XIII. Je pourrois ici rapporter une infinité de pas
Quon ne gages Je Cet incomparable directeur des âmes,
trouve pas . • xr \ * » • • *
uneseulefois ^^^ ceux-ci sufhsent; et j assurerai sans crainte i» salut oom- qu'on tant de lieux; où il parle de la sainte indifpns par ce f^f^^^cBy il ne s'en trouvera pas un seul où il soit
saint sous ' ^ *^ ^
rindiSçren- sprti desbomes qu'on vient de voir, et où il ait ce chrétien- seulement nommé le salut : au contraire, il a
(*) JRntr. XI, pag, 8o3y 8o4*
sua LES ÉTATS D^ORÀISOlTy LIVRE VIII» Bog
supposé que Tindifférence ne tomboît pas sur cet ne, mais pluobjet là , puisque la Volonté de Dieu s'est décla- coat^aire rée sur Fespérance aussi bien que sur le ddsir qu il dansunbeau en faut avoir ; et il a si peu pensé que ce divia pa8«*g«' commandement ne s'étendît pas aux plus parfaits, que parlant de Famé parfaite ^ de Famé qui est parvenue à Fexcellente dignité d'épouse , « de » cette admirable amante qui voudroit ne point » aimer les goûts , les délices , les vertus et les )> consolations spirituelles y de peur d'être diver- » tie, pour peu que ce soit, de Funique amour )) qu'elle porte à son bien-aimé/il lui fait dire » que c'est lui-même et non ses biens qu elle re« 3} cherché (0 ». Elle lé recherche donc; et loin d'être indifférente aie posséder comme nos froides et fausses mystiques, elle s'écrie à cette intention (^) : ce Hé! montrez-moi, mon bien-aimé, oîk yi vous paissez et reposez , aGn que je ne me di- » vertisse point après les plaisirs qui sont hors de » vous ». Tant il étoit naturel ^ en parlant des sentimens des parfaits , d'y joindre ^ comme le comble de la perfectioxi » le plus vif désir de pos* ^éder Dieu.
Nous avons résolu les deui premières difficultés^ xn^ que nous avions proposées (3) : l'une, si Fon peut ^* ^® f.^*°' attribuer au saint la pensée ^ que-le désir du salut faiioft pas n'appartienne pas à la charité ; Fautre si Fon peut désirer ou lui faire accroire qu'il ait tenu cet acte pour in- j^^ ^^^^^ ^^ différent au chrétien ? Par-là se résout encore lar en quel sens troisième difficultésurFindifférence pour les ver- il adiiqu'
(«) Am. de Dieu, l xi; cH. i6. — W I^id. CanU i. 6. — (3) Cidessus y c. 4*
on
3 I O INSTRtJCTIOM
en doit per- tus. Car puisqu^elles appartiennent à la velouté dre le goût signifiée , c'est-à-dire à l'exprès commandement de Dieu ; il n'y a point là d'abandon ni d'indi^ férence à pratiquer : ce seroit une impiété de s'abandonner à n'avoir ppint de vertus , ou de demeurer indifférent à les avoir. C'est pourquoi le saint nous a dit y dans l'Entretien xxi , qu'il les falloit demander, et les demander non sous condition , mais absolument, et demander la cha* rite qui les contient toutes : et s'il dit , dans le passage qu'on vient de produire y que l'ame parfaite désire de ne point goûter les vertus; il a expliqué ailleurs (i) ^ que ne les point goûter^ ce n'est point être indiâérent à les avoir ou à ne les avoir pas ; ce mais c'est après s'étire dépouillé » du goût humain et superbe que nous en avions , » s'en revêtir derechef, non plus, parce qu'elles » nous sont agréable», utiles, honorables et pro- » près à contenter Famour que nous avons pour » nous-mêmes ; mais parce qu'elles sont agréable» » à Dieu , utiles à son honneur , et destinées à )> sa gloire »*
Que si nos nouveaux mystiques répondent que C^est ainsi qu'ils l'entendent', et qu'ils ne se dégoûtent des vertus qu'au sens de saint François de Sales : qu'ils s'en expliquent donc comme lai, qu'ils cessent d'en parler avec cette dédaigneuse indifférence que ce saint homme n'eut jamais : qu'ils les désirent avec lui ; qu'ils les demandent , comme il fait presque à toutes les pages de^ ses écrits; et qu'ils se défassent de cettç détestable
(0 ^m. de Dieu, Utf, ix, oh, i6.
SUR LES ÉTATS J>01BiJklS0Vf LIVKE VIII. 3ll
maxime^ que oi ce saint ni les autres sj^ints ne connoissent pas ; qu^ dans un certain état de pep» fection il ne faut rien demander pour 3oi et que cet acte est intéressé,
U est aisé de résoudre par ces principes les ob- xv. iections que. Ton tire des comparaisons du saint Q"*f«s^J«
A / N r. • i 1 1 dessein du
éveque (0, Sa statue, qui ^urprepd h plus ceux saint évêque qui ne savent pas de quoi il s'agit , est )a plus danslacomaisée à expliquer, parce qu elle regarde pon pas ^*gj^*^° * un état perpétuel, mais seulement le temps de que rétat Toraisûn, et encore de cette oraison particulière î^'il^eutexquon appelle de simplicité ou de repps, qui étoit regad^e prX celle de sa sainte fille la vénérable mère dç Çhan- cisémentque tal. Comm^ cette oraison est passive . c'est-à-dire ,f ^!^^^ ^®
* 1 oraison.
qu elle appartient h cçs bienheurie^i^ états , où Vàme est pousséie et agie, pour ainsi parler, par Tesprit de Dieu , plutôt qu'agissapte , ait^çi qu'il a été dit , il ne faut pas s'étonuer que dans les mon^ens où elle est a/i;tuellement sous la main de pieu, on la compare à une statue qui est mise dans un beau jardin seulement pour y satisfaire les yeux de celui qui Fa posée dans sa nidie, sans presque y exercer aucune action.
Quand nous traiterons en particulier de Vorair son de la mère de Chantai, ce sera le temps de dévoiler tout-àrfait le mystère de cette statue vir vante et intelligente. En attendant nous dirons qu'elle n est pas tellement statue, qu'où par l^ntendement ou par la volonté elle ne fasse des actes eniters Dimi i^) ; et ainsi qu elle est en état qu'on lui donne ces conseils : « Soyez seulement
(") Liu, yiyCii. ZjV. n, ép. 5i, 53.^(*) Lw. ii, <^. 53.
,3l2 IHSTRUCTIOW
» bien fidèle à demeurer auprès de Dieu en cette » douce et tranquille attention de cœur, et en ce » doux endormissement entre les bras de sa pro* » vidence, et en ce doux acquiescement à sasainte » volonté : gardez^vous des fortes applications de » Tentendement , puisqu'elles vous nuisent non-* » seulement au reste , mais à Téraison même : et » travaillez autour de votre cher objet par les aflfec* ^ » tionstout simplement et le plus doucement que V vous pourrez ». On voit qn il parle des âmes dans le temps de Toraison^ et que même en ce temps^là cet excellent maître sait bien faire faire à sa statue les actes ê^ affections douces qui sont laissés en sa liberté. En quoi il veut qu'elle soit statue y c'est-à-dire non agissante ^ c'est à l'égard de ces fortes applications qui nuisent à l'oraison même. Il faut réduire les comparaison^ dans leurs justes bornes y et c'est tout détruire que de les pousser à toutie rigueur. Ainsi la statue du saint n'est point telle par la cessation de tous les actes , mais par la seule cessation des actes plus turimlens. Au reste quoiqu'e//e travmlle autour de son cher objet j, c'est sidoucement qu'à peine s'enaper^ çoit-on. Nous verrons ailleurs ce qui est compris dans ce douoc travail \ les demandes et les désirs tranquilles et doux n'en sont pas exclus, et quand ilsleseroient passagèrement dans le temps de l'oraisoU'y on doit les faire en d'autres temps , comme disoit le Père Baltasar , et comme saint François de Sales nous le dira en- son temps : mais durant certains momens, et dans l'oraison de cet état y ils Ae sont pas nécessaires*
SUR LES ÉTATS DOKÀISON^ LIVRE VIII. 3i3
Il ne faut pourtant pas s'imaginer que la grâce ^'^^• del'oraison soit tellement renfermée dans le temps p^^^ç ^^ ^^ deToraison méme^ qu'elle n'influe pas dans toute autre sens, et la suite. Car la erâce n'est donnée dans l'oraison ^^ apport
, . , aux coii8ala<-
qu'afin que toute la vie s'en ressente. Ainsi cette tions , ressage statue aura toujours dans l'oraison et hors semble à une de l'oraison cette perpétuelle disposition de ne^ ^ ^^' vouloir ni s'avancer aux consolations ^ ni s'éloigner des sécheresses, qu'autant qu'il plaira à Dieu de la mouvoir ; parce que ces vicissitudes de jouissance et de privation en cette vie ne sont pas en notre puissance : si bien qu'il faut attendre les momens de Dieu , et y comme dit le saint directeur (0 , recevoir également Vun et Vautre en demeurant à cet égard dans l'indifférence qu'il a prescrite. En ce sens ^ on est devant Dieu comme une statue immobile , qui n'avance , pour ainsi parler y ni ne recule, et demeure dans une at- , tente paisible. Il a pratiqué ce qu'il enseignoit, et c'est l'intention du passage où il nous disoit que si Dieu venait à lui en le visitant par les consolations , il irait à Dieu en les recevant avec reconnoissance W ; mais que s'il ne venait pas , s'il retiroit sa douce présence , et laissoit l'ame dans la privation et la sécheresse, ou même, ce qui lui est bien plus douloureux , dans la désolation et dans l'abandonnement à la croix avec Jésus- Christ, Use tiendrait là sans s'avancer davantage, et attendant tranquillement les momens divins.
H faut ici prévenir l'objection de ceux qui se XVII. souvenant des gémissemens de saint Bernard et j^ij êu-Hn-
(0 JEntr. IV, ^. 8ai. — (») /ijrf. XXI, p. 904.
3l4 ' IMSTRUCTION
tendue rin- des autres saints dans le temps des privations,
différence trouvent trop grande et trop sèche Vindifférence
l'égard des ^^ TégaUté que reconunande notre' saint evéque.
consolations Mais uousavons déjà dit (0 que Tindifierence de
ou des paya- ^ ^^^^ n'empêche pas une pente d'un certain
côté. Il pei'met ménle > dans ces sécheresses , de
gémir et de soupirer , de dire iiu Sauveur qui
semble nous délaisser, mais doucement i^) ; « Ye-
n liez dans notve ame : j'approuve , dit-il , .que
» vous remontriez à votre doux Sauveur., mais
» amoureusement et sans empressement, votre
9 affliction : et comme vous dites qu'au moins il se
» laisse, trouver à votre esprit, car il se plaît que
» nous lui racontions. le mal qu'il nous fait, et
» que nous nous plaignions de }ui, pourvu que
3> ce soit ampureusement et humblement et à lui*
3> même, comine font les petits enfans quand
3) leur chère mère les a fouettés». Qui pèsera
ces paroles , et qu^ les comparera avec celles de
saint Bernard, verr^ que TindifiS^rence du saint
évéque ne s'éloigne pas de re3prit des autressaints,
puisqu àleur exemple il admet les plaintes pleines
de tendresse qu'on pousse dans les privations : et
tout ce qu'il demande aux âmes peinées, c'est
qu'au moment qu'il faudra boire le calice, et
pour ainsi dire, donner le coup du consentement,
elles conservent l'égalité qui' est nécessaire pour
dire : Non ma volonté, mais la vôtre.
XVin. Voilà déjà d'admirables tempéramens tirés des
raison^d^*" paroles du saint à la eoipparaison de la statue.
musicien : Celle du musicien, qui ne jouit pas de la douceur
(«) Ci-dessus, c. a. — (>) Liy. v, c}». i.
SUR LES ÉTATS d'oBAISON^ LIVRE VIIT. 3l5
de ses chants, piarce qu'il est devenu sourd» là dçi Q^f 1» cbaplaisir de contenter son prince pour qui il touche ^^^^^ ^^^ ion luth» parce que ce prince s'en va et le laisse proque. jouer tout seul par obéissance (0^ est propre à représenter une ame soumise qui chante le can* tique de Tamour divin y non pour se plaire à elle-même , mais pour plaire à Dieu , et souvent même sans savoir si elle lui plait/ ni pour cela interrompre sa sainte musique. La comparaison est juste jusque-là. Quand nos faux mystiques en infèrent qu'il faut porter l'abandon jusqu'à être indiffèrent à plaire ou ne pas plaire à Dieu, et que\ pontre la nature des comparaisons, ilspous* seqt celle-ci à toute outrance; ils tombent dans une erreur manifeste , qui est celle de regarder la charité comme une simple bienveillance de Famé envers Dieu , sans prétendre à un amour réci* phoque. Mais ce sentiment est réprouvé par toute la théologie et par saint François de Sales luimême, lorsqu'il enseigne que Famour qu'on a pour Dieu dans la charité est une vraie amitié W ; c'est-à-dire, un amour réciproque, Dieu ayant aimé étemellement quiconque l'a ainoké, l'aime, ou l'aimera temporellement. « Cette amitié est dé* » clarée et reconnue mutuellement, attendu que » Dieu ne peut ignorer l'amour que nous avonsi » pour lui, puisque lui-même nous le donne ; ni » nous aussi celui qu'il a pour nous , puisqu'il l'a » tant publié, etc. » Ainsi l'on peut et l'on doit porter la perfection du détachement jusqu'à ne pas sentir que nous plaisons à Dieu, ni même
(0 £«V. IX , c. 9 et 1 1. — V*) -df/w. de Dieu , /. ii , c. 32.
3l6 INSTRUCTION
que Dieu nous plait, s'il nous veut ôter cette connoissance : mais ne songer pas à lui plaire au fbiidy et ne le pas désirer de tout son cœur, c*est renoncer à cette amitié réciproque ^ sans quai il n'y a point de charité. C'est néanmoins oh nous veulent conduire les ùlux mystiques , puisque si lious désirions de plaire à Dieu^ c'est-à-dire qu'il nous aimât , nous ne pourrions ne pas désirer les effets de son amour , c'est-à-dire ^ les récompenses par lesquelles il en déclare la grandeur et en assure la jouissance pour toute l'éternité ; ni ce qui nous attire son amour, c'est-à-dire toutes les vertus : ce que les nouveaux mystiques ne permettent pas aux parfaits, puisqu'ils ne veulent même pas qu'ils en demandent aucune.