LIVRE X
Sur les Ratifications des propositions parti--
culïeres.
OtroïQtj'iL suffise aux fidèles, pour éviter des * '* . , j . I^« pro-
pratiques suspectes et dangereuses^ de savoir en positions des
général que FEglise les a censurées ; néanmoins nouveaux il est utile pour l'instruction , et pour éviter les ™xprel^éecueils où l'intégrité de la foi peut faire naufrage , ment conde descendre au particulier des diverses qualifi- ^^°^"®^J «'» cations que chaque proposition aura méritées; et yicnne dans c'est pour y parvenir qu'on a proposé lés xxxit ar- celles des Béticles des Ordonnances du 16 et a5 avril 1695. ^'^^^
Cette partie de louvrage est très- importante , parce qu'outre qu'elle contiendra la récapitula* tion de tout le reste ^ elle en fera la précise ap« plication aux erreurs dont il s'agit.
Il faut ici avertir le lecteur que ce qu'on appelle (Qualification est un terme par où l'on ex* prime ce qu'il faut croire de chaque proposition censurée; tel^est le terme d'hérétique, d'erroné, de scandaleux, ou de téméraire, et ainsi des au* treis. Gomme dans le dessein de ceux qui ont k prononcer en quelque manière que ce soit sur la doctrine, le sens de ces mots est fort précis, et qu'ils doivent être appliqués avec grand choix, il s^ensuit,. en premier lieu, qu'il ne se faut point rebuter de trouver de la sécheresse dans cette discussion, où l'on ne doit rechercher que la seule
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vérité; et secondement, que la qualification «st une chose qui veut être étudiée et réduite à des principes certains, en sorte qu on ne (Use ni plus ni moins qu il ne fâut«
Avant que de procéder à cet examen, comme les décisions du concile œcuménique de Vienne où le» pape Clément V étoit en personne, contre les Béguards et les Béguines, ont un rapport mafiifeste aux matières qu'on traite aujourd'hui , il faut s'y rendre attentif.
Sans entrer dans la discussion de toutes les erreurs de ces hérétiques, il suffit d'abord de considérer les huit propositions condaomées dans la Clémentyie., Ad nostrum, de hœret , etc. avec l'approbation de ce concile (0 ; parce que c'est là qa'on fit consister tout le venin de cette hérésie.
La première proposition : « Que l'homme peut » acquérir dans la vie présente un si haut et tel » degré de perfection, qu'il deviendroit impec- » cable, et ne pourroit plus profiter en. grâce ». Il faut avouer, de bonne foi, que nos &ux mystiques ont souvent rejeté des propositions si expressément condamnées ; mais nous avons wu qu on y est tellement mené, par la suite de leurs prîn* cipes, qu'ils n'ont pu s'empêcher « de comparer » Tame à un or très-^pur et affiné qui a été mis » tant et tant de fois au feu, qu'il perd toute >) impureté et toute disposition à être purifié : » qu'il n'y a plus de mélange ; que le feu ne peut » plus agir sur cet or ; et qu'il y seroit un siècle » qu'il n'en seroit pas plus pur, et qu'il neJimi-
(«) Clemenu Ub. v, tiu 3, c. 3. Ad nostranà.
SUR LES ÉTATS d'oRAISQW, LIVRE X. 383
}» nuerolt pas (0 » : qui est ea termes formels la proposition des Béguards y plus fortement énoncée qu'ils n*ont peut-éti^e jamais fait.
Nous avons rapporté les passages où Molinos et les autres faux mystiques ont assuré*^ que par Tora^son Famé revenoit à kt pureté^ oîi ellea été créée y et que la propriété^ c'est-à-dire , la con-* Gupiscencéy est entièrement détruite C^).
On j;rouve aussi y dans la bnlle d'innocent XI (3), parmi les soixante-huit propositions dont Molinos a été convaincu ou par preuve ou par son aveu, celle où il est dit : « que par Ja voie intérieure » on parvient avec boaucoup de souffrances à ^ purger et éteindre les passions ^ en sorte qu on 9» ne sent plus rien y rien , rien du tout : on ne » sent dans les sens aucune inquiétude > non plus » que si le corpsétoit mort, et Famé ne se laisse » plus éQiouvoir >•• Cest ce que porte la cin«» quante-cinquième proposition y et en conséquence il est dit dans la soixante- troisième « qu'on en » vient à un état continu , immobile, et dans une' » paix imperturbable ». Pour ce:qui regarde Tétat d'impeçcabilitéy il est expressément porté dans la soixante-unième « que Famé qui est arrivée à la 4». jaort mystique ne peut plus vouloir autre chose M que ce que Dieu veut, parce qu elle n'a plus de » volonté, et que Dieu la lui a ôtée ».
A cela revient clairement ce qu'on trouve à
(>) Moyen courte §. !i4- — ^*^' Ci-dessus, àV. m, cA. a j 2eV. v, ^h, 35. — <> {h Ci-apr«s , dwu les Actes die i0 condmmtaion des
384 WSTRtlCTlOJI
toutes les pages des livres de nos faux mystiques imurimës et inaauscrits : <t que le nëant ne péclie » plus : que qui n'a point de volonté ne pécbe » plus » : et cent autres propositions de cette force :c9 qui emporte Fétat impeccable quon trouve établi en termes plu$ forts qu en quelque auteur que ce soit, dans cette parole que nous avons remarquée (0 : « que Tame est pour toujours » confirmée, en amour, puisqu'elle a été changée » en Dieu, en sorte (j[ue Dieu ne sauroit plus la 9» rejeter, et aussi qu elle ne craint plus d'être » séparée, de lui ». Les Béguards n'en ont jamais dit davantage, et par-là gu voit la première des propositions qui les font mettre au rang des hérétiques, expressément soutenue par les mystiques de nos jours : que s'il leur arrive de dire le contraire, c'est qu'il leur arrive aussi, comme à tous les hérétiques, de se contredire; à cause que d'un côté ils se portent naturellement à suivre leurs principes, et que de l'autre ils n'osent pas toujoiirs les. pousser à bout, comme nous l'avons souvent montré : ce qui a obligé un saint pape ( c'est le pape' saint Léon II ) de prononcer d*un ftuteur condamné au sixième concile général, qu'il n étoit pas seulement « prévaricateur, à l'é* ^ gard de la saine doctrine, mais encorç qu'il » étoit contraire à lui-même, etcombattoit ses xi propres dogmes ^ yu2 etiam sui ipsius extitit im- » pugnator^) » : caractère qui lui est commun avec
(0 Ci-dessus , Iw*, y, ch, ^.
K^) \Ges paroles ne sont pas du pape saint Léon II, mais de
tous
SVH LES irkTs dWaiso27^ UVÀÈ !C. 385 tous les. autres errans : ce qui fait aussi qu^ou ue les coudamue pas mo^n$, encore qu'on trouve de temps en temps dans leurs écrits des vérités opposées anx dogmes pervers qu'ils établissent ; ces auteurs n'en étant que plus condamnables, parce que, pour décrier leurs mauvais desseins, ils soul^ lient le froid et le chaud , ou comme parle l'apôtre saint Jacques, le bien et le mal, îà bénédiction et la malédiction d*une même touche i\)^
La. seconde proposition des Béguards regarde certains excès dont jusqu'ici nous n'avons point voulu parler, mais dont pourtant nous dirons un mot à la fin. En attendant nous remarquerons seulement que les Béguards assuroient, ce que l'on » ne doit point jeûner, non plus que prier, dans 3) l'état de perfection ». Nous avons vu W que nos faux parfaits, en rejetant les demandes, rejettent ce qui est principalement compris sous le nom de prière; de sorte qu'ils participent de ce côtélà à l'hérésie des Béguards : qui d'ailleurs se glorifiant d'une sublime et perpétuelle communication avec Dieu, rejetoient les demandes et l'action de ^grâces, comme font à leur exemple jios nouveaux mystiques. Pour ce qui regarde la pratique de ne jeûner plus, en taut qu'elle s'éten*droit aux jeûnes de précepte , je ne la vois pas dans leurs écrits, mais seulement un décri des
rempereur Constantin Pogonat, qui assista an concile. Toyes-^ Mdicu Imp, Constant, post A et. xYiii ConcU. Gen^ Ti; LMfe^ tonHf yiy col. io85. {£dà. de VersailUs. )
(>) Jac* III. 10. ~* (*) Ci- dessus, Uv. jy, ck, xi, xa.
BossuET. xxvn. a 5
386 ijusTUvcnos
mortifications qui peut tendre au mépris du |eùne^
«t qaê nous avons observé ailleurs M.
3e né trouve point en tjsrmes formeU d^ns les éà-ifts que j^ai viis de nos mystiques, la trcHsième pï^oposition y où les Béguards « s-afiràtichissent des D lois eeclësiastiqtie^ et de toute loi bUmaine » : lïiais ^un lecteur attentif verra dans la suite de secrèCies dispositions à cette doctrine. Nos mystiques tombent manifestement dans quelque partie tie la quatrième proposition des Béguards, oh il lest porté : « que Thomme peut obtenir la finale » béatitude en cette vie selon tout degré de per- » fection y comme il Taura dans la vie future » : 'lorsqu'ils disent « que dans cette vie Ton possède » très - réellement , et plus réellement qu'on ne » peut dire , l'essentielle béatitude (^} » : par où l'on est obligé à établir un rassasiement parfait, %t qui ne soufire ni en^ie^ ni désir çuelconçue {^)y ni enfin comme on a vu (4), aucune demande } ce qui emporte un état où rien ne manque, et en un mot cet état étoit la béatitude des Be* gliards.
Ha cinquième proposition ne paroit pas regarder les nouveaux mystiques; pour la même raison je laisse à part la septième et la huitième : mais la «ixièmë qui dit, « qu'il appartient à lliomme ») ifflparfkit de s'erercer dans les actes des vertus, ^ et que Tame paaiaite s'en exempte », revient Aàmifestsmènt à 'la suppression de tous les actes,
(0 Ci-âessiM, /iV. V, ch. 87. — (•) làid. ch. 36. Cant. i. Lpart, 5,6.-- {}) "Moyen court, §• ^4. — (4; Ci-dessus, Uy. v, ch. 35, 36*
qui est un des fondemens de nos faux mystiques : leur style est méprisant pour les vertus : la trenteunième proposition de Molinos^ dans la bulle d^Innôcent XI, porte qu il faut perdre les vertus : agir vertueusement , c'est , selon ces faux parfaits , agir selon le discours, selon la réflexion, c'est-àdire dans leur langage , imparfaitement et bassement. L*kumilité vertu est selon eux une humilité pleine d*amonr-propre ou du moins d'imperfection : c'est cequi fait regarder comme un moyen de pratiquer plus fortement la vertu ^ l'habitude de ne penser pas à la vertu enparticulîer ( 0 . Tout cela est visiblement de l'esprit des Béguards r l'imagination de supprimer les actes particuliers des vertus, sous prétexte quMls sont compris dans un acte éminent et universel , revient au même dessein: aussi est -elle de Molinos dans la trentedeuxième proposition de celles d'Innocent XL Eu un mot, toutes les erreurs qu'on vient de voir sont foudroyées par avance dans le concile de "*
Vienne, ou parce qu'elles sont les mêmes que celles des hérétiques , ou parce qu'elles en contiennent quelque partie essentielle, et qu'elles en prennent l'esprit.
Si Ton veut voir, dans les nouveaux mystique^, II. les antres caractères des Béc;uards, on les peut ^* ^^^r
" ' *- veaux mysti-
apprendre de ceux qui ont connu ces hérétiques, ques con- Ne nous arrêtons pas à remarquer qu'on les nom- damnés dans moit Qaiétistes, à cause qu'ils se glorifioient de pj^J^R^^c leur quiétude: c'est Rusbroc qui nous l'apprend (^). par Xaulére
(0 Ci-des8us, /tV. V, ch. 87. Moyen court, §. 9. — («) De om* Spif, nupt, Ub, II, c. 76, 77, 78, 79.
et par Louis Us s*appeloient aussi les contemplatifs ; les geos de Blois. spirituels et intérieurs : mais il y en avoit de plusieurs espèces. Ceux qui reviennent le plus aux Quiétistes de nos jours sont décrits en cette sorte par Tanière dans un excellent sermon sur le premier dimanche de Carême (0 : « Ils n^agissent » point ; mais comme Tinstrume&t attend Tou* » vrier, de même ceux - ci attendent ropératiou » divine, ne faisant rien du tout : car ils disent » que l'œuvre de Dieu seroit empêchée par leur » opération. Ainsi attachés à un vain repos, ils ne » s' exercent point dans les vertus. Voulez - vous » savoir quel repos ils pratiquent 7 Je vous le dirai 3> en peu de mots : ils ne veulent ni riendre grâces^ 3)\iilouer Dieu, ni prier; ( c'est-à-dire, comme » on va voir, ne rien demander) né rien con* » noitre , ne rien aimer, ne rien désirer , car îl^ » pensent avoir déjà ce qu'ils pourroient de<» » mander ». ^
Je ne veux pas dire que les faux mystiques d'au* )Ourd'hui aient tous les caractères que Tanière a ï'emarqués dans ceux-là: c'est assez c(u'on y voie ceux qu'on vient d'entendre. Le même Taulère poursuit 'ainsi : ce Quand on ciierche le repos en 3è ne rien faisant, sans de dévotes et intimes aspira- 3» tions et désirs, on s'expose à toute tentation et » à toute erreur, et on se donne une occasion à » tout mal ». Voilà comme il met dans la véritable oraison les aspirations et les désirs que les faux contemplatifs de ce temps-là excluoient, et • que nos parfaits relèguent encore aux degrés in-
CO Taul, serm, a. in Dont* i. quadrag.
SUR LES ÉTATS DORAISOST, LIVRE X. 38g
férieurs de roraison. Taulère ajoute : « Personne » dans le repos ne peut être uni à Dieu s'il ne » Taime et ne le désire » : mais nos nouveaux spirituels rangen| les désirs parmi les actes in* teressés,. et on ne sait ce que c'est que leur amour, puisqu'ils peuvent ne désirer pas ce qu'ils aiment.
On trouvé dans le procès de Molinos , qu'il a confessé d'avoir enseigné « qu'une aiQe, qui ne se 2» peut pas dépouiller du désir d'aimer Dieu , » poutre qu'elle le veut aimer à sa mode , ce qui >i est nourrir la propriété et le propre choix » : de sorte que pour aimer Dieu, comme Dieu veut, il faut, par une bizarre résignation ks^. divine vo« lonté, être disposé à ne le pas aimer s'il ne veut pas que nous l'ain^o^s» <I^^ ^^^ une absurdité bien étrange , mais néanmoins une suite inévitable des principes que nous avons vus de nos faux mystiques (Oj
Au reste, les Quiétistes de Taulère se croyoierit ce au*-dessùs de tous les exercices et de toutes les » vertus, et incapables de péché; parce qu'ils » n'ont plus de volonté y qu'ils sont livrés aurvre* y> pos, etque réduits au néant, ils ont été faits » une même chose avec Dieu ». Et un peu après : <x Us se vantent d'être passifs sous la main de » Dieu: Deum pati; parce qu'ils sont ses instrua» mens ^ dont il fait ce qu'il veut , et que par :» cette raison ce qu'il fait en eux est beaucoup » au- dessus de toutes les oeuvres que l'honune
(>) Citdcssaa, Uv* ui, ck, iS^ e<&>. iv, c&. 3 etxw.
3» fait par lui - même , quoiqu'il soit en état de
« grâce ».
On dira que les choses que Taulère rapporte ne sont pas tontes blâmables, ^ qu'ainsi son intention est seulement de reprendre ces hypocrites pour s'être faussement attinbuë ce qui convenoit aux saints. Mais ce n'est pas assez pénétrer le dessein de ce zélé prédicateur, puisqu'cfn effet tout ce qu'il remarque est d'un mauvais caractère, et qu'il le donne pour tel. Car, comme il le sait bien dire, c'est un mal. évident de ne point dési* rer, de ne point demander , de ne point rendre grâces, de ne point agir^ d'attendre que Dieu nous pousse : et pour les dioses qu'on pourroit trouver en quelque manière dans les saints, c^est une autre sorte de mal de les attûbuer uniquement au repos, c'est-à-dire, à la cessation entière et pei^étuelle de toute action , comme faisoient les Béguards , suivis en cela par les nouveaux Qnié* listes.
Taulère a copié de Rusbroc une grande partie de ces traits. C'est Rusbroc qui a remarqué et blâmé dans les Béguards « cette cessation de dé- » sirs, d'actions de grâces, de louanges, de tout » acte de vertu , pour ne point apporter d'obstate cle à l'action de Dieu. Il trouve mauvais qu'os » ÙLSse gloire de ne le point sentir, de ne le point >» désirer, qui est la méme> chose que ne l'aimer » pas (0 ». A ces traits on est forcé de reconnottre dans les nouveaux Quiétistes de trop grandes res-
(0 Jtuâbroc, de om. Spir, nupi. /i& ii^ c. 7{>. *
Sun LES ÉTATS d'oraisq^; livre X. 39* st^mblances avec les ^ciesiç : ^uelq^es correctifs quils apportent à leurs éxij^prmes excès , Us enretiei^aeDt toujpnrç de trop mauvais caractères, et iU passeront toujours pour 4^ Bég^s^rds trop peii mitigés.
^*ils imitent les B^u^^ds , il& sont asusii con-^ damnë^ dans leurs erreurs , et condamoies même par les mystiques , par Busbroc et p^r Taulèra, 4ont ils réclament sans cesse le sçcQurs : on y peut îoinc^eLouU de Bleis, abbé de Liasse eç Haipaut, ijans TapqlQgie de Tanière , où il loue 1^ passage qu'on vient de rapporter : de sprte que Iç quié* tisme est condamné tout à la fois pav trois principaux mystiqi^es, par RusbrpC| par TavlèrCi et par le pieux abbë 4e Liesse,
. Jf ai omis exprès dans les passages de Rnsbroc in. et 4e Taul^j^ ^^ caractère affre„x 4es Béguards, ,£^J'J« que le mall^eureux Molinos na pas youlu qui mystiques Qianquât au quiétisme nouveau ; pQ voit bien que anciens et fentenclf par-là les infamies qu il a héritées de la po^rô^^oj ' Ç0cte 4^^ B^nards comme beaucoiip d'autres ex- omis. ces. Je n*çn ai point voulu paiier , et je prie le prudent lecteur d'en bien comprendra la raison* Je pourrpis dire d'abord qu'on a horreur de trai<» ter de telles matières ; mais une raison plus essentie^e m'en a détourné , et c'e^t qu'on peut séparer pes deu:i;: erreurs. On peutj dis* je, séparer les autres erreurs du quiétisme^ de ces abominables pratique^, et plusieurs en effet les en séparent. Or jVi voulu attaquer le quiétisme par son endroit le plus spécieux y je veux dire par les spiritualités QUtrées , plutpt que par les grossièretés : par les
3ga nfsmiJCTioH
principes qa^il avoue et qa*il étale en plein jour, et ooQ pas par les endroits qu'il cache, qu il enveloppe , et dont il a honte : et f ai conçu œ dessein, afin que ceux qui se sentent un âoignement infini de ces abominations, ne s'im^nent pas pour cela être mnocens , en suivant les autres erreurs plus fines et jdus spirituelles de nos Êrax contemplatif. Voilà pourquoi je n*ai point voulu appuyer sur ces hoireurs. Ce que je ne puis omettre ni dissimuler, c'est, dans le fait, qu'il est presque toujours arrivé aux sectes d'une spiritualité, outrée, de tomber de là dans ces misères. Les Béguards, les Illuminés , et Molinos dans nos jours en sont un exemple ; pour ne prâit parler de ceux qui se sont attribués dans lés premiers siècles le nom de Gnostitjues, sacré dans son origine, puisqu'il n'y signifioit que lés vrais ^irituels et les vrais parfaits : mais l'abus qu'on en a fait l'a rendu odieux aussi bien que celui de Quiétistes^ qu'on donnoit naturellement aux solitaires qui vivoient séquestrés du monde dans un saint repos, ijeruxocai; mais dans nos jours il de^ meure à ceux qui, par une totale cessation d'actes, abusent du saint repos de l'oraisbn de quiétude. Or, comment on tombe de là, à l'exemple des Béguards , dans ces corruptions qui fontVhorreur , il est aisé de l'entendre. Toute fausse élévation attire des chutes honteuses. Vous vous guindez au-dessus des nues, et par une aveugle présomp^ tion vous voulez marcher , comme disoit le ï^salmiste, dans des choses merveilleuses au-dessus de vous : craignez le précipice qui se creuse sous vos
Sim LES ÉTÀT8 D'oHÀISOlTy LIVRE X. SgS
pieds. Car cette chute terrible est un moyen de justifier la vérité de cette sentence de saint Paul: ce Vous êtes si insensés , qu en commençant par » l'esprit vous finissez par la chair (0 ». Vos principes vous conduisent là : vous dédaigner les demandes ; et la sagesse ^ qui ^ selon saint Jacques W , n'est promise qu'aux demandes , vous abandonne : la grâce, que vous ûe voulez pas même désirer, se retire : où tombez - vous après cela ? Dieu le sait : Vous croyez la tentation tout-à-^fait vaincue: rempK de votre imaginaire perfection , vous trouvez au-dessous de vous de penser à votre foiblesse : la coBcupiscence vous f aroit éteinte : c'est cette présomption qui la fait revivre. G'étoit un cai^ac* tère des Béguards bien remarqué par Taulèrè , de se croire affranchi des commandemens de Dieu comme de ceux de VEglise. Ne vous croyez (jas exempt de cette erreur ; vous oubliez les coniV mandemens de d^pander et de rendre grâces : il ne faut pas s'étonner si la révérence des autres , qui qe sont pas plus importans ni plus' exprès dans l'Evangile, s'en va peu à peu. Le malheu^ reuxMoIinos en est un exemple : tous ne tombent pas dans ces abominables excès , et ne tirent pas de ces principes les conséquences qu'il en a tirées: mais on en doit prévenir Tefiet. L'idée 4'une perpétuelle pas^veté mène bien loin. Elle faisoit croire aux Béguards qu'il ne fàlloit que cesser d'agir, et qu'alors, en attendant Dieu qui vous remueroit , tout ce qui vous viendroit seroit àt,
0) éo/, III. 3. — W Jac, ù $,
3g6 UfSTRUCTIOH
sont qualifiées par la bulle d'Innocent XI^ du 19 février 1688 ^ liérétiques^ suspectes, erronées^ scandaleuses , blasphématoires y ofiênsives des oreilles pieuses , téméraires , tendantes au relâchement et au renversement entier de la discipline, et séditieuses, respectivement. Ce qui contient toutes les plus fortes qualifications qu on puisse appliquer à une doctrine perverse.
Les qualifications respectives, inconnues aux premiers siècles, ont été fort usitées dans l'Eglise, depuis que le concile de Constance en a donné le. premier exemple. U est vrai que dans le même concile on s'expliqua plus distinctement, dans la bulle de Martin Y, sur les erreurs qu'on avoit flé* tries respectivement (0 ; et on ne peut nier que les qualifications pi^cises ne soient plus instructives : l'Eglise les donne toujours dans le besoin, * et c'est aussi pour en venir là par des principes certains qu'on a proposé trente - quatre artides dans les ordonnances du 16 et 25 avril lôgS.
y. Tout chrétien en tout état, quoique non à tout
Lcsucnie- moment, est obligé de conserver l'exercice de la
clea des or- ^^^7 ^^ l'espérance et de la charité, et d'en pro-
donnances duire des actes , comme de trois vertus distin-
du 16 et a5 > avril sont g^^^S.
*^ ^ ' Ces articles se trouvant déjà dans I'Ordonnange sua
LÈS ETATS d'oraison , il a paru inutile de les répéter ici. Voyez ci-dessus, pag. 12 et sidv.
(0 Cône, Const. Sess» xiiY. ConsUt. Inter cunctad»
SUR LES ÉTATS d'oRAISON, LIVRE X. 897
Pour maintenant entendre Futilité et le dessein VI. de ces trente -quatre articles 4 il faut remarquer ^.^f®*"<*«« ' que deux choses sont nécessaires dans la con- cédens : damnation des Quiétistes de nos jours : l'une est preuve des de bien reconnoitre leurs erreurs , l'autre est en ^uJ^. ^!T les condamnant de sauver les vérités avec les* positions héquelles ces nouveaux docteurs ont tâché de les ^^?^?^ ^^ expliquer. Les articles donnent des principe^ certains pour exécuter les deux parties de ce dessein. Et premièrement y pour découvrir les erreurs des Quiétistes , et en même temps les qualifier avec des notes et des flétrissures précises : il faut supposer que ce qui offense le plus les oreilles chrétiennes^ dans ces nouveautés, c'est la suppression , qu'on a vue dansleurs écrits, des actes nécessaires à la piété : mais pour voir si ces suppressions doivent être traitées d'hérétiques, ou flétries de quelque autre qualification, le principe le plus simple qu'on pouvbit prendre est en s'arrêtant au Symbole des apôtres et à l'Oraison dominicale, qui sont dans la religion chrétienne deux fondemens inébranlables de la piété, de tenir pour formellement et précisément hérétique ce qui supprimoit les actes expressément contenus dans l'un et dans l'autre.
Ce fondement supposé, sans avoir besoin d'aucune autre preuve , les articles se justifient avec leurs qualifications : et d'abord il suit du principe, que .supprimer les actes de foi explicite en Dieu tout -puissant, prévoyant, miséricordieux et juste ; en Dieu subsistant dans trois personnes égales \ et en Jésus-Christ Dieu et homme , notre
398 mSTRTTCT^Oir
sauveur et médiateur, c'est supprimer Tex^rcice de la foi expressément énoncée dans le Symbole, et tomber dans une hérésie formelle. Ce qui étant évident par soi-même, néanmoins par abondance de droit a été manifestement démontré dans les endroits marqués à la marge (0 ; et le contraire ouvrant le chemin à un oubli par état de la Ttinité et de Jésus-Christ, rend ces mystères peu nécessaires, favorise les hérétiques 'qui les nient, en affoiblit ou plutôt en anéantit les effets : de sorte que sans y penser on fait tendre si claire* ment à 1 impiété ceux qui suppriment ces actes, qu il n*y a même plus rien à désii^er pour la preuve.
Pour les demandes, il n'est pas moins clair qbe c'est aller directement contre le Pater, et par conséquent soutenir une hérésie, que de croire qu^on ne doive pas demander le royaume des cieux , la rémission des péchés , la délivrance des tentations, et enfin la persévérance, puisque ces demandes sont formellement énoncées dans ces paroles : Que ^otre règne artiste; pardonnez-nous nos offenses; ne nous induisez pas en tentation; déliurez-nous du mal : ce qui est clair , tant par Tévidence des paroles, que par la tradition constante et manifeste de toute TEglisfe, ainsi qu'il a été semblablement démontré dans les livres précédensW.
* A ceci il faut ajouter les expresses définitions
de l'Eglise. Il a été défini par les conciles de Car-
(0 Ci-dessus y Uy. 11, chap. i etsuiy» f^ C>) Gi-dessos, liy, lU, ch. 4**
sua LES ÉTATS d'oràisou, livre X. 899 tliàge, chap. vu et vni, et de Trente, Sdss. vi, cb. n, ■et canon 2 3 , que TOraison dominicale est sans exception Toraison de tous les fidèles : il a été défini dans le concile d'Orange u, ch. 10 , et dans le même concile de Trente, sess. vi, ch. i3 , qu'on doit demander la persévérance : le thème concOe de Trente a défini qu'on doit aussi demander l'augmentation de la grâce (0. Ce qu'il prouve tant par ces pa/*oles de l'Ecriture : Que celui ^i est juste ^ se justifie encore W : et par celles-ci de l'Ecclésiastique: Ne cessez de vous justifier jusqti à la mort (3) : que par cette prière de l'EgUse: Donnez-nous V augmentation de la foi y de Vespérance et de la charité. Quiconque donc fait profession, comme font nos Quiétistes, de ne ^fiouloir pas demander en tout état cet accroissement de la. grâce, avec tous les autres dans qu'on Tient d'expliquer, s'oppose directement* à ces passages de l'Ecriture , à cette prière de l'Eglise , et à la doctrine que le concile de Trente en a inférée ; et par conséquent, il est hérétique, comme il a été dit ailleurs plus amplement (4)*
Il resteroit à examiner quand on tombe dans Tobligation de produire ces actes de foi explicite, et de faire à Dieu ces demandes ; mais ce n'est pas de quoi il s'agit avec les nouveaux mystiques: il suffit , pour leur montrer que leur doctrine est hérétique, de prouver qu'ils reconnoissent des états où ces actes sont supprimés, sans que pour cela il soit nécessaire de déterminer les momens
{})Sess. n, cap, lo. — (») Apoc, xxii. ii. — C) EwlL xyiii. aa.—- (4) Ci-deasuJy Iw. iv, cA. 9, 10» erc
auxquels on pour r oit y être obligé: c^est pour* quoi Ton s*est contenté de dire que ces actes sont nécessaires en tout état , quoique non à tout moment, mais seulement dans les temps convenables (0 : ce qui donne toute Finstruction qui est nécessaire en ce lieu, et laisse pour incontestables les huit premiers articles des trente-quatre , avec leurs qualifications.
VIT. Une suite de la suppression des demandes est
Desaruc es j»^^ tenir le sujet , c'est-à-dire le salut même et
IX, X et XI. ' '
Propositions tout ce qui y conduit y pour indifférent. Pour conerronëes des fondre cette erreur des Quiétistes, on suppose ce principe : Ce qu on désire , et ce qu'on denmnde à Dieu de tout son cœur, ne peut pas être indifférent ; or est-il que par les articles précédens, on désire et on demande à Dieu de tout son cœur le salut y et ce qui y conduit : on n*est donc pas in* différent pour ces choses ; la conclusion est é\^idente. Peut-être mémepourroit-on dire que Tindifférence des Quiétistes, induisant la suppression des demandes, est hérétique; mais comme cette induction après tout ne paroit être qu une conséquence, qu*on ne voit point appuyée d'une détermination en termes formels, il y a plus de justesse et dç précision à la qualification d'erronée et de téméraire , contenue dans l'article ix.
Le X et le xi préviennent deu^ erreurs des Quiétistes, dont l'une est que les demandes, du moins aperçues , dérogent à la perfection du chrift» tianisme : ce qui est pareillement eri'oné , puisque ce qui est expressément commandé de Dieu
(0 j4rt i, etc. jirt» 21.
aux
SUR LES ÉTATS d'oRAISOST, LIVRE X. 4^'
aux parfaits ne peut déroger à la perfection : or, par les articles précédens , les demandes sont expressément commandées à tous, et même aux parfaits : elles ne dérogent donc pas à la perfection / soit qu'elles soient aperçues y soit qu'elles ne le soient pas ; parce qu'apercevoir un bien en soi-méihe, n'est pas l'ôter; mais donner lieu à l'action de grâce, selon ce passage de saint Paul (0: « Nous avons reçu l'esprit de Dieu , pour conj» nottre ce qui nous est donné de lui )>.
L'autre erreur des Quiétistes est qu'ils consentent aux demandes y et aux autres actos, seulement dans le cas où ils leur sont spécialement inspirés ; mais on -a claii'ement démontré (^) que cela ne se peut souffrir : le commandement est ^e soi plus que suffisant pour nous déterminer à une pratique ; de sorte qu'exiger par-dessus cela une inspiration extraordinaire , c'est nier qu'il y ait un commandement : ce qui est visiblement erroné.
On a pareillement expliqué ce que c'est que rindiS*érence du saint évêque de Genève (3), qu'on a défendue dans l'article ix, selon l'intention de ce $aint homme; et l'on a aussi remarqué que son indifi^érence n'est pas une insensibilité ni une indolence; maiîs une entière soumission de sa volonté à celle de Dieu. Â.insi les articles jx, x et xi sont entièrement éciairciâ^, et leurs qualifications évidemment démontrées.
Après avoir établi la nécessité des actes com- ^^^
^ Queb sont
(«) /. Cor. II. la. — W Ci-dessufl, àV. m, ch. 9. — C^) Ci-dessus, /iV. T11I9 n. a et suiy, 6 et suit*, iitf. iZy n. a.
^Oa INSTRUCTION
les vrais ao- maudés dans rEvangiie , il falloit guérir le scrutes du cœur. ^^^ ^^ ^^^^ ^^j Croient ne point faire d'actes ,
s'ils ne les font méthodiquement arrangés , ou bien s'ils ne les réduisent en formules , et à certaines paroles , ou enfin si ceux qu'ils produisent ne sont inquiets et empressés. C'est ce qu'on fait dans l'article xii. Nous avons ^u ce que c'est que ces actes extérieurs et grossiers (0; Ton a expliqué de quelle simplicité sont les véritables actes du cœur : saint Paul en enseigne aussi la sincérité et la vérité par ces paroles (^) : « Tout ce que » vous faites, faites-le de cœur, comme pour » Dieu et non pour les hommes , sachant que c'est » du Seigneur ( qui pénètre lis secret des cœurs) » que vous devez recevoir votre récompense. Ser- • » vez-le donc comme le Seigneur qur voit tout, » et à qui tous les désirs sont connus ».
IX. Les Quiétistes présomptueux s'imaginent être De Tariicle j^g sculs qui counoisseut la simplicité. Pour leur
xjii, et de la * * « . i i
naiure de la o^er ce laux avantage, 1 article xui leur montre charité. Ja véritable manière dont tous les actes se réduisent à l'unité dans la charité, conforméipient à la doctrine de saint Paul dans la première aux, Corinthiens, qui a été expliquée en divers endroits.
X. Les articles xiv, xv, xvi et xyii sont proposés Desartic es p^^p mieux expliquer les actes particuliers, dont