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ne sont-ce pas scs lois et ses ordonnances? Et pourquoi sont-elles suivies? d’ou leur vient cette autorité qu’elles se sont acquise par toute la terre? est-ce de la raison , ou de la justice? Mais Jésus-Christ les a condamnées , et il a donné tout son sang pour nous délivrer de leur servitude : d'où vient donc ([ue ces luis maudites régnent encore par toute la terre, contre la doctrine de l’Évangile? Je ne craindrai pas d’assurer que c’est la crainte de déplaire aux hommes, qui leur donne cette autorité.
Mais peut-être que vous jugerez que ce n’est pas à la complaisance qu’il faut imputer tout ce crime, et qu’il en faut aussi accuser nos autres inclimitions corrompues. Non , mes soeurs , je n’accuse qu’elle , et je m’appuie sur cette raison : car je confesse facilementquc nos mauvaises inclinations nous jettent dans de mauvaises pratiques; mais je nie que ce soient- nos inclinations (jul leur donnent la force de lois auxquelles on n’ose pas contredire. Ce qui les érige en force de lois , et ee qui contraint à les suivre, p;ir une espece de nécessité , c’est la tyrannie de la complaisance ; parce qu’on a honte de demeurer seul, parce qu’on n’ose pas s’écarterdu chemin que l’on voit battu, parce qu’on craint de déplaire aux hommes ; et on dit pour toute raison : C'est ainsi qu’on vit dans le monde; il faut faire comme les autres. Tellement que ces lois damnablesque le mondeoppose au christianisme, il faut quelqu’un pour les proposer et quelqu’un pour les établir : nos inclinations les proposent et nos inclinationsles conseillent ; mais c’est la craintede déplaire aux hommes qui leur donne l’autoritésouverainc. C’est ce que prévoyait le divin apôtre, lorsqu’il avertit ainsi les fidèles : « ’Vou» avez été achetés d’un grand • prix , ne vous rendez pas esclaves des hommes :• Kolite Jieri servi hominum'. En effet, ne le sens-tu pas, que tu te jettes dans la servitude , quand tu crains de déplaire aux hommes, et quand tu n’oses résister 'à leurs sentiments ; esclave volontaire des erreurs d’autrui?
Chrétiens, ce n’est pas là notre esprit, ce n’e.vt pas l’esprit du christimiismc. Écoutez l’apôtre saint Paul, qui nous dit avec tant de force : 1 Nous n’avons pas reçu l’esprit de ee monde : • Non enim spiritiim hvjus mundi accepimus. Je ne croirai pas me tromper, si je dis que l’esprit du monde , dont parle l’apôtre en ce lieu , c’est la complaisance mondaine, qui corrompt les meilleures âmes, qui, minant peu à peu les malheureux restes de notre vertu chancelante , nous fait être de tous les crimes, non tant par inclination , que par compagnie ; qui , au lieu de cette force
' I. C'vr. VII, 23.
Digiiize"
1)E LA PENTECOTE.
iDvincibIc et de cette fermeté d'un front chrétien que la croix doit avoir durci contre toute sorte d'opprobres , les rend si tendres et si délicats , que nous avons honte de déplaire aux hommes pour le service de Jésus-Christ. Mon Sauveur, ce n'est pas là cet Esprit que vous avez aujourd’hui répandu sur nous : Non enim spiritum h^ius mundi accepimus, sed Spiritum qui ex Deo est : « Nous n'avons pas reçu l'esprit de ce monde,
• pour être les esclaves des hommes; mais notre
• Esprit venant de Dieu même, > nous met audessus de leurs jugements, et nous fait mépriser leur haine ; et c'est la seconde maxime de la générosité du christianisme.
Mais il faut encore s’élever plus haut; et la troisiènae , qui me reste à vous proposer, va faire trembler tous nos sens , et étonner toute la nature : car c’est elle qui fait dire au divin apôtre :
• Qui es.t capable de nous séparer de la charité
• de Notre-^igneur? est-ce l'affliction ou l'an-
• goisse ? est-ce la nudité ou la faim, la persécu-
• tion ou le glaive? Mais nous surmontons en
• toutes ces choses, à cause de celui qui nous a
• aimés : > In his omnibus superamus , propter eum quidiiexit nos'. Ainsi, que le monde frémisse , qu’il allume par toute la terre le feu de ses persécutions, la générosité chrétienne surmontera sa rage impuissante ; et je comprends aisément la cause d'une victoire si glorieuse, par une excellente doctrine que l’apôtre saint Jean noua
. enseigne; que • celui qui habite en nous est plus
• grand que celui qui est dans le monde : • Major est qui in vobis est, quam qui in mundo'. Entendez ici, chrétiens, que celui qui est en nous, c’est le Saint-Esprit que Dieu a répandu en nos coeurs. Et qui ne sait que cet Esprit tout-puissant est inilniment plus grand que le monde? Par conséquent, quoi qu'il entreprenne , et quelques tourments qu’il prépare, le plus fort ne cédera pas au plus faible. Le chrétien généreux surmontera tout; parce qu’il est rempli d'un Esprit qui est inflniment au-dessus du monde.
Ce sont , mes sœurs , ces fortes pensées qui ont si longtemps soutenu l’Église : elle voyait tout l’empire conjuré contre elle; elle lisait à tous les poteaux et à toutes les places publiques les sentences épouvantables que l'on prononçait contre ses enfants : toutefois elle n’était pas effrayée ; mais sentant l'esprit dont elle était pleine, elle savait bien maintenir cette liberté glorieuse de professer le christianisme , et , quoique les lois la loi refusassent, elle se la donnait par son sang ; car c'était un crime chez elle de se l'acquérir par une autre voie; et l'unique moyen qu’elle pmpo-
* Rnm. VIII , 36 , 37.
* I Jrian. IV, 4.
■uttLiT- — T 1(1.
sait pour secouer ce jotig , c'é tait de mourir constamment. C’est pourquoi Tertullien s’étonne qu’il y eût des chrétiens assez lâches pour se racheter par argent des persécutions qui les noenaçaient; et vous allez entendre des sentiments vraiment dignes de l’ancienne Église et de l’esprit du christianisme. ChrisUanus pecunia satvus est; et in hoc nummos habet ne patiatur, dum adversus Deum erit dives ; « O honte de l'Église , s’écrie
• ce grand homme, un chrétien sauvé par argent,
• un chrétien riche pour ne souffrir pas ! a-t-il
• donc oublié , dit-il , que Jésus s’est montré ri-
• che pour lui par l'effusion de son sang? ■ At enim Christwi sanguine fuit dives pro illo'. Ne vous semble-t-il pas qu'il lui dise : Toi , qui t'es voulu sauver par ton or, dis-moi, chrétien, ou était ton sang? n'en avais-tu plus dans tes veines, quand tu as été fouiller dans tes coffres pour y trouver le prix honteux de ta liberté? sache qu'étant rachetés par le sang , étant délivrés par le sang, nous ne devons point d’argent pour nos vies , nous n'eu devons point pour nos libertés , et notre sang nous doit garder celle que le sang de Jésus-Christ nous a méritée : Sanguine empli, sanguine munerati, nuUum nummum pro capite debemus'. Ceux qui vivent en cet esprit, ce sont, mes sœurs, les vrais chrétiens, et ce sont les vrais successeurs de ces hommes incomparables que l'esprit de force remplit aujourd’hui *. car il est tempe de venir à eux , et de vous montrer dans leurs actions ces trois maximes que J’ai expliquées.
Etpremièrement regardez comme ils méprisent les présents du monde : aussitôt qu'ils sont chrétiens , ils ne veulent plus être riches. Voyez ces nouveaux convertis , avec quel zèle ils vendent leurs biens , et comme ils se pressent autour des apôtres, « pour jeter tout leur argent à leurs
• pieds, ■ ponebant ante pedes apostolorum'. Où vous pouvez aisément connaître le mépris qu'ils font des richesses : car , comme remarque saint Jean Chrysostôme ‘ , judicieusement à son ordinaire , ils ne les mettent pas dans les mains, mais ils les apportent aux pieds des apôtres ; et en voici la véritable raison. S'ils croyaient leur faire un présent honnête , ils les leur donneraient dans leurs mains; mais, en les jetant à leurs pieds, ne semble-t-il pas qu'ils nous veulent dire que ce n’est postant un présent qu’ils font, qu'un fardeau Inutile dont ils se déchargent? et tout ensemble n’admirez-vous pas comme iis honorent les saints apôtres? 0 apôtres de Jésus-Christ,
• Df/uÿ. iit pertfcui. n* 12.
» Ibid.
• drl. IV, 3.S.
' lu ,4pri*l. Hritn. HI, n* I, t. ix , p. 90- /it Bput. ad Acrm. Hom VII . n" H; tbtd. p> 4M.
POUR LE JOUR
c'est vous qui iites les vainqueurs du monde ; et voilA qu'on met à vos pieds les dépouilles du monde vaincu , ainsi qu'un trophée magniflque qu'on érige A votre victoire. D'où vient A ces nouveaux chrétiens un si grand mépris des richesses, sinon qu'ils commencent A se revêtir de l'esprit do christianisme , et que l'idée des biens étemels leur Ate l'estime des biens périssables ? C'était la première maxime , mépriser les présents du monde.
Je vois que vous admirez ces grands hommes, vous êtes étonnés de leur fermeté; toutefois tout ce que J'ai dit n'est qu'un fhible commencement : nos braves et invincibles lutteurs ne sont pas entrés au combat; ils n'ont fait encore que sa dépouiller, quand Ils ont quitté leurs richesses ; ils vont commencer A venir aux prises, en attaquant la haine du monde. C'est ici qu'il faut avoir les yeux attentifs.
Certainement, chrétiens, c’était une étrange résolution que de prêcher le nom de Jésus dans la ville de Jérusalem. Il n’y avait que cinquante jours que tout le monde criait contre lui ; « Qu'on « l'Ate , qu'on l’Ate , qu'on le crucifie ' ! • Cette haine cruelle et envenimée vivait encore dans le cœur des peuples ; prononcer seulement son nom, c’était choquer toutes les oreilles; le louer, c'était un blasphème ; mai* publier qu’il est le Messie, prêcher sa glorieuse résurrection, n’étaitce pas porter les esprits Jusqu'A la dernière fùreur?Tout cela n'arrête pas les apAtres : Oui, nous vous prêchons , disaient-ils , • et que toute
• la maison d’Israël le sache, que le Dieu de nos
• pères a ressuscité et a fait asseoir A sa droite ce
• Jésus que vous avez mis en croix >. > Et parce qu’ils avaient cru s’excuser de la mort de cet innocent en le livrant aux mains de Pilate , ils ne leur dissimulent pas que cette excuse augmente leur faute. • Car Pilate, disent-ils, a voulu le - sauver, et c’est voua qui l’avez perdu’. • Et voyez comme ils exagèrent leur crime ; '< Vous
• avez renié le Saint et le Juste , et vous avez de- -• mandé la grâce d’un voleur et d’un meurtrier,
• èt vous avez fait mourir l’auteur de la vie *. > Est-il rien de plus véhément pour confondre leur ingratitude, que de leur mettre devant les yeux toute l’horreur de cette injustice , d’avoir conservé la vie A celui qui l'Atait aux antres par ses homicides, et tout ensemble de l’avoir Atée A celui qui ht donnait par sa grâce? et pendant qu'ils disaient ces choses , combien voyaient-ils d'hommes irrités dont la rage frémissait contre eux !
> jortH. %a , i&.
* Il , M.