ORAlSON, LIVRE lY. 1 5g

par tant d'artifices affoiblir Tesprit de componction.

Cependant sur ces fondemens on annonce aux âmes qui tâchent de s'affliger de leurs péchés dans le confessionnal, quelles s'en tiennent à leurs simpies occupations ('); c'est-à-dire, que la simplicité se perd par la componction. On dit de même , ii l'égard de la communion , que les âmes de ce degré laissent agir Dieu, et qu'elles demeurent en silence. Od a d^à entendu ce que c'est que ce silence et ce laisser aoir ; c'est-à-Klire, demeurer perpétuellement et par état sans s'émouvoir à la contrition , ni à aucun acte de piété, c'est la seule préparation qu'on leur permet; avec cette impérieuse décision (?) : Quelles se donnent bien de garde de cherche^ d'autre disposition, quelle qu^eUe soit, que leur simple repos ( dans l'entière cessation de tous les actes). Cette loi s'étend à tout, à /a confession, à la communion, à l'action de grâces ; en tout cela , leur dit-on , il n'y a rien à faire qu'à se laisser remplir de cette effusiofi di\^ine, sans jamais s'aider à bien faire. Voilà toutes les leçons que l'on donne aux âmes dans ce degré d'oraison , qui n'est pourtant encore que le second. A quelle cessation de toute componction , de tout désb*, et en un mot de tout acte , ne yîendra-t-on pas dans la suite 7

On a pourtant ressenti que ces hardies déter^ minatioDS feroient de la peine au lecteur, et on tâche de l'amuser par cette restriction (3): «Je

(0 Moyen cpuri, p, 66* -~ (*) Ibid. eh. xxn, pag, $7. —

l6o INSTRUCTION

» n'entends pas parler des préparations néces^^ » saires pour les sacremens ; mais de la plus par-^ » faite disposition intérieure dans laquelle on » puisse les recevoir, qui est celle que je viens » de dire ». On n entend rien dans ce discours^ quand on est dans la^ plus parfaite disposition intérieure^ à plus forte raison doit -on avoir les préparations nécessaires : ainsi cette restriction apparente nest dans le fond quun amusement; et on laisse pour assuré que ni la confession , ni la communion , ni l'action de gi^âces , ni aucun exercice chrétien ne demande ni componction de cœur, ni aucun eiTort quel qu il soit pour s'élever à Dieu.

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