‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 60 sur 109 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Toute la vie chrétienne tend au pur et parfait amour, et tout chrétien y est appelé par ces paroles : « Vous aimerez le Seigneur votre.Dieu de » tout votre cœur (0 » : c'est là en substance tout ce que Dieu demande de nous : « car qu'est-ce a> que vous demande le Seigneur votre Dieu, si » ce n'est que vous craigniez le Seigneur votre » Dieu y et que vous marchiez dans ses voies , et » que vous l'aimiez, et que vous serviez le Sei* » gneur votre Dieu de tout votre cœur et de » toute votre ame (^} » ? U nous donne pour motif de notre amour ce que Dieu nous est : il est le Seigneur, il est notre Dieu, qui s'unit à nous, ainsi qu'il l'exprime tout de suite par ces paroles : « Le ciel et le ciel du ciel, c'est-à-dire,' le ciel le » plus haut , oii sa gloire se manifeste , appar- » fient au Seigneur votive Dieu, avec la terre et J9 tout ce qu elle contient ; et toutefois le Seigneur » s'est attaclié à vos pères, et les a aimés,* et en

CO Deut. yi. i5. — C>) lUJ. x. xa.

» a choisi la race (0 »^ et le reste , qui n^est ni moins tendre ni moins fort^ mais qu'il seroit trop long de rapporter. D'où il conclut : « Aimez donc » le Seigneur votre Dieu (2) », On voit, par tout ce discours, que le chaste et pur objet de notre amour est un Dieu qui veut être à nous ; ce qui faisoit dire à David : « Quai -je dans le ciel, et » qu'ai-je désiré de vous sur la terre? vous êtes le » Dieu de mon cœur, et Dieu est mon partage à » jamais (^) ». Ainsi ce motif d'aimer Dieu comme le Dieu qui veut être à nous, est du pur amour, et il n*est pas permis à personne d'exclure ce beau motif , à moins de renoncer aux premiers mots du. grand et premier précepte de Famoiir de Dieu;

Passons outre : il s'ensuit, de tous ces passages et de cent autres, ou plutôt de tout l'ancien et de tout le nouveau Testament, que le pur et parfait amour est Tobjet et la fin dernière de tous les états ; et ne Test pas seulement des états particuliers qu'on nomme passifs : d'où il faut aussi conclure, que le genre d'oraison qu'on nomme passive, soit qu'on y soit en passant, on qu'on y soit par état, n'est pas nécessaire à la pureté et à la perfection de l'amour où toute ame chrétienne est appelée : par où nous avons montré que ceux qui arrivent à cette oraison n'en sont pour cela ni plus saints ni plus parfaits que les autres, puisqu'ils n'ont pas plus d'amour.

La suppression ou suspension de certains actes

{*>Deuu X. 14. — W Uid. XI. I. — P) Ps. waai, aS, a6.

SUR LES ÉTATS d'oRÀISOBT^ LIVRE X. ^63

dans Tétat passif, durant le temps du recueillement ou de Toraison, n'induit pas la suppression ou suspension des mêmes actes hors de ce temps , et on les doit exercer dans Foccasion y ainsi qu'ils sont commandés : de cette sorte il fatit souvent répéter les actes de foi explicite , les demander et les actions de grâces. Il ne faut point regarder le$ demandes comme intéressées, sous prétexte que c'est pour nous que nous les faisons , et non pas pour Dieu, pour qui il n'y a rien à demander, puisqu'i/ na besoin de rien ^ ^t quil donne tout (0 : ne lui cherchons point d'intérêt , car il n'en a point, et sa gloire est notre salut : et ne croyons pas l'aimer moins, quand, à la manière d'une fidèle épouse, notre ame le cherchera ^ poussée du chaste désir de le posséder.

Page 1