‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 30 sur 109 · X. {Remarquez donc cetty^dîflKrence des saintes · texte numérisé non relu

X. {Remarquez donc cetty^dîflKrence des saintes

d^^^éû^^ réflexions qu'inspire l'amour de Dieu , ek dies ^rexions quin- tours siir sai^méme qu'inspire ramaiur-pro}H*e. spirePamour Dans les pi^emiers , l'ame , uniquement posoédée iec celles ' dcDieu, ne réfléchit sur ses mouvemcns que poùr qu'excite Ta- les lui rapporter : dans les autres, eUe se com-

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plait en elle-même ; ^e yeot se pouvoir dire à mour-proeUe-méme dans schi cœur : Je prie, je m'occupe ^^^' de Dieu ; pendaoA Que soui; ce pj^^exte au fond elle s'occupe d'elle - même , et qu elle cherche à se glorifier de &ire bien »i ce qui >es|, se remercier soi-même ^ e^ juiQh p%s Pieu,

Saint Paul >e:qptique çe^te impression de la vé- xr. ritable piété par ces paroles (') : u Tout ce que ^'*^'^« ^^'^"

• r • ' J ' ui- ^* » j -x dente par s.

» je fais, c est q^^paJ[;»iiajlt:Ce qiu est derrière p^ui. 3» moi y et m'avancent vers ce qui est xji^vant, » ie cours incessammeat vers lé bout de La car* )» rièrei et à la i^é^omp^nse qui m'^st, destinée »• Voilà un homme da^s un i^ouve^en^ bien direct, pwaqu'il ne regarde que Iç terme où il doit tendr€) et qu'il oublie tout ce.quil a fait : néanmoins après tout il se iftent allei: y çt il dit W ; « Je poursuis .19a co^I:$e, je m'avance , je m'é- » tends ». A Dieu, ne flsà^ que nous pensions que ce soit là un J^oiquvement de commençante puisqu'il ajoute : « Ayons ce sentij^n^t tant que j» nous somities de parfiûts ». Que si ^'on dit que «lint Paul se seot 0Jil€x par çonsçieoce, comme on parle ^ de. $on s^ntiinent ^ piutôt que par réflexion ; quoi qu'il ^^ soit ^ il ^& sent . aller sans aucun retour; d'aïUQur-fU'opre : et quand il ep vient à la réflexicQi manifeste , qui lui fait dire : fi J'ai livré, ua bon combat , j'ai g^idé la foi , » j'ai adkevé ma <K>urse^ et la couroime de justice ^ m'est réservée (5) » ^ Taimour^propre ne le do* mine pasd^vaptagQ, puisque toutes ses réflexions Asefont que se, ^j^ijo^dre au mK>uvement droit qui

(0 Prui. m. 1 3 , t4. r* C*) Uid, ^ (3) //. Tim. av. 7.

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le porte à Dieu et le fortifie, pour accsomplir ce qu'il dit lui-même : « Nous a^vons reçu un esprit » qui nous fait savoir ce qui uous est doâané de » Dieu (i) »«

On voit donc ici un-bomme parfidt, qui se sent lui-même y qui réfléchit $ur lui-même , mais uniquement pour glorifier Dieu davantage; et en passant ce parfait-là se propose la récompense an bout de la carrière , où il i^éfate deux erreurs des QonveaùlE mystiques : Tune , que les parfaits ne réfléchissent pas; Tautre, quits ne songent point à la récompense, et que ce n*est point là ttn acte d*amour pur; directement contre saint Paul j qui enseigne que c'est Tàcte d'un hoiiime pai'fait, par conséquent un aéte d*aïnour. trè»^ pur, sans quoi il n'y si^ point de perfection, xn. On demande ici comment il feût prendre cette

Explicadon parole de saint Antoine, et abrès lui du saint

de saint An- ^ ^ \

toioe et des éveque de Genève, que la vraie oraison né se aatressaints, connott pas elle-même; à quoi je n^ponds que querôraison ^^ Cela et oît Vrai universellement , sainte Thérèse, ne se .con- par exemple ^ n'aur oit pas écrit avec tant de sim^ noUpasefle- p^^ité et d'humilîté de SI grandeà choses sur soa

même, et en ^ ^ " ^

quel sens: oralson. Saint François dé Sales Im-méme n'aapriére d'An- roit pas dit avec la simplicité et la' magnanimité

ne mère de . ^ 11, 1 ■

Samuel. ^^ ^^ ^ trouve que dans les grandes araes : <c Tai été ce matin un peu eil solitude , où f ai » fait un acte de résignation nomparefiUe (^) » : il prioit Àans doute, et il prioit très-parfaitement , puisqu'il produtsoit une telle résignation ; mais en même temps il entendbil sa résignation et sa

CO i. Cor, il. la. — («) £iV. ir, /««. 4, ' ' • >

prière ,

SUR LES ÉTATS B^O&AXSDZf^ LIVRE T. 1*]*]

filière^ et dans celte vue il s'ëcrie : « O que bien- ^ heureuses les âmes qui vivent de la seule vo- » lonté de Dieu » ! Dieu hii imprima dans le cœur qu il s^étoit passé en lui quelque chose qui se ressentoit de cet état. Cent traits semblables 4e ce saint auteur^ et des autres saints, feront voir qu on. ne peut sans absurdité prononcer que tous ceux qui prient parfaitement n'entendent rien dans leur oraison^ et saint Antoine lui-même , de qui est Qstte belle senleuce, lorsqu'il voy oit venir le soleil , et qu'il s'écrioit dans la ferveur de son esprit : n O soleil , pQurquoi me troubles- tu (0 » 7 sentoit bi^n qu il avoit prié avec un doux recueillement pendant toute la nuit, ce qui nest pas ignorer absolument sa prière. Il veut donc dire que souyenlj /re^ifenter^ dans Toraison de trans* port , que Cassien , qui nous a coniservé cette parole d^ saint Antoine , appelle pour cette raison Toraison de feu, dans le raidissement, dans le transport, in excessu mentis.; il se passe bien des choses dans Iç cœur , que des amans transportés disent en secret au bien ^ aimé qui voit tout, plutôt qu'ils ne les ressentent ou n'y réfléchissent ; car tout n'est pas réflexion , et parmi les réflexions il y en a de si délicates, qu'elles échappent à l'esprit. On voit aussi, par toute la suite, que la sentence de saint Antoine regardoit un genre d'or raison extatique, et non pas en général toujte oraison, même parfaite; Quand Anne mère de Samuel fit juger au saint lK>mme Héli pai* le mour

' (0 Cass. col. iz y de orat. 3x.

Bossvtrt. XXVII. ii

1^8 IHSTRlJCTIOir

vement irrégulier de ses lèvres y qu elle étoit ivre^ elle sut bien lui répondre quelle ne Vétail pas, mais seulement quelle ayoit parlé dans l* excès de sa douleur iO : il est dit expressément qu'elle ne parloit que dans lé cœur ; ses lèvres alloient sans proférer aucun mot. Ce mouvement mar* quoit le saint transport de son ame^ et pou voit Fempêcher d'entendre distinctement ce qu elle disoit à Dieu , dans l'amertume de son cœur, et. ai^ec tant de larmes (^). Elle savoit bien néanmoins ce qu'elle a voit voulu demander à Dieu, et le vœu qu'elle lui avoit fait pour obtenir un fils. Ce sont de ces oraisons de transport où la réflexion a peu départ, et peut-être point. Tout se passe entre Dieu et l'àme avec tant de rapidité^ et néanmoins (quand il plaît à Dieu) avec tant^ de tranquillité et de paix, que l'ame, étonnée de. se sentir mue par un esprit si puissant et si doux à la fois y ne se connoit plus elle-même, xm. On peut attribuer à un semblable transport

Da trans- ^^ ^ ^^^ espèce d'extase, ce qui airriva à saint

port de saiiic ^ . . .

Pierre et de Pi^^i*^ lorsqu'il fut dâivré de la prison d'Héceluidesaint j-Q^g (3). H s'éveille frappé par l'ange y il se lève,

et il voit tomber toiites les chaînes de ses mains j ilpt'end ses habillemens Tiin après l'autre au commandement de l'ange, sans s'apercevoir de ce qu'il fait; enfin après avoir passé tout hors de lui-même deux corps-de-garde, et une porté de fer qui s'ouvrit devant lui , marchant le long d'une rue , il commence à revenir à soi, et tout ce qui s^étoit pa3sé auparavant, lui avoit paru comme

CO /. Rtg. 1. ta el seq, — C*) JUd. lo. — (3) Aot xu.

Stni LES ÉTATS D*01tAl80Vy LITKE y. I^g

na songe y tant il se sentoii pea Im-méme dan^ cette espèce d'extase, et tant Fétonneinent d'ua. prodige si inespéré dén^oit tout ce qu'il faisoit à sa connoissance. C'est encore dans un transport et dans le ravissement de son esprit, que saint Paul enlevé au troisième ciel , et étonné des pa* rôles qu'il y entend , ne se connc^t plus lui-meiçae^ et ne sah s'il est dans son corps , ou s il en est séparé (0. Voilà ce qu'opère le transport ; et il ne faut pas douter que dans de telles ou de. semblables opérations' de l'esprit de Dieu, il ne se passe beaucoup de choses que les âmes font ou souffrent sans le sentir distincteKient.

S'il faut encore aller plus avant, je dirai que XTV. quelquefois l'ame s'aperçoit de ses sentîmens, et ^<i^^^l^«que quelquefois elle ne s'en- aperçoit pas , ou ne ^oit de ses a'en aperçoit que confusément.* flentimens,et

^^ , , . ^ j .. «ouvent elle

Qu on s aperçoive souvent de ses sentimens , ^e s*en apersaint Paul l'a déclaré expressément par ces par çoii pas : on rôles W : Oui sait ce qui est en thomme» si ce °®**J'^*'*I'**J

^ ' ^ ^ des deux est

n'est V esprit de Vhomme qui est en lui? le plus pais

Qu'il y ait aussi dans l'homme des sentimens ^^^^* qu'il n'aperçoit pas , David le décide en s'écriant ; Qui eonnott ses péchés ? Purifiez - moi de mes fauXés cachées (^) : cela arrive dans les bonnes du>ses comme dans les mauvaises ^ puisque nul ne sait s'il est digne d'amour ou de haine (4j ; l'on ne sait donc aussi si soi-même Ton aime Dieu , ou sÀ l'on ne l'aime pas \ puisque si on savoit assuré*ment qu'on l'aimât^ on sauroit aussi qu'on ne

W //. Car, MI. 3. — W /. Q>r. ii. x x. — {?) wP|. XV|U. (3, •* (4) EecL IX. I. .

l8o IBSTKUCTIOir

Taime pas sans en être aimé, et on ven*oit Ta-» mottr que Dien a pour nous dans celui qu'on âuroit pour lui. Mais ^ encore un coup y lequel àts deux ^1 le plus parfait , ou de connottre ses actes pour en rapporter la gloire à Dieu , selon ce que dit saint Paul (0 : Qui sait ce qui est en VhMime, sinon Vesprit de l'homme qui est en lui? et après : Nous ax^ns reçu de Dieu un esprit pour cùnnàftre ce qui nous est donné de Dieu; ou de ne le. pas oonnoitre, et d aimer Dieu sans songer qu'on Taime , et sans même savoir où songer ce que c'est qu'aimer : qui entreprendra de le déci« der y si ce n'est celui qui veut savoir ce que Dieu a réservé à 3a connoissance?

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