‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 42 sur 109 · LIVRE yiii · texte numérisé non relu

LIVRE yiii

Doctrine de saint François de Sales •

PotTR achever ce que j'ai promis, il faut expli- i. quer les maximes du saint évêquede Genève, que Q^^^ "^

,.>^«T^ 1 • "°^' point

î ai réservées a la fin pour les exposer sans in ter- «apposer que

ruption. Et d'abord on doit croire qu'il n'en a S. François

point d'autres que celles que nous avons vues si j®^ malimM

clairement autorisées par l'Ecriture, par la tj-a- pariiculic-

dition et par les mystiques approuvés. Si jamais il r^*

y eut un homme qui par fon humilité et sa droi«

ture fut ennemi dés nouveautés ,' c'est çans doute

ce saint personnage. Il n'y a qu'à l'écouter dans

une lettre, oh , avec cette incomparable candeur

et simplicité , qui fait un de ses plus beaux carac^

tères : « Je ne sais, dit-^iKO, j'aime le train dessaints

» devanciers et des simples » : à quoi il ajoute

avec la même humilité : « Je ne pense pas tant

» savoir, que je ne sois aise, je dis extrêmement

» aise d'être aidé, de me démettre de mon senti-

» mept » , et le reste qu'il faudra peut-être rap^

porter ailleurs. Sans doute on ne doit attendre

aucune singularité dans les sentimens d'un tel

homme; et aussi lui en attribuer, ce seroit lui

ôter l'autorité dont on se veut prévaloir.

Je dis donc, avant toutes choses, qu'il ne con- n. noît pas ces manières superbement et sèchement . r * ^^'

^ ^ cisioa du

saînt^sur les désinti^resséeSy qui font établir la perfection à ne demandes ^-^^^ demander pour soi-même. Si je voulois citer

aanssonder- • ., . • i i

nier entre- ^^s endroits OÙ il fait à Dieu des demandes^ et où tien : quelle iJ en Ordonne aux plus parfaits, j'aurois à tranil ensei u scrire une juste moitié de ses lettres ; maïs j'aime mieux produire sa doctrine que ses pratiques, et la voici dans le dernier des entretiens qu'il a faits à ses clières filles delà Visitation, et qui a pour titre : De ne rien demander»

A ce titre il ne paroit pas que le saint soit fa« vorable'aûx demandes, et il s*en montre encore plus éloigné par ces paroles (0 : « Je veux peu de >> choses : ce que je veux, je le veux fort peu; je 31 n'ai presque point de désirs : mais si j'étois à » renaître , je n'en auibis point du tout. Si Dieu )> venoit à moi, j'irois aussi à lui : s'il ne vouloit » pas venir à moi, je me tiendrois là, et n'irois » pas à lui. Je dis donc qu'il ne faut rien deman* » dér ni rien refuser, mais se laisser entre les bras » de la Providence divine sans s'amuser à aucuix » désir , sinon à vouloir ce que Dieu veut de » nous ». J'allègue ce passage, parce qu'à le prendre au pied dé la lettre c'est un de ceux où. le saint pousse le plus loin l'indifférence et l'exclusion des désirs, la poussant jusqu'à celui d'aller à Dieu.* Mais par bonheur il a lui-^méme prévu la difficulté, et on en trouve six lignes après un parfait éclaircissement dans ces paroles : « Vous me » dites, poursuit le saint, s'il ne fafttpas désirer » les vertus, et que notre Seigneur a dit : De- » mandez j et il vous sera donné. O ma fille,

(>) ErUret, xu. p. 904» QoS.

SUR LES ÉTATS D^ORAISON^ LIVRE VIII. ftgS

a> quand on dit qu'il ne faut rien demander ni » rien désirer , j'entends pour les choses de la » terre : car pour ce qui est des vertus, nous les x> pouvons demander; et demandant Famour de « Dieu nous *les comprenons , car il les contient » toutes ». On demande donc les vertus, et on demande surtout Famour de Dieu, ou la cl^arité, qui les contient; et on les demande pour satisfaire à ce précepte de FEvangile : Demandez. Oh n'est donc point indifférent aies avoir : à Dieu ne plaise qu'on attribue à un homme si éclairé et si saint une si étrange indifférence, car il la faudroit pousser jusqu'à être indifférent à aimer ou à n'aimer pas, à avoir la charité ou à ne l'avoir pas. Mais le saint marque expressément qu'on la demande et avec elle toutes les vertus.

On sait, dans Fordre de la Visitation ,' que ce dernier entretien du saint évéque à ses chères filles fut fait à Lyon la veille de sa mort , et on le doit regarder comme une espèce de testament qu'il leur a laissé. H ne s'agit pas des imparfaits, puisque le saint parle ainsi à Ff xtrémité de sa vie pour expliquer la manière dont il a exclu ou admis leâ désirs dans son état : il n'y a rien de plus net ; s'il étoit dans les maximes des nouveaux mys* tiques , il diroit comme eux que tout ce qu'on désire ou qu'on demande pour soi, même pat rapport à Dieu , est intéressé : mais il se réduit manifestement à Fexdusion des désirs des choses de ia terre^ et il y apporte encore ce tempéra* ment (0 : « Je ne vedx pas dire pourtant qu'on

(0 JËntrel, xxi. p, qoS.

^q6 IKST&UCTIOn

31 ne ptrisse pas demander la santé à notre Sèi- » gneur comme à celui qui nous la peut donner, y> avec cette condition ^ si teXLe est sa volonté », Toilà comme il nous apprend à demander les biens temporek, sous condition-^; ûiais pour les vertus , il n'en a pas parlé de même , et il enseigne avec tous les saints à les dé^rer et à les demander absolument. Ce n'est donc pas à ces vrais biens qu'il étend son abandon ni la sainte indifférence qu'il prêche partout*

On dira que cette demandie canditîonnelle de la santé est un conseil pour les infirmes , mais non : car il l'approuve dans la sainte veuve qu'il n'a cessé d'élever à la perfection : Vos désirs , >y dit-il (0 , pour la vie mortelle ( qu'elle désiroit » à son saint conducteur) ne me déplaisent point, »' car ils sont justes-; pourvu.quils ne soient pas » plus grands que leurs objets méritept. C'est bien » fait sans doute de désirer la vie à celuiqne Dieu y> vous à donné pour conduire la votre ». Voilà ce qu'il dit à célk en qui il témoigne tant de fois qu'il veut éteindre tout déâr et la porter au. dernier degi'é de l'indifférence clirétieune. Mais c'est que l'indifl^rence de saint Françob de Sales nétoit pa& une indolence , ni l'insensibilité des nouveaux mystiques ^ qui se glorifient dé voir tous les hommes non pas malades ^ mais damnés, sans s'en émouvoir. Le saint évéque au contrairedemande partout qu'on désire pour un ami , pour un père ou temporel ou spirituel , ce- qui convient: « car, » dit -il W, il ne fout .pas demeurer sans affec-

(0 ZiV. iT^ep. 94. — C») EntreU vhi, de la désapprop, p. 833.

Stm LES ÉTATS d'oHAISOIT, LIVKIT Vm. !^[)'f

» tion, ni les avoir égales et indifférentes : il faut » aimer chacun en son degré ». Ainsi ^ Findifférence qu il enseigne n'empêche pas une juste et vertueuse pente de la volonté d'un côté, mais il veut en même temps qu'elle soit soumise.

L'on dira que ce dénouement *n'est pas suffisant ™pour entendre tonte la doctrine du saint ^ ni tirées des °"méme pour bien expliquerlelieu allégué de l'en- rôles dusaint tretieu xxi, puisqu'il y pousse l'exclusion de tout ^^^î^e* désir y en cas qu'il eût à renaître, jusqu'au désir d'aller à Dieu , *et jusqu'à prononcer ces paroles: (( Si Dieu venoit à moi , j'irois aussi à lui: s'il ne » vouloit pas venir à moi, je me tiendrois là (0 »• Ce qui marque une indifférence même pour les choses de Dieu*, même pour aller à lui. On voit aussi, dans le Traité 4e V amour de Dieu, un cha^ pitre dont le titre est : Que la sainte indifférence s'étend à toutes choses^ i*^). C'est à quoi se rapporte encore la comparaison de la statue 0) , à qui le saint fait ressembler l'ame indifférente pour lui ôlertout désir et tout mouvement ; celle du musicien sourd, et les autres qui semblent pousser Tindifférence, qu'il nomme amoureuse, au-delà de toute mesure. Il semble aussi exclure de la charité le désir de posséder Dieu, c'est -à -dire ^celui du salut et de l'éternelle récompense, et rapporter ce désir à l'amour qu'on appelle d'espérance, qui , selon lui, n'est pas un amour pur, mais un amour intéressé (4X Et voilà fidèlement, sans rien ménager, tout ce

^ CO Entt. XXI, pag, 904. — V*) XïV. ix, chap. 5. — (') Lw. vi, •hap, II. Leur, /«V. ii. 53. — (4) ^m. de Dieu, iit^. ii, ch,i6, 17, 32. ^

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