‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 49 sur 109 · PAR DES ACTES COURTS. SIMPLES ET AMOUREUX · texte numérisé non relu

PAR DES ACTES COURTS. SIMPLES ET AMOUREUX

' Remarquez les deux causes qui lui rendoienb la liberté de son action : dont Tune est^ quand Dieu retirait son opération , c'est-à-dire cette opération extraordinaire qui lui lioit les puissances et la tei;ioi| heureusement captive sous une main toute* puissante : ce qui montre que cette opération n'étoit donc pas perpétuelle. ,

. C'est aussi pour cette rais^on qu elle répondit à une supérieure , qui lui demandoit ce si elle fai- » soit des actes a l'oraison ? Oui^ ma fille , quand » Dieu le veut, et qu'il me le témoigne par le » mouvement de sa grâce : J'en fais quelques-uns » intérieurs , ou prononce quelques paroles ex- » térieures^ surtout dans le rejet des tentations ». A. quoi elle ajoute : « Dieu ne permet pas que je » sois si téméraire que je présume n'avoir jamais » besoin de fairô aucun acte, croyant que ceux » qui disent n'en faire en aucun temps, ne l'enten- » dent pas ». Voilà comme elle traitoit ceux qui veulent être tout passifs ; et four elle , non-seulement dans toute la vie, mais encore en particulier ^725 V oraison elle méloit la passivejté et les actes , selohHe besoin quelle croyoii en a/^oir; ce qui est, comme on voit, une manière très-active et de réflexion.

Cependant , elle demèuroit toujours soumise à Dieu , soit qu'il l'invitât à agir, soit qu'il la laissât à elle-même en retirant son opération : par où

SUR LES ÉTATS B^ORÀISON^ LITRE VllI. 33 1

il lui faisoit sentir qu'elle n étoit pas perpétuellement dans cette suspension des actes et des puis^ sances ; puiscpie souvent Dieu la remettoit dans sa liberté. Aussi son saint directeur lui écrivoit (0 : « N€| vous divertissez jamais de cette voie : sou- » venez-vous , que la demeure dé Dieu est faite yi en paix : suivez la conduite de ces^ mouvemens » divins :' soyez active et passive ou patiente , se- » Ion ce que Dieu voudra et vous y portera ; mais » de vous-même ne vous sortez point de votre » place » ; c^est à-dire, ne sortez point de votre état, ne changez point la nature de votre oraison; ne vous forcez point à faire des actes marqués , plus qu'il ne vous sera donné de le pouvoir faire. Vous voyez que comme souvent Dieu la tenoit sans action au sens qu'on va expliquer, aussi quelquefois il la laissoit agir. Nous allons dire quelle sorte d'actes elle faisoit alors. Ici il faut seulement obfierver ces trois mots du saint directeur lactwe, passive ou patiente , que la suite fera mieux entendre* L'intention du saint directeur est de montrer, par ces trois paroles, ce qu'on ne peut trop reïnarqtier, que sa fille spirituelle, à qui il 1^ adresse n'étoit par toujours dans la suspension des puissances, c'est-à-dire dans cet état qu'on nomme- passif; parce que cette saiistractioh , qui lui armoit de Topera tion divine, la laissoit en sft liberté et t'raiment nelhP. Toute cette vicisëitude ne tendoit qu'à la rendre souple sous la m&in de Dieu , et à faire qu'elle ne cessât de s'accommoder à l'état où il la mettoit ; ce qui produisoit les ver-

(*) F'U de Chant. III. part, c. /J,

33 a iKSTKTJCTiôir'

tus, les soumissions et les résignations admirables

qui parurent dans toute sa vie.

XXXI. u nous reste encore à apprendre d^elle , jusdans la a." 9^'o^> ®t jusqu'à quels actes s'étendoient ses sus- ({aestionpro- pensioQS OU ses imp]|issances ; et il faut toujours posée au cli. gç souvenir qu'elle parle du temps de Toraison.

29,et on par- , , 7

le des actes ^^ actes , qui étoient alors supprimés y sont prediscursifs mièrement les discursifs, où., comme elle parle, rXle*Mér^" * *o^*^®s sortcs de discours, industries, répliques, ne pouYoit » curiosités et choses semUables (0 ». C'est que plus faire. Dieu la voulant mener par la pure voie de la foi, qui de sa nature n est point discursive , lui atoit ( compue elle Tavoue ) tout, le discours; même en ipénéral tous les actes de rentendement ne paroissoient guère , [^rce qu'aussi toute Fameétoit tournée « à ces actes courts, simples et amoureux ^ , dont nous venons de parler. .

XXXII. Les actes supprimés alors étoient secondement des"a?tcs sl^ ^^^ ^^^^^ scusibles : f< Elle demeuroit , dit^elle (2), siblesetmar* » dans là Simple vuc de Dieu et de son néant , ^^' » tQute abandonnée, contente et tranquille, sans

» se remuer nullement^ pour faire des actbs ssn- » siBi^s de l'entendement et de la volonté., non » pas même pour la pratique des vertus, ni déte&- » tation des fautes >»• Ce n'étoit donc point le fond des actes ^ui lui étoit ôté., mais leur seule sensibilité, qui aussi ne nous est pas commandée. Car, comme disoit très-souvent son saini directeur. Dieu commande d'avoir la foi , l'espérance et la charité , mais non pas de les sentir. Comment ce fond detneuroit à la sainte Mère sans le sentiment, elle

CO Vit de Chant, IL part^ c. 7, 3. guest» — W ibid.

l'expliijue^ès-bien par ces paroks(0 .• « J'écris 3) de Dieu , j'en parle comme si j'en avois beau* y} coup de sentiment y et cela parce que je veux » et je crois ce bien là au - dessus de ma peine » et de mon affliction ^ et ne désire autre chose » que ce trésor de foi , d'espérance et de charité , » et de FAIRE TOUT CE QUE JE POURRAI Gonuoitre » QUE DIEU VEUT DE MOI ». Dispositions très-actives et très-éloignées de la pure et perpétuelle pas* siveté dés nouveaux mystiques. On y désire^ on y espère, onjr veut faire tout ce quon peutconnoitre 4jue Dieu veut de nous. On est en état de le con« noitre et d'y réfléchir ; on a très^réellement tous ces actes y on les produit avec soin, quoique ce soit sans les sentir distinctement. Ces âmes desti* tuées des actes sensibles , et de la consolation qu'on en reçoit, ne laissent pas, indépendamment et au-dessus de toutes leurs peines, et de parler et d'agir selon le fond qu elles portent , quoique souvent sans goût et sans sentiment.

En troisième lieu , toutefois cette privation de sentiment avoit ses bornes, comme il paroit par ces paroles adressées au saint directeur (^) : c< Je ne » sens plus cet abandonnement et. douce con* » fiance ,. ni n*en saurois faire aucun acte ». A quoi néanmoins elle ajoute, « qu'il lui semble ». bien toutefois que ces dispositions sont plus so- » lides et plus ferBiies que jamais » ; comment s'en aperçoit -elle, sinon, par un reste de sentiment; mais qui demeure , dit-elle , dans la cime pointe

.(■) ru de Chant. IL part, c. 24. — C^) Ibid. III. paru e. 4.

334 ÎRSTRUCTIOn

de resprit, et un peu après, « on a le sentiment » de ces actes dans la dme pointe de lesprit (0 ». Ce qu'elle exprime ailleurs, en disant W « qu'elle » ne laisse pas, parmi ses détresses^ de jouir » quelquefois de certaine paix et suavité inté- » rieure fort mince , d'avoir d'ardenis désirs de » ne point offenser Dieu , et de faire tout le bien M qu'elle pourra ». D'où il s'ensuit qu'elle n'étoit pas entièrement dénuéç de sentiment, mais qu'ils demeuroient dans la haute pointe de l'ame, sans se répandre ordinairement sur les sens extérieurs, qui est aussi l'expression, comme la doctrine constante et perpétuelle de son saint directeur, ainsi qu'on verra en son lieu.

Une quatrième remarque, c'est que la suppres-^ sion des actes sensibles et marqués n'étoit pas universelle. Car, dit-elle (3), dans cet état oh l'on ne peut faire des actes d'union, mais seulement demeurer uni, elle disait quelquefois des prières vocales (qui de toutes les prières sont les plus actives) pour tout le monde, pour les particuliers, pour elle-même, et tout cela , a joute-t-elle , sans sel dii^ertir ni regarder (par d'expresses réflexions et attentions) pourquoi elle prie, encore qu'elle sente bien qu'elle prie pour soi et poiir les autres, mais sans s éloigner d'un secret et quasi' imperceptible désir que Dieu fasse d'elle, de toutes ses créatures, et en touteê choses oe quil lui plaira. Voilà donc, dans la plus haute oraison* passive,

(0 P^ie de Chant» IIL part, c. 4* — C*) Ihid, IL part, c. a4.— (3) Ibid, IIL part. c. 4^

SUR LES éTAT$ D^OllAISON, LIVRE VllI. 33 S

des actes exprès et marqués où Famé se porte très -activement y quoique toujours sous la conduite de sou unique moteur*

En cinquième lieu, sous le nom d'actes sensi-*- xxxiii. blés, on peut encore entendre les actes métho- de"actM'*^'! diques et réguliers, dont Dieu affranchit une àme thodiques. qui marche dans la sainte liberté d'esprit; et c'est l^euxconaul-

* . 11. iatious de la

à quoi on peut rapporter ces deux consultations : Mère,et4euz

La première^ sur les bénéfices et mystères, de '•éponses de

notre Seigneur : « que les Pères enseignent, dit- ^^^^"^^

» elle (0 V qu^il faut méditer : cependant l'ame,

» qui est en l'état ci -dessus, ne le peut en façon

M quelconque en cette manière; mais, poursuit-

» elle, il me semble qu elle le fait en une façon

» très-excellente, qui est un simple souvenir et

» représentation très -délicate des mystères, avec

» des affections très - douces et savoureuses, etc.

» A quoi le saint évéqae répond, que l'ame doit

^i s'arrêter au mystère, en la façon d'oraison que

» Dieu lui a donnée : caries prédicateui^s et Pères

» spirituels i^ l'entendent pas autrement >!•

La seconde consultation regarde la confession, où il faut avoir de la contrition W : cependant <c l'ame demeure sans lumière, sèche et sans sen-- » timent, ce qui lui est une très-grande peine »• Le saint directeur répond : a La contrition est » fort bonne, sèche et aride, «car c'est une action 2> de la partie supérieure et suprême de l'a^e ».

On voit par-là que cette ame sainte, dans la XXXIV. plus sublime et plus passive oraison , loin d'exclure .^® souvenir

K 11.1 > 1 deJ. Ceila

de cette haute contemplation, les mystères de contrition

(') J^ie de Chant II. pan. c. 7. — C') Uid. 8. 7.

336 INSTRUCTIOlf

entroient Jésus^Christ , en recevoit un doux souvenir ^ une dans la haute ^^'//^^^ représentation . avec des affections dow-

contempla- '^ ' , ^ . .

tion de celte ces; et que pour la contrition son saint directeur Mère. ^^ j^j apprend autre chose que de s'en contenter,

quelque sèche et quelque aride quelle fût. Ce qui montre que dans ces suspensions et passivetés ' elle ne perdoit pas le fond de ces actes, mais leur

seule sensibilité, avec leur formule méthodique et régulière. Voilà comme elle étoit dans Forai- ^ son, même par rapport aux actes; et encore que son attrait et sa voie fût d'être^ comme elle dit, totalement passive; cet attrait ne la dominoit pas .tellement qu'il ne la laissât très -souvent à ellemême, qui est une disposition que nous aurons lieu d'expliquer bientôt. XXXV. Au reste, ce qui se passoit en cette sainte ame La Mère se durant le temps de l'oraison, a voit, comme on a gée auxac- ^^ ^^ ^ ^^^ LOI dmaire, Une miluence dans toute tes. Com- 1^ vie. L'on écrit que son oraison étoit conti-

ment elle les .u fw\ i j» 'i» » • • j

pratiquoii,et ^^^tle (^) , par la disposition toujours vive du commentson simple regard de Dieu en toutes chq^s. Il ne faut oraison étoit -^^ s'étonuer de cette continuité, après qu'on

conuimelie. *^ , . , * .

a ouï son saint directeur si clairement expliquer, que ce qu'on appelle bénir toujours Dieu (2), n'est pas le bénir toujours actuellement, mais seule* ment, comme il parle, le bénir souvent et à toutes occasions. Mais comme par ces divines impuissances , qui la tenoient si souvent sous la main de Dieu , sa vivacité naturelle que Di<^u vonloit dompter par ce moyen, se ralentissoit tous les

(0 Fie de Chant. IIL part* c 4- — (*) ^m, de Dieu» Iw. ix, ch. 8.

jours:

SUR LES ÉTATS BORAISOU, LIVRE VIIT* 33 ^

jours : « sa grande cessation d'opérations înté- M rieures lui fit trouver cette invention : elle dé^ » crivit de sa main y et signa dé son sàiig iind ^» grande oraison qu'elle îvoît faite dé prières , » louanges et actions de grâces pour les bénëficès » généraux et particuliers, pour les parens, amis, >) et autres devoirs, pour les vivàns ^ les morts, et 3> enfin pour toutes les choses a quoi elle vèn-^ » SOIT ÊTRE OBLIQÉE, et quc sa dévotion lui sugi> géra, portant ce papier nuit el jour à son côl^ » avec la protestation de foi du Alessd , qrfetlé ^) avoit aussi signée de son sang, après avoir fait » cette convention amoureuse avec nôtre Séi- » gneur, qiie toutefob et quantes qu'elle lés Ser- » reroit sur son cœur, ce seroit à dessein de faire » tous les actes de foi, de remerdment et de » jprière contenus en cet écrit (*) ». Nos faux mystiques prennent cette pieuse pratique pour scrupule et pour foiblessè ; maïs elle sera contré eux un témoignage «terhel que cette ame, que Dieu tenoit si puissamment sous sa main, fut toujours inâniméht ^oîgn^e dé l'erreur de croire qu'elle fût exempte des actes ; puisqu'ehcore qu'elle en fit, pour ainsi parler, de si actuels et dé si actifs, elle ne fut point contente qu'elle n^eût encore trouva ce noilveàu moyen de les pratiquer.

Dans ce même esprit elle écrivoit , elle dictôit très-souvent des actes de soumission envers son saint directeiir et envers Jésus - Christ mêine^

('> f^U de Chant, III. part c. 4*

Dossuet. XXVU. ^2

qu elle signoit de spti sang , aussi bien que dps oraisons à la sainte Vierge qu elle récitoit (0 : pour les rendre plps agréables y elle obtenoit de ses supérieurs la permission de les dire : ce qui montre de plus en plus qu elle étoit très-afiectionnée à faire des actes choisis ^ délibérés , excités, en témoignage de sa foi, et pour nourrir son amour.

XXXVI. On a encore de ces actes écrits de sa maiir , L'oraison gjjt,,^ autres OU a celui où elle avoit compris tous

de la veàé- i i . ».

rable mère les dcvoirs d'une chrétienne ; rien n y est omis , et MarieRosseï- ^^^^ ^\^ ^^^^^ j^ Tesprit du saiut évêque. Tai lu

filles spiri- ^^®^ attention ( car il ne faut pas mépriser la doctuelles da triue de Tesprit , c est-à-dire ce qu'il inspire aux ^*°^' âmes qui sont à lui) j'ai lu, dis-je, un acte sembla-

ble, fait deVordre du même saint par la vénérable mère Marie Rossette, une de ses filles, qui fut un prodige de grâce et de sainteté : elle y entre dans tous les actes les plus spécifiques que l'Ecriture prescrit aux fidèles. Après les avoir produits et réitérés avec une force ina^oyable, elle tâcboit de se tenir toujours le plus actuellement qu'elle pouvoit dans la même disposition. Comme il s'élevoit dans son cœur mille bons désirs particuliers; sans se doni^er la consolation de s'y arrêter,. elle les mettoit , dit-elle , dans son grand acte d'abandon, où tout avoit été si bien spécifié. Ainsi en un sens elle n'exerçoit qu'un seul acte , et en même temps elle exerçoit cent actes divers. C'est ce que disoit Cassien de cette ovaison de feu dont on a parlé, (c où se ramassoient en un tous les senti-

(0 F'ie de Chant, If, part, c. 1 1. ///. part, c. 7.

StJïl LES ÉTATS D^ORÀlSOlT, LIVRE VlU. SÎQ:

» metlg : conglobatîs çensibus >u Les actes de foi . d'espérance et de charité , et tous ceux qui en dépendent s'y trouvoient tous avec leur distinction naturelle , pjuisque saint Paul nous apprend que ces trois choses deineurept dans tout le cours de cette vie ; mais de tous ces actes réels et physiques^ si Ton me permetioit ce mot de TEcole, il secomposoit comme un seul acte moral où tout se réui nissoit. C'est ce qui arrivoit à cette sainte reli^ gieuse en qui toutes les affections dont une amQ chrétienne est capable se rassembloient, se péné-* troient, pour ainsi parler, l'upe l'autre ; et rapport * tées à la même fin, faisoient un parfait concert. Mais néanmoins, pour assurer son état^ le saint évêque , non content de cet amas d'actes ^ pour les développer plus activement et plus actuel* ' lement, faisoit dire à la sainte fille deux ou trois fois par jour un Pater et un Credo, outre l'office où elle assistoit ; et il est marqué dans sa vie que lorsqu'étant k l'infirmerie, elle ne pouvoit aller à l'Eglise, elle disoit avec l'infii-mière, ou ûii Sàlve^ Regina, ou quelque autre semblable, prière,» Ainsi, comme les autres chrétiens , elle s'excitoi( à prier et à faire les autres actes de piété que l'E-* vangile commande. Je rapporte exprès ses dispositions, parce que les nouveaux mystiques la produisent comme un exemple d'une perpétuelle passiveté^ ; mais vainement , comme on voit* H est vrai que son état particulier étoit d'une sécheresse, et en même temps d'une fidélité incroyable ; parce que dénuée ordinairement de toute consolation et de tout soutien sensible, elle persistoit

ri

34a IWSTRtJiCTÎbN

dans sa sèclife simplicité, et eh ttiêitiè temps demèuroit fidèle jûsqii'âù bout à dirô ^ôii Pàièr éi son Ctedo ; pat bti eîlfe ùhisàbit pàrfaifémeni ce qui ètiXi de son ktiraît particulier avec l'atlra^t œmmùti de toiis lèS -fidèles. Par son âlfrait paHîciilier elle Abit pôttéè eX inciihëe , ïnàîs encore boïiime de loin , à litté Côûtihuitë et unité d'actes qui îi'èst fâs dé celle '^ië : ihais dùranl ce temps cle pèlerinage il fâîîoit comme rabattre cet attrait exlraordlttâire j)àk- Tattï-kit ébttimùn Aes cbretiens , qui porte aux actes partitfuiîers , explîqiies et développés dansîè J^^âtèr et dâhs le Credo; c èàl pourquoi 6n se 'drôyôifc dWigé d y astreînare cette sainte fille, pour lia préserver de rillusion où tombent nbs faux mystiques eh supprifnant les actes Commuh^ <ie ïk piété ) à quoi si on rèût vue se p'orler, et se neiidrè diôîtis obéissante à B^îrë les actes qu <in lui pi*e^crivbit éeioh' la règle de î'ÎE^âtigile, son oraison qui fîit admirée aùroit etlf îfuèpecte et mâuvkisre. il èât de l*étàt dé cette vie lîe feiré cefe actes , qfù'ôi'qVie f âct'é de la viè future, t:'e^t-à-dire , l'acte Côntihii iï ^èi^p^tuel où Ton est poussé iiltéHeÙrèhîéiit, èbiiime on ï^est à l'élerhèlle félicité, cômtnehee à se faire sentir d'une 'manièré.eïicore inijîàr^iite , mais néanmoins admirable, fiieu suit loué 4 jamais pour lés ïtierveilleuses opét»ations qu'il eierb^ dans lès amies. XXXyiI. Lés faux myàti^iféS oiitrif^nt'tout; et ils vou*

.Tl^'^'f^' droientfeire accroire à la mè^re dé Éhahtal qu elle

lerence du .^^ , • : . ., T

salut ne fut étôit îiidifférebte pôùf le salut, sous prétexte jamais dans qu^intelr'rogéè « 'si éilé espéroît lés biens et les joies Chantai. ^ ^^ ^^ ^^^ étfemellè j elle répartit dâhs un pro-

SUR LES JÊTÀTS WoJiMSOV^ LIYllS VIII. 3/^t

» fond aentino^çnt de sa bsis^esse : Je sais qu'^Vf^ » ifi^énte^ du l^^uyeur çlles se 4pivent espérer % i| m^isj pipi^ ç^^f^amçe x^^ ce tollr^e po^nt djs ç^ >i côté-ri^ : 1^ njç ^e^i^f 4e^reîf v es.péirer chqse n iffl^hqnffft^ f §ippi} ij^m Dîçu acppmplisse sa n smte v^qiqjilé w pRpi, fîj qu'à jamais, il soit 3^ glorifié (!) Ml. Sifr ceja onluj j'igr^ jiirç gue Dieu ëta^t glofîiié d^^s la daippatiou çpinn^e d^ns le sa^Ut des hommes , elle çst i^dififé^'^Pte pour l'un et pour Fautre : mais ce sentiment ^fiX9}t un pro-^ digf, ç^r çommç il s'agjt d espérance , Tieîspej^ïfce s^roit pQi4r l'çnfiÇf de pi^we qji'elle est pouy le par^dii?, cfi gpi n>^t lûep mpips q»'un t)Usp|îeine. La pieijse J^^r^ fijtepçî dopç q^ç ^)iç^ se^ij çïprlfi^ eu ellç, a^si q^'il l'e^ 4^»? ^-^ ^jiints^ et qwe ç: ^rt l'unique sujrt dp §pp e^pér,ap.çç. Elle dit .

raêpiç trèsT^^prpssffpept : s< Qu^nd j.ç yoi$ If S^ja- >!. yepi: ejn eçpi? , pp i^-e.^!; j^W^ sis^?^?, eijpérçr qu'il » nouf (epa yiyre d'ajpoi^r f?p ^, glp^Fe (?^. Que 3* si elle étoit, epip|q[)p elle éçirit (^), sans auqun 3^ désir de réçoptpepsp Pt d^ jpu.i?s2|p,cç , çt ne 3> parloit quasi jamais des doucç.qrs de I)i,eu, mais » de ses opérations » ; la suit^ fai^ ypjr qi^'^Hç rentep49^^ 4^ certaipes çt^r^solafiof^ çt suayités de cette vie , qu^ou sait bien qi»' il . ne faut pas désirer avec cette ipqi^étude tant blâmée par son saint directeur , ainsi qu'il a été 30ji;vept remarqué. Au reste , ce elle cpuseiUpit 4^ ^e jamais regarder a> le ciel çaji^ Vespérér (4^ » ; et loin de considérer Tespérance comme vue yertu intéressée, c'est, di-

(>) rie de Chant III. pan. <A. a. -n \?à^4^ f A* 9* -^ C^) ihid ch. 3. — (4) Ibid. ch, a.

soit-elle , un aiguillbn de Vamour : en quoi elle ne /alsoit que suivre les conseils de son admirable di« recteur, qui lui écrivoit (') : « Oui, ma très-bonne » fille , il le faut espérer foirt assurément , que 3) nous vivrons éternellement : et notre Seigneur » que feroit-il de s^ vie éternelle s'il n'en donnoit 3} point aux pauvres petites et chétives âmes » 7 Ainsi ces petites âmes; c'est-à-dire, les âmes sîm^ pies vivent d espérance ; et tout est plein de sem* blables sentimens.

XXXVin. Concluons de tout ce discours que cette sainte Que dana ^^^ ^^^j^. "agissante aussi bien que patis^nte

lesetat9pre- o . i r

cédensde la dans tout le cours de sa vie, et même dans son vénérable oraison. Je dis même qu'elle éloit agissante par

Mère, il n y a i. o x

pointdeper- ^^^ actions excitées exprès; car pour celles que pétuelle pa«- Dieu excite d'une façon particulière , elles se trou^ 9wçte^ vent dans l'état le plus passif. Si donc le saint ëvêque de Genève ordonne à sa sainte fille d'être agissante, lorsque Dieu lui en laisse la libe rté, it entend quelle a souvent cette liberté,* pour en exercer l'action la plus expresse ; et c'est ce qu elle marque elle-même très-clairement par cesparoles, que je prie le pieux lecteur de lire attentivement , parce que toute sa disposition y est renfermée. « Lorsque les distractions nous pressent, il faut » faire l'oraison de patience , et dire humblement » et amoureusement, s'il se peut : Mon Dieu, le 9 seul appui de mon ame, ma quiétude et mon « unique repos ^ quand je cesserois de vivre, je >} pe cesserois de vous aimer : excitant ainsi » son cœur sans 9tten4re que Dieu nous mette

, SUH LES ÉTATS D*ORÀISON^ LIVRE VUI. 343

a» le miel à la bouche pour parler à sa bonté (0 »» Il se faut donc exciter soi-même, sans attendre que Dieu nous excite d'une façon particulière : et c'ëtoit le conseil comme la pratique de cette sainte ame y quoiqu'elle fût si puissamment atti« rée aux états passifs.

On entend maintenant à fond ces paroles du XXXIK. saint directeur à sa digne fille : « Soyez active et Suite de la

^ " ^ même doc-

3> passive, ou patiente selon que Dieu le vou- trine, etex- » dra ip) » : c'est comme s'il disoit : Quelque pas- plica^ipn de

1 • 1 -TN* Toraisonque

sive que vous soyez sous la mam de Dieu , vous ^ ^^^^ êtes souvent active , puisque souvent il cesse de pelle de pavous exciter de cette façon particulière, et alors ***"*^®* vous devez agir et vous exciter vous-même. Tant qu'il vous tient sous sa main n'en sortez pas y et demeurez dans la suspension où il lui plaît de vous mettre. Yoilà donc déjà la disposition ac« tivç et passive bien entendue ; mais il y ^ outre cela la disposition qu'il appelle /^^/zenfe^ où Famé pleine de dégoût , de détresse, de désolation, semble ne pouvoir plus même espérer en Dieu , loin de pouvoir faire aucun acte sensible d^amour. L'ame alors est plus que passive , et entre dans Foraison que le saint évêque appelle de patience, où les actes sont offusqués et enveloppés 3 mais non pour cela éteints et supprimés.

Et pour entendre à fond un tel état, il est bon de se souvenir d'une excellente doctrine du Père Jean de la Croix. II dit donc que l'ame est jetée dans ces suspensions et empéchemens ou impuis-

(0 P^it âc Chant,III. part, ch. 4> — ^*) ^^^' €k,*S, 4* Ci-dessus, ch, 3o.

344 ISSTKUCTIOlff

sauces divines ^^ « oa par voie de parution et 9 de peine , op par une contemplatioH très-par- ^ il faite {') n ; c est-à-dire, ^'elley est f^ipCy oi|

par abondance de grâces, CQmme daiis les rayissemen& et dans les extases ; ou par manière d-é* preuve et de soustracti<Mi, lorsque Dieu retire ses consolatiop» et seç soutiens. C'est ce que sa mère sainte Thérèse exprimoit ep disant , « Que y» comme ]4 joip ^usppnd les puissance y la peine » aussi fiât 1^ mêmç piïçt W ». Ce d^nû^r état étof t celui de Ja roère de Cb^ntal , qne l'impuissance dç feif e dtçs actf^ aussi ^;qptrès qu'^e vouloit, je toit dan§ des confasj^pqs et daps des ténèbres dont elle ne çes^ de SjÇ: plaiqdre ; mais son saiqt dirept^\|r J^ fa^^furoit; , fi^ |ui disant que ces soustractions niyi^t^rjeus^ , lpi|^ df^ supprimer les actes de piété, pie |aispient qpe les u cqncenr » trer dam le cœ^|-, ç^ Lpa pqrter, cpiQfue il » parl^y à la came pointe de Fçsprit », ainsi qu'il a déjà été reu^rqué, et qu'on tâchera de l'expUquer à fqçid d^ns |ê traité àes éprj^uves. xii. Selon ces prmcipes, quand le saint fait dire à

même doc- ?^ Statue qu elle qe voi^cirpit p^s se remuer /lour trine, et ùlle^àlui si l^meme ne h çomrn^i^iti^) , il deraicrc re- Jf^^|. ejitendre ces paroles de certain? particuliers

flexion sur 1» • . ^ ' i i

statue du mouvemens qq i ne ^ont pas essentiels à la piété :

saîat éTé(|ne. car pour les actes de foi , d'espérance,, de charité ,

de demande oi^ de désir et d'^actipn de grâces, ils

sont déjà a^e?; commançlés^y et à cet égard on n'a

besoin pour se remuer non plus qu'hua soldat pour

(0 mont, du Carm, Uu. ii, cA. xo, p. 2^7. — > (>) Vis de smnie Thiirèse, ch. 20, p. i la.-^ C^) XiV. 11,, ép. 55»

SUR LES ÉTATS. D^OnAISOITy LIT AS YIII. 345

marcher et pour combattre ^ que de Tordre donué à tous en général • Ainsi Ton voit jusqu'à quel point on doit être, « t^nt intérieurement qu'ex* » térieurement, ^ns attention, sans élection, sans >2 désii;* qi^lçonque ». Le directeur et la dirigé^ se sont é|[Qlement expli(]^ués sur qe sujet , en répétant trente fois qu il s^agit du temps de Toraison , p^ même U passivité est mêlée de toute Tactàvité, de toute Taction et dç tout le choix qu on ^ VU; Il ^ut aii^i se r^^ouvenir qi;e ces états imaginaires de nos fauaf jny^ti^yfl^» où les âmes soi|t toujours pau|îs divip^l^^pt par ces impressions e:f traordinaires flpqt i)QV|$ ps^rloq^^ qe sont eopi^ues ni du Père ie^\i dç 1^ Croix, ni de sa mère sainte Théfi^se* T^jo^te que ni les Angeles, ni les Catherine^) cçlle de Sienne et celles de (réfif s , les Avi|^ y les A^c§ptara , ni les autres 9me& à^e Iq pji^s pi^^e ^t (Ip 1^ plus haute çontemplatipi^,^ n'pnt j^pipis çpjL ^fr^ tpujPUKS p?ssiyes, iqa^s par interyjillea : Çt çouyent rendues à ellesméu^^s, elles ox)t ^^i ^^, la {usinière ordinaire, La même cl^p^^ paroi|; dai^s 1^ mère de Chantai , une des pei^oi^ies d^. bq^ JQm^ les plus exercées dans cette voie, ^t qw'^HS^i |q§ npjuyeaux mystiqqes ne G^^sent de pous pbjpçter ; ^îqsj Jevir perpéti^elle p^ssivjBt4 n'qst plu3 gu'up^ idée , ^ laquelle saisit Frsjuççis de Sal^ç et son humbje fiUe , qu'ils aj^pdkôei^t à kur sfcpuii:s, «'ppt auçi^ne p.aç-t-

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