‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 31 sur 109 · XV. Tout ce que je sais^ c'est que Dieu veut quel · texte numérisé non relu

XV. Tout ce que je sais^ c'est que Dieu veut quel

Si et com- quefois rendre une ame attentive à l'amour qu'elle

ment rame * , ^

qui aime ^ pour lui , à peu près de la même sorte que connoît son lorsqu'il dit à saint Pierre jusqu'à trois fois : Pierre j m^aimez^^vous W ? C!ombien de semblables interrogations se font. souvent dans ceà secrets colloques des âmes avec Dieu , où il semble leqr demander en les examinant : M'aimez-^ous? et l'ame ne peut répondre autre chose ^ sinon , sans hésiter , qu'elle l'aime. Mais par un mystère merveilleux, en reconnoissant avec un aveu sincère qu'elle l'aime ^ souvent dans un autre sens, si elle s'approfondissoit elle-même , à moins d'une révq^ lation particulière , elle n'oseroit s'assm^r qu'elle ftime comme il faut ; et cpntrainle d'appeler uii meilleur témoin d'elle-même qu'ielle-^xiême , eUe diroit enfin comme saint Pierre (^) : Seigneur,

(0 /. Cor, II. 1 1« la. — {*) Joan, xxi. i5. — (^) Ibidé

SUR LES ÉTATS D^ORAISON, LIVRE V. l8l

'VOUS sa^ez tputj et vous savez çùe je vous aîme^ et si je ne vous aime pas encore comme vous voulez y vous saveK m*inspirèr un vrai ampur.

Par-là se découvre manifefit^meiit l'erreur des xvr. nouveaux mystiques, lorsqu'ils décident hardie Qu'Une faut

■ ' •' * '^ * pas aiflément

pienjt que les actes non aperçus ou aperçus confti^ juger quels sèment soQt Les plu$ parfaits , et des âmes les plus actes sont les parfaites* Au contraire , régidièrement parlant , j^^^l'erçus comme un péché commis avec réflexion a plus de on les non malice , il semble ausâ qu'un acte vertueux pro* *P«''Ç^* duit ayec réflexion et avec une connôissance plu$ expresse, ait plus de bonté. D'autres raisons peu* vent tempérer celle - là , et c'est par les circonstances et par les efiets qu'il faut juger du ifiérite de ces act^s. Le mieux est le plus souvent de n'en }uger point; il faut laisser voir le mérite à I^eu Bans le voir soi - même ; et la seule règle ceKaine est de rendre à Dieu tout le bien que nous apei^ fsevôns en nous.

Si Ton cherche comment et pour quelles causes xvir. nos actes intérieurs bons et mauvais échappent à I^^verses

«t causes par

notice propre connôissance , on en trouvera din^ oji il arrive finies^ qui toutes ont lieu dans l'oraison. Un acte qu'on neconaous peut échapper quand il est si délicat qu'il âç^gg^^*"^ ^ ne fait point d'impression, ou en fait si peu qu'on l'oublie ; car il est alors comme si on ne l'a voit jamais produit. Il peut y avoir des actes si spiri* tuels et intellectuels , ou en tout cas si rapides , qu'ils ne laissent aucune trace dans le cerveau , ou vlj en laissent que de fort légères ^ qui s'efiacent comme d'elles- mêmes , ainsi qu'un flot qui

l82 IirSTILITCTION

se dissout au milieu de Feau. Une grande dissipation et divagation de Fesprit apporte mille pensées qui se dérobent à nolis en même temps qu'elles naissent. La disposition opposée, je veux dire y une véliémente occupation de l'esprit d*un ' côté , fait échapper ce qui s'insinue par Fautre. La même chose nous arrive ^ comme on vient de voir^ par le transport^ lorsque Famé dans une^ espèce d'extase, ou saintement emportée de ses désirs, ne se possède plus. De même lorsqu'il s'élève dans l'intérieur un violent combat de nos pensées , elles partagent tellement notre cœur qu'on ne sait à laquelle^n a cédé ; ce qui arrive principalement dans les épreuves dont nous parlerons en leur lieu. Enfin ce qu'il y a ici de pins important, nos actes nous échappent par leur propre simplicité, ce qu'il faut tâcher maintenant d'entendre.

XVni. Souvenons-nous donc que Famé déchue de la

Comqaent justice originelle , et entièrement livrée aux sens,

lame envient • ^

âne se plus ^'^ se connoît plus elle-même qu avec une peine connpitre extrême^ et comme dit saint Augustin (0, s'enveet seTaTtes ^^PP^ï** ^^eb les images sensibles dont elle est intellectuels toute remplie et toute offusquée, elle se fait par ouapintuels. ^^ moyen toute corporelle, et ne se distingué point elle-même d'avec son corps \ ce qui est dans le fond ne se pas connoître, et nier en quelque façon sa propre existence. Néanmoins par un secret sentiment , ou comme on parle y par une

(0 DeTrin, Ub. z, cap^ m, xv, eto, n» $,6 et seq» tom, yiu, ooL 891 , eie.

Sun L£S ÉTATS XkOKÀUOVy LIVRE V. l83

certaine conscience de sa spiritualité ^ dans la connoissance queUe tâche d*avoir d^eUe- même elle se décharge le plus qu'elle peut de la matière^ et s'imagine quelle est un air délié ^ ou une flamme subtile, ou une vapeur du 'sang et un mouvement des esprits , ou quelque autre chose de semblable I le plus mince et le plus menu qu'elle puisse imaginer. Par une suite de cet état^ ce qu'elle ignore le plus y ce sont ses actes et ses mouvemens intellectuels: les sens occupent tout^ et on se remplit tellement des objets corporels qu'ils nous apportent y que ne voyant rien qu'à travers ce nuage épais, on croit en quelque façon que tout est corps, et que ce qui n'est pas corps ou corporel n'est rien. D'où vient aussi que l'ame est si peu touchée des biens purement intellectuels , et que toute sa pente est vers les sens et les objets sensibles.

~ On ne sort de ce triste état que peu à peu, et ^^I^* avec d'extrêmes efforts. Tavoue bien que l'ame „ Comment

* Famé coin-

peut se redre^ér par son raisonnement, comme menée à «oront fait quelques philosophes. La foi la redresse ^ àe cette aussi d'une manière plus prompte et plus eflScace; aansla'^conmais c'est proprement dans la contemplation que templation , recueillie en elle-même elle commence à se dé- ®^ ^® ^J ^*

arme alors.

mêler comme expérimentalement d'avec le corps, dont elle se sent appesantie , et à séparer ses occupations intellectuelles, qui sont ses véritables actions, d'avec celles des sen« et de la partie ima*> ginative , qui n'est antre chose qu'un sens un peu plus intérieur que les autres ^ .mais dans le fond

ï84 l}9ST^V,CTlOTSf

aussi grossier y puisquaprè» tout y ce qui y entre U*e$t toujours que corps.

L^ame donc y dans cette ignorance ^ naturellement dominée par Tbabitude de sentir et de croire en quelque fa^on .que rien n'est réel que ce qui se sept^ ce qui se tQUQhe, ce qui se manie, en se réduisant peu à|>eu à la purç intellection^ Sl'éçhappe à elle même, et ne croit plus opérer pendant qu'elle commence à exercer ses plus vé* Imitables et plus naturelles opérations. Les actes de la volonté sont encore plus imperceptibles que ceux de Fintelligence; car çncore que toute pensée soit prompte et rapide de sa nature, ce qui fait dii^e à ce sublime poète, pour exprimer la célérité d'un mouvement, quilest vite comme la prisée : néanmoins Tacte de la volonté, si on le veut ranger parmi les pensées, se trouvera le plus vite de tous les actes humains, puisqu'il Test tellement qu'^. peine a-t-ou le loisir .de le sentir. L'entendement ^e promène sur diverses propositions pour former un raisonnement et tirer une con* séquence, mais le coi;^ du consentement, pour ainsi parler, se donne en un instant, et ne se jconnoit que par ces ef&Jt$- Ep^ement L'ame donc dans l'état contemplatif, se trouve des actes de si épurée, OU comn^e parlent les spirituels après l'ame, et ces- ^Jassîen (0, sinUnpeet^i déli4e : extenuMa mens,

sation du -,

langage. ^^ ^^ peusées si subtiles et si délicates , que le^ sens n y ont point de prise. Mais toutes ces expressions, quelque effort que nous ayonsfait pour

0) Cass» Coll. s, ei yn, iz. Coll. j,Ci xjiu

SUR LC8 ÉTATS d'oRAISON, LIVRE Y. l85

les épurer y sont grossières , puisque le menu, le mince, le dâié ne tombe après tout que sur des corps. Le même Gassien a trouvé une autre expression, d^autant meilleure qu^elIe est évangélique. Il dit donc que, dans cet état de pure contemplation, « Famé s'appauvrit, qu'elle perd les 9 riches substances de toutes les belles concep- » tions, de toutes les belles images, de toutes les » belles paroles (i) '» doat elle accompagnoit ses actes intérieurs. On en vient donc jusqu'à parler le pur langage du œur. Jusqu'à ce qu'on en soit venu à ce point^ on parle toujours en soi-même un langage humain , et on revêtit ses pensées des paroles dont on se serviroit pour les exprimer à un autre. Mais dans la pure contemplation , on en vient tellement à parler à Dieu, qu'on n'a plus un autre langage que celui que lui seul ^itend , qui est celui que p^ôus avons appelé le langage du cœur, surtoujt dans l'acte d'amour , qui ne se peut ni ne se veut expliquer à Dieu que par luimême. On ne lui dit qu'on i'àime qu'en aimant, et le cœur alors parle à Dieu seul. Si l'on vient et jusqu'où l'on vient à la perfection d'tm tel acte pendant cette vie, et si l'on en peut venir jusqu'au point de faire entièrement cesser au-dedans de soi toute image et toute parole, je le laisse à (décider aux parfaits spirituels : ici, où j'ai dessein d'éviter toute question, je me contente de dire que cet épurement s'avance si fort dans la sublitt^e contemplation , qu'on entrevoit du moins la par-

(*) Cass, Coll. etc.' u.

l86 INSTMUCTiaif

faite pureté y et que si Ton n*y parvient pas en* tièrementy on a quelque chose qui s'en ressent beaucoup* La pensée donc ainsi épurée , autant qu'il se peut ^ de tout ce qui la grossit , des images y des expressions, du langage humain y de tous le» retours que Famour-propre nous ipspire sur nous» mêmes; sans raisonnement , sans discours , puisqu'il s'agit seulement de recueillir le fruit et la conséquence de tou&les discours prédédens^ goûte le plus pur de tous les êtres,, qui est Dieu , non-^ seulement par la plus pure de toutes les facultés intérieures, mais encore par le plus pur de tous ses actes, et s'unit intimement à la vérité, plus encore par la volonté que par l'intelligence. XXI. Et pour ouvrir encore à l'esprit une voie plus

rcineni pw excellente , je suppose l'ame entièrement captivée la foi. et subjuguée .par la foi, qui sans besoin de rai^

sonnement, ni.de lumière, ni de clarté ou d'évidence, en croit Dieu, parce que c'est Dieu, et pour adhérer à la vérité n'a besoin que de se soumettre à Tautorité de la vérité même. Une telle ame, se réduisant à la seule foi, en vient enfin ^ ^dit ,Gassien, à cette parfaite pauvreté £ esprit, qui a fait dire à David : Le pauvre et Vindi^eni *ii>ous donneront des louanges (>) ; parce qu'en effet, dépouillée de tout ce qu'elle peut avoir par elle-même, elle se met en état, par la pureté o& Dieu seul Ta élevée, de ne plus rien approuver que ce qu'il enseigne.

(0 Pg» ULXiii. ai.

SUR LES ÉTATS D*OKAISO]f| LIVRE Y. 187

Elle entre aloi^s Yéritablement dans l'école du ^^^• Saint-EIsprity daos cette école intérieure où Famé lememdêraest excellemment enseignée de Dieu. Quelle est medaosrinéloignée, dit saint Augustin (0, des sens de la ^{^""^^^ chair, cette école où règne la paix et le silence; fond, cette école ok Dieu se/aU entendre, où se tient le conseil du cœur, et où se prennent les résolutions : encore un- coup, dit le même saint ^ queUe est éloignée du sens de la chair ! Le sens étonné n'y voit rien , et Tame qui lui échappe lui parolt comme réduite à rien. Ad nïhiUùn redactus sum^ et nescivi : J*en suis réduit au néant ^ dispit David (3) \ et ce néant méme^ que je trouve en moi dans un fond où Dieu me ramène, m'est impénétrable y et nescivi; ce qui lui fait ajouter : Je suis devenu devant vous comme une bête .: ut jumentum : sans raisonnement , sans discours ; et tout ce que je puis dire en cet état ^ c'est tfue je suis toujours avec wms, et que je ne trouve que vous dans Fobscurité de la foi où vous m'avez enfoncé: et ego sempertecum : voilà ce que je puis dire en bégayant de l'exercice parfait , et de l'imperceptible vérité des actes intellectuels daos la sublime contemplation.

U est maintenant aisé d'exj^quer les actes qui xxm. sont commandés au chrétien y et la manière la Q^^ ^^^ plus excellente de les pratiquer. De tous ces actes, ^^^^ les plus impurs et les plus grossiers sont ceux qu'on réduit en formule, «t qu'on fait comme on

(0 De Prœd. Sanct cap, yiii, n. i3; font, x, coi. 799. — « » {^) JPs, ULXii, ai «

l88 IKStmUCTIOll

les trouve dans les livres sous ce titre : Acte de contrition. Acte d'offrande, et ainsi des autres ; ces actes sont très-imparfaits, et même ne sont souvent qu un amusement de notre imagination > sans qu'il en entre rien dans le coeur. Us ont oe^ pendant leur utilité dans ceux qui comm^ioent à goûter Dieu : c'est une tfoorce, il est vrai; mais à travers cette écoroe la bonne sève se coule: c est la neige sur le bled, qui en le couvrant en^ graisse la terre , et fournit au grain de la • nour* riture : on en vient peu à peu aux actes du cœur, que nous avons expliqués autant que Dieu Ta permis à notre foiblesse.

xxrv. ' Le Psalmiste a poussé cette expiicaiicm à la Comment ^yis grande simplicité par ce verset r Le Seigneur explique. ^ exaucé le désir des pauyres ; fvotre oreille à écouté la préparation de leur cœur (0. Dès. qu'il commence à s'ébranler et à s'émouvoir pour vouloir, avant qu'il ait eu le temps . de s'expliquer son acte à lui-même , Dieu le voit daos le fond le plus intime du cœur, et dès^là il l'écoute. Pour s'expliquer davantage, le même Psalmiste dit ailleurs (^) : J'ai dit: Je eoirfesserai contre moi-même mon injustice au Seigneur,. et vous aues déjà remis l'iniquité de mon pécàé. Quelle admirable précision : J*ai dit: Je cot^tserai;. }e n'ai pas encore confessé, j'ai résolu de le faire» et )'y ai préparé mon cc^ur; et iLnfe dit pas : Fbtu fot mettrez; comme si pieu.devoit attendre ma con*i> £s$sion pour me repiçttre nxa faute ; mais il dit :

(0 Ps, iz, X sec, heb, i, 17* — (*) Ps, xxzn ta.

SUR LES ÉTATS liOWiJLlSOV, LIVRE T. 189

f^ous avez remis; de notre côté, c'est le futar;

Je confesserai : da côte de Dieu , c'est le passé ;

Fous avez remis : Diea a plutôt remis que nous

n'avons achevé la confession de notre faute. Je

crois pour moi qu'il faut pousser ce sentiment de

David, î^squ'à dire qu'avant que Tesptit ait formé

aucune parole en lui-même , Dieu a déjà écouté

la profonde résolution d'un cceur qui se déter«

mine, avant toute expression , à reconnottre sa

faute et à la corriger. Combien de fois dit-on en

soi-4néme; Je m'ai vais prier? et dès-là souvent

la prière est déjà faite. On sera souvent devant

Dieu comme un mendiant sans oser hii rien de*>

mander, tant on s'en réputé indigne; mais on a

déjà demandé, par la secrète intention du cœur ,

ce qu'on n'osoit demander d'une manière plus

expresse : Dieu voit lé fruit commencé dans le

nœud, et la prière dans l'intention de pri^ : Il .

fira la vol&nté de ceux qui le craignent, *èt il

exaucera leurs prières , et il les sauvera (0. Tels

itontles actes du cœur, plus on le.< exerce, plus

Tame s'épure et se simplifie ; ils se concentrent

dans la charité, qui croit tout, qui espère tout,

qui souffre tout , qui demande tout ; et qui , dans

les temps convenables, dévelopjpe comme on a vu,

tous les actes qu'elle contient en vertu.

C'est en cet état que les faux mystiques vou- XXVdroient faire accroire à l'ame qu'elle n'a rien à Queceiéut demaïkler. Mais c'est alors au contraire que' ses les dcman- 4eQiandes sont les plus vives comme les plus pure&. ^^ 9 les ac-

(0 Ps, CZLIY. ig.

igo IHSTHUCTIOir

tîonsdegrà- Cassien^ qui nous représente si à fond une am^

lcs*'actM*'de T^^^^^^^e ^ Cette bienheureuse pauvreté et simpli-

piété abon- cité d*esprit y y reco'nnoit la source âes demandes ,

dent le plus. ^^ rcconuoît que l'ame ainsi appauvrie , « qui ne

» sent dans Tindigence où eUe est réduite aucune

» sorte de secours (0 » qui lui viennent de soot

fond y entend mieux que jamais qu'elle « n*a de

» force qu'en Dieu ^ et lui crie à chaque moment^

» dans un esprit de supplication : Je suis un pauvre

1» ^t un mendiant^ ô Dieu y aidéz-moi » ; c'est ce

qu'il répète souvent ^ et jamais l'ame ^ selon lui,

n'est plus demandante que lorsqu'elle est devenue

plus simple. Ses réflexions sont aussi épurées- que

ses mouvemens directs; elles s'y joignent ^ comme

on a vu, non pour repaître notre ainour-pro^nre ,

mais pour aider et accâérer tous les moovemens-

vers Dieu en reconnoissant qu'ils viennent de lui.

Ainsi tout se tourne enfin en humUes actions de

grâces , qui sont le pur fruit d'un amour recon^

noissant ; ainsi naissent tous les autres actes , et

l'ame est tenue , par leur exercice, en tendance

continuelle vers Dieu, autant que le peut souffrir

l'état malheureux de cette vie.

XXTI. Il ne faut donc point dans l'oraison ni dans

Dieu donne «f • ^ i • r. i» • i .

ans amesdeB * ^*®ï*cice dcila piété imaginer un seul acte, qui , îDstincu ca- comprenant tpus les autres, en autorise la sap« çhes et des prçggiQn . j^ f^î ^ lespérauçe et la charité sont et

déconveru. seront toujours trois choses; et leurs' actjie^s sqnt très- distincts, quoiqu'ils ne soient pa» toujours distinctement aperçus. Le Saint-Esprit excita

(0 Cas9. ColL eUf, ii.

SUR LES ÉTATS d'oRAISÔN, LIVRE Y. IQI

souvent daps les cœurs des désirs qu'il n'explique pas : Famé sent à de certaines instigations confuses, qu'il veut d'elle quelque chose qu'elle ne . peut comprendre. C'est ce que saint Paul semble avoir voulu exprimer dans ce passage tant de fois cité; mais qu'il faut répéter encore (0 : L'Esprit nous aide dans notre faiblesse; car nous ne sa\fons pas ce que nous aidons à demander dans la prière pour prier comme il faut; mais V Esprit demande en nous avec desgémissemens inexplicailes. Voilà déjà quelque chose d'incompréhensible dans la prière; mais ce qui est encore plus remarquable^ c'est que, comme ajoute l'apôtre, celui qui sonde les cœurs, sait lé désir, la pensée, l'intention de l'Esprit, fpôviqpa , et sait çuil demande pour les saints ce ijfui est conforme ( à la volonté ) de Dieu. Toutes ces paroles insinuent quelque instigation <|iu ne se découvre pas d'abord ; car ce que dit le même saint Paul , que Dieu sait Vinteniio n de VEs* prit, semble indiquer que celui en qui il agit ne lésait pas bien ; par où cet apôtre paroît vouloir expliquer.ee que dit le Sauveur lui-même : L'Esprit souffle ou il veut, et on entend sa voix; mais on ne sait d'où il vient ni oh il va (^}. On sent qu'il veut quelque chose sans démêler ce que c'est : tout ce qu'on sait, en attendant , c'est que ce qu'il inspire est pour les saints (?) ; et en général conforme ja Dieu, sans savoir comment. Quand le même saint Paul disoit à Jésus-Christ , Que voulez'* vous >que je fassse (4), Dieu lui mettoit dans le

(0 Rom. viu. 26. — W Joofi, w. 8. — (3) Rom. tiiï. 37. •— . (4) Act. ix« 6.

ig2 UrSTRVCTIGlN

cœur je ne sais quoi de confus à quoi il fSaUoit satisfaire ; mais qui ne devoit se développer que dans la suite. Tout n'est pas confus de cette sorte dan^ les mouvemens du Saint-Esprit. Au même endroit de saint !Paul, et trois versets auparavant, le même Esprit de prière dont nous a^ons les prémices , nous /ait entendre ( distinctement ) l'adop* lion des enfans et la rédemption de nos corps (0. Chacun de ces instincts du Saint-Esprit, et celui qui est plus confus , et celui qui est plus marqué, demande sa coopération particulière; et c*est, comme on a vu , par les circonstances, qu il faut décider lequel est le plus parfait, xxyn. Toserai pourtant prononcer, et on avouera Erreur des ^ ^^ viesX. point témérairement, que les actes

soaveaux * * i i

mystiques, distinctement aperçus sont les plus parfaits ei^ d'attribuer eux-mêmes; et d'abord pour commencer si Ton ^^t à^lm- ^soit par Jésus -Christ, qui dira qu'il n'a pas perfectîonla aperçu ses actes, ou que pour cela ils aient été

perception moing parfaits et moins méritoires? La joie où desesactes. * . -i i i

les âmes saintes sont abîmées dans le ciel, ne rend que plus nette la connoissance qu'elles ont d'elles-mêmes , et des actes par lesquels elles sont heureuses. Ces âmes choisies, à qui on croit que Dieu, par une bonté aussi rare qu'elle est admirable, a révélé leur prédestination, ressentent distinctement les actes qui les font saintes et

persévérantes. Sans parler des grâces extraordinaires, combien d'ames d'une sainteté éminente ont connu distinctement en elles les opérations du Saint-Esprit et les leurs? L'ignorance de nous-

CO Rom, Yiii. a3.

mêmes

SVM. LES ÉTATS tkOnAUOSf LXVBB V« IqS

mêmes et de nos actes , où nous sommes tombés , est une plaie du péchë originel , et souvent même un effet ou un reste de la concupiscence et de Tempire des seiis ^ dont Dieu dégage les âmes jus^ ques au point qu'il sait. C'est ce qui fait daD$ les saints tant de grands actes qui leur sont connus^ ^

comme on Ta vu .par tant d exemples des prophètes et des apôtres; de sorte que c'est une erreur visible et injtolérable de mettre avec les nouveaux mystères la perfection de Toraison à ezteiminer les actes dès qu'on en voit paroitre li^ moindre lueur.

Avant que de passer outre , il faut encore pro- XXTm. poser le raisonnement le plus captieux des npu- Comparwveaux mystiques \ ils le tirent de 1 amour-propre, se entre les Quand on en est possédé , et tous les hommes le ®^*®* ^® ^*" sont par leur corruption naturelle , on ne se dit L"°"^^ i^ pasàtomt coupv, Je m aime moi-même; on s'aime actes de Fasans «'y e;sdter , sans y songer même , et la pente ™®"'<"^"est si naturelle qu'on ne s'en aperçoit pas. Sur ce fondement on raisonne ainsi : «rien n*est impossible à Dieu , et il ne peut pas moins par ss^ grâce que la nature par sa corruption; ainsi ^ quand l'amour divin dominera dans un cœur , et quand il sera tourné en habitude formée , les actes couleront de sQurce sans aucun besoin de les exciter» etsanç même qu'on s'aperçoive d'un sen« tîmeniqui Oiousaura passé en nature.

Il est aisé de répondre en supposant un prin- XXIX. cipe de la foi ; c'est que l'amour-ptfopre parvient . ^^^""^^ à l'entière ^itinetion de l'amour de Dieu; mais «ur le comque y par la constitution de la justice de cette ^«^ perpé-

BOSSUET. xxvii. iS '

Î94 INSTRITCTIOII

tuel de la yie , Tamour de Dieu ne parvient jamais à len- «dlfféij^nce *^^^^ extinction de l'amour -propre : ainsi la notable en- concupisceuce qui est Tamour-propre peut être uc la manié- y^incue , mais non pas éteinte ni entièreipent

re d^agir de ' ^ , .

ramour-pro- désarmée; puisque le combat subsiste toujours, pre et de Ta- ^t que les plus justes n'en sortent pas sans quel- Die^. * T^^^ blessures , qui les font pleurer et confesser leurs péchés comme autant d'efièts de leur amourpropre y tant que dure cette vie mortelle. Gela posé y il est faux qu'on puisse étre.iaussi parfait dans cette vie qu'on y. peut êtr^ corrompu^ ni qu'un juste puisse venir à un état où il ne fasse non plus de faute contre sa fin, qui est Dieu^ que rhomme livré à lui-^même et à son amour-propre , en fait y pour ainsi parler , contre la sienne, qui est de se satisfaire. Ainsi l'homme abandonné à sa convoitise ne fait point de faute contre elle^ dont il ait besoin de se relever par ses réflexions ; mai$ l'homme bien que soumis à la charité, qjoi sait qu'il pèche si souvent contre ses loisi, doit être attentif à ses péchés , afin de s'en humilier et de s'en corriger. ^

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