‹ Œuvres de Bossuet, évéque de MeauxChapitre 64 sur 109 · V. Quiconque se sera rendu attentif aux passages · texte numérisé non relu

V. Quiconque se sera rendu attentif aux passages

RëfleHons jg ^dXiit Ausustîn , qu'ou vient d'entendre, y aura

- j- la doc- . \ ^ 1 /. . »

trine précé- seuti toute la force, toute la perfection, et les dente. motifs les plus cxcellens conime les plus épurés

de l'amour divin. Premièrement, on a vu qu'il présuppose l'infinie et suréminente bonté de la nature divine , à laquelle il faut rapporter tout ce qu'on est, et l'aimer plus que soi-même. Secondement , il n'ajoute rien à ce motif, sinon que cette bonté est infiniment communicative et veut se donner à nous : non afin qu'elle soit plus grande et plus heureuse , mais afin que nous le soyons; ce qui marque précisément la surabondance de la nature divine, qui n'a pas besoin de nos biens, ainsi que disoit David (0 : a Deusmeus 3» es tti^ quoniam bonorom meorum non eges .'Vous

<») Ps. iL^. a.

sur

SUR LES ÉTA^ î/oUkîSÙJSI , ADDITIONS. 4? 7

» êtes mon Dieu ^ parce que vous n^âve^ pas besoin » de mes biens >y : mais moi j*ai besoin des vôtres , ou, pour mieux! parler , je nai besoin pour tout bien que de vous seul.

Si saint Augustin joint ces deux motifs , pour exciter son amour envers Dieu , nous avons vu qu en cela il ne fait que prendre le plus pur esprit de l'Ecriture , et dès son origine celui du commandement de Famour. C'est ce que Dieu explique lui-même plus amplement dans ces paroles , que nous avons déjà rapportées (0 : « Le » ciel et le ciel des cîeux est au Seigneur votre » Dieu (2) u , et c'est là qu'est établi son trône ; ce qui montre l'excellence de sa nature : et il ajoute aussitôt après : « et cependant le Seigneur » s'est uni , s'est attaché à vos pères » de la plus intime et de la plus forte de toutes les unions , que l'Ecriture exprime par ces mots : congluti-naîus est : terme choisi pour faire voir que cette nature très-parfaite est en même temps souverainemçnt communicative y et que Dieu a voulu unir ensemble ces deux idées / qui sont leâ premières que nous avons de Dieu , pour conclure avec la plus grande force : aimez donc le Seigneur votre Dieu, et gardez par amour ses commandemens (3). Ainsi l'esprit primitif du commandement de l'amour joint ces deux chpsés, qu'on a vu aussi que saint Augustin a unies y que Dieu est la nature la plus parfaite , et dè3-là aussi

(0 Ci-des8iiSy Conclusion, p, 4)^ . *— (*2 DeuL z. 14, — (^) Ihid. zi. !•

478 INSTRt^CTIQHl

la plus libérale et la plus communicative : mais communicative et libérale , afin de nous rendre heureux , et non pas pour Têtre elle - même , puisqu'elle Test antérieurement à toutes ses communications.

David avoit réuni ces deux motifs d'aimer Dieu dans ces deux paroles : « Excelsus Dqminus ^ et » humilia respicit (0 : Le Seigneur est haut » ; voilà Texcellence de sa nature : k et il regarde ce » qui est petit » ; voilà comme il est communicatif : ce n'est pas pour devenir grand , ni pour tirer quelque avantage de notre bassesse pour son élévation , qu'il jette les yeux dessus : mais au contraire c'est afin que ce qui est petit par soimême y relevé de sa petitesse pai* le bienfaisant regard de Dieu , commence à devenir graùd en ce Dieu qui le regarde : ce qui confirme toujours que Dieu fait éclater sa grandeur en ce qu'il ne la communique à ses serviteurs que pour leur avantage et non pour le sien.

Ainsi notre amour {Mrend son origine dans l'amour entièrement gratuit et désintéressé que Dieu a pour nous ; ce qui fait qu'il en retient le caractère : car déjà il n'y a rien de plus pur et de plus désintéressé , que de commencer comme on fait par l'excellence de la nature divine ; et il ne faut pas crainZlre qu'on s'éloigne de ce désintéressement , quand on ne demande à Dieu , pour tout intérêt y que celui de le voir comme un bon père, et celui dele posséder conmie un cher époux.

. (*) Ps. cxxxvii. 6.

SUR LES ÉTATS d'oraisou, àdditioits. 479 Les grands de la terre, en flattant les hommes de Tespérance de les rendre heureux, ont besoin, pour rétre eux-mêmes, des services de leurs inférieurs dont Tobéissance fait leur grandeur : mais Dieu n'en est ni plus grand par nos services ni plus petit par nos mépris, et il ne peut se montrer plus indépendant ni plus grand, qu'en voulant bien nous rendre heureux : ut bene sit nobis^ «ans avoir aucun intéi^ét à notre bonheur.

Ek si Ton dit qu'il seroit encore plus désintéressé et plus pur de le servir Sans en profiter, cela pourroit être vrai avec tout autre que Dieu, parce qu'il n'y a que lui seul qui ne s'épuise ni ne se diminue jamais en donnant, et qu'après tout, ce qu'il donne c'est lui-même : en sorte qu'il ne faut pas craindre quand le connoissant comme il faut, on s'attache aux biens qu'il donne, plutôt qu'à lui-même, puisque lui-même il est le fond et la substance du bien qu'il donne.

Il ne sert de rien de dire qu'il y en a qui ont désiré qu'il ne donnât rien, afin ^e l'aimer plus purement,, car nul ne peut désirer sérieusement et absolument qu'il ne donne rien, et surtout qu'il ne se donne pas lui-même, parce que ce seroit s'opposer à la plus réelle et à la plus déclarée de toutes ses volontés : et pour ce qui est de ces désirs, de ces volontés imparfaites, ou plutôt de ces velléités qu'on forme dans le transport, avec plus d'affection que d'exactitude ; il en faudra toujours revenir à dire, que plus Dieu mérîteroit, s'il l'avoit voulu, pour mieux dire, s'il avoit pu le vouloir, d'être sem sans récompense,

plus, il est aimable d'en avoir voulu donner à ses serviteurs une aussi grande que lui-même.

Enfin y ce qui empêche éternellement qu^on ne puisse jamais vi^aiment séparer Famour de la béatitude , de la volonté d'aimer Dieu en luimême et pour lui-même : c'est premièrement^ que notre béatitude n'est au fond que la perfec<tion et rimmatabilité de notre amour, à quoi nous ne pouvons pas être indiiSerens sans ofiem ser Famour même : et secondement , que cette béatitude , positivement n*est autre chose que la gloire même de Dieu, en tant qu'elle peut être Fobjet de nos désirs.

Vl. On a allégué saint Augustin pour prouver que

la ch^^'té et ^^ rootif de la création, et les devoirs de la justice de lu justice: envers Dieu, comme créateur et comme père, ne S. Ansustin. doivent pas être séparés d'avec ceux du saint et pur amour (0 ; et sans entrer dans l'arrangement que fait FElcole, des motifs premiers et seconds, principaux' et subordonnés de la charité, non plus que dans la distinction entre les actes que la charité produit, et ceux qu'elle commande, puisqu aussi ^ien tout cela ne cliange rien à la substance des actes ni à la pratique : on remarquera seulement ce passage de saint Augustin sur le Psaume gxtiii (^) : « Si un père et un époux ' » mortel doit être craint et aimé ; à plus forte » raison notre Père qui est dans les cieux et VEr » poux qui est le plus beau de tousules enfans des » hommes, non selon la chair, mais par sa vertu :

(0 Gi-dèssusy /iV. ix, it. 7. — > (*) Scrm. zixt, n. 3; tom. it^ col, i36o.

» car

êVlÊL LES ÉTATS dWaiSON, ADDITIONS. '4^1

» car de qui est a^iaéfi la loi d^ Dieu, sinoD de » ceux qui Taiment lui-même? et qu'a de triste » ppur de bons fils la loi d'un père » 7 II parle de rapK>ur de la loi de Dieu^t de la justice, par lequel on sait que oe sai&t 4octeur définit tçnjours la diarité.

Les endroits oi^ il rapporte à la diarité les de* voirs de la justice envers Dieu comme père , créateur et bienfftiteMr 9 sont infinis. Dans le livre premier de la doctrine .chrétienne , où il traite .ezpresséji^eol; la matière de Tamom^ de Dieu : « Yausdevee y dit-il (.0> aimer Dieu de tput votre Si cœur y en sorte que vous rapportiez toutes vos S) pensées y toute votre vie^ et toute votre intelli- 3i> genœàc^lui de qui vous tenez toutes les choses » que vous lui rapportez ». Ainsi la création , qui le rend auteur de tout , est lie titré qui oblige aussi àlui tout donner. Saiht A.ugu^in établit cette vélitéaur œbéau principe de justice: « Celui-là est .» juste Bt saint, qui juge de toutes choses avec » intégrité: lUe juste et sancA vMt^ çmrerum ùUegfir eBstinuuarest {'^) » . C'est de ce principe de justice I qu'il conclut ensuite qu'il faut aimer Dieu^ plus que soi-^me, et chaque objet de la diarité jdans son rang. An reste, C(mtinue-t'41, nous sommes pmree ^{fuil est bon : notre être est un effet de sa l>onté; e% dès que nous sommes, nous sommes hans (?) , Dieu ne pouvant rien faire qui ne le soit : 4le sovte que Faimer comme créateur , c'est l'ai-

(0 Pç^cLchrisL hh. i, », 9i \ U>m, ui, col. II. — (>) Ihid* n. a8, co4 i3. — C^) Ihid. n. 35» eoL x6.

BOSSUBT. XXVII. 3l

48*2 I»STRU€TÏOÎr

mer comme bon y ce qui est du devoir de la cliarite. > .

Il ne sett de rien de distinguer, comme font qud(jues-uns y la puissance créatrice d'avec son acte y .pour faire delà première un motif d'amour plutôt que de l'autre : car ce sont finesses d'école qui ne servent de rien dans la pratique , et qui ne méritetx)ient pas d'être relevées ici, si on ne vouloit prévenir jusques aux moindres chicanes.

Saint Augustin dit aussi que « les martyrs sont » débiteur^ de leur sang (0 »; c'est-à-dire de l'amour parfait qui le fait répandre , « parce que Jésus- » Christ en donnant le sien s'est engagé le nôtre , » oppigneravit » ; nous lui en sommes débiteurs : en le versant nous* ne donnons paà ^ mais nous rendons : nous acquittons une dette.

* Par la mêoiQ raison que l'amour envers Dieu est i^ne dette y 1 amour envers le prochain en est une autre, ou plutôt c'est la même qu'on étend, comme l'enseigne le même Père dans une lettre à Céleslin , qui est la licii^** des anciennes éditions.

En un mot, tjdute l'œuvre de la dxarité est une cpuvre de justice , conformément à cette parole : ce Rendeis à' César ce qui est à César y et à Dieu ce 9 qui est à Dieu ip) i> : et encore.: « Ne devez rien à » përsopne ^ si ce n'est de vous aimer les uns les » autres (^) » : ainsi la charité est une justice où nous nous ;a/cquittons envers Dieu, et ensuite envers le prochain, de la première de toutes les

(0 Serm^ ccxciz, n. 3^ I07».y, «o/. xaix. --* (*) Matth, xxii. ai . — i'} Jhm. xiiL 7, 8.

SUR LES iXÀTd DORAISOir, ADDITIONS. 48^

dettes ; et il n'y a rien de plus inutile que de tant raffiner sur ^ la distinction de ciioses si liées les unes aux autres .

Tai no.nuné saint Augustin en plusieurs en- yn. droits , comme un des saints Pères , où l'on ne voit Supposî-

• •• • «Il j . •! . 1 * lions par im-

pas ces suppositions impossibles dont il est parle passible sedans ce traité (0 ; mais il ne falloit point mettre Ion saint Auen fait le sentiment d'un si grand docteur, sans S^^*^» «'«"*•

*-' ' core selon c«

en donner quelque preuve. Dans le sermon clxi, Pére, de Faautrefois le.xviii.«, de verbis Apostoliy il parle ™o»r désiaainsi (^} : « Je vous demande, si Dieu ne vous voyoit ,» pas,. quand vous commettez un crime, et quj^ ,» persçnnene vous pût convaincre dans son juge- » ment; le feriez-vous? Si vous le faites dans ce j» cas, vous craignez la peine : vous n'aimez pas » la chasteté; vous n'avez point la charité ». Il fait la supposition imposable , que Dieu ne vit pas Je pécheur, et que le crime en fut impuni, pour donner l'idée de la vraie cau^e qu^on a de fuir le péché, qui est le vrai et parfait amour.

Dans le même sermon, il continue sa supposition

par la comparaison d'une femme qui ordonneroit

quelque chose à celui qui Taime^-oit; et dit-il^^

^(c Si vous loi désobéissez , vous damnera-t-elle ï

» vous mettra-t-elle en prison ? ferait-elle venir

yï des bourreaux 1 point du tout : on ne craint rien

j> dans cette occasion , q^e cette parole : Je rie

1^ vous verf*ai jamais. C'est cette menace qui fait

..» trembler :.Yous ne me vejrez plus. Si uni^mal-

» heureuse vous parle ainsi , vous tremblez. Dieu

(*'» Citlessus, Z»'. X, n. 19. — (») Serm. citXi, 71. 8 ; tom, r, co/. 778. — (^) /iiV/. 71. 10, co/. 779.

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