IV. Mais pour peu qu'on eût de bonne foi, on ne
eponsepnr f^pj^gj^jt p^^ q^^ cUfficultés ; car îe voudrois de*
trois que»- •^ . ^, '
lions, dont mander à ceux qui les font ^ s'ils veulent attribuer la première ^ saint Frauçois de Sales une opinion qui diroit , * . ^ que désirer 'de voir Dieu est un acte qui n'apparressé de dé- tient pas à la charité y ou que cet acte est indif^ airer son sa- £erent au chrétien , ou que le chrétien est indifle-
lat.Décisîoa . ., ' !♦• Tirj-k
dn saint par ^^^^ ^ avour la vertu OU ne 1 avoir pas. U faudroit ses propres être insensé pour prendre l'affirmative sur aucune pardcs. j^ ^^ trois questions; mais pour un entier éclaircissement répondons-y par ordre.
Ma première question a été : si l'on veut attribuer à ce saint une opinion où l'on dirpit que le désir de voir Dieu n appartient pas à la charité: mais nous avons déjà vu que ce seroit kd attribuer une opiniop que personne n'eut jamais , puisque toute la théologie est d'accord que désirer son salut par conformité à la sainte volonté de Dieu , comme une chose qu'il veut que nous voulions ^ et encore le désirer cqmme une chose oh Dieu met sa gloire y c'est un acte d*uq vrai et parfait amour de charité ^ que David a exercé lorsqu'il a dit : Je ne désire de Dieu çuune seule chose (0 : que saint Paul a exercé lorsqu'il a dit : Je désire d'être a\^ec Jésus-Christ i?) : et que tous les saints exercent lorsqu'ils demandent à Dieu çue son règne advienne. Voilà un fondement certain, qu'on ne peut faire ignorer à saint François de Sales , sans en même temps lui faire ignorer les premiers prin-
CO Ps. XXVI. 4. — (>) Philip. I. a 3.
SUH LES ÉTATS d'oRAISON/ LIVRE VlH. agj)
cipes y et ceux qv*il a lui-même le mieux établis. Et pour ne laisser ici aucun embarras , je n'ai be~ soin que de deux ou trois chapitres où il parle de ceux qui meurent d*amour pour Dieu. Ceux-là sans 4oute sont dans la par^ite charité , selon le saint y comme il paroît par un chapitre qui porte ce titre : çue le suprême effet de l'amour effectif est la n^ort des amam (0; où il les distingue en deux classes, dont Tune est de ceux fui moururent en amx)urW, etTautre qui sans doute est la plus parfaite, puisque c'est celle où il metlasainteVierge et Jésus -Christ même, est de ceux qui meurent d'amour (3). Or, et les uns et les autres meurent en désirant de jouir de Dieu. Notre saint range dans la première classe saint Thomas d'Âquin , à qui il fait dire en mourant ces paroles du Cantique qui étoient les dernières qu'il avoit exposées ; Venez, 6 mon cherbien-aimé , etsortons ensemble aux chajnps (4). Il mourut a^ec cet élan^ qui est sans doiite un élan d'amour, et en même temps un élan qui appelle Jésus - Christ, et un désir de sortir du corps pour aller se perdre dans ce champ immense de l'être divin. Voilà pour ceux qui meurent en amour et dans l'exercice actuel de ta charité. Parmi ceux qui meurent d'amour, il compte saint François d'Assise (^) , et en même tepaps il, remarque qu'il mourut en disant avec Pay^d : ce Tirez-moi de la prison ; les justes m'attendent 3» jusqu'à ce que vous me donniez ma récom- » pense (6) ».
(0 ZiV. vu, cA. 9. — f«) Ihiâ. — (3) Ibiâ. e. lo. Ihid» e^. i3 et J 4. — (4) Ibid. c. 9. — (5) Ibid, c. 1 1 . — C^) Ps. cxli. 8.
3oO lîlSTRUCTIOW
Il raconte dans le chapitre suivanj: Vliisloire mers^illeuse d'un gentilhomme qui, après avoir visité tous les saints lieux ^ alla mourir d'amour sur le montd'Oli^et (0, d'où Jésus-Christ étoit monté aux cieur. On ne .peut douter que cet homme n'eût l'amour dans une grande |)erfection y puisqu'il en mourut; et que saint Bernardin de Sienne y dont le saint évêque a tiré cette histoire, raconte qu'étant ouvert ^ on trouva gravé dans son cœur, Jésus mon amour. Or ce bien* heureux et parfait amant dont le cœur, dit notre saint , s'étoit éclaté d*exces et de ferveur d'a^ mour, étoit mort en disant ces paroles : « O Jésus! » je ne sais plus où vous chercher et suivre en ^> terre : Jésus mon amour , accordez donc à ce » cœur qu'il vous suive et s*en aille après vous » là-haut ; et avec ces ardentes paroles il lança )> quant-ét-qùant son ame au ciel comme un » trait , comme une sagetté sacrée » , dit notre saint. Voilà comme meurent ceux qui meurent d'amour, et non-seulement ils désirent d'aller posséder Jésus- Christ ; mais encore c'est leur désir qui lance leur ame vers ce divin objet. V. Ce seroit en vérité un prodige parmi les chré-
Principes tiens , de dire que le désir de voir Dieu et d'ar-
saint pour ^^^^^ ^^ salni y ne fut pas un desir d un amour joindre au' pur;.mais puisque nos mystiques en veulent dôuparfait ^-^j. g^ qu'ils' veulent s'autoriser àe saint Fran-*
amour le de- , ,
sir de son sa- Ç^^s de Sàl^s, il faut encore leur faire voir sur
lut eierneL quels principes il a accordé la pureté d'un amour
désintéressé avec le désir de la jouissance* Or ce
CO £iV. vu, ch, la.
SUE LES ÉTATS D^ORÀISON, LIVRE YUI. 3oX
principe est connu de toute la théologie , et n'est autre que celui que nous avons vu, qui est que Dieu voulant notre salut ^ il faut que nous le voulions f afin de nous conformer à sa volonté par un saint e pariait amour. Mais peut-on croire que notre saint ait ignoré ce beau principe , après qu il a dit (0 : « Il nous faut être charitan blés à Tendroit de notre ame »• Et après: « Ce » que nous faisons pour notre salut est fait pour » le service de Dieu ^ car notre Seigneur même » n'a fait en ce monde que notre salut »• Mais il pousse, cette vérité jusqu'à son premier principe dans le Traité de Vamour de Dieu^ oîi il pose d'abord ce fondement : « Dieu nous a signifié » en, tant de sortes et par tant de moyens qu'il 3» vouloit que nous fussions tous sauvés ^ que nul » ne le peut ignorer (^} ». Et après: « Or bien 3» que tous ne se sauvent pas y cette volonté néan- 3» moins ne laisse pas d'être une .vraie volonté de » Dieu, qui agit en nous selon la condition de sa » nature et de la nôtre ». Voilà donc deux vérités constantes ; l'une , que Dieu veut que nous soyons tous sauvés; l'autre, qu'il le veut d'une 'vraio 'volonté. D'où il suit que celui qui veut Son ^ut, agit en conformité de la volonté de Dieu, et conséquemment par amour. Et en efiet , c'étoit cet amour qu'exerçoit le roi prophè^ en disant : 4c J*ai demandé une chose ^ et c'est celle-là que je » poursuivrai à jamais : que je voye la volupté » du Seigneur, et que je visite son temple : mais » quelle est, dit le saint ^vêque de Genève (3), la
(0 ZiV. m, ep. 3o. — C») lAv, rm , c. 4. — l') Ihid.
» volupté de la souveraine bonté, sinon de se ré- » pandré et communiquer ses perfections ? Certes, » ses délices sont d'être avec les eiifans des hommes » pour verser sa grâce sur eux ». C'est donc aimer Dieu vérîlablement et pour sa bonté, que d'aimer cette souveraine bonté dans l'exercice qu elle aime le plus , qui est celui d'opérer nôtre salut. C'est là sans doute un acte de vrai et parfait amour, puisque c'est un acte qui nous fait aimer non-seulement la volonté^ mais encore la volupté du Seigneur en nous feisatît aimer notre' salut; parce qu'ajoute le saint après saint Paul, « notre sanc- 5> tification est la volonté de Dieu , et notre salut » son bon plaisir; et il n'y a, poursuit- il, niiUe » différence entre le bon plaisir ni la bonne » volupté , ni par conséquent entre la bonne vo- » lupté et la bonne volonté divine » ; par conséquent il n'en faut point faire non plus entre Tamour de notre salut dans cette vue, et l'amour de charité qui nous fait aimer Dieu pour Dieu et pour sa bonté souveraine.
^\ . Il a pratiqué ce qu'il a cru : tout est rempli férence pour ^^^^ ^^^ lettres de la céleste patrie : « 6 Dieu ! le salut dans » dit-il (0, itia très-chère mère, aimons parfaitê- ®*"°' J ' » ment ce divin objet qui nous prépare tant de néye. ^' dôùôeurs dans le ciel, et cheminons nuit et jour'
» entre les épines et lés rosés pour "arriver à cette' » céleste Jérusaléni ». Cest ainsi qull aspiroît iticessamtiiént , qiîi6iqu*îhsénàiblenient pour la plupart du temps, à l'union au eoeur dé Jésus, et se remplissoit d'une certaine afiEluence du sentiment
(') Lw. rv, cjp. 89.
SUR LES ÉTATS D^ORAISONy LITRE VIII. 3o3
que nous aurons pour la vue de Dieu en paradis. Voilà comme il étoit indifférefat pour cette ineffable béatitude. En vérité il ne songeoit guère à se désintéresser à la manière de nos mystiques : (c ô Dieu! «dit-il y (0 quels soupirs devoit jeter » Moïse à la vue de la terre promise » ? Pourquoi ces soupirs ? et que ne se dépouiUoit-il de cet intérêt? En parlant à une amç sainta (3), « à qui » il ne permet pas dé lire les livres oh il étoit n parlé de la mort^ du jugement et de l'enfer, à s> cause ^ dit-il y qu'elle n'a voit pas besoin d'être » poussée à vivre chrétiennement par les motifs » de la frayeur ; ame qui par conséquent étoit » élevée à cette parfaite charité qui bannit la » crainte : il lui conseille de s'entretenir et d'ai- » mer la fâicité éternelle, et dé faire souvent des » actes d'amour envers Notre-Dame , les saints et » les anges célestes, pour s'apprivoiser avec eux ; » et parce qu'ayant beaucoup d'accès avec les » citoyens ^e' la céleste Jérusalem il lui fâchera » moih^ de quitter ceux de la terrestre , ou basse 3> dté du monde ». Il étoit temps de proposer à une ame d'une si parfaite charité l'oubli des récompenses éternelles, et de lui défendre les livres qui lui en parloiéM y comme ceux qui lui parloient de l'enfer, et dujii^èfnent'; mais au contraire il nourrit son amour 'parfait dé cette -douce espérance : <c Usez , dit-il j toujours de paroles d'à- » mour et d'espérance envers notre Seigneur » : pour se détacher du monde, il Y exhortait à son-
(0 Z«>. Y, ^p. t. — W Ibid. ép. aft
3o4 iBiftVfrvcTioir
ger toujours -à eeuevie^, à celte félické étemelle. Etoit-ce pour affoiblir son amour ? N^^toit-ce pas plutôt , comme il dit lui-même en tant d'endroits, que cette céleste Jérusalem est le lieu où r^^e l'amant , et un lieu par <;onséquent qu'une ame qui aime ne peut pas ne point aimer ? c'est pourquoi aussi, loin de se croire lui-même intéressé , ou plus imparfait dans le désir qui le possédoit detre avec Dieu, au contraire avec sainte et simplicité admirable il avoue « qu'il trouve son 7> ame un peu plus à son gré qu'à ror4maire, 3è parce qu'il la voit plus sensible aux biens éter- ^ nels (i) »* Et pour montrer que c'étoit un pur et parfait amour qui lui faisoit pousser tous ces désirs vers la céleste patrie : « Pour knoi, dit-il (>) , » )e n'ai rien su penser ce matin qu'en cette ét^*- » nité de lûens qui nous attend , mais en laquelle » tout me sembleroit peu ou rien , si ce n'étoit » cet amour invariable et toujours actuel de ce » grand Di^u qm y règne toujours »• Voilà donc cet amour toujours actuel^ mais uniquement dans le ciel \ car s'il l'avoit sur la terre , dès la terre il seroit content Voilà un homme tout possédé de cette éternité de biens > mais qui trouve que le plus grand bien ou le seul , c*est que l'amour n'y est jamais discontinué : et une ame faussement mystique s'im,aginera être plus parfaite qu'un si grand saint, à cause qu'elle aura dit dédaigneusement qu'bUe ne sait sur quoi arrêter un désir, pas même sur les Joies du paradis.
(0 lÀy, ▼!, ep» 58. — • C*) XiV« vu, ep. 3i.
Ainsi
SUR LES ÉTATS O ORAISON ^ LIVRÉ VIII. 3o5
Ainsi le saint évéque de Genève y loin de dire ^^• qu'aimer son salut ou désirer de jouir de Dieu ne ^^^ ^^^ soit pas un acte de charité^ a démontré le con- principes , traire par les exemples des saints^ et par deux rai- '"* '* "'^' sons , dont lune est qu'en désirant son salut on se conn^* pal conforme à la volonté de Dieu ; et Fautre , que ce cette indifiedésir n'est qu'un désir d'un amour toujours ao- , '*^f ® ^^^
. - -, . - le saluty crue
tuel , invariable et parfaite Mais dès-là toutes nos les nouTeauz questions sont résolues. Si le vrai désir de son sa- mystiques lut e»ferme un parfait amotar , on ne pejit pas y '^^^ ^ être indifférent. Ne laissons pas toutefois d'enfon* cer cette matière ; et pour mieux développer la ^ doctrine de ce saint évéque ^ écoutons en quoi il met son indifférence.
On ne peut s'étonner assez qu'on se soit trompé Viit. fiur ce snjet là , après le soin qu'il a pris en tant . ^ ?^^l^^ d'endroits de réduire cette indifférence à ce qu'il la sainte inappeUe les événemens de la vie. On a objecté le différence chapitre qni a pour titre, Que lu sainte* indiffé- ^^ ^^^ ^l rence s*étend à toutes choses (0 ; mais c'est par cet n'est jamais endroit même que se résout le plus nettement la po'»^l«»«l«'difficulté. « L'indifl[lërence y dit-il ^ se doit prati- » quer es choses qui regardent la vie naturelle ^ n comme la santé, la maladie, la beauté, la lai* » deur , etc. es choses qui regardent la vie civile , » pour les honneurs, rangs, richesses : es variétés » de la vie spirituelle , comme sécheresse , conso^ 3» lations , goûts , aridités : es actions , es souffran- 19* ces, et en somme à toutes sortes d'évéïiemens ». On voit que, parmi les choses où Tindifférence
(*) AnL de Dieu, /<>. iz, «. 5.
BoSSUET. XXVII. âo
3o6 IHSTRTTCTIOM
s*étendy il ne comprend pas le salut : à Dieu ne plaise. Il rapporte Texemple de Job afEUgé , quant à la vie spirituelle, quant à la ciyile, qi/ant à ta vie spirituelle par pressures j con\^ulsions ^ angoisses^ ténèbres, etc. L ^indifférence du saint s*étend jusque -là y mais non pas outre. Il produit ce beau passage de saint Paul y où il nous annonce ufte générale indifférence : mais c'est è^ tribula^ 4ions, ks nécessàés et angoisses , etc^ à droite et à gauch^, par la gloire et par f abjection, et autres de cette natui^equi se rapportent aux divers événettiens de la vie.
^^' La raison fondamentale de cette doctrine, c'est
de la doctri- T^® l'indifférence ne peut tomber sur la volonté neprécëden- déclarée et signifiée de Dieu ; autremient il detc sur es yiendroit indifférent de vouloir ou ne vouloir pas
deux sortes x *
de volontés Ce que Dieu déclare qu'il veut. Or, dit le saint (»), en Diictt. i^ doctrine chrétientie nous propose clairement les vérités que Dieu veut que Uous croyions, les biens qu il veut que nous espérions , les peines qu'il veut que nous craignions, ce qu'il veut que nous aimions , les commaudemens qu il veut que fious fassions , et les conseils <pi'il veut que nous suivions. En tout cela donc il n'y a point d'in« différence : par con^qùent il n'y en a point pour !e salut qu'il feut espérer*, parce que c'est la volonté signifiée de Dieu; c'est-à-dire « qu'il >i nous a signifié et manifesté, qu'il veut et entend » que tout cela soit éru, espéré, craiut, aimé et D pratiqué ». C'est à cette v^nté de. Dieu que nous devons conformer notre cœur^ « croyant se-
{}) jim. (le Ditu, lif. viii, c. 3.
SUR LES ÉTAtS B'OKAISONy LIVRÉ VIII. So^
» lon^a doctrine , espérant selon ses promessçs y » craignaurf: selon ses menaces^ aimaût et vivant 3> selon ses ordonnances ».
Par ce moyen rindifférenee étant excluse à regard des choses qui tombent sous la volonté déclarée ou signifiée y parmi lesquelles est comprise la volonté de se sauver ; il a fallu y comme a fait le saint, restreindre l'indifTérence chrétienne k certains événemens qui sont réglés par la volonté de bon plaisir, dont les ordres souverains décident des choses qui arrivent journellement dans tout le cours de la vie , comme de la mort d*une mère^ ou du succès des affaires , qui sont les exemples par lesquels le saint évêque détermine ses intentions dans tout ce discours (i).
U est vrai qu il a loué auparavant (^) ceUe hé- X. roXque indifférence de saint Paul et de saint Martin ^,Î!J®^î!?î^ qui sembloit s'étendre jusqu'au désir de voir Jésus^ rence de s. Christ ; oui sari^ doute, non quant au fond , de le ^«"^ ^^ ^^ ^•