‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 55 sur 109 · IO ÏNSTTVtJCTION · texte numérisé non relu

IO ÏNSTTVtJCTION

déchoir de la grâce ^ comme tout homme attentif le découvrira facilement : car toute ame mue diyinement, hors d'elle-même, et toujours dans une espèce d'extase durant le temps de sa motion , n'échappe pas à la main toute -puissante qui la meut; et n'édiapp'efra jamais, si toujours elle est mue de cette sorte , et n'est pa3' laissée un instant à elle-même. C'eét aussi par-là que nos faux mystiques ont été conduits aux propositions , oh nous avons vu leur impeccabilité prétendue (0. On l'a assez réfutée, et en même temps on a averti que ce n'est point précisément dans ces préventions extraordinaires que consiste la perfection du christianisme ; puisque , comme il a été démontré W ; elle dépend du degré d'amour où l'ame sera élevée , et que Dieu bien certainement peut donner par les voies communes : à quoi il faut prendre garde, pour ne point amuser les âmes par la fausse imagination de grâces extraordinaires , mais toujours les accoutumer à épurer leur amour. On a -joint à cet article les expressions nécessaires en faveur de la sainte Vierge mère de Dieu : ce qui opère deux bons effets ; Tun , de rendre en elle à Jésus-Clirist les honneurs qjui lui sont dus; et l'autre, d'avertir qu'on n'étende pas à d'autres les prérogatives qui lui ont été attirées par un si grand titre.

Dr td Sur la conteriiplation , il faut remarquer que XXIV, où il est plusieurs spirituels confondent la contemplation parlé de la ^y^^ Foi'aison passive, encore que les notions

C«) Ci-dessus, /<V. v, ch. 35 et 36. — W Ci-dessus, liy. vu, c7t. 29.

sua LES ÉÏATS d'oRÀISOIV, LIVRE X* ^It

n'en soient pas les mêmes. Quand saint Thomas (0 «^««^«plaet les autres traitent de la contemplation , ils n'entendent pas sous ce nom Foraison passive. Car, encore que la contemplation ne soit point discursive non plus que la foi, elle n'ôte pas toujours le pouvoir de discourir, qui est ce qu on appelle Fétat passif. Pour donner une règle gé* Bérale sur la contemplation , l'article xxi^y dit que ce n'est pas seulement l'essence divine ^qui en est l'ob}et , mais encore avec l'essence tous les attributs , les trois Personnes divines , et le Fils de Dieu incamé, crucifié et ressuscité, et en un mot , que toutes les choses qui ne sont vues que par la foi, sont l'objet du chrétien contemplatif: c'est aussi l'idée de saint Paul lorsqu'il dit W que <c nous ne contemplons pas ce que nous voyons, 3» mais ce que nous ne voyons pas ; parce que ce » qu*on voit est temporel, et ce qu'on ne voit pas )i est éternel ». Cet article étoit nécessaire pour condamner les faux mystiques , qui n'admettent dans l'acte de contemplation ni les attributs, ni les Personnes divines , ni le mystère du Dieu fait homme, comme il a été démontré, mais la seule essence divine abstraite et confuse.

La sainte doctrine des épreuves et des exercices XVïI. divins nous tirera un peu de la sécheresse des ar"cic

chapitres précédens. Un des plus plausibles argu- parié des mens des Quiétistes, pour prouver dans certains épreuve*, états l'entière suppression des actes, se tire des désolations des âmes peinées , oii Dieu fait une

(0 S. Thom^ a. a. q. 83. art, 3. <j, 180. per toi, etc, — (») //. Cor, iy. 18.

4 1 s ]3rSTX.rCTIOH

impression si forte de sa justice, <pie rame, qui ne sent point quil puisse sortir d'elle antre diose qne du mal, liée d'ailleurs et serrée de près par une main souveraine , ne peut presque ou n*ose pas même produire ses actes; ce que Job semUe exprimer par ces mots (') : « Dieu arme contre » moi toutes ses terreurs, sans me permettre de » respirer ; et les traits, que me lance sa fuste fu- » reur, m'ont absorbé Fesprit : quorum indigna^ » tio ebibit spiritum vneum »; en sorte que je ne sais plus si j*agis ou si je n'agis pas : et ailleurs : « n m'a resserré dans un sentier étroit, je ne puis » passer, et il a couvert ma route de ténèbres W >. En efiêt , on se trouve dans une si grande obscurité, que contraint de se ranger avec Job au nombre de ceux dont « la voie est cachée, et que Dieu a en* » vironnés de ténèbres (^} » , il semble qu'on perd l'espérance d*en sortir. Cependant de temps en temps il écliappe de la nue un petit rayon qui fait dire : « Ma nuit se tournera en jour, et j'espère » la lumière après les ténèbres (4) ».

Plus on est poussé au désespoir, plus l'espérance se relève, et après avoir dit : « Vous m'c- » pouvantez par des songes ; et saisi d'horreur » dans les visions dont vous m'efirayez, j'en suis >i réduit au cordeau , et je ne veux plus que la » mort : je suis dans le désespoir, et je ne me puis » supporter moi-même » : ce qu'il pousse jusqu'à dire encore : ce D'où vient que je me déchire la » chair avec les dents , et que je ne songe qu'à

(«) /o5. VI. 4. — W ma. XIX. 7. — (3) lUd, iiL a3. — (4) Riâ. XVII, la.

«un LES ÉTATS D'oRÀISOITy LIVRE X. ^li

» m'ôter là vie »? Cependant on en vient un mo^ ment après à dire » : Quand il mè tueroit ^ j'es- » pérerai eh lui : je ne laisserai pas de repren- » dre mes voies devant sa face, et il sera moiii » Sauveur (0 ». Ce qui montre que les sentimens^ qui sembloient éteints , n*ont fait que se fortifier en se concentrant au dedans. Lequel des saints a jamais dit avec plus de force : a Qui me donnera » que mes discours soient gravés avec de Facier^ » ou sur une lame de plomb , ou imprimés sur 3» un dur rodier avec un ciseau 7 car je sais que » Vkon Rédempteur est vivant ; ma peau recou» » vrira mes os^ et je verrai mon Dieu en ma » chair W » ; et le reste, où Fespéranceest si forte. Cependant il sortoit d*un mouvement où. loin d'espérer en Dieu, il sembloit lui vouloir faire son procès , en disant : « Comprenez qu*il a rendu » contre moi un jugement qui n*est pas juste (^) ». Il avoit aussi dit auparavant : ce Je parlerai avec » le Tout-puissant, jeveuxdisputeravecDieu(4)». Et encore : ce Plût à Dieu qu'on pût plaider avec » Dieu comme on fait avec son égal (^) ». Et enfin il ajoute ailleurs : ce Je ne veux pas qu il conteste » avec moi par sa puissance , ni qu il m'accable » du poids de sa grandeur : qu'il propose des rai- » sons équitables, et je gagnerai mon procès (^) »* Mais à quoi aboutit cette hauteur et cette dispute contre Dieu , sinon à dire dans la plus profonde hur mîliation : ce La voie de Dieu est impénétrable ; si

CO Job, VII. i4, i5, i6. — (») IhiJ. XIX. a3. — (3) hid, 6. — (4) Ibid. xiu. 3. — (5) Ibid. XYi. la. — \fi) Ibid, xxiii. 6, 7.

4l4 mSTHUCTIO»

, » je vais en Orient ^ il ne paroît pas ; si c'est vers » rOccident , je ne sais non plus oh. il est : que je » me tourne ou adroite ou à gauche^ il m'est éga- » lement caché^ et je ne sais où le prendre ; mais » lui y il sait toutes mes voies, il me met à Té- » preuve comme For , et il me suit pas à pas, sans » que ma moindre démarche puisse échappera ses » regards (0. Ainsi, comme ilditailleurs(^), jeu ai y> qu à me taire et à implorer la clémence de mon » juge : s'il s'agit dé force , il est tout -puissant : » si Ton cherche Féquité , il en est la source , et » personne ne peut témoigner contre lui : si je » me veux justifier, ma bouche me condamnera : » si je veux paroître innocent, il prouvera que je » suis coupable : mon Dieu, ne me condamnez » pas (^) ; tendez la main à votre ouvrage : vous

^ » avez compté tous mes pas ; mais pardonnez mes » péchés (4) ». Voilà comme les actes les plus sublimes se conservent, je ne dirai pas dans les privations, mais dans une espèce de soulèvement contre Dieu. Bien plus ( mystère admirable de la grâce ) , dans ces âmes poussées à bout par ces

.exercices, les acte^ de Famour se cachent soos des reproches amers : nous ferons voir en son temps que tout ce qui paroit blasphème dans Job, au fond n'est autre chose qu'un amour outré par le mépris apparent d'un amant qui semble nous délaisser. Cet amant n'est autre que Dieu même, de qui on croyoit pouvoir tout attendre, et dont

(«) Joh. 8, g, lo, II, la. — W Uid^ ix. 19, ao. — P) IHd. X. 2 — ^4) Ibid. XIV. .1 5.

on croit à la fin ne recevoir que dëdain et qu'indignation. Voici donc comme parle cet amant outré et poussé à bout : « J'en suis , dit-il (i), au )> cordeau et au désespoir: pardonnez- moi ^ car » je ne suis rien » ; et un peu après (^) : ce J'ai pé- 3) ché: mais que vous ferai- je , ô tout - puissant » gardien des hommes ? pourquoi m*avez-vous fait » contraire à vous? que n'ôtez-vous mon péché? » que n eflàcez * vous mon iniquité »? En apparence il s'en prend à Dieu ; mais ressentant dans le fond que Dieu seul consume le péché, loin de pouvoir en être l'auteur, il lui demande pardon ^ et l'amertume de ses reproches est un effet du regret qu'il porté en son sein de se voir, comme il le /pensoit , séparé de lui. Ce sentiment qui fait enfermer un acte d'amour sous un dépit apparent, paroit encore, et peut-être mieux dans cette parole: « Puisqu'il a commencé, qu'il m'é- » crase ; qu'il laisse aller sa main , et qu'il me » retranche, afin que j'aie la consolation que )) m'accablant de douleur il me fasse mourir sans » m'épargner, de peur que (par fbiblesse ou par » impatience ) il ne m'arrive de contredire à la » parole et à la volonté du saint (3) ». On entend bien que c'est Dieu qu'il appelle ainsi. « Car, >> poursuit-il (4), quelle est ma force? puis-je me » promettre une si longue patience ? ma chair » n'est pas d'airain , et ma force n'est pas celle » d'une pierre : je ne trouve point de resi^ource

(«"^ Job. VII. i5, i6, 17, — W Ibid. ao. — (') Ibid. vi. 9, i«. — W Ibid» 11, i;i, i3.

4l6 IlfSTltirCTION

» en moi : mes amis m'ont abandoimé , et je dé- » menre sans soutien ». On voit donc comme les plaintes qu il pousse si amèrement ont pour objet la connoissance de sa foiblesse, et la crainte de succomber à la tentation d'impatience. Cet acte d'un si parfait amour commence , comme on a to , par un transport où d'abord on ne remarquoit qu'une espèce de dépit, «et il en prend la teinture : pour aboutir à la fin à mettre son secours en Dieu, et à dire avec un torrent de pieuses larmes : « Mes amis sont des discoureurs ; c'est pour » vous seul que je laisse fondre mes yeiix » en pleurs (0.

Ne disons donc pas que- les actes cessent daœ les exercices divins : disons qu'ils se cachent, et souvent sous leur contraire : qu'ils s'y envelop* peut, qu'ils s'y épurent, qu'ils s'y fortifient, qu'ils en sortent de temps en temps avec une nouveUe vigueur. Nous avons expliqué sur ce sujet la doctrine de saint François^de Sales (?) , qui enseigne que les actes de piété chassés et comme r6)>oussés de tout le sensible se retirent dans la, haute points de l'esprit , d'où se gouverne tout l'inférieur.

La profonde obscurité, où l'on est, n'empêdie {ms que la foi obscure par elle-même ne déploie sa Tertu : on prête l'oreille à la voix de Dieu qui se fait entendre comme de foi^t loin : quoiqu^on % croie insensible et sans mouvement, on neiaisse pas de s'exciter soi-même , ainsi que &isoît David en disant: « Mon ame, pourquoi es'-tu triste,

(0 Job. XVI. ai. — (*) Ci-dessus, Uy. ytii ei ix.

» et

SUR LES ÉTATS D*ORÀlSONy LITRis X. 4^7

» et pourquoi me trouLles-tu ? espère en Dieu ( i) » . On ne manque pas de soutien , puisqu'on est. soutenu par sa peine même, comme disoit le même David : « Mes larmes ont été mon pain nuit et » jour W » : pour en faire voir non-seulement le cours continuel , mais encore la force soutenante ; et loin que le désespoir, dont on paroit assiégé et tout rempli , soit eifectif , si Ton sonde au vif les âmes que'^Dieu met dans ces exercices, au milieu des ténèbres et de la^désolation , on y trouvera un fond de confiance inébranlable et inaltérable.

C'est ce qu il a fallu expliquer dans Tarticle xxxi pour éviter deux excès : Tun , de ceux qui s'imaginent que les peines de ces états sont imaginaires , ou en tout cas purement humaines ; l'autre , de ceux qui s'en servent pour induire dans tout cet état une perpétuelle passiveté; qui est l'erreur des Quiétistes.

S'il y a un chapitre dans ce traité , où je désire XTm. de trouver de l'attention, c'est celui-ci. U s'agit ^«*'a''*icl« d'expliquer un s^cte aussi grand et aussi consolant yëritable que ce parfait abandon. En rappelant ce qu'on a ^^^ d'^andit jusqu'ici de l'abandon des Quiétistes , on y dé- ^^^ s.*Cycouvrira trois erreurs: l'une, que l'acte d'abandon prien et de ii*appartient qu'à l'oraison passive , et qu*on ne le ^' -^ugustîn peut faire dans les voies communes ^ l'autre , que . marque de cet acte empcote une indiiTérence pour le salut ; ^^^ erreun

m t »\ 9*1 . «1 ti aanslaban-

la dermère, qu il emporte aussi la suppression de dondcsQuictout acte , et sans jamais se remuer soi - même , tbtes. une attente purement passive que Dieu nous re-> mue.

C») PsaL xtii. 8. — '») Psal. XLi. ir- .

BOSSVET. XXVU. 2^ ,

/J.l8 IWSTRUCTIO»

Ces trois erreurs sont détruites par un seul passage de saint Pierre , qui est celui o& ce saint apôtre. définissant l'abandon , dit ces parolets: « re- » jetant en lui toutp votre sollicitude, parce qu il » a soin de vous (0 »• Où il faut observer premièrement, qu'il adresse ce commandement à tous les fidèles , et non point à certains états particuliers ; ce qui renverse la première erreur. Secondement, que bien éloigné de la profane indifférence des Quiétistes , saint Pierre appuie l'abandon sur ce que Dieu a soin de. nous; par où la seconde erreur est réfutée. En dernier lieu , saint Pierre ajoute : Soyez sobres et veillez; par où est proscrite la troisième erreur, qui, sans peimettre de se remuer, vei^t qu'on attende uniquement que Dieu nous remue.

En retranchant de l'abandon ces trois erreurs, le pur abandon chrétien restera avec toute sa force dans l'acte où nous reje^tons sur Dieu seul tous nos soins , et même le soin de notre salut : non point par indifférence à être damné ou sauvé, ce qui fait horreur; n^ais au contraire en abandonnant d'autaift plus à Dieu notre salut que nous le désirons avec plus diardeur*

C'est ce que les demi-Pélagiens ne vouloient pas entendre, lorsqu'ils croy oient que pour conserver l'espérance il en falloit mettre en soi-même une partie : mais saint Augustin leur répondoit qu'au contraire pour la conserver il la falloit mettre tout entière en Dieu, et dans une pure foi lui abandonner tellement tout son salut qu'il

(0 /. Petr, T. 7, 8.

SUR LES ÉTATS d'oRAÎSO», LIVRE X. '4^9

ne vous en reste plus nulle inquiétude. « Car, » dit -il (0, nous vivons plus en sûreté si nous » donnons tout à Dieu, que si nous nous aban- » donnons en partie à lui y et en partie à nous^ » mêmes ». Voilà donc un abandon parfait à Dieu, parce qu'il né reste rien de notre côté en quoi nous puissions prendre confiance : ce qu'il prouve par l'autorité de saint Cyprien, qui conclut de l'humble aveu de notre foiblesse dans TOraison dominicale, « qu'il faut tout donner a Dieu », et rien à soi-même^ selon que le même martyr Tavoit prononcé ailleurs en disant qu'il ne nous étoit pas permis de nous glorifier nous-mêmes; «parce » que nous n'avions rien qui soit à nous : in nullo » gloriandum, quando nostrutn nihil est (^) ».

Il se faut donc bien garder de mettre en noiismémes aucune partie de notre espérance, ni de nous appuyer radicalement sur nos bonnes œuvres: non qu'elles ne soient nécessaires pour aller au ciel; mais parce que c'est Dieu qui nous les donne selon sa bonne volonté, comme dit saint Paul (3); en sorte, dit saint Augustin après saint Cyprien , qu'à remonter à la source , « il faut tout » donner à Dieu : cela est vrai, dit ce saint dôc- » teui^, cela est plein de piété , il nous est utile de » penser et de parler ainsi (4) » : et en travaillant sérieusement à notre salut , d'en attribuer à Dieu l'effet total.

(*) De don, pers. eap> yi » n. ji ^ tom» Xf cqL 837.**' C*) Testim* iib. wiycap, 4. "^ W PhU. lu i3* — (4) De don. pers. etc. i3, #1. 33.

420 INSTRUCTIOU

C'est là qu'il faut perdre tout Tappui sur sa propre volonté. « Il y a sujet de s'étonner, dit le » même saint Augustin (0, que Fiiomme axsofi » mieux se commettre , s abandonner à sa propre M foiblesse qu à la promesse inébranlable de Dieu : a» et^ continue-t-il, il ne sert de rien d'objecter : » mais la volonté de Dieu sur moi-même m'est » incertaine » 9 car ce Père reprend aussitôt : ex Quoi donc? Etes -vous certain sur vous-même D de votre propre volonté, et pouvez -vous ne » craindre pas cette parole : Que celui qui est » debout craigne de tomber? Comn^e donc l'une » et l'autre volonté, et celle de Dieu et la nôtre^ » est incertaine pour nous, pourquoi l'homme » aimera-t-il mieux abandonner sa foi, son e&pé- » rance et sa charité, c'est-à-dire, tout l'ouvrage » de son salut, à la plus foible volonté, qui est » la sienne, qu'à la plus puissante, qui est celle » de Dieu » ?

Tout le but de cette doctrine de saint Augustin est de nous faire avouer, ijue n'y ayant qu'une seule volonté qui soit immuable, c'est-à-dire, la volonté de Dieu, et celle-là tenant la nôtre en sa main , il n'y a point de certitude pour nous, que de nous attacher souverainement à cette suprême volonté qui seule peut nous faire faire tout ce qu!il faut : ce qu'on ne peut espérer qu'en s'aban* donnant entièrement à elle. ^

On voit par-là que cherchant l'endroit où le dirétien peut trouver le repos autant que Fétat

Stm LES JÉTÂTS d'oraison y LIVRE X. 4^<

de cette vie en est capable, ce grand saint ne lui propose pas le repos funeste, de tenir pour indifférent tout ce que Dieu peut ordonner de nous en bien ou en mal pour toute Féternité^ mais qu'il lui donne tout le repos qu'il peut avoir en cette vie ^ dans la remise de sa volonté en celle de Dieu.

Ce n'est pourtant pas dans le dessein que l'on cesse de faire ses efforts. Car il n'a pas oublié ce qu'il enseigne partout : « que l'ouvrage du salut » ne se doit pas accomplir par de simples vœux , 1» sans y joindre en nous efforçant de notre part » l'efficace de notre volonté ; puisque Dieu est » appelé notre secom^s, et qu'on n'aide que ce- » lui qui fait volontairement quelques efforts : i> nec adjuvari potest j nisi qui aliquid sponte co" y> natur (i) » : où il ne faut pas entendre que cet effort de la volonté précède la grâce, puisque c'est positivement ce que saint Augustin a voulu, détruire j mais plutôt que tout l'effort que nous pouvons faire en est le salutaire effet.

Et il ne faut pas s'imaginer que cette doctrine qui nous oblige à donner à Dieu tout l'ouvrage de notre sahit, mette les hommes au désespoir, comme les demi-Pélagiens ne cessoient de le reprocher à l'Eglise 5 au contraire, dit saint Augustin (*) , « f aime mieux teur laisser à penser en » eux-mêmes ; que d'entreprendre de l'expliquer » par mes paroles, quelle en'eur c'est de croire, 3» comme eux, que la prédication dé la prédesti-

(0 De peoG. mer, lib» ii, cap* v, nS^Ibid* col, 43. — W Z>« don. perêk capmXYUf n, ifi^ ooL

4'2a INSTRUCTION . . .

» nation apporte aux auditeurs plus de désespoir ni que d'exhortation à bien faire : car c'est dire » que^Ton désespère de son salut , lorsqu'on ap » prend à Tespérer non pas de soi -même , mais 3> de Dieu y pendant qu il crie par la bouche da » prophète : Maudit l'homme qui espère en » l'homme ». Et ailleurs plus fortement, s'il se peut (0 : « A Dieu ne plaise que vous croyiez » qu'on vous fait désespérer de vous-même, quand » on vous ordonne de mettre votre espérance en » Dieu et non en vous-même ; puisqu'il est écrit : » Maudit l'homme qui espère en l'homme : et, Il » vaut mieux espérer en Dieu que d'espérer en » l'homme ». Ce qu'il inculque en disant C^) : « Faut-il craindre que l'homme désespère de Ini- 3) même , lorsqu'on lui apprend à metti*e son e&- » pérance en Dieu, et qu'il seroit délivré de ce » désespoir., si, malheureux.autant que superbe, )> il la mettoit en lui-même »? Voilà donc tout le repos du chrétien : voilà ce qui calme ses inquiétudes : et pour réduire cette doctrine en pratique, au-dessus de toutes s^s œuvres, et au-dessus en quelque façon de toutes les grâces qui les lui font faire, il s'attache comme à la source, non à quelque chose qui soit en lui-même, mais à la bpnté qui est en Dieu, et sans relâcher ses efforts il met sa foible volonté dans une volonté toute* puissante.

Cet acte, si c'est un seul acte, est un parfait abandon : je dis, si c'est un seul acte ; car en ef-

(>) De don, pers. cap, xxiiy n. 6a , coL 855.—- (*) MiL

SUR LES ÉTATS D^ORAISONy LIVRE X. 4^^

fet c est un amas et un composé des actes de la foi la plus parfaite , de Fespérance la plus entière et la plus abandonnée , et de l'amour le plus,pur et le plus fidèle : ce qui fera toujours trois actes, puisque^ comme dit saint Paul^ la foi, Tespérance et la charité seront toujours trois choses i mais trois actes concourant ensemble à rendre le chrétien tranquille et heureux ^ conformément à cette parole : Heureux Vhomme qui se fie en Dieu (0.

Cet acte, encore une fois, réunit ensemble, avec ui|e foi parfaite et une parfaite espérance, un pur et parfait amour : cet acte nous détache à fond de nous-mêmes : cet acte nous unit à Dieu autant qu il est possible en cette vie : cet acte fait regretter les. péchés par le plus haut et le plus puissant de tous les motifs, et ôte toute la crainte qu'on en peut avoir ; puisqu'un amour si parfait les consume' et les absoii)e. Cet acte porte en luimême tout ce qui peut nous donner de l'assurance, puisque rien ne nous rend plus sensible la bonté de Dieu , que le mouvement qu il nous inspire d'en attendre tout : et l'abandon ne peut pas aller plus loin , puisque c'est là un entier accomplissement de la parole où saint Pierre ordonne de rejeter en Dieu toute son inquiétude, parce qùila soin de nous (^), sans discontinuer néanmoins de prier et de veiller, de peur d'en-trer en tentation, comme le Sauveur lui-même l'avoit coinmandé (3),

(0 Jerem. xvii. 7. — (») /. Pttr, v. 7, ^ — O ^tattK XXVI. 4'*-

4^4 msxHucTiozr

Voilà quel est Tal^andoii du dirétien ^ selon la doctrine apostolique, et on voit qu'il présuppose deux fondemens; Vun, de croire que Dieu a soin de nous; et l'autre, qu'il n en faut pas moins agir et veiller : autrement ce seroit tenter Dieu.

Cet acte ne nous est point proposé comme un acte qui n'appartienne qu'à la seule oraison passive ; il est déduit , comme on voit , des prindpes communs de la foi. Saint Augustin après saint Gyprien, et tous deux après saint Pierre, le recommandent également à tous les fidèles ; et il n'y a que les Quiétistes de nos jours, qui, pour se donnée une vaine distinction , se soient avisés de réserver Tabandon à un état d'oraison extraordinaire.

^^. Savoir si c'est pousser l'abandon plus loin que

artide^'^ct" ^^^® Soumettre, si Dieu le vouloit, et qu'il lut des supposi- possible, à des peines étemelles, pourvu qu'on ne lions par im- p^pjit p^g gon amour : c'est ce qu^il est aisé de

possible» * t ^ ^ ^

résoudre par les principes qu'on a pos^s.

Il a été établi par des témoignages constans (0, que le salut des chrétiens est inséparablement uni à la volonté de Dieu et à sa gloire, comme à leur fin naturelle. De là il s'est ensuivi, que le dâir du salut a pour sa fin naturelle et dernière la gloire et la volonté de Dieu, selon ce verset de David : «-Que ceux qui aiment, ô Seigneur, le » salut venu de vous , ne cessent ^ dire : Que le » Seigneur soit gloiûfié iDicantsemper^ Magnifia » cetiir Dominus, qui diligunt salutare tuum (^) ]»• Si c'est la gloire de Dieu qui fait qu'on aime son

(») Ci-dessus, lit/, iv. — (») Psal. zzxix. 17.'

SUR LBS ÉTATS l>*0RAI80Ny LIVRE X. 4^^

salut, dohc en aimant son salut on aime Dieu j[>lus que soi-même ; on est touche de ses bienfaits à cause qu ils viennent de lui ; on est prêt à renoncer à tout y excepté à son amour^ et à tout souffrir plutôt que de résister à sa volonté : ce qui fait un amour à toute épreuve.

Qu'ajoute à la perfection d'un tel acte Fexpression d'une chose impossible? rien qui puisse être réel ; rien par conséquent qui donne Tidée d'une plus haute et plus effective perfection*

Pourquoi donc un Moïse , un saint Paul, selon l'interprétation de saint Ghrysostôme et de sqn école, pourquoi ceux qui ont suivi cet apôtre se sont -ils servis de ces fortes expressions? pourquoi, sinon pour nous faire entendre ^ par ces manières d'excès, que leur amour est prêt à tout, jusqu'à être anathéme si Dieu le vouloit? .

Il ne faut pas croire pourtant , qu'en parlant de cette sorte ils aient été persuadés que Dieu voulût ou qu'il pût vouloir, selon les règles de sa bonté et de sa justice , traiter ses saints avec cette rigueur. Car on a vu (0 que saint Ghrysostôme a suppléé dans le passage de saint Paul, un s'il étoit possible, et^uvarôv^ et saint François de Sales, qui s'est servi si souvent de ces suppositions par impossible, n'ignoroit non plus que les autres qui ont parlé comme lui , ce beau passage du livre de la Sagesse (^) : « Gomme vous êtes juste , vous » disposez justement de toutes choses , et vous » trouvez éloigné de votre vertu, de condamner

0) Ci-dessus, liv, i, cK 2. ->- ^\Sap. su. i5û

4^6 INST&VCTION

3» ceux qui ne doivent pas être punis ». On sait bien que, selon les règles qu'il a établies. Dieu ne peut envoyer dans les enfers ni priver de l'effet de ses promesses, ceux qui auront été iSdèles à garder ses commandemens. Tout Feflèt de ces suppositions, est que s'élevant en quelque façon av-dessus tant du possible que de l'impossible , on tâche d'exprimer comme on peut ce que porte le sacré Cantique, que r amour est fort comme la mort; et que la jalousie , que l'on conçoit pour la gloire de Dieu, est dure comme Venfer (i), et ne. cède pas à ses supplices*

Après avoir établi que cet acte, ou, si Ton veut, cette expression est pieuse et légitime, il falloit encore marquer les inconvéniens où tombent les Quiétistes à son occasion.

J'en trouve quatre principaux : le premier est de rendre cet acte trop commun : la terre est Couverte de leurs cantiques où l'on méprise l'enfer et la damnation; et c'est la première chose qu'on fait parmi eux^ dès qu'on y peut seulement nommer l'oraison de simple regard. Je ne m'en étonne pas , et en soi rien ji'est plus facile qu'an abandon dont on sait l'exécution impossible : mais lorsqu'il est sérieux , il n'est que pour les Pauls, pour les Moïses, c'est-à-dire, pour les plus parfaits. Si saint Pierre, un apôtre si fervent, a été repris pour avoir dit dans son zèle : Je mettrai ma vie pour vous («) ; et s'il a fallu le convaincre par sa chute, qu'il avoit promis plus qu'il ne

(0 Cant. VIII. 6. — (») Joan. xiii. 56.

SUR LES ÉTATS d'oRAISOW, LIVRE X. 4^7

pouvoit^ comme remarque saint Augustin; de quel délaissement ne seront pas dignes ceux qui osent d'abord affronter Fenfer avec ses feux ? Ils ne s'entendent pas eux-mêmes, ils ne songent pas à ce qu'ils disent : à peine sont-ils à l'épreuve des maux les plus légers , et ils s'imaginent pouvoir soutenir ceux de l'enfer? Pour faire véritablement un acte si fort, il faudroit auparavant avoir passé par mille sortes d'exercices, éfre poussé à bout par son amour, et sans relâche pressé et sollicité au-dedans par des impressions divines : autrement cet abandon n'est qu'un vain discours et une pâture de l'amour-propre. C'est acheter à trop bon marché /la perfection, que de croire y être arrivé par une soumission en l'air et un dévouement sans effet : voilà donc lé premier in*convédient, c'est de rendre cet acte trop commun. Le second est d'attacher à cette expression la perfection et la pureté de l'amour : car on a vu de très-grands saints, parmi lesquels j'ai noinmé saint Augustin, et j'en pourrois nommer une insanité d'autres, qui, tout embrasés^u'ils étoient du saint amour, n'ont jamais seulement songé à en expliquer la force par ces suppositions impossibles. Combien de saints ont eu un amour capable du martyre, qui n'ont pas seulement songé à exprimer qu'ils étoient prêts à le souffrir? Ainsi , sans nommer les peines d'enfer, on peut être trèsdisposé à les endurer, si Dieu le vouloit, plutôt que de l'offenser. Le troisième inconvénient est d'attacher un tel acte à une oraison extraordi-

4^8 iNsaravcTiOK

naire. et passive : car c^est vouloir attacher à un état extraordinaire et particulier, ce qu'on a vu compris dans le pur amour, qui est de tous les états, comme on Ta souvent démontré. Le dernier inconvénient est, sous prétexte d'un acte où Ton veut réduire la perfection du christianisme, de croire avoir satisfait à toute la loi de ï)ieu, et de négliger la pratique des commandemens exprès : ce qui est , comme on a vu par les articles précédens , une hérésie manifeste.

Au reste, je veux bien avouer que quelques savans théologiens eussent voulu qu'on eût passé cet article sous silence, on du moins qu'on s'y fat plutôt servi du terme de tolérer que de celai d'inspirer ces actes aux âmes peinées et vraiment humbles, comme il est porté dans l'article (0. Je vottdrois bien pouvoir céder à leurs sentimens. Mais premièrement pour le silence , c'eût été une peu sincère dissimulation d'une chose qui est trèscélèbre en cette matière , et on se fût ôté le moyen de découvrir les abus qu'on en a faits dans le quiétisme.

Pour le terme de tolérer, on ne pouvott l'appliquer à un acte que tant de saints, et entre Autres saint Chrysostôme avec toute sa savante école , ont attribué à saint Paul.

Pour le terme dUnspirer cet acie^ si l'on entendoit qu'on y dût porter les âmes comme à un exercice commun, on a vu que je serois des premiers à m'y opposer : mais pour l'inspirer, ainsi

(>) Art, xzziu. Gi-diossus^ pag, srt.

que porte rartide, aux âmes Immbles etpeinées^ que Dieu presse , par des touches particulières^ à lui faire cette espèce de sacrifice à Fezemple de saint Paul; comme, après tout, ce n'est autre chose que de les aider à produire, et en quelque sorte à enfanter ce que Dieu en exige par ses impulsions ; on n'a point trouvé d'autre terme , et on est prêt à le changer si quelqu'un en indique un plus propre.

Les directeurs des âmes sont établis par le xx. Saint-Esprit dispensateurs d'une grâce qui se di-- Da dernier versifie en plusieurs manières (0. U ne faut pas ^n-J'*^j[^! s'en étonner, puisque la sagesse de Dieu étant férentes de elle-même, comme dit saint Paul (a), fort dii^er- "**"«*' ^' sifiée dans ses desseins , les grâces qu'elle distribue ne peuvent être uniformes. Ainsi le fidèle directeur des âmes, dont tout le travail est d'accommoder sa conduite à f opération de Dieu , la doit changer selon ses ordres 3 et cette remarque est utile à faire observer qu'il ne s'ensuit pas, que pour tenir des voies différentes, les ministres de Jésus-Christ ne soient pas animés d'un même esprit. I

On ajoute, qu*une même vérité de l!]EvaQgile est entendue plus profondément des uns que des autres, suivant les degrés de grâces où chacun est appelé; ce qui est certain en soi-même, et propre d'ailleurs à autoriser la conduite des saints directeurs, qui sans rien forcer laissent sagement entrer les âmes dans l'infinie variété des voies de

(0 /. Pcfr. lY. \Q.^ (>} Eph. III. 10.

43o. INSTRtlCTIOW

Dieu; et enfin ne font autre chose que de seconder son opération.

X%I. Comme le public a su que la personne qui a

Quelle ins- composé le livre intitulé Moyen courte et Ylnter-

traction Ion *^ , •> . , . »

a donnée à prétotion du CiuiUque des canUçues , s est sou-

rauteuT du xxmt à Finstruction , il ne sera pas inutile d'en

vre mtit e j,çjjjj,ç j^j quelque compte en très-peu de mots.

court, etc. Premièrement elle a signé les xxxiv articles (0, qui lui ont été donnés avec les souscriptions qai suivent : Délibéré à Issjr, -f J. Békigne , éi^éçue de Meaux; *{* Louis -A^nt., éy. C. de Chdlons: F. DE Fénélon f nommé à Varcheyéché de Cambray; h. Trovsov.

En signant ces articles, elle signoit visiblement dans le fond la rétractation de ses eiYeui^ , qui toutes sont incompatibles avec la doctrine qu'ils contiennent. Pour une plus précise explication , elle a encore souscrit aux ordonnances et instructions pastorales des 16 et 25 avril 1695 , et à la condamnation de ses deux livres , comme contenant une mauvaise doctrine y ainsi qu'elle Ta expressément reconnu. On a défendu à cette personne de répandre ni ses livres , ni sei; manuscrits qui étoient en grand nombre, d'enseigner, dogmatiser, diriger les âmes, et de faire aucune fonction de son prétendu état apostolique, dont aussi elle avoit souscrit la condamnation dans l'article XXVII des XXXIV. On lui ai prescrit en particulier les actes de religion auxquels Ton est obligé par l'Evangile, et dont ses livres enseignoient la suppression. Elle s'est soumise à tout cela par des

(i) Rapportés ci^dessus, pag, 12 et sui\f.

SUR LES ÉTAT$ B^OllAISON, LIVRE X, 4^ I

souscriptions expresses et souvent réitérées selon Foccurrence ; et ce n'est qu'à ces conditions qu'oa» Ta reçue aux sacremens. Ceux donc qui continueront à se servir de ces livres censurés canoniqueinent ^ et même condamnés par leur auteur , ou d'en suivre les maximes , seront de ceux qui suivant 4e mauvais guides voudront tomber avec eux dans le précipice.

On avoit d'abord jugé à propos de ne point entrer dans les manuscrits de cette personne, dont il ne paroissoit pas que le public fût in* formé; mais depuis , uh saint prélat ayant trouvé l'écrit intitulé les Torrens répandu dans son diocèse, on ne peut que louer le soin qu'il a pris, pour en empêcher la lecture, d'en exposer les in-, soutenables excès {}) \ et je ne puis refuser au pu-< blic le témoignage sincère que je dois à la vérité des extraits qui sont contenus dans sa censure comme conformes à un exemplaire qui m'a été mis en main par l'ordre de l'auteur du livre.

Je ne me veux point expliquer sur le reste de. ses écrits^ et tout ce qu'on en peut dire, c'est \ que le public peut juger de l'opiniop qu'on en a,, par la défense si expresse qu'on a faite à leur auteuri de les répandre, à quoi elle s'est soumise par sa signature, ainsi qu'on a vu.

Quant à ceux, s'il y en a, qui voudroient défendre les livres que l'Eglise a flétris par tant de censures, ils se feront plutôt condamner qu'ils ne

. (») Ordonn, ie M, ^Ev, de Chartres, portant condamnation de plusieurs libres des Quiétistes^ duai novembre. i6q5.

432 IRSTRTJCTIOn

les feroht absoudre ; et TEgiise est attentive sur

cette matière.

XXIT. Pour achever cet ouvrage, et en recueillir le

1 li n^de cet fruit, il ne reste plus que d'en ramasser les ins-

ouvrage, et tructions principales, et de les opposer en peu

première- j^ ^^i^ g^^j^ erreurs qu on a condamnées. La plus

ment tle« cr- i» a i i i- i

reurs sur le dangereuse de toutes est d oter du cœur des fidè< désir du sa- les OU d'y afibiblir le désir du salut, qu'on trouve partout dans saint Paul , et en particulier dans les endroits de cet apôtre , /qui ont été rapportés au troisième livre. 11 est démontré par ces passages (0, que ce désir est inspiré par un amour de charité , par un amour libre et qui vient da choix d'une volonté droite, et enfin par un amour pur, puisqu'il a la gloire de Dieu ponr sa fin.

On a encore établi cette vérité par ce passage de saint Paul (^) : « Oubliant ce qui est derrière, » et m'étendant (par un saint efibrt) à ce qui » est devant moi, je cours incessamment au bout » de la carrière, au prix de la vocation d*en- 31 haut », c'est-à*dire, à la céleste récompense : ce qui appartient si visiblement à la perfection, que l'apôtre ajoute aussitôt aprèsl : « tant qae » nous sommes de parfaits, soyons dans ce sen- » timenf (5) ».

On a aussi rapporté pour la même fin (4), après saint François de Sales, beaucoup de paroles de David, dont en voici une qu'on ne peut assez ré-

0) a-des8iis, Ui^. m, n. 8. -- (>) PhU. m. i3, 14. — C^) IbiJL V. i5. «-^ (4) Ci«de8giiSy iùf» viii, n. 5.

péter :

Sun LES ÉTk'ÉS D^ORAISON^ LIVRE X. 4^3

péter : ic J'ai demandé au Seigneur une seule » chose : unam petii (>) » ; ce n*est pas ici une demande imparfaite, et qui paï^tage le cœur : « Je » n'ai , 4ît-il , demandé qu une seule chose n ; ce n'est point une demande cpii passe comme pas«* sent les désirs imparfaits t ce hanc requiram : je » la demanderai encore », et je ne cesserai de la demander, qui est «d'habiter dans la maison du » Seigneur ; de voir sa volupté, ( d en jouir ) et » de viâiter son saint temple m.

Fuyez donc les expressions des nouveaux mystiques, où vous ne trouverez ordinairement le désir du salut qu'avec des restrictions peu néces- Baires, et presque jamais absolument ou à pleine bouche, comme sHi étoit suspect. Gardée -vou3 bien d'y attacher, à leur exemple, l'idée d'acte imparfait et intéressé, ou d'en séparer l'idée du pur et parfait amour ; de peur que des âmes igno- Tantes, en nommant toujours l'amour pur et désintéressé, ne s'imaginent être plus parfaites qu'un saint Paul et qu'un David, où elles trouvent à toutes les pages ces désirs , qu'on les accoutume à regarder comme intéressés et comme imparfait|.

Ne faites point dire à saint François de Sales, que la sainte indifférence chrétienne enferme une indifférence pour le salut : car la proposition en est erronée , comme il a été démontré sur l'article IX parmi les xxxiv W. .

Il paroît dans le même article (^), que « la sainte . » indifférence chrétieivne regarde les événemens

BossuET. xkvit. ^8

434 raSTHUCTIOZI

» de cette vie (à la reserve du péché) et la dis^ s> pensation des consolations ou sécheresses spiri- » tuell^s, sans qu'A soit permis à un chrétien » d'être indifférent pour son salut , ni pour les » choses qui y ont rapport », conune sont les yertus.

Nous avons rapporté une infinité d'endroits (0 , et entre autres deux principaux, où le saint évéque de Genève explique expressément ce qoif est compris dans l'indifférence chrétienne ; et nous avons remarqué qu'il n'y a pas une seule fois nommé le salut W ; mais seulement les événemens de la vie, en y comprenant les consolations et les sédheresses spirituelles, ce qu'il inculque et ré* pète dans un entretien où la matière est traitée à fond, ainsi que nous l'avons observé (3).

Si vous tombez sur le passage où il dit : « qu'il » désire peu , et désireroit encore moins , s'il étoit » à renaître (4) :i> , comme s'il ci*oyoit tous les désirs imparfaits ou intéressés: repassez l'endroit de ce livre (^) , où en alléguant ce passage nous avons fait voir que le saint restreint lui-même sa proposition sur la cessation des désirs , précisément aux choses de la terre ^ sans diminuer lé désir et la demande des vertus, comme il l'explique lui-même en termes formels dans la suite de ce discours.

Ne sou0rez pas qu'on abuse de ces paroles du

(0 XiV. Tiii, n. 4 et i3. — («) Ihid. num. 8. — (3) £ntr, ii. Cideasus, Uy, nu, n. i x.«* (4) Entr. zxi. — v^îCi-deMus» lif. Tin, A. a. ^

SUR LES ÉTATS D^ORAlSOJV, LIVRE X. 4^^

même endrgit : « Si Dieu venoit à moi j'irois à » lui : s'il ne vouioit pas venir à moi^ je me tien« 3^ drois là et h'irois pas à lui » : car cette froideui' approcheroit du blasphème, si Ton entendoit cette parole du fond même de la dévotion , et non pas des consolations ou des sécheresses , où Dieu^ selon qu'il lui plaît d'exercer les âmes j s'en approche, et s'en retire ; ainsi que nous l'avons démontré par tant de passages de ce saint , qu'il n'y peut rester aucun doute (0.

Au reste , s'il étend son indifférence aux consolations et aux sécheresses y. il ne faut pas s'imaginer que cette indiflerence soit absolue et en^ tière ; mais il y faut apporter les correctifs que nous avons remarqués dans une lettre du saint homme (?) : autrement il seroit contraire à saint Bernard ; à David , qui gémit dans les privations i et à lui-même.

. Quand vous entendrez objecter sous le nom de ce saint évêque , l'indifférence héroïque d'un saint Paul et d'un saint Martin , poussée jusqu'au désir de voir Jésus-Christ : entendez-la sans hésiter, comme toute la suite le montre, du plus tôt ou du plus tard , et non pas du fond , comme nous l'avons démontré (3) , et assurez- vous que le contraire seroit un blasphème.

C'en seroit un du premier ordre , d'être indifférent à être damné ; et comme il ne reste que la damnation à ceux qui perdent le salut , c'est être

num* 10.

436 IMSTRtJCTlOIl

indifférent pour la damnation , que de l'être pour le salut même.

Il ne seii: de rien de recourir à la distinction entre la résignation et l'indifférence; car nous avons établi quelle est bien mince (0, et quen tout cas y ni en vérité ni seloti saint François de Sales y on ne trouvera jamais de résignation non plus que d'indifférence à être privé du salut. Il a été démontré par des principes théologiques et inébranlables ip) y que Dieu ne nous demande aucuns actes de résignation aux décrets qui regarderoient la réprobation ; mais plutôt qu'il nous les défend y comme contraires à l'amour que nous .nous devons à nous-mêmes , et à notre propre salut pour l'amour de Dieu.

Qu'on n'impute point à indifli^ence ces suppositions par impossible y oh ce saint homme , à l'exemple de quelques slutres saints , a reconnu <c qu'on préféreroit l'enfer et la damnation au pa- » radis y si par impossible il y avoit plus de la » volonté de Dieu dans l'un que dans l'autre » : car au contraire nous avons monti*é (3) que ces endroits sont la ruine de l'indifférence : et souvenez-vous que ce saint évéque a dit, « que les » âmes pures aimeroient autant la laideur que la 3> beauté y si elle plaisoit autant à leur amant (4) »« Quelle absurdité y mais plutôt quelle impiété d'inférer de là , que la beauté de Tame qui est la justice y et sa laideur qui est le péché , sont choses

(*) ZiV. y m, /i. a3. — W £iV. m, n. 17. Iàv, it, n. i ef se^f, — (') £«V. IX, /!. I. — (4) Enw. XII, p, 860. Ci-deisos, Uv, ix, ». a.

Sun LES ÉTATS d'oraison y LIVRE X. 4^7

indifiereates ! Saint Paul a dit (0 : « Si nous^ ou » un ange du del vous annonçoit un autre Evan* )> gile ; qu'il soit anathéme n , comme le démon. A l'occasion de ce passage, fera- 1- on des livres pour dire qu il est indifférent de prêter l'oreille aux anges de lumière ou de ténèbres? Ce sont là des expressions pour expliquer la force de ses sentimens y et noir pas ou des états d^oraison ou des vérités absolues. Ainsi c*est une expression à saint Paul : « Je voudrois être anathéme pour mes » frères W » : et à Moïse : « Ou pardonnez-leur , n ou effacez-mot du livre de vie (3) )>. Ce sont de pieux excès dans les nlomens du trai^sport, et Ton n'a aucune raison d'en faire des états d'oraison fixes et perifianens. Quand saint Paul a parlé de cette sorte, il n'a pas prétendu faire un acte plus par&it ni plus pur y que lorsqu'il a dit : « Je A désire là présence de Jésus -Christ » ; et, « Je » m'étends en avant vers la récompense (4) » y qui n'est autre que lui-même; maïs il a voulu expliquer l'excès de son amoiir pour les Juifs qui ne le vouloient pas croire. Au reste , nous avons fait •^oir (5) que la pratique de ces expressions ne peut éti^ sérieuse et véritable que dans les plus grands saints, dans un saint Paul, dans un Moïse; c'està-dire y dans les âmes d'une sainteté qu'on ne voit parottre dans l'Eglise que cinq oii six fois dans plusieurs siècles. Répandre sous ce prétexte tant de cantiques y tant de livres, où l'on étale i'indif^

(«) Gali, 8. — (») Rom. ix. 3. — (3) Exod. xxxii. 3i^ 33. *-« (4) Philip, m. 8; ii. iB, ]4« *— /^) Ci-dcswM, fcV.jf^n. 9.

fërefnce pour le salut ^ el où Ton compte pour rien l'enfer et ses peines ; c*e$t jeter les âmes dans l'é* garement et dans la présomption.

Nous avons observé (0 où tomba saint Pierre, quoique plein d'amour et de ferveur , pour avoir cru trop tôt qu'il étoit à l'épreuve du martyre : peut-être perdit-il la charité en croyant trop tôt que la sienne étoit parfaite ; et du moins il est bien certain quHl ne fut désabusé de l'opinion qu il avoit conçue de ses forces , que par une chute affreuse. Que ne doit-on craindre pour ceux à qui l'on fait d'abord défier l'enfer. ? il n'y a pour les réprimer qu'à relire attentivement l'endroit marqué à la marge (2).

Il falloit donc bien se garder de multiplier des instructions inutiles sur un sujel qui n'a presque point d'application : mais Ton devoit se garder du moins de faire dire sous ce prétexte , comme ont fait tous les faux mystiques , au saint évéque de Genève, qu'on devoit 'tenir le salut pour indifférent , ou que le désir en devoit ou pouvoit être retranché , pour s'en tenir à désirer la volonté de Dibu en général ; puisque, ce saint homme ne l'a jamais dit, et que ce sentiment seroit une erreur, ainsi qu'on l'a remarqué au commencement de ce chapitre.

Nous avons rapporté , à cette occasion , la manière sèche et indifférente dont les faux contemplatifs parlent des vertus (3). Pourquoi dire,

(0 Ci-dessus, fi*/. X, n. 9. — (») Ci-dessu*, p. 4a6, 4^7. — (') Ci-dfflsua, fit', y, n, 3;. £i>. vui, n, i^

SUR LES ÈTX'SS d'oHAISON, LIVRE X* ^^^

par exemple , dans le Mojen court , te qu'il n'y M a point d'ames qui pratiquent la vertu plus » fortement^ que celles qui ne pensent pas à la » vertu en particulier (0 »? Un mélange de ce levain fera ranger Les vertus entre les objets de la sainte indifférence y. ou fera dire qu on ne pense pas à la vertu , ou qu'on ne veut plus être ver^ tueux y ni cultiver les vertus y comme si le i^om de verta étoit devenu suspect aux chrétiens. Ce qu'il y a de plus simple est regardé comme un plége par nos prétendus parfaits. Dans cette théologie , aussitôt qu'on^ entend nommer le salut y ou dire qu'on veut posséder el voir Jésu&r Christ y on soupçonne dans ces paroles des imperfections et des sentimens intéressés , et on en retii*e son cœur, comme on feroit de quelque chose de bas. Yoilà où en est réduite la piété dans ces âmes qu'on nomme grandes.

Une autre source d'erreur , dans le quiétisme > XXIII. est l'abus tout manifeste qu'on y fait de l'oraison l>^ erreurs passive , ou 1 on commet trois fautes : 1 une , en la représentant autre qu'elle n'est : la seconde ^ en l'étendant trop loin : la troisième y en la rendant trop nécessaire \, ce qui tend au renversement de la piété.

Pour prévenir la première, nous avons faiir voir (^) , avant toutes choses , ce que c'étoit chez les vrais spirituels , que l'oraison qu'on nomme passive ou de quiétude : où il a fallu faire deux choses y la première d'exclure les fausses idées , la seconde df établir les véritables. Et d'abord nousî

(0 lÀv, Zy n. I, a. — ^ (»J Zif. vu» n,^^

passive.

44o INSTRUCTION

avons montre « que ce qa on appelle oraison » passive I iCest ni extase ni ravissement , ni ré- » vëlation xni inspiration et entraînement pro«n piiëtiqoe (0 ». Au contraire Fesprit des vrais mystiques y et entre antres du B. P. Jean de la Croix f est d'exclure toutes ces motions extraordinaires ^ qu'ils réservent à Tinspitation et aux états prophétiques* Ce n'est donc pas en cela qu'il faut mettre l'oraison passive. U ne la faut mettre non plus , et c'est ce qu'il faut soigneusement observer , dans les motions et inspirations de la grâce commune à tous les justes; parce que de cette manière « tous les justes seroient passifs, 91 et il n'y auroit plus de voie commune », ainsi qu'on l'a dit ailleurs ; et c'est ici un des fondemens de la vraie doctrine mystique. ^

Après avoir exdus les fausses idées deforaison passive ou de quiétude, en disant ce qu'elle n'est pas y il a fallu en venir à dire ce qu'elle étoit ; et pour cela on n'a fait que suivre les sentimens des vrais et doctes spirituels , à la tête desquels on a mis le B. P. Jean de la Croix ; d'où l'on a conclu (3)y « que l'état passif est une suspension et » ligature des puissances* et facultés intellec- » tuelles » ; c'èst-à-dire, de l'entendement et de la volonté, qui par cette suspension demeurent privés de certains actes qu'il platt à Dieu de leur soustraire, et en particulier de tous les actes discursifs. Ce n'est donc point une suspension de tous les actes du libre arbitre, mais seulement de ceux qu'on virent de marquer, qui sont les

0) Z«V. VII, nupt' 4* "" W £iV. VII, ». g.

SUR LES ÉTATS D*01lÀISaNy LlVltl^ X.. 44<

mêmes que Ton nomme aussi réflexes ou réfléchis^ de propre industrie et de propre effort : tous ces actes sont suspendus, dans les momens que Dieu veut, en sorte qu*il n'est point possible à Tame de les exercer dans ces momens : c'est ce * qu'ensei|[ne le Père Jean 4e la Çroii^, comme il a été démontré par cent témoignages certains (0. On y a joint qeux de sainte Thérèse , du Père Bal^ tasar Alvares^, un de ses confesseurs C^) ^ et de saint François de Sales en divers endroits, sur* tout dans ceux où il règle Foraison de la Mèi'e de Chantai (3). Voilà une claire définition de Fot raison qu'on nomme passive : tant qu'on ne la prendra pas par cet endroit- là , on ne fera que discourir en Tair, sans seulement effleurer la question. Ce fondement supposé, il faut ajouter encore que cette suspension d'actes ne doit pas être étendue hors du teinps de l'oraison, comme il a été démontré (4), et enfin que cette oraison extraordinaire ne décide rien pour la sainteté et pour la peifection des âmes que Dieu y appelle' (^J. Il ne fent pas, regarder ces remarques comme de pure cnariosité, et les râftexions sui** vantes en feront voir l'importance.

Voici donc la grande iUusion du quiétisme : XXIV. c'est d'étendre ces soustractions et suspenisions au- ./ ^^"^P*^"

^ sii est passa-

delà des bornes. C'est une grâce de Dieu très^ ger ou uuiutilé aux âmes, de demeurer quelquefois sans verseljcts'il

. ir . X r «'^t«nd kors

pouvoir &ire aucun effort) et par ce moyen lo- i^ ^^^^^ ^^

(0 Lw, VII, n. 9, 3o. — (*) Ibid.^n, lo, etc. — (') Liu. viii,

it. oB, 3i, etc (4) Liw.yuy n. 9» 10, iS, 17. £iV. tiii> n, a8>

3g. — (5) £iV. vm, ». 11, i a.

44 A INSTRUCTIOll

Toraison ou raison passive tient comme le milieu entre le» UonaaueUe. ^^^^^es OU visions prophétiques et la voie commune. La dernière y selon son nom, n*a rien d'extraordinaire : Tautre est toute miraculeuse : , Toraison passive marche entre deux , et n'a rien d'extraordinaire que la soustraction des actes qu'on a marqués , tels que sont principalement les actes discursifs (0 : ce qui lui donne le nom de surnaturelle , au sens qu'on a expliqué par la doctrine et les expressions de sainte Thérèse.

La fin que Dieu se propose dans cette oraison a aussi été expliquée , lorsqu'on a dit (^}, que par ces suspensions et soustractions Dieu accoutume les âmes à se laisser manier comme iLluLplait, et que leur faisant expérimenter qu'elles ne peuvent rien par leurs propres forces , il les tient profondément abaissées sous sa divine opération , sans pouvoir souvent exercer d'autre acte que celui de se soumettre et d'attendre.

Ce fondement supposé, et Foraison dont il s'agit étant définie, il faut encore ajouter que cette suspension d'actes ne doit pas être étendue ^ hors des momens où Dieu veut que certaines âmes ressentent leur impuissance^ en s(»*te que, dans tout le temps que cette opération divine se fait sentir, l'ame demeure en attente de ce que •Dieu voudra faire en elle, et ne s'excite pomtà agir. Mais l'erreur des Quiétistes est d'étendre à tout un Etat cette disposition passagère, comme il a été expliqué (3).

(>) Ci- dessus, &V, vil, n. 6, 8. — • (») XcV. vu, ii.ii, 16.—

^ (5) £tV. vni, H. i5.

Une des oraisons qu'on en allègue est qu'il ne faut point prévenir Dieu, puisque c'est lui qui nous prévient ; mais seulement le suivre et le secpnder : autrement ce seroit vouloir agir de soimême. Mais c'est là réduire les âmes à l'inaction , à l'oisiveté, à une mortelle létargie. Il est vrai que Dieu nous prévient par son inspiration ; mais comme nous ne savons pas quand ce divin souffle veut venir, il faut agir sans liésiter comme de nous-mêmes, quand le précepte et l'occasion nous y déterminent, dans une ferme croyance que la grâce ne nous manque pas.

Nous avons produit plusieurs passages et de l'Ecriture et des saints pour établir ce propre effort du libre arbitre , qui s'excite au bien : mais le plus clair est celui de saint Augustin , où raisonnant sur le nom de la grâc#, qui est un secours^

il dit i/uon n'aide que celui qui fait volontairement quelques efforts (0, Le passage est beau et précis, et le lecteur attentif aura de la joie à le relire. Ce grand défenseur de la grâce en composant un si bel ouvrage, un des plus doctes qu'il ait composés pour la soutenir, assurément ne vouloit pas dire que le libre arbitre prévenoit la grâce dans les actions de piété : il vbuloit dire seulement, que dans l'occasion on doit toujours tâcher, toujours s'efforcer, toujoui:s s'exciter soimême ,eoiiari: et croire avec tout cela que quand oja tâche, et quand on s'efforce, la grâce a prévenu tous nos efforts.

Il est vrai que lorsque la grâce se fait sentir de

{^)Depecc, mer. Uh, ii, n. 6. Ci-dessus, /i. i8.

444 INSTI^UCTIOSr

ces manières vives et toutes -puissantes ^ qui me laissent , < pour ainsi dire ^ aucun repos à la vo* Ion té y souvent il ne faut que se prêter à son operation , et lei laisser faire ; ^ais c est une erreur aussi grossière que dangereuse , de croire quen ce lieu d*exil on en vienne à un état où il ne faille plus faire de ces doi;ix et volont^^s efforts. Nous avons prouvé le contraire en cent endroits de ce livre : il y a été démontré que c est tenter Dieu que d'agir d'une autre sorte ^ et que c'est une illusi(Hi qui mèhe au fanatisme* David qui reconnott si souvent que Dieu nous prévient , nous invite aussi quelquefois à le prévenir ; prœoccupemus ' faciem ejus (0. IJ ne faut ressembler ni au Pélagien y qui croit prévenir la grâce par son libre arbitre ;m\au Quiétiste, qui en atteiad Topératioa dans une molle oisftreté.

Page 1