II. Je ne pui$ doRc Gopdamper l^s pi^pseç ^ ^pres
Absurdité ^j^pg j^ ^^^^ évéqw , qni est tout pleift 4^ <«* tournent en suppositioQS impossiblcs ; mais il faut, ^vec ce indifférence sa^ut homme , éviter Tinconvénient d y ^tt^cher,
^om""^p°o^ coPimç les paystiques , la cessation des c(^sirs et sibles* rindîfTérence. f^ Les apies pures, dit-i) (0,. aiipe^
3> roiçnt £mtant la laideur qi)e I4 beauté, ^i elle » plaisoit autant à leiir ainai^t ^. Doi^c )a ))ieaut^ dQ l>me est iDdiiTérep^^ , et ij n^ f^\\% poipt h désirer : c'q^t ^n pitoyable et insupportabie rai<sonnement. Si c'éloit assez dq ff^re des suppQ$i-^ lions impossibles pour conclure ces indifférences^
SVR LES ÉTATS d'oRATSON, LIVRE IX. 3^^
toute là dôctnhè de la foi sei'oit i-enversée. « Si » par impo^siîifcè uii àhgé dû ciel Voîife ànn'onçoit » lin àiitrè Evangile , il lé faudroit , dit saint » Faùi (0 , frapper d^àhàtliême »> , comme le deînon : donc il est indifférent a ^coûter ou le d^înon ou un ange dû ciel : dé même si lé paradis €toït sans amour,' et que l'àmoùr passât à Tênfer, i'èrifèr seroit préïerablèàu i)àràdis; c'ést-à-dire, en d'àùtrès ternies ,*sî le paradis devehoit l'enfer, et que Tènifér devînt le paradis;* si là vérité devehoit le mensonge, et que lé iherisônge devînt; la vérité ; ce seroit le mensonge et 1 enier qu il Fau- Viroit àiinér ; donc tout cela est îndîlîérént, et il ne faut demander lii Fiiii hi l'autre, c'est l'absurdité dés absurdités. On ainié les choses comme elles isônl, ou du moins comme èlïés peuvent ^tre; maisfimpbsfeiblé, qui, parmatîî'èrëde parler, a detix degrés de néant, puisque ni ^il h'est hi il ire peut être, et 'qui est pai'-là, si ôh vfeût, àu-déssous du îiéarit même, né peut pas "être uh objet, ni contté-peser le idésir qui va droit à là chose côtntne elle est.
Plusieurs savans hommes^ quî^bientoes suppQS&iiô'n^ itii^osstblés sit^éque¥it)&à pat^ihi les saints du dernier î^e, sont féttéÈ à léë toëpHser ou à les iïlâthér cbïniftfé dé piéii^ «itrava^ttôes, en de ces fictout feàs cotniliè dé fôiblés dévêtions bù les ïnô- *'°'!!.''* ?P"
positions im-
derti'es' ont ^èégêi^vé de la gt'éViCé d^à premiers possibles. siècles. Mais la véfitë tié' ^é pisriàét {iàs de ^tisetitit à hf&t discéuti. Dès l'origine du V^liristianisme , Abus trouvéns s^int GUment d'Alexandrie qui s'explique de cette sorte (^) : ce J'ose dire , ce
CO Galat. i. 8. -^ C») Lib, iv Strom. p. Saj).
£xeiDJ>Ies anciens et modernes
35o nfSTRncTioif
» sont ses paroles^ que le parfait spirituel ne re« » cherche pas cet état de perfection , parce qu'il » veut être sauvé ; et qu'interrogé , par une ma- » nière de supposition impossible ^ lequel des deux » il choisiroit, ou la perfection ( qu il appelle j» gnose, Thv yvftxnv ) ou le salut éternel , si ces deux » choses se pouvoient séparer , a,u lieu quelles » sont inséparables^ sans hésiter il prendroit la » perfection (rjjv yvfiad'ev)comn)e une chose qui sur- » passant la foi par la charité, est désirable par D elle-même.: d'où il conclut, que la première 311 bonne œuvre de Thomme parfait est de faire » toujours le bien. par une habitude constante^ D en agissant non pas pour la gloire ou la repu- » tation , ni pour aucune récompense qui lui m vienne ou des hommes ou de Dieu ».
J'aurois beaucoup de réflexions à faire sur ce discours de saint Clément d'Alexandrie ; mais je me contente ici d'exposer le fait des suppositions ou fictions impossibles , en réservant le surplus au traité suivant , pour ne point traîner celui-ct en trop de longueur.
Je diffère^ par la même raison, ce qu^il y auroit à dire sur ce passage de saint Paul (0 : Je. désirais d'être anoAême pour mes frères : et.je irCen tiens à ce fait illustre, qui est que saint Chrysostome établit, par ce passage, qu'il faudroit aimer Dieu non-seulement quand nous ne^ recevrions de lui autre bien que de Faimer; mais encore quand au lieu des biens qu'il nous a promis ^ il nous en-
(0 Mom, IX. 3.
SXJK LES ÉTATS B^OKAISOH, LIVRE IX. 35 1
verroit, s'il se pouvoit, «Wuvarbv^ l'enfer et ses flammes éternelles^ en conservant Famour.
J'omets toutes les raisons par lesquelles ce Père prouve que c'a été l'esprit de saint Paul de s'offrir pour être anathéme et séparé éternellement de la présence de Jésus- Christ , s'il étoit possible , et que par -là il pût obtenir le salut des Juifs , et mettre fin aux blasphèmes que leur réprobation faisoit vomir contre Dieu ; et il me suffit à présent de dire qu'il a employé un long et puissant discours à établir cette explication dans les ho* m^es xv et xvi sur TEpître aux Romains , et encore dans le premier livre de la Componction , <^ap. vu et viii«
C'e^t encore un autre fait constant , que toute l'école de saint Chrysostôme est entrée dans ce sentiment f comme il paroit par saint Isidore de Péluse, liv. II, épit. 58 ; par Théodoret, tom. m et IV sur l'Epître aux Romains, vers. 38 du chap. vui, et 3 du chapitre ix, où il ne fait qu'abréger, mais doctement et judicieusement à son ordinaire l'explication de saint Chrysostôme. On trouve en substance la même interprétation dans Théophylacte et dans Photius, tant dans sa lettré 210 que dans la compilation d'Œcuménius sur les mêmeç endroits de saint Paul.
Saint Thomas, sur les mêmes passages, rapporte et approuve l'exposition ' de saint Chrysostôme; mais Estius et Fromont , deux excellens interprètes de saint Paul l'embrassent positivement , persuadés non-seulement par l'autorité, mais encore
35 « INSTRtJCTlOH
par leâ raisons de saint Ghi^y^o^tÔmé , «t par les declés réi)ôll8tô de 6e Père à tdtttes ks objections.
bii êktbtidt*à mieux cette bèll^ lâtet^reiation de s^aitit GkryfidStôme et de éës disciples ^ )si Ton coHipare lïés paroles de fidiiit Paul : Je '4>ëUdr0ù être anathémè, àvéc êëUés du àlêàie kpèti% r 5l' Tiou^ du uTi Mgfe Al &â^2 v&us àfmonçôit murè choie, ^u'il ^àiê anOlitéàe ti)i où à'Un côté ratnour de la téritë te pùtte^ d'il étdii pdksiblé qu*un ange du biël c^ât^ à iê fràppei" d'anë'théme; et de Tautre, par k feirveur de la châfitë) il s'bfite lui-médie d'âtt*e msithêaké s'il tSbit po^ sible , ett[u'il pût par cet effort de sod ambur ar^ rachèr y pour ainsi parler ^ à la divine ttriséHcorde le saltit des Juifsi S'il faut vetiir alux Soboïasii* ques , Scot et toute son école détermine « que la » èharité teiid à sôk objet pôusidër^ en liii«mlt&e^ » quan^ liiètne pâ^ ifiàpdsâible dtt sépareront d^ 1^ cet objet Tulilitâ ou l'intérêt qili âôtfs en vé- » vient W )i ; e'est-K-dirë dans éoû langage, k féli^ cité étètheUe. Geë snppQ9ttièd$ p^r impds^blesoût célèbres dails tdùté l'Ëeôlê ; éâ nà. pé& besoin dé rap{^6l*teï* les my^f iqbèsi , oâ elles sotit fréquen-^ tes ; éb ài^rèâ tèlë il tië faùl pas s'étonner de le^ trouver si souvent dans le ëaint- évéque dé 6ê* hè^e.
< Il en e^t Vénii k la pratiqué; ëi il pttfdtt^ en |>iùsteui*s endroits dé seigle ttre^j qu'il a porté dans Sa jëutièssé un asses long temps une impression
(^) GaL I. 8. — ^ (^) In 3. <:/fif. ay. g, unie» n. a, ^. 64^), etc,
de
de réprobation, qui a donné lieu à ces désirs d'ai« mer Dieu pour sa bonté propre , quand par impossible il ne resteroit à celui qui Taime aucune espérance de le posfiiéder. Ce mystère, qui ne paroit que confusément dans ^s Lettres, nous est développé dans sa vie (0, où dans les frayeurs de Tenfer dont il étoit saisi, une noire mélancolie, et des convulsions qui luifaisoient perdre le sommeil et le manger, le poussèrent si près de la mort qu'on ne voyoit point de remède à son mal \ et on voit quUl fallut enfin « dans les dernières » presses d'un si rude tourment en venir à cette » terriUe résolution ; que puisqù'en l'auti^ vie il » d^oit être privé pour jamais de voir et d'ai- SI mér un Dieu si digne d'être aimé, il vouloit au » moins, pendant q'uiFvivoit sur la terre, faire » tout son possible pour Taimer de toutes les for^ » ces de âon ame, et dans toute retendue de ses M affections ». On voit qu'il pbrtoit dans son cœur comme loie réponse de mort assurée (s); et, ce qui étoit impossible , qu'après avoir aimé toute sa vie, il supposoit qu'il n'aimeroit plus dans l'é* ternité. Mais encore que la supposition en fût impossible, elle donna lieu à un acte où le saint tix)uva sa délivrance; puisque, comme dit l'auteur de sa Vie, « le démon vaincu par un acte d'amour si 3» dé»ntéressé lui céda la victoire et lui quitta la n place »«
Il ne faut pas dire pour cela qu'il eût perdu
CO Vie deS^des, parMaupas, L part, ch, 5j p. aS, a6. — « C») //. Cor, I. 9.
BOSSUET. XXVII. « â3
re^péràncé ou le désir, puîsquon a vu que partout ailleurs il enseigne que ces sentitnens demeu^ rent inébranlables , durant ces états, dans là haute partie de Tame ; mais enfin ^ par cette tendre et pieuse supposition , il exerce un parfait amour.
Sa sainte fille l'a imitée lorsque si souvent elle dit à notre Seigneur « que s'il lui plaisoit de lui i> marquer sa place et sa demeure dans l'enfer ^ » pourvu que ce fût à sa gloire éternelle , elle » en seroit contente , et que toujours elle seroit » il son Dieu (0 »•
La même chose arrivoit à la bienheureuse Angèle de Foligny^ dont le saint évéque a tant ad* miré la sainteté y et tant décrit les combats. Lorsqu'une ame si pure se crayoit tellement plongée dans là malice , qu'elle ne voyoit dans ses actions que oorruption et hypocrisie : elle s'écrioit^ comme elle l'écrit elle-même (^) , avec grand plaisir : « Seigneur y quoique je boîb damnée je ne » laisserai pas de faire pénitence , et de me dé-» » poniller de tout pour l'amour dç vous , et de » vbtis servir >k Son amour la trompoity et à force d'aimer celui qu'elle trouvoit si mmàl>le| elle croyoit qu'elle l'aimeroit ]u$qu'e dans l'en* fer. C'est pourquoi en une autre occasioti^ en. ap* pelant la mort k son Recours ^ elle disoit à Dieu (3) : « Seigneur, si vous me devez jeter dans » l'enfer, ne différée pas davantagjs^ hâtez- vous;
(»> rude Chant. II. part, oh, i^.^{^)Edit. Pan iS38. FU. ^ng, cap, i5, p. 36. — C^) Ihid, ig, p, 47-
SUR LES ÉTATS d'oRATSON, LIVRE IX. 355
M et puisqu'une fois vous m'avez abandonnëe, » achevez et jplongez-moi dans cet abtme ». Où ressent dans ces paroles un trans})ort d'amour dont on est ravi y' encore qu'il soit fondé sur une de ces fictions dont nous parlons.
Dans un semblable transport , sainte Cathe*rine de Gènes disoit à son amour (0 : « Peut-il » être y 6 doux amour, qt^é vous ne deviez jamais » être aimé sans consolation ni 'espérance de bien » au ciel, ou en terre »? A la vérité on lui répondit que telle union avec Dieu ne pouvoit être &ans grande j^ie : mais pour elle, on voit qu elle eût souhaité l'impossible pour mieux exprimer son amour.
C'est encore ce qui lui faisoit dire i'^) : « L'a- 3» mour pur non^seulemeht ne peut endurer , mais »> ne peut pas même comprendre quelle chose 1» c'est que peine Ou tourment, tant de l'enfer » qui est déjà fait, que, de tous ceux que Dieu » pourroit faire; et encore qu'il fût possible de » sentir toutes les peines des démons et de toutes 9> les âmes damnées, je ne poun^ois pourtant ja- 3» mais dire que ce fussent peines , tant le pur » amour ^y feroit trouver de bonheur, parce qu'il » ôte tout moyen et puissance de voir ou sentir » autre chose que lui-même ».
âainte Thérèse n'est pas moins fervente , lorsqu'elle dit (3) « qu'il n'y à rien que les âmes pos- » sédées d'amour ne fissent , et point de moyens
(») F'ie de sainte Catherine de Gènes, ch. a8. — f*) Ibid. ch. 23. j5y. — {}) Chdt. de l'ame, 6." detn. ch. 9, sur la fin.
356 iwsTRucTioif
» ^u elles n*empleyasseût pour se consumer en- » tièrement, si elles le pouvoient^ dans le feu » dont il les brûle ', ei elles souffriroient avec joio » d'être pour jamais anéanties > si là destruction » de leur être pouvoit contribuer à la gloire de >i leur immortel ëpoux y parce que lui seul remplit » tous leurs désirs , et fait toute leur félicité d. Ces âmes se regarderoient^ s'il étoit possible, comme une lampe ardente et brûlante, en pure perte devant Dieu , et en hommage à sa, souveraine grandeur.
Cette sainte que FEglise met presque au rang des docteurs en célébrant la sublimité de sa céleste doctrine, €c dont les âmes sont nourries, dit » encore ailleurs (0, que dansToraison d union, » le mieux que puisse faire une ame est de sV » bandonner entièrement à Dieu : s'il veut l'en- » lever au ciel, qu'elle y aille ; s'il veut la mener » en enfer, qu elle s'y résolve sans s'en mettre » en peine, puisqu'elle ne fait que le suivre ^ et » qu'il fait tout son bonheur ». Fortes manières de parler , oîi l'on mêle le possible avec l'impossible , pour montrer qu'on ne donne point de bornes à sa soumission.
A Texemple de ces grandes âmes , la mère Ma* rie de l'Incarnation, ursuline, qu'on appelle la Thérèse de nos jours et du Nouveau Monde, dans une vive impression de l'inexorable justice de Dieu , se condamnoit à une éternùé de peines ^ et s'y offroit elle-même , afin que la justice de Dieu
SUR LES ÉTATS fi^ORÀISOlT^ LIVRÉ IX* 35^
fàt satisfaite 9 /70u/vii seulement^ disoit-elle , ^ue je ne sois point privée de T amour de Dieu, et de Dieu même (0.
Un vénérable et savant religieux , fils de cette sainte veuve , plus encore selon Tesprit que seloa la chair y^t qui en a écrit la vie, approuvée par nos plus célèbres docteurs y y fait voir W que ces transports de Tamour divin sont excités dans les âmes parfaitement unies à Dieu y afin de montrer la dignité infinie et incompréhensible de ce premier être y pour qui il vaudroit mieux endurer mille supplices, et méme^les éternels , que de Toffenser par la moindre faute. Mais, sans chercher des raisons pour autoriser ces .'actes , on voit assez t
qu*on ne les peut regarder comme produits par la dévotion des derniers siècles, ni les accuser de foiblesse , puisqu'on en voit la pratique et la Aéorie dès les premiers âges de l'Eglise , et que les Pères les plus célèbres de ces temps-là les ont admirés comme pratiqués par saint Paul.
Après avoir établi le fait couSstant, qu on ne rv. peut rejeter ces résignations et soumissions , fon- Preuve par
,. 1 ... . .11 exemples,
aees sur* des suppositions impossibles, sans 6^,^^^^^^^ • même. temps condamner ce qu'il y a de plus grand ont fait ces et de plus saint dans l'Eglise , il reste à faire deux ^^^^f. ^ ^®®*'
^ o ^ gnatiou par
Uioses; Tune de montrer dans quelles circons- supposîtioa tances on peut faire ces actes , et s'il y en a où "°*po-sible , 1 on les puisse conseiller, et c est ce que nous ie- pour cela rons bientôt ; et l'autre si l'on peut soupçonner ^oins éloiceux qui les ont produits, de cette damnable in- ^"uppression
(0 P^ie, liv. m, ch. S, p. 4)9> f^ùJ. aâd. au ch. 3, n, 5. j4dd. au ch, 4 9 4^^* Ch,6f ^^2. Ibid. 433* — (') Ibid. 4^3.
358 IWSTRUCTIOîl
des deman- différence où ' nous mènent les nouveaux mys^ rd'S^^ tiques ; mais nous avons déjà vu que le saint évêque ce des nou- de Genève en a été infiniment éloigné, et il ne veaux mysu- ,|^^^s géra pas difficile de montrer la même chose de tous les autres saints. ,
V Pour commencer par siaint Paul , posons d'à* bord ce principe, qu'on, n'est point indifférent pour les choses qu'on demande et qu'on désire sans cesse ; c'est pourquoi nos nouveaux doc* teurs 9 qui nous vaiitent leur indifférence , nous disent en même temps , comme on a vu, qu^ils ne demandent ni ne désirent rieft/Mais peut-on dire que saint Paul est dans ce dernier ^tat , lui qui ne cesse de faire des demandes , et de pousser de saints désirs vers la céleste patrie , géniissant d*en être éloigné (0 dans la demeure pesante de ce eorps mortel , et ne cessant de s'étendre (^) , par un continuel effort, vers le terme de la carrière, et vers la céleste récompense qui nous y est pro* posée? Où placera-t»Qh , dans une telle ame, la sèclie indifférence des nouveaux spirituels ?
Mais il a dit qu'il eût voulu*, s'il lui eût été permis , être séparé d'avec Jésus-Christ pour la gloire de Dieu et le salut de ses frères (3). Ce n'est pas là une indifj^rence , mais au contraire un sacrifice qif on voudroit pouvoir faire à Dieu de ce qu'on désire le plus : et pour montrer que ce terme , je voudrais , n'empêche pas le plus ardent de tous les désirs , et la plus déterminée de toutes ks volontés pour le salut , Photius fait
(0 IL Cor. V. 6. — (a) Philip, m. i3, 14. — O Rom, «t. 3.
SUR LES ÉTATS d'oRAISON, LIVRE IX. 35g
cette belle reiparque (i), que celui qui dit ; Je v0u4rQis ou j'emse désiré, oamme saint Paul («vx^ftfiv) ne prodttH pas dans.. cet acte une vo-* lonté absolue 9 une volonté formée; car , comme nous lavons déjà dit^ on ne veut point par une telle volonté ce qu'on sait être impossible ^ ce n'est pas même une volonté conditionnelle, puisque la condition étant jugée impossible , c est*à-dire un pur néant et quelque chose de moins ^ elle n'est pas de nature à pouvoir afiècter un acte ; mais une volonté imparfaite , ou comme par]ie l'Ëcole^ une vfiUéité ;, qui n'empêche pas la volonté abso^ lue et parfaite du contraire de ce qu'on ne veut qu'en cette sorte. Or une telle volonté ne peut point faire une indifférence y ni jamais contre-ba^ lancer la volonté fixe qu'on a du bien : car on ne peut imaginer une indifférence entre ce que Dieu veut , et ce que ni il ne veut ni il ne peut vouloir. Or est-il qu'il est certain qu'il ne veut ni ne peut vouloir l'impossible. Je ne pous^ pas plqs loin ce raisonnement y, parce .qu'on l'a mis autant qu'on a pu dans son jour au chapitre précédent.
Dans celui-ci, où nous réduisons notre pre^ive aux faits constans, nous diron& qiie saint Clément d'Alexandrie ne vouloit pas que son gnostlque fût indifférent au salut, sous prétej^te qp il lui eut prér féré la perfection , si par impossible elle en eût été séparable; puisque, nous avons déjà vu qu'il reconnott» dans les. plus parfaits, des demandes continuelles , et par conséquent de puissans désirs de la bienheureuse éternité, et des choses qui
(>; Phot. ep. 216.
tese
36o INSTRUCTION
y conduisent. Nous Terrons aussi y au traité suivant y tant de preuves de cette vérité ^ qu*ii ne restera aucun lieu à l'indifférence que nous com* battons., y- Sainte Catherine de Gènes étoit - elle de ces
exemples: superbes indifférentes, qui' ne veulent riea deprières et mander pour elles-mêmes, elle qui disoit « qu'en ardensdears ^^ reconnoissant le besoin qu'on a de Dieu conti^e
de sainte Ca- \ i j i»
iherine de » ce poisou cacbé de 1 amour-propre , il lui venoit Gènes et de „ ^jç volouté de crier si fort qu'elle fût ouïe
sainte - Thé- i ■ i • i
» partout , et ne voudroit dire autre chose , sinon , » Âidez-moi, aidez-moi; et le dire, continuoit- 3> elle, autant de fois que l'haleine me dureroit » et que j'aùrois vie au corps (*) ^, Voici encore une autre demande d& cette amante incomparable : <c Mon Seigneur, je vous prie que vous me )> donniez une gouttelette de cette eau que vous » donnâtes a la Samaritaine, parce que \e ne » puis plus supporter un si grand feu qui me » brûle toute au dedans et au dehoi's (^) » : on entend bien que c'étoit le feu de l'amour divm qui la consumoit.
Elle raconte elle-même ailleurs ses autres prières ; elle ne craint point d'autre enfer que celui de perdre ce qu'elle aime ; elle mettoit la pureté de son amour à dire sans cesse : Amour, Je ne n^eux que vous (^) ; c'étoit Dieu qu'elle appeloit de ce nom , jimour; connoissantMen , disoit-eUe (4), que cet amour pur et net , et tout ensemble héa-
(0 Vit, ch. a5, p. 173. — (>) Ihid. ch. 48, p. 35o. — (3) Ibid^ ch. 16 f p. n^y etc. 1 46 , etc. Ch. 5o, 3^ i . Ch. aS , 1 75. — (4) CA. 38> a5a. Ch, 21 f i48.
SUR LES ÉTATS d'oAAISOH^ LIVRE IX. 36 1
tifiqué, qu^elIe désiroit^ n'étdit autre chose que Dieu. Et dans^ son troisième dialogue elle s'écrie (0 : « O viande d'amour! de laquelle sont » repus les anges ^ les saints y et les hommes : ô » viande béatifique ! vraie viande pour satisfaire » à notre faim, tu éteins tous nos autres appé-' » tîts. Celui qui ^ûte cette viande s'estime bien- » heureux dès cette vie, où Dieu nen montre » qu une petite goutte ; car s'il en montroit da« » vantâge l'homme mourroit d'un^mour si sub* )> til et si pénétrant y tout l'esprit s'en embraseroit » et consumer oit tout le corps ». Voilà comme elle étoit indifférente pour ce rassasiement éternel, elle à qui une gouttelette de ce torrent de délices causoit de si violens transports.
Souvent toutefois elle vous dira qu*elle ne nyeut rien, qu'elle n'a rien à désirer, parce que dans certains' momens de plénitude de Dieu , elle ne sentoit point son indigence , quoiqu'elle portât dans le corar un insatiable désir de le posséder davantage y comme la viande béatifique, ainsi qu'on le vient d'entendre (^) , « dont elle étoit tou- » jours désireuse, toujours affamée, comme étant a> le tèime de ce pur et béatifique instinct dans » lequel Dieu lious a créés » ; ce qui aussi lui faisoit dite (3) : « O Seigneur, toute autre peine que » celle de voir mon péché : montrez-moi tous les » démons et tous les enfers plutôt que de me ]> montrer une offense, quelque petite qu'elle soit,
(0 Dial, III. ch. s , p. 6ao. — (») DiaL L in, PurgaU 688. — . {?) Vie, ch. ao, 147.
362 in$TRVCTioir
» qui empêche la jouiassince du divin époux ».
Jamais pourtant elle n a écrit qu'elle eût dans la confession y où elle alloit très*âoi|veiit (?) y pette peine en voyant sou péché : mais plutôt elle avoit la peine de ne point trouver ses péchés » parce que le péché qu'on veut confesser n^a pliis, pour ainsi parler y cette force désunissante ^ à p;iiise du grand mystère de réconciliation et d^ paix qui est dans le ministère de la pénitence. En eonfor* mité de cette (jUsposition y on voit dan3 la sainte ce qu on ne voit point dans les mysliqueis de nos jourSy un continuel recours à son qo^fe^eur pour être éclaircie des moindres doutes (^) » s^s quoi elle entroit dans d'inexplicables tourmens ^ ce qui lui inspiroit cette demande (^) : « Délaissée que » je suis de toutes parts y ô Seigneur , donnezn moi du moins quelqu'un qui m'entende et me » réconforte » : ainsi elle demandoit tout4e soutien nécessaire ^ sans croire pour cela être intéressée y ni afibibUr pour pei^que œ fut la pureté de son amour.
Ecoutons encore un moment les ardens désirs de sainte Thérèse : elle se compare elle-même (4) « à une colombe gémissante, dont la peine, » malgré les faveurs qu'elle reçoit tous les jours s> depuis plusieurs années ; augmente sans cesse, » parce que plus eUe connott la grandeur de Dieu, » et voit combien il mérite d'être aimé , plus son y amour pour lui s'enflampie , et plus elle sent
<«) Vie, ch. !2b , p. ao3 , elc. — (») Ch. 44 , p. 3i 3. — C^) DiaL liv^ II, ch. 10, p. 370. — A) Chdt. dem. 6, cA. 1 1, p. 8oa.
» croître sâ peine de se voir encore séparée de » lui ; ce qui lui cause enfin , après plusieurs an- » nées , cette excessive douleur » , que l'on verra dans la suite.
Voilà Tétat o& se trouve Tame dans la sixième den^eure, cest*à-dire^ presque au sommet de la perfection. « Elle s'objecte elle - même (0 que » cette ame étant si soumise à la volonté de Dieu 3> devroit donc s'y conformer ; à quoi elle ré- » pond^ qu elle Tauroit pu auparavant, mais non » pas alors y parce qu'elle n'est plus maîtresse de n sa raison, ni capable de penser qu'à ce qui cause a> sa peine , dont elle rend cette raison : qu'étant » absente de celui qu'elle aiipe , et dans lequel 3> seul consiste tout son bonheur, comment pour^ » roit-elle désirer de vivre » 1 Elle ne soupçonne seulement pas qu'il y ait rien de foible ni 4'iiité* ressé dans ce désir. Mais dans la septième demeure, qui est le comble de la perfection, eette disposition ne change pas, et au contraire ce Dieu » y a pitié de ce qu'a souffert et souffre une » ame par son ardent désir de le posséder (s) ».
Cependant elle représente cet état , comme un état de si grand repos ^ que Vame y perd tout son mou%fement(^) ; en sorte que d'un côté il semble qu'elle est sans désir, et de l'autre, il ne foui pas s'étonner que ses désirs soient si ardens. D'oii vient cette mystérieuse contrariété, si ce n'est qu'étant^ par la singulière prés^ice de Dieu , entre la privation et la jouissance , tantôt elle reste comme
(*) Chi^L dem. 6, ch. n, p. 8oa. -^ \») ';.' àem ch. i, p. 807. — '3) Ibid. ch. a,/;. 81 4* f
364 IWSTRUCTIOW
tranquille; tantôt, livrée au désir de posséder Dieu , ce qu'elle sbuf&e est inexplicable. Ce qu'il y a de certain , est que , conformément à Tétat de cette vie , qui est de pèlerinage efd'absence , ce ces âmes rentrent dans un désir de le posséder » pleinement (0 ; mais elles reviennent , ajoute- » t-elle, aussitôt à elles, renoncent à ce désir; et » se contentant d'être assurées qu'elles sont tou- . » jours en sa compagnie , elles lui offrent cette » disposition de vouloir bien souffrir la prolon- » gation de leur vie', comme la plus grande mar- )> que et la plus pénible qu elles lui puissent don- » ner de la résolution de préférer ses intérêts aux » leurs propres i> ; ce qui visiblement marque dans le fond non point une indifférence pure , mais dans un ardent désir une parfaite soumission pour le délai.
On voit si cette ame , qui dit qu elle a renoncé à ses désirs, est sans désirs en cet état. C'est que le désir banni de la région sensible se conserve dans le fond , et ce sont là les mystérieuses contrariétés de l'amour divin , qui, combattu par soi-* même, ne sait presque plus ce qu'il veut. Ne dites donc point à cette ame qu elle ne désiré point Tout chrétien est , comme Daniel , homme de àé^ sirs (3), quoiqu'il ne sente pas toujours Ce qu'il désire, ni souvent nàême s'il éf&ire; u rien ne 9 l'empêche du moins d'épancher* ^on cœur en ac^ » tions de grâces (^) ». Mais sainte Thérèse ne s'en tient pas là, et voici ses derniers seiitimens (4).
(0 ChJi. 7.« dem. ch. 3, p, 817. -• (») Dun. ix. a3*— '^) Chdt^ p. 8 1 8. — * C4) Ibid. p, 820.
sua LES ÉTATS d'oRÀISON^ LIVRE IX. 365^
a Quel sentimeot croyez *• vous , mes sœurs , que ^ ^> doit être celui de ces âmes lorsqu'elles pensent » qu'elles peuvent être privées d'un si grand bon-* » heur ( par le péché ) ? Il est tel qu il les fait veil- » 1er continuellement sur elles-mêmes ^ et tâcher » à tirer de la force de leur foiblesse, pour ne » perdre par leur faute aucune occasion xle plaire .» à Dieu ». Voilà une ame bien avant dans les réflexions et dans les manières actives que nos nouveaux contemplatifs vouloient éteindre. Enfin dans ce sommet de perfection elle finit par cette prière (0 : «c Plaise à sa divine majesté^ mes chères >> sœurs et mes chères filles, que nous nous trqu^ » vions toutes ensemble dans cette demeure éter- » nelle<y où Ton ne cesse jamais de louer Dieu. » Ainsi soit-U >»« De cette sorte les deAiandes toujours vives et persévérantes paroissent. incessamment dans cette grande ame , qu'on voudroit mettre au rang des indifférentes.
. 21 ne faut laisser au:;^ nouveaux mystiques au- vi. cun lieu où ils puissent placei* leur indifférence. Silepassa- A Dieu ne plaise que ce soit par indifférence que Thérèse, sainte Thérèse ait dit qu'on « laisse à Dieu la rapponé ci-
j. .^. 1 . .^ t M. 1 ^ dessus, mène
» disposition de tout ce qu on est^ sans s enquér ^ rindifië- » rir seulement de quelle manière il lui plaira ^^^^^ du sa- » d'en disposer y et qu'on s'abandonne à lui sans 3» réserve I pour^être ou enlevée au ciel^ ou » menée dans les enfers ^ sans s'en mettre en » peine (^} » : tout cela ne signifie autre chose , sinon ce que dit David : « Quand.je màrcherois au » milieu des ombres de la mort*, je ne craindrois
» aucun mal y parce que vous êtes avec moi (') » ; c est-à-dire y qu on n a point à se mettre en peine 4e ce qu^on devient avec un amant qui peut tout: et loin que par un tel acte Ton supprime le désir immense de le posséder, c'est au contraire ce qu on désire le plus ardemment , et ce qu'on espère d'autant plus que pour l'obtenir on se fie avec un entier abandon à une bonté toute-puissante. C'est ce que la sainte exprime en ces mots M : (c Tout ce que je pouvois faire étoit de m'aban- » donner entièrement à ce suprême roi des âmes, » pour disposer absolument de sa servante ^ se- » Ion sa sainte volonté , comme sAcnANx mieux >y que moi ce qui m'étoit ls plus utice. ». Bien loin donc de renoncer, par son abandon, à cette utilité spirituelle , à ce noble intérêt de posséder Dieu y elle sent qu'elle l'assure en s'abandonnant.
Sa confiance s'augmente par les grâces qu'elle reçoit , auxquelles craignant toujours d'être infidèle : ce Ne permettez pas , dit-elle (^) , mon Sau- » veur, qu'un si grand malheur m'àrrive , après » la grâce que vous m'avez faite de me voul(Hr » honorer dé votre présence ». Et voilà les sentimens de sainte Thérèse , après l'abandon où elle parott si indifférente aux nouveaux n^ystiques.
Il est vrai qu'elle demeure d'accord qu'elle ne
peut pas toujours faire ses prières <r dans cette su-
» blime union où elle est incapable d'agir (4) » ;
''mais il nous suffit d'avoir apprisd'elle, que toujours
ce au commencement ou à la fin de son oraison »,
{^yPs. XXIV. 4* — f'5 ^'^> ch. 27, ^, 157. — ih Ihid. ch. aa, p» 1 Sa. — (4) làid. ch, i8 , p» 95.
SUR LES ÉTATS d'oRAISOIT, LIVRE IX. 867
elle fâisoit ces réflexions et ces demandes sur les grâces qu'elle recevoit , et qu'alors elle étoit parfaitement active.
Toute la réponse des nouveaux mystiques à ces exemples et à ce$ paroles de sainte Thérèse ^ c'est qu'ayant vécu long-tiemps après ce qu'on vient de voir de son état^ elle n'étoit pas encore arrivée à la perfection : parole téméraire s'il ep fut ja- ' mais j puisqu'on la veut trouver imparfaite dans les états qui ont suffi à l'Eglise pour demander à Dieu çu'il daigne nourrir les fidèles de la céleste doctrine, et des exemples de la foi de cette sainte.
Personne n'a remarqué qu'elle ait depuis changé de conduite ^ et c'est assez qu^on la voie après l'oraisoii de quiétude ^ après l'oraison d'union ^ si Opposée aux hoûvèaux mystiques^ et se fondre volontairement en actions de grâces , en désirs , en saintes dematides^ jusqu'à la fin de sa vie. Tous les saints et toutes les saintes eri usent de même; on trouve à toutes les pages des deii^andes qu'ils font y comme tous les autres fidèles ^ sans qu'il y paroisse d'autre inspiration jque celle qui est attachée au commandement divin ^ et à la grâce commune du christianisme, et on ne trouve en aâcun endroit cette indifférence à être sauvé ou damné, dont nos faux mystiques font gloire -, on trouve feôfc<iré moins cette cessation de demandes , qui seule leur peut mériter d'êti-e livrés à toutes les abominations dont on les accuse.
Quoique ces suppositions impossibles n'aient vil. tiJ la nôuVejauté ni les inconvéniens que quelques- Quelques
\ ^ , ^ '% r ^ »•! , exagérations
uns y veulent trouver, il tant avouer quil s y surcettcma-
368 INSTRFCTIOW
tiére, etqa'il mêle de si fortes exagérations, que si on ne les ne faut pas tempère, elles deviennent inintelligiblçs. Notre
en abuser. t i / \ n
saint évéque dira, par exemple ('), « que 1 obéis* » sance qui est due à Dieu, parce qu'il est notre » Seigneur et maître, notre père et bienfaiteur, » appartient à la vertu de justice , et non pas à 3> Tamour » ; et il ajoute sur ce fondement, non* seulement <c que biep qu il. n y eût ni paradis ni » enfer, mais encore que nous n'eussions aucune ' » sorte d'obligation ni de devoir à Dieu, (ce qui » soit. dit par imagination de chose impossible, » et qui n'est presque pas imaginable) si est-ce » que l'amour de bienveillance nous porteroit à » rendre à Dieu toute obéissance par élection »• Si l'on faisoit en toute rigueur l'analyse de ce discours , on le trouveroit peu exact. Il n'est pas vrai que l'obéissance qu'on rend à Dieu par jos-* tice, comme père et créateur, n'appartienne p^s à l'amour; puisque de là il suivroit qu'il faudroit exclure des motifs d'aimer la création et tous les bienfaits, contre toute la théologie, qui loin d'opposer le devoir de la justice à celui de l'amour, enseigne après saint Augustin , que la première justice est celle de consacrer à Dieu ce qui est à lui , et ensemble de lui rendre ce qui lui est dû, en l'aimant .de tout son cœur.
C'est peut-être encore un discours plus pieux* qu'exact, « qu'on ne prise pas moins le Calvaire, » tandis que l'époux y est crucifié, que le ciel » où il est glori&é {2) », Car dans le choix de l'é* poux, qui est notre règle, la croix, qui est le
(*) Am. de Dieu, Uv, rui, eh. a. »« C«) Ihid. à>. x, eh, 5.
/ ' ' moyen
SUR LES ÉTATS d'oWAISON, LIVRE IX. 36^
moyen pour arriver, à sa gloire, est moifis que la gloire même; et qui estimeroit autant de voir Jésus-Christ pré^nt sur la terre, que le voir dans la gloire^ de son Pèt'e, contreviendroit à cette parole de Jésus -Christ même (0 : « Si vous m'ai- 31 miez f vous souhaiteriez que je retournasse à » mon Père ; parce que mon Père est plus grand » que moi ». Cela nous apprend à ne prendre pas tout à la lettre dans les écrits des saints , à prendre le gros, et à regarder à leur intention. Mais quand, sur le. fondement de quelques exa-^ gérations,. on vient avec nos mystiques à faire un dogme formel de Tindifférence du salut, jusqu'à ne le plus désirer ni demander, ces excès, qui tendent directement à la subversion de la piété ^ ne reçoivent ni explication ni excuse.
Un autre passage, qu'on peut objecter pour VÎTî. l'indifférence du salut, est celui où l'homme de ^'''"'"^ ^"^
' vrai et par-
Dieu console une ame peinée par les terreui^ de fait abanl'enfer, en la renvoyanjt à la volonté de Dieu, et ,/°^* ^'^^^ en l'exhortant « à se dépouiller du soin du succès jésir, le pr4- » de sa vie , même éternelle , es mains de sa suppose. a» douceur et de son bon plaisir W ». Mais c'est antre chose de se dépouiller du soin, de Finquié^ tude, du trouble, autre chose de se dépouiller du désir : nous verrons bientôt, en parlant du vrai abandon , comment il faut mettre en Dieu toute l'espérance de son salut ,- et s'en reposer sur lui. Ce qui loin d'en diminuer le désir l'augmente plutôt, puisqu'on se repose d'autant plus sur Dieu
(») Joan.xiy, a8. — (>) Lii^. lu, ^p. a6* * ~
BossuET. xxvn» n^
3 7 O . Ilf STRUCTIOBT
du salut qu'on attend de lui, qulon le désire davantage, comme nous Tavons déjà dit (0, et comme nous le dirons plus amplement en son lieu.
^^ . Le dernier passage à considérer sur cette ma-
Doctrine , i . . . i^ ^ ,
du saint éyé- tière, cst le Chapitre intitule : Comme nous aeuons que de Ge- j|y„y y^^^ volonté à celle de Dieu en la permis^
permission ^'^'* ^* péchés W. Le voilà au nœud et précidu péché , sèment à l'endroit oik nos m^^tiques se perdent : contraire a ^^^ ^t^^^ dans Une sorte d'uniou extraordinaire
celle des faux
mystiques, avec la justice et les permissions divine^ , qu ils puisent non-seulement leur indifférence pour leur salut y et pour celui des autres ; mais , ce qui est encore pis, leur acquiescement à leur damnation^ et leur insensibilité pou|.* le , péché même. Oppo* ' sons-léur la doctrine de saint François de Sales : <c Nous devons, dit -il (3)^ désii*er de tout notre » cœur que le péché permis ne soit point com* » mis ». Nous ne trouvonspoint cette a^ctiondians nos mystiques, qui acquiesçant aisément à la permission du péché, le regardent, ainsi qu*on a vu, comme en quelque sorte envoyé de Dieu, à qui ils attribuent lem^ défauts , et Tenvoi des petits renards qui ravagent tout . Après le péobé commis, saint François de Sales veut qu'on s'en afflige ce jusqu à tomber en pâmoison et à cœur failli » avec David ,.pour les pécheurs qui abandonnent » la loi de Dieu (4) », Nos mystiques insensibles éteignent la force de cette contrition , comme on a vu, tant pour eux que pour les autres. Saint
(«) Ci -dessus, cA, 5. — C») ^m. de Dieu, liv. a, ck,^,'^
Sun LES ÉTATS dWâISOIT, LIVRE IX, 3n l
François de Sales représente la ccFntinuelIe doitleur de saint Paul (0 , à cause de la réprobation des Juifs ; tioùs avons ouï nos mystiques se glori^ fier qu ils verroient périr tous les homcoes sans en verser Une larme. Enfin saint François de Sales nous apprend bién^n général W xt qu'il faut ado- » rer, aimer et louer la justice vengeresse et pu- » nissante de Dieu ^ et lui baiser avec Hie dilec- » tion et révérence égale la main droite dé sa » miséricorde , et la main gauche de sa justice » ; mais il ne va pas plus avant : s^il y a quelque acte plds particulier envers les décrets de la justice divine y ce saint le réserve à la vie future , oii nous entrerons dans les piussances du Seigneur, reconnoissant qu'en ce siècle ténébreux , Dieu ne nous ordonne rien par rapport à ces décrets ^tet*nelsy dont les causes nous sont inconnues ^ ainsi qu'il a été expliqué ailleurs (5) : mais nos mystiques se vantent de ne pouvoir avoir ni pour euimémes , ni pour les autres aucune autre volonté que celle que -Dieu a eue éternellement, ce qui les empécbe de vouloir absolument leur propre salut y aussi bien que le' salut dé ceux qu'ils ne savent pas que Dieu ait prédestinés : un faux acquiescement à là volonté de Dieu opère ces sentimens inconnus fusques ici âux chrétiens, et les mène à un repos insensible que Dieu ne veut pas« Tous ces sfentimens sont outrés : c'est par cette funeste indolence qu'au lieu de haïr le péché comme nous étant nuisible , on lé hait com|ne
(0 A m, de Dieu, Iw. ix , cA/8, ;?. 293. — ^») Ihid. — \^) Ci-dessus, UvéïUf n. S^6f i5, 16^ etiitf. iv, n. 3, etc.
S^à INSTRUCTION
Dieu y à qui il ne peut pas nuire , le liait lui-même;
ainsi OH se familiarise avec le péché ^ en le regar*
dant plutôt comme permis dans Tordre des dé*>
crèts de Dieu , que comme défendu par ses corn-
mandemens^
' X. Je ne puis sortir de cette matière sans rappeler
ScntimeM ^^^ ^^^.^ j^ p^^^ ^^ p^^^ dans la vie du Père
d un religieux de la Baltasàr#.lvarez. Il raconte donc que le Frère
compagnie chimène, interrogé par son provincial^ s'il dési-
nousapprea- ^oit d'aller au ciel , lui répondit , Père, soyons gens
nent quels cle bien f servons bien Dieu comme il appartient^
esirs u sa- j^ laissons faire du reste sans nous en soticier ;
Int peuvent '
provenir de car il est infiniment bon et juste : il nous* donn^a Tamour-pro- ^^ ^^ i^^^g mériterons : et ajouta que demander
le ciel y cela pouvoit naître de l'amour-propre. Ge passage trompera tous ceux qui ne sauront pas le comidérer ; mais en même temps il apprendra aux sages lecteurs combien on se trompe sur certains discours , dont on ne regarde que Técorce. Les dé$irs du del qui peuvent venir de l'anMiuiv propre sont ces désirs imparfaits dont il est écrit (0 : «c Les désirs donnent la mort au parefr* d) seux ; il passe toute sa vie depuis le matin jus- » qu'au 3oir à désirer » sans afgir, et amusé par ses beaux désirs il ne songe point aux œuvres. Lé si^int religieux, dont il est |iaiié en ce lieu, étoit dans une disposition bien différente ^ puisque six lignes au-dessous il est dit de lui, « que n comme il voyoit finir le temps de mériter et M d'amasser le bien qui ne périt jamais^ il se bâ- » toit de bien faire (s) >i. Il désiroit donc ce bien^
(0 Proy. XXI. aS, a6. -^ (») I6id.
SUR LES ÉTATS I>'ORAISON, LIVRE IX. S'j'i
mais il le dâiroit efficacement en se hâtant de le mériter; disposition bien éloignée de celle de nos mystiques ^ qui ne songent point au mérite non plus qu au salut. Au reste ^ s'il falloit marquer tous les désii's que le saint homme Alvarez poussoit vers le ciel, nous en remplirions trop de pages y et c'est chose si naturelle* aux enfans de Dieu qu il est inutile de le remarquer.
Nous avons vu qu'un des dogmes des plus outrés XT. des nouveaux mystiques, c'est de rendre Foraison , ^ «^"°pï« extraordinaire ou passive si commune que tout le çoîs de Sales monde y soit appelé, qu'elle soit facile à tout le confond l'er-
. 1 , . ^ , . j, .„ , . reurdesnou-
monde, etsi nécessaire d ailleurs qu on « ne puisse ^^^^^ mysti- » parvenir sans elle à la parfaite purification, ni ques qui -» connoitre le vrai amour, ni se remplir d'autre "®"®^* **
1 1 if j • A ij perfecuon
» chose que de 1 amour de soi-même et d une at- dans les oral- M tache sensuelle aux créatures, en sorte qu'on sonsexiraor- » soit incapable d'éprouver les effets ineffables de 39 la charité (0 ». Cependant en i6io, après tant d'années d'épiscopat, saint François de Sales, déjà regardé dèsles prémices de sa prêtrise comme un très -grand saint, et comme l'apôtre de soii pays, ne connoissoit pas l'oraison de quiétude C^), et, il fait consulter sur ce sujet-là une sainte religieuse : pom* lui, encore que Dieu l'eût favorisé deux ou trois fois d'une .oraison extraordinaire qui paroissoit se réduireà l'affection^ il n^osaja^ '*"
mais «re démarcher du grand chemin pour en faire une méthode : et il avoue çuil lui est un peu dur d'approcher de J}ieu sans les préparations ordinaires,. ou d'en sortir tout-à^f ait sans actions
(*) Cant. des Cant. Préf, -* (») Li\K ii, è)?. ai.
374 IWSTRUCTIOW
de grâces, sans offrande, sans prières expresses : Ce qui montre que si avancé dafls la sainteté, il à'étoit point encore serti de la méditation mé-* thodiqne sans laquelle on a osé assurer non^-seulement qu'il n*y a point de parfaite pureté^ mais encoi^qu*cm est dans la vie dessenset de l'amourpropre. Mais sans faire tort aux suhtimes oraisons très-Iduables, quand Dieu y élève, fe désimrois pins que tCrutes les stiblimités la simplicité du saint étéque ; lorsqu'au milieu de tant de lumières et de tant de grâces , il se déclare , comme on a vu y pour le trmn des saints devanciers et des simples. ' , •
Je Fadmire encore davantage lorsqu'il ajoute avec tant d'humilité: « Je ne pense pas tant sa- » voir^ que je ne sois très-aise, je dis extrêmement » aise d'être aidé ^ de me démettre de mon senti- » ment et suivi'ê èriuïde ceux qui en doivent par » toutes raisons savoir plus que moi; je ne dis V pas seulement de cette bonne mère, mais je dis » d'un autre beaucoup moindre n. C'est l%urailité dle-même qui a dicté ces paroles : Oui j'estime, encove un coup, quoi qu'on puisse dire, ces humbles et bienheureuses simplicités aussi purifiantes et perfectionnantes que les <M*aisons les plus pasûves : ceux qui ne veulent pas à cet exemple trouver la parfaite pureté de cœur dans le train des simples et dans les saints devas^oiers, ne sont pas de ces^ petits que Dieu jregarde.
Il ne se donne pas pour plus avancé lorsqu'il dit si bonnement, ( car je voudroîs pouvoir imiter sa sainte simplicité ) a Dieu me favoi^ise de beau-
SUR LES ÉTATS J}OJiAlèON, LIVRE IX. il S
» coup de consolations et saintes afl^tions, par » des clartés et des sentibiens qu il répand en la 1» supérieure partie de mon ame : la partie infé- » rieure n'y a point de part : il en soit béni éter- JA nellement (0 ».
Le voilà dans les affections ^ dans les consola** tionSy dans les clartés ^ dans les sentimens que nos prétendus parfaits trouvent si fort au<^dessous de leur état , et qu'ils renvoient au degré inférieur de Toraison. Il écrivoit cette lettre en i6i5 , six ou sept, ans avant sa mort : il ne parott pas qu il ^ soit sorti de ce sentier des affections , ni qu'il ait été établi dans ce qu on appelle Tétat passif. En estril moins. pur, moins parfait, moins saint ^ e^ connoitril moins le saint abandon et la sainte chrétienne indifférence? est-il livré à son amourpropre et incapable d'expérimenter les flammes du saint amour qui se ressentent dans tous ses écrits 1 Mais en a-t*il moins saintement et moins sûrement dirigé les âmes que Dieu mettoit dans les voies extraordinaires 7 Ce seroit visiblement outrager T-esprit de sainteté et de conduite qui étoit en lui , que de parier de cette sorte : il faut "* donc connoHre et avouer la perfection et la pureté avec Tesprit de conduite que Dieu sait mettre dans les cœurs où Ton ne sent rien de ces impuis* sances qui: composent ces états passifs.
Le saint homme passe encore plus avant, et xn. voici dans un de ses Entretiens une décision digne Q"«ïcsamt
Y eveque trou-
de lui (^) : c( U y a des personnes fort parfaites ye plus par- » auxquelles notre Seigneur ne donna jamais de ^^^^ *'^*^* ®«
(■) Liv. VH , dfp. aa. — {*) Entr. ii , p. 8o5.
376 ISfSTIitJCTIOIl
rame tra- ^ telles douceurs ni de ces quiétudes : qui font tout
vaille que la ^ • 1 i ^
quiétude de » ^vec la partie supeiieure de leur ame , et font Vétatpaçâif. j, mourir leor volonté dans la volonté d« Dieu à » vive force, et avec la pointe delà raison », Elles n ont donc pas les facilités de Tétat passif : trè»actives et très - discursives j sans co^nottfe ces ligatures ou suspensions des puissances par état , elles sont dans une sainteté autant ou phis éminenteque celles qui sont conduites aux états passifs : « leur mort », dit le saint évoque^ il entend leur mort mystique et spirituelle , « est la mort » de la croix., laquelle est beaucoup plus excel- » lente que Tautre , que Ton doit plutôt appeler ^ un endormissement qu'une mort »• Car on n éprouve pas là ces combats et la violence qu'il se faut faire à soi-même dans la mort spirituelle : c( et cette ame qui s'est embarquée dans la nef de » la providence de Dieu, par Toraison de quié* ». tude , se laisse a|ler , et vogue doucement comme o) une personne qui donnant dans un vaisseau , » sur une mer tranquille, ne laissa pas ^d'avaiH 3) cer ». Après une si belle peinture de ces deux états 'd'oraison, voici la décision du saint évéqae: Cette faconde mort ainsi douce se donne 'par ma* nière de' grâce, et Vautre plus violente et de vive force se donne par manière de mérite^ Il ne faut rien ajouter à ces paroles,: tout est dit ei| ce seul passage*, et il démontre qu'en poussant si loin la nécessité des états passifs pour la parfaite purification de ndtre amour-propre, on ignore les pre^ miers principes de la théologie.
^"!* Saintç Thérèse, à qui l'on voit que le saint
SUR tES ÉTATS D^ORAlSONy LIVRE IX. 877
évêque défère beaucoup dans tous ses écrits, est conforme de
de même sentiment , lorsqu'en parlant du mérite ^*g°'* , ^'
des oraisons extraordinaires de quiétude , d'union, ration au U-
et autres semblables , elle enseigne « quant à ce ^^^ «^vant.
» qui est de* mériter davantage , que cela ne dé-
» pend pas de ces sortes de grâces, puisqu'il y a
» plusieurs personnes saintes qui n'en ont jamais
» reçu, et d'autres qui ne sont pas saintes qui en
» ont reçu i> : à quoi elle ajoute que ces grâces
peuvent être « d'un grand secours pour s'avancer
XL dans les vertus ; mais que celui qui les acquiert
» par son travail mérite beaucoup davantage (0 3» :
qui est de point en point, et presque de mot à
mot, ce que nous disoit notre saint évéque.
Au surplus , il faut entendre sainement et toutes choses égales ce qu'ils disent du plus grand mérite de ceux qui travaillent. Car au reste la cha" rite étant le principe du mérite dans les pieux exercices du libre arbitre; qui a plus de charité , absolument a plus de mérite , soit qu'il travaille plus ou moins. Il est vrai que l'oraison de pure grâce , qui se fait en nous sans nous , de soi n'a point de mérite , parce qu'elle n'a point de liberté ; mais il est vrai aussi qu'elle donne lieu à des actes de vertu très^éniinens, et même c'est ta doctrine des savans théologiens comme Suarez , que Dieu ne prive pas toujours de mérite les orai* soiis extatiques V et de; ravi^emens, où.souv^it il lui plaît que la liberté' se conserve toute entière : témoin le "song^e mystique de Salomon^ oîi il fit
(0 CM, 6.* dem, çh, 9;
378 UfSXlVUCTIOH
UD choix si digne de sa sagesse qui aussi reçut aussitôt une si aipple récompense.
n ne faut donc pas décider laquelle de toutes tes voies actives 01^ passives est absolument de pins grand mérite devant Dieu, puisque cela dé^ pend du degré de charité connu à Dieu seule
Sainte Thérèse ajoute ici, « qu^elle connoit » deux personnes de divers sexe que notre Sei- » gneur favorisoit de ses grâces , qui avoient une D si grande passion de le servir, et de souffrii^ » sans être récompensées de semblables faveurs , » qu'elles se plaignoient à lui de ce qu'il les leur » accordoit, et ne leiauroient pas reçues , si cela » eût dépendu de leur choix n ; ce qui ne seroit pas permis s'il s'agissoit de l'augmentation de la grâce sanctifiante. La sainte étoât une de ces deux personnes, puisqu'elle marque souvent de tels sentimens, et qu'elle a coutume de parler de cette sorte en tierce persontie de ses plus intimes dispositions.
Ce qu'elle rapporte en un autre endroit (0 est très-» remarquable : ic Je connois, dit -elle, une » personne fort âgée , fort vertueuse , fort péni- » tente , grande servante de Dieu , et enfin telle » que je m'estimercûs heureuse de lui ressembler , » qui emploie les jours et les nuits en des oraisons » vocales, sans pouvoir jamais faire l'oraison men- » taie ». La sainte ne craint point de la préférer à plusieurs de celles qui sont dans la plus sublime contemplation : parce que tout dépend ici du pltM
(0 Chem, de la Perfect. c. 17.
STSTL LES ÉTATS D^OBAISOIT, LIVRB IX. 879.
OU àvi moins de conformité à la volonté de Dieu } « car, ajoute -t«<eQe y Marthe n'étoît-ellepaanne » sainte , quoi qu'on ne dise pas qu elle fût con-* » templative? et que souliaitez- vous davantage » que de pouvoir ressembler à cette tûenlieurettse » fille qui mérita de recevoir tant de fois notre » Seigneur Jésus- Christ dans sa maison ^ de lui » donner à manger y de le servir , et de s'asseoir à » sa table »• On peut apprendre de la suite comment la vie active et contemplative ont chacune leur mérite devant Dieu ; sur quoi il ne s'agit point de prononcer, parce que s'il manque «d'un côté quelque chose à l'une , ce défaut est récompensé par d'autres endroits ^ et surtout par la soumission aux ordres de Dieu qui mène avec des dons differens à une égale perfection.
Nous avons même remarqué dans la préface que selon les sentimens de la sainte (0 , Dieu sait se cacher aux âmes et les tromper d'une manière aussi admirable qu elle est d'ailleurs miséricordieuse, en leur enveloppant tellement le don sublime de contemplation dont il les honore, qu'elles y sont élevées sans sentir autre chose en elles qu'une simple oraison vocale : tant la sagesse divine a de profondeur dans la distribution de ses dons.
Concluons donc que c'est une erreur de mettre le mérite et la perfection à être actif ou passif. ^ C'est ^ Dieu à juger du mérite des âmes qu'il favorise de ses grâces, selon les diverses dispositions
XO Cfiem. de laPerfect. ch. 3o, 6093 ^^' ^^*
38o INSTKUCTIOn
quil leur inspire, et selou les degrés de Famour divin qui ne sont connus que de lui seul. Concluons aussi en général, de tous les discours précédens, que nos faux mystiques, qui affectent des perfections et des $u})liïnités irrégulières, sont outils, ignorans, superbes, dans Fillusion manifeste, et sans aucune vraie idée de la sainteté. Pour en venir maintenant à des qualifications plus précises de leurs erreurs, il faut encore ajouter ua dernier livre à notre travail*
i^^^t^mi^t^^^fm
SUR LÉS ÉTATS V^OUklSOTH , LIVRE X. 38 1