‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 54 sur 109 · XIV · texte numérisé non relu

XIV

En expliquant ci - dessus le dessein des arti- g^ j,'^^^ des (5), nous en avons fait consister l'utilité en clexxi, et

(*) Sess. IV. — (») Matth, x. 37. — (') Ci-dessus, ch. 6.

4o6 IHSTRUCTIOlf

SUT les roi- deux choses : Tune à découvi-ir les erreurs des mence à dé- Propositions du quietisme ; 1 autre a sauver les couvrir les boones doctrines , dont on y abuse , et en empébonnes doc- ^jj^j. l'ab^s. Nous en sommes à cette dernière

trines dont i i- ^ x t i i»

on abuse partie , et nous sommes obliges a y parler de 1 o-

dansleqnié- raison passive.

tisme. Q^ ^ porte sur ce sujet à deux sortes d'extré-

mités y dont Tune est d'avoir pour cette oraison une espèce de mépris : jl y en a qui prennent pour des rêveries et même pour quelque chose de suspect ou de dangereux y les états où certaines âmes d'élite reçoivent passivement, c est-à-dire , sans y contribuer par leur industrie ou leur propre effort, des impressions divines, si hautes et si inconnues, qu on en peut à peine comprendre l'admirable simplicité. Pour réprimer cet excès dans l'article xxi des ordonnances du 1 6 et du a 5 avril, en attendant qu'on eût le loisir d'approfondir la matièi^ plus qu'elle ne le pouvoit être dans une instruction si courte, on a eu recours aii témoignage des spirituels, et surtout à celui du saint évêque de Genève , dont le nom étoit plus connu , et l'autorité plus révérée. On a passé plus loin dans ce traité , et on a établi l'oraison passive , c'est-àdire la suppression des actes, et surtout des actes discursifs, non - seulement par autorité et par exemples, mais encore par principes (0.

On a fait voir aussi que la passiveté de ce saint et des autres vrais spirituels n'étant que pour un certain temps, qui est celui de l'oraison ; le champ étoit libre dans tout le reste de la vie pour y pra«

(0 Ci-dessus, &V. vu, eh. i, etc. g, etc.

tiquer dans les temps convenables tous les actes commandés de Dieu (0.

L'autre cxtrénlitéoù Ton tombe , à- l'occasion de Toraison passive , est celle des Quiétistes, qui rendent premièrement dans certains états la pas- siveté perpétuelle ; qui la rendent secondement fort commune et fort aisée ; qui la rendent en troisième lieu fort nécessaire , du moins pour la perfection et pour l'entière purification. On oppose à ces trois abus (^) , dont le péril est visible , les articles xxii , xxiti , xxiv, xxv, xxvi et xxviii. On peut voir en son lieu la démonstration des articles xxn et xxni, où sont condamnés les Quiétistesy qui mettent la perfection et la sainteté dans les états d'oraison extraordinaire t on a marqué les inconvéniens de cette doctrine ^ et en même temps on l'a réfutée non-seulement par l'autorité, mais encore par les raisons du saint évéque de Genève et des autres vrais spirituels.

Pour détruire la perpétuelle passivetéqui éteint dans le cours de la vie toute industrie propre et tout propre effort , les articles xxv et xxVi condamnent ceux qui j à la faveur de l'état passif^ où ils sUmaginent être élevés ^ attendent que Dieu Ij^s détermine à chaque action par des voies et inspirations particulières : ce qui ouvre le chemin à toute.illusion. Le nombre de ces prétendus passifs est grand dans le monde ^ et se multiplie plus qu'on ne croit. Il induit à tenter Dieu, qui veut que l'on s'aidensoi - même avec le secours de la

CO Ci-dcssns, liv» tu, ch. g, etc. /tV. viii, cA. i5; /«V. ix , ch, 'i6, 39, etc.— (•) Ci-de«iu», Ut*, vi, c. 27, a8 c« suw.

4o8. INSTRUCTIOir

grâce y et qui n'a rien promis à ceux qui renoncent aux moyens qu il nous a donnés pour nous exciter nous-mêmes à biçn faire. La mollesse et le relâchement d'un côté, et de Tautre le fanatisme ^ $ont les effets, de cette illusion : et Tarticle xxvi oppose à cet état dangereux les voies de la pru* 4ence chrétienne â souvent recommandées danâ TEcriture.

Les Quietistes s'emportent jusqu'à dire qu'on vient y par la perfection de l'oraison y à la grâce et à l'état apostolique^ dont nous avons pluskurs '- témoignages dans Y Interpréwitm d^ Cantique \ des Cantiques (0. Est ~ il possiUe qu'on ne sache

pas que l'apostolat n'est pas un état d'oraison , maïs l'effet d'uçe vocation déclarée et autoiisée dans l'Eglise ? Cet état, apostolique emporte aussi le don de prophétie ^ et tout cela est rejeté dans l'article xxvii/ comme plein d'illusion, de témérité et d'erre.ur.

Par cet état préteiidu apostolique , on voit des femmes s'attrihijter des maternités sans vocation et sans témoignage, et par un titre si éblouissant iaii^e des impressions sur les esprits , dopt on a < peine à les faire revenir y CQmçfie la suite le fera

paroitre. On veri'a^ dans les articles qu'on vient de citer, la source de ces -illusions découverte, et leur effet condamné par des qualifications dont la raison est visible.

^^* Le remède le plus salutaire qu'on puisse appor*

xx^i^ xxiT ^^^ ^°^ ^^^^ ^^® ^^^^ ^®^ Quietistes de l'état paset XXX. sif , est premièrement de leur faire voir qu'il est

(0 Cant, ck. jf n. i, p. /^^ etc.

très-rare y comme il paroît par Fautorité de tous les spirituels : par où Ton rejette cette multitude étonnante de prétendus passifs qui inondent le inondé : c'est encore un second remède , d'ôter à ces présomptueux l'imagination de n'être soumis qu'au jugement dé ceux qu ils appellent les gens expérimentée y dont nous avons assez parlé dans la préface.

L'article xxix est important pour prévenir une objection des Quiétistes, qui demandent s'il n'est pas possible qu'il y ait des âmes que Dieu meuve passivement, et sans le secours de tout propre elTort et de toute propre industrie , à toutes lea actions de la piété : si vous dites que cet état n'est pas possible, ils vous accusent de lier les mains à Dieu et de limiter sa puissance : si vous en avouez la possibilité , ils croiront être en droit de soutjsnir que telles et telles âmes sont en cet état , et que , sans les tourmenter dans cette pensée, il n'y a qu'à le$ laisser à leurs directeurs.

C'est là une des sources d'illusion des plus dangereuses. Nous avons opposé à cette conséquence^ l'expérience des vrais spirituels (0, dont ^ucun la'a cru avoir trouvé des âmes de cette sorte , et a'en ont produit pour exemple certain que 1^ . sainte Vierge , comme il a été remarqué : combien donc est - il dangereux de se forger de telles idées? Ajoutons que telles âmes toujours mues . divinement, et passives sous la main de Dieu, ne ' pécheroient plus même véniellement, non plus que la sainte Vierge, et même ne pourroient plus

(0 Ci-dèssaSy &V, vi, cA. ai, 23, 94*

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