‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 34 sur 109 · X. Si Ton répond que la perfection a plusieurs de · texte numérisé non relu

X. Si Ton répond que la perfection a plusieurs de

Queieton p,^g g^^j^^ Clément, qui lés reconnott. devoit

ce Péro c'est ^ '. , '^. ,., , , .

dans le plus donc dire quelque part , qu il y a un de ces degrés haut point où Ton ne demande plus } mais au contraire il dit tion*^ *^" ®^ termes formels W, çue le gnostique iHorjrphée ; riiomniespi- c'est-à-dire, le parfait parmi les parfaits^ celui ntoel fait les quj gg^ parvenu au sommet de la spiriiuaUté^ ùç

dcmandeft* .

êoLfivnxaiy et à la plus haute sublimité de Vhomme

parfait : celui à qui la vertu a passé en nature, en qui elle est devenue permanente et inamis^ sible (au sens qu'on verra) est^ après tout, celuilà même qui fait toutes ces demandes.

Il est si parfait « qu'il est déjà avec les anges, et ïk prie avec eux comme celui qui est leur égal (') ». Et cependant il demande « à n'être pas lobg- » temps dans la chair ; mais qu'il y vive comme » un spirituel et comme un homme sans chair ^ » «ffapxoc ; et deman,de aussi à la fois d'obtenir les » biens excellens, et d'éviter les grands maux ».

On voit donc que celui qui fait les demandes n'est pas seulement, appelé le coryphée, le souverain parfait ; mais encore^ par toutes les choses

(0 Suvm. lib. II. ?g6. — (*) La. TU. 736. — W I&id.. 746.

SUA LES ÉTATS D*OI^AlSONy LIVEE VI. %ig

qn on lui attribue ^ qu il a le vrai caractère de perfection.

' Ailleurs (0, « le même gnostique ^ qui prie par » la seule pensée , toujours uni à Dieu par la î> charité , et familier avec lui » : en un mot un de ces parfaits que Dieu exauce toujoui^^ comme il exauça Anne mère de Samuel , « demande que » ses péchés lui soient pardonnes ^ de ne pécher » plus » y et le reste que nous avons rapporté.

Je n'exagérerai point quand je dû^ai que j'omets trente passages de même force , et qu'il n'y a rien de plus inculqué dans ce Père que les demandes dans la bouche et dans le cœur des plus parfaits spirituels.

Si l'on répond que ces prières des parfaits sont XI. particulièrement inspirées, nous avons déjà ré- Q"® ^** pondu qu on n a pas besoin d inspu:ation ^ parti» parfaits ne cnlière pour les choses qui sont de l'état commun sont in^idéla pif té chrétienne/ et nous répondons encore JJ^^^ ^^ plus précisément sur «aint Clément, qu^en tant que le sont d'endroits où il parle de ces prières des parfaits, toutes les

* * 7 * ' pneresGhre-

il n'a pas donné la moindre marque qu'il les attri-^ tiennes. bue à une autre sorte d'inspiration qu'à celle qui est commune à toute prière chrétienne y ni il ne les fonde siir d'autres préceptes^ ou sur d'autres promesses que sur celles qui sont données à tous les fidèles. De sorte que ce recours à des inspirations extraordinaires dans des choses qui regarden;t l'état commun du, chrétien , visiblement n''est autre chose ^qu'une échappatoire pour éluder une vérité manifeste.

(0 Strom. lib. vi. $05.

a 20 IN8TRÛCTI0»

xn. Il ne i-ggie plu5,titt'à examiner comment la vertu

Quelepar- . • ./i , . ,. w i .

fait de saint ®^* mamissiDie ; c est- à ^ dire, ne peut dechoif Clëmejitpra- çlans Thomme parfait , selon sai^t Clément d'A- ««^0118*61* ïe;Kandrie ; et d'abord il est bien certain que ce les précau- Père e$t bien éloigné de l'erreur de Calvin : au lions, et que m^me endroit où il parle ainsi (0, il a dit que son

c csi par ~ là ,

cfue sa yerui gnostique p son vertueux et son spirituel parfait est inébran- demande « de ne tomber point , se soutenant qu'il » y a même des anges qui sont tombés »• U ne ^ croit donc pas exempt de la chute; mais la rai-son qu'il a rendue de la constance invincible de rhomme parfait dans le bien , est très- remarquable pour le sujet qqe nous traitons. Car si le par£ait se soutient y « c'est , dit- il ^ très -volontairement » par la force de la raison y par Tintelligeuce et » par la prévoyance ou la précaution ». Voici un homme bien éloigné du parfait des nouveaux mystiques , qui n'admettent ni prévoyance ni rér flexion ^ au lieu que celui de saint Clén^ent en est tout plein : car ce il arrive > poursuit41 , .à'unevertu 9 indéfectible y à cause de sa précaution qui.ne se ». relâche jamais. Il joint à la précaution ^ qui fait » qu'oQ ne pèche ppinl^, le bon raisonnement qui >> apprend àdiscerner les secours qu'on peut dou'v » ner à la vertu pour la rendre permanente : d'où » il conclut que la connoissance (pratique et lia- » b.ituelle)de Dieu est tine très -grande chose , » puisqu'elle conserve ce qui rend la vertu iadé- » fectible » ; c'est-à-dire , qu'elle conserve les précautions, parmi lesquelles on a vu qu'il a rangé la prière , lorsque touché de l'exemple des anges

(0 Strom, lib. y\u 726.

StJU LES ÉTATS D^ÔràISOST, LIVRE VI. 221

qui sont tombés y ït demande de ne tomber pas èùmme eux. La vertu est donc immuable et indë^ fectible , parce que nous avons tous les secours qui peuvent la rendre telle , au même sehs que David dîsoit (0 : « H règle tous ses discours avec juge- » ment : éternellenlent il ne sera point ébranlé ; )) son cœur est toujours prêt à se confier au Sei- » gneuF; son cœur est affermi et ne sera point » ému » , et le reste de méme^ens,

A la demande il faut ajouter Faction de grâces, Xîll. dont saint Clément a parlé en cette sorte W: « Le ^®f'*^*^^ 9 genre de prières de Thomme parfait est l'action rhommepar- » de grâces pour le passé , pour lé présent et pour ^*'^ » le futur y qui est déjà présent par la foi » : d'où l'on ne conclura pas qu'il ne fa^se point de demandes après toutes celles qu'on a vues; mais seulement que l'action de grâces est toujours la principale pailie de la prière, comme on le voit partout dans saint Paul. Lôi|i d'exclure la demande, elle en est le fondement , selon cet apôtre , lorsqu'il dit : Que dans toutes ^os oraisons tos demandes soient connues à Dieu at^ec action dû grâces (3) , n'y ayant rien de plus efficace pour obtenir le bien qu'an demande, que d'être recon- Hoissantde celui qu'on a reçu.G'est ce qu'explique saint GMment, lorsqu'il recommande (c l'action . » de grâces qui se termine en demande (4) ». Et pour montrer que c'est là son intention^ au lieu où il dit <c que le genre de prière du gnostique est

» Faction de grâces (^) » , il ajoute que ce gnoitl-

(«y Ps, CXI. — c») Strom. iib, vu. 726. — W Phil iv. 6. — (4) Strom,Ub, ui. 4*7' "" ^^) l^* ▼"• 74^»

32^ inSTRUCTION

({ue demande «^que sa vie soit courte dans la chair,

» de n'en être point accablé , d'atoir les vrais

» biens , et d*éviter les maux , d'être dâivré de

» ses péchés » , et le reste. Tant cela est fondé sur

Faction de grâces , par laquelle on remercie Dieu

- d^avoir commencé en nous de si grands biens , et

de nous en avoir assuré Faccomplissement par sa

promesse.

^IV. Après tout cela y on doit être convainc^ qu^

•emeni piX ^^^ actes prétendus désintéressés sont entièrement

tendu des iucoupus à la pieuse antiquité. On voit aussi côm-'

nottveanz }û\sxk lui est inconnue l'exclusion des actes râlexes^

aiuri bien Q^^ ^^^^ ^^^ demandes distinctes sur ce qu il a^

<pie la cessa- sur ce qu'il n'a pas y y réfléchit : qui rend grâœg

fleid n^ ' I ^ Dieu sur le passé, sur le présent et sur le fut^r,

connus à comme fait le spirituel de saint Clément , et qû

randcKaité. comme lui « remercie d'être arrivé ^ la perfec-»

» tion de la connoissance (0 » ; c'est*à-dire^ delà

spiritualité, y réfléchit aussi sans doute, et il n'3^

a rien en tout , point de plus opposé que le par^

fait de saint C3éme^t,..et celui des nouveaux au-f

teurs que nous combattons»

^7' ^ . Par la même raisonil est aisé de concevoir qu'il

pas vrai°gé- ^^ ^^"^ P** prendre au pied de la lettre le pMs^ge néralement, OÙ saiut Clément dit, « que le parfait sjHntuel no Y'I ^' '^*'î '* ^^^^ point savoir quel il est, ni ce qu'il fait; neconnoisse '> P^i* exemple, cclui qui fait Taumôue ne doit pas les yer- » point savoir qu'il est miséricordieux (>} ». Cela^

dis-je , ne peut pas être universellement véritabl^j et pour les raisons générales qui ont été rapport tées, et encore pour des raisons particulières à ce

C«) Strom, Uh, yii. 746. Ibid. 719. — W lÀ/b, iT. Sag.

SUE LES ÉTATS D^OI^lSeir^ LITRE VI. 22 3

Père; autrement , contre* la doctrine qu'il «vient d'enseigner^ ce parfait ne rendroit pas grâces du passé y du présent et du futur ^ et encore moins d'êtie parvenu à la perfection.

Après avoir établi la demande des biens spiri- ^VI. tuels par tant de moyens^ on peut encore propo- le parfait d"ser cette gestion ^si les spirituels parfaits deman- mande les dent aussi les biens temporels : et la raison de ^*«"^*«°>podouter est, que saint Clément répète souvent (0 que « son gnostique nedemâmde pas les biens tem* 1» porelSy parce qu'il sait que Dieu les donne aux j» gens de biep sans qu'ils les demandent i».

La difficulté se résout par les endroits , qui sont infinis y oft ce Père a supposé , ce que personne aussi ne révoque en doute , que l'homme parfait, assbtant aux prières icûmmunes, où l'Eglisç de<mande les biens temporels , y assiste d'esprit au^ tant que de corps, disant Amen avec tous les au^ ,

très sur toutes les oraisons. 11 est donc déjà bien certain de ce côté-là , qu'il demande atvec tous les iaints les biens temporels^

Saint Clément s'en explique encore plus précisément, lorsqu'il dit (^) que « le gnostique prie » avec les nouveaux croyans sur les choses qu'ils 3^ ont à traiter tous ensemble avec Dieu » : c'est-à- £re, sans difficulté sur toutes les choses tempo* reUes et spirituelles que l'on attend de sa grâce, ce qui confirme que comme les autres, les parfaits font de vraies demandes bien formées et bien ré» flédhies.

(■) Sirom. Ui. VZI. 736. -« {*) Ibid» 7118.

224 HfSTRtJCTIOir

XVII. Cette manière de demândjer les biens temporels^ Que la de- jjjgjj Jq» ^ d'être intéressëe , est d une charité ex^

mande des' .... . ».i * ^ i j

tienstempo- q^ise, puisquil est vrai que» sans le. secours dç relsn^estpas ces biens; plusieurs fidèles succomberoient à la latéifeft^e. tentation d'impatience et de désespoir. Mais en les demandant avec l'Egltse y le yrai spirituel se distingue-t-il du reste des chréti^ens ^ et ne dit-il pas avec eux dans Iç même esprit de simplicité -* Donnez^nous les biens de la terre , un, temps he*, nirij la santé j la paix, et ainsi du reste? -Ou seroit trop insezi^ible aux intérêts du g^ure hu* inain. %\ Ton négligeoit de telles prières. Ainsi le spirituel comme vrai membre de TEgiise^ et comme rempli de re§prit de la fraternité chrétienne, se met dans la cause commune, et il demande pour lui -j même comme pour les autres. Que veut donc dire saint Clément, quand il dit , que le gnostique ne demande pas les biens tem*

porels, sinon qu'il ne les demande pas toujours en particulier, et ne les demande jamais comme: absolument nécessaires , se reposant sur Dieu qui sait les donner autant qu'on en â besoin pour le salut?

xvm. La raison que ce Père apporte pour ne dcr

à à ^*d^ mander point les biens temporels est remarqua,absolument ble :. « C'est, dit- il ^ que Dieu les donne sans et sous con- j^ qu'on les demande ». lien pouvoit.dire autant des biens spirituels, si l'esprit de l'Evangile n'y^ eût résisté ; mais Jésus- Christ, en nous défendajq^ <c de nous inquiéter des biens temporels comme i> les 6rentils, parce que notre Père céleste sait » de quoi nous avons besoin » , a expressément

ajouté.

W» LES ÉTATS dWaiSOST, LIVRE VU 2^5

afôutei, « cherchez le voy àutne de Dieu (0 »\ quoique notre Père cëleste ne sache ^s môios le besoin que nous en avonà. G*est que ce Mattre divin veut exdler en nous les bons dé&iti pour lesquels nous sommes pesans y et amortir les dësirâ des lens pour lesqt^ls nous sommes trop vifs. Outre cela'> il nous veut apprendre à faire la dis** linction des biens quHl faut demander absolunient , comme sont le royaume de Dieu' et là justice^ et de ceux qu'il faut demander seule*^ tnent sous condition ^ et si Dieu Veut. Gai> on suppose pour les premiers que Dieu les veut tou*- )OUi*s donner , et à tous ^ comme saint Glëment renseigne perpétuellement après Tapôtre.

Au surplus y Jésus-Christ lui^meihe nous a ap^ pris à dire : Panem nostrum, oik constamment Tnn âé9«étis est de danander les biens temporels. Le parfait spirituel n'exclut pas cette demanda du nombre des sept, et si Ton dit néanmoins qu'il ne demande rien de temporel , c'est comme Ton: vient de dire qu'il ne le demande ni Comme un bien absolu y ni absolument ; mais par rapport au salut , sous la coli^Ktion de la volonté de Dieu ; ce qui est plutôt demander la volonté de Dieu que ces biens mêmes*

Ainsi tout est expliqué ; la sécheresse des nou«* veaux mystiques, qui ne veuléi^t rien demander à Dieu y est confondue dès l'origine du christia'»nisme; oa voit qu'il faut demander même lés biens temporels y mais avec restriction : et la ma^

i^) Matth.yu^.

BOSSUET. XXVII. i5

226 IJVSTaUCTIOlf

mère diQ^rente dont oa doit demander les biens

spirituels , confirme Tobligation de les demander

^n tout état.

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