M. III
* /ùid. U, 15-
Mais ces grandes âmes ne s'élonnaient pas ; et c'était une des maximes de l'esprit qui les possédait , de ne pas craindre de déplaire aux hommes Passons maintenant plus avant , et voyonsleur vaincre les menaces de ceux dont ils ont méprisé la haine ; c'est la dernière maxime. On les prend, on les emprisonne, on les fouette inhu mainement; ■ on leur ordoune , sous de grandes
• peines , de ne plus prêcher en ce nom , . in nomine hoc ' : car, messieurs , c’est ainsi qu'ils parlent ; en ce nom odieux nu monde , et qu’ils craignent de prononcer : tant ils l'ont en exécration 1 A cela que répondent les apAtres? Une parole toute généreuse : I\'on possumus’ : . Nous ne
• pouvons pas, nous ne pouvons pas nous taire
• des ehoses dont nous sommes témoins oculai-
• res. « Et remarquez ici , chrétiens, qu'ils ne disent point ; Nous no vouions pas; car ils sembleraient donner espérance qu'on pourrait changer leur résolution ; mais de peur qu’on attende d’eux quelque chose indigne de leur ministère , ils disent tons d'une même voix ; Ne tentez pas l'impossible; !yon poxsumvs : • Nous ne pouvons ^ pas. > C'est ce qui confond leurs Juges iniques.
C'est ici que ces innocents font le procès A leurs propres Juges, qu’ils effrayent ceux qui les menacent , et qu'ils abattent ceux qui les frappent : car écoutez ces Juges iniques , et voyez comme ils parlent entre eux dans leur criminelle assemblée. Quidfaciemus hominibus islis ’? • Que pouvons-
• nous faire A ces hommes? • Voici un spectacle digne de vos yeux : dès la première prédicatiou, trois mille hommes viennent aux apAtres; et touchés de pénitence, leur disent : • Nos chers
■ frères, que ferons-nous?. Quidfaciemus, vin \/ratres* ? D'autre part, les princes des prêtres,
les scribes et les pharisiens les appellent A leur tribunal; IA, étonnés de leur fermeté, et ne sachant que résoudre, ils disent ; • Que ferons-nous
■ A ces hommes? « Quid faciemus hominibus islis? Ceux qui croient et ceux qui contredisent, tous deux disent : • Que ferons-nous? • mais avec des sentiments opposés ; tes uns par obéissance , et les autres par désespoir ; les uns le disent pour subir la loi , et les autres le disent de rage de ne pouvoir pas la donner. Avez- vous Jamais entendu une victoire plus glorieuse? Il n’y a que deux sortes d’hommes dans la ville de Jérusalem ; dont les uns croient, les autres résistent : ceuxlA suivent les apAtres et s’abandonnent A leur conduite : Nos frères, que ferons-nous? ordonnez; et ceux même qui les contredisent, et qui veu-
■ McL IV, 17.
■ Ibid. 30.
> Ibid. IV. IS.
< Ibid. 11,37.
hE LA TENTECOTE.
lojit les exterminer , ne savent néanmoins que leur faire : (Juc fcrons-noiis à ces hommes? ^e voyez-vous i>as qu’ils jettent leurs hiens, et qu’ils sont prêts do donner leurs Ames? les promesses ne les gagnent pas, les injures ne les troublent pas, les menaces les encouragent, les supplices les réjouissent : Quidfaciemus?- Que leurferons-
• nous?* O Église de Jésus-Christ ,jen’ai plusde peine à comprendre que les tiens , en prêchant , en souffrant, en mourant, couvriront les tyrans de honte, et qu’un jour ta patience forcera le monde à changer les lois qui te condamnaient; puisque je vois que dès ta naissance tu confonds déjà tous les magistrats et toutes lespuissanccsdc Jérusalem par la seule fermeté de cette parole : Non posfumus : * Nous ne pouvons pas. «
Mais, saints disciples de Jésus-Christ , quelle est cette nouvelle impuissance? Vous trcmhlie.z en ces derniers jours, et le plus hardi de la troupe a renié lâchement son maître ; et vousdites maintenant ; Nous ne pouvons pas. Et pourquoi ne pouvez-vous pas? C’est que les choses ont été changées ; un feu céleste est tombé sur nous , une loi a été écrite en nos cœurs , un Esprit tout-puissant nous presse : charmés de ses attraits infinis , nous nous sommes imposé nous-mêmes une bienheureuse nécessité d’aimer Jésus-Christ plus que notre vie ; c’est pourquoi noos ne (Kiovons plus olxûr au monde : nous pouvons souffrir, nous pouvons mourir; mais nous ne pouvons pas trahir l'Évangile , et dissimuler ce que nous savons : Non possumus eu guœ vidimus et audivimus non loqui
Voilà, messieurs, quels étaient nos pères;tel est l'esprit du christianisme, esprit de fermeté et de résistance , qui se met au-dessus des présents du monde , au-dessus de sa haine la plus animée, au-dessus de ses menaces les plus terribles : c’est par cet esprit généreux que l’Église a été fondée; C’est dans cet esprit qu’eile s’est nourrie : chrétiens , ne l’éteignez pas : Spirilum notite extinguere. Quand on tâche de nous détourner de la droite voie du salut, quand le monde nous veut corrompre par ses dangereuses faveurs, et par le poison de sa eomplaisancc , pourquoi n’osons-nous résister ? Si nous nous vantons d'être chrétiens , pourquoi craignons- nous de déplaire aux hommes? et que ne disons-nous avec les apétres ce généreux • Nous ne pouvons
• pas? > Mais l’usage de cette parole ne se trouve plus parmi nous : il u’est rien que nous ne puissions pour satisfaire notre ambition et nos passk>DS déréglées. Ne faut-il que trahir notre conscience, ne faut-il qu'abaudnnm'r nus amis, ne
' faut-il que violer les plus saints devoirs que la religion nous Impose, l’o.tsumus, nous le pouvons ; nous pouvons tout |vour notre' fortune, nous pouvons tout pour nous agrandir : mais s'il faut I servir Jésus-Christ, s'il faut nous résoudre de I nous séparer de ces objets qui nous plaisent trop , s'il faut rompre ces attachements et briser ces liens trop doux ; c'est alors que nous commençons de ne rien pouvoir: Non possumus : • Nous ne ■ pouvons pas. • Que sert donc de dire aujourd'hui à la plupart de mes auditeurs ; • N’éteignez pas
• l’esprit de la grâce? ■ Il est éteint , il n’y en a plus ; cet esprit de fermeté chrétienne ne se trouve plus dans le monde : c’est pourquoi les vices ne sont pas repris ; ils triomphent , tout leur applaudit : et de ce grand feu du christianisme, qui autrefois a embrasé tout le monde, A peine en reste-t-il quelques étincelles. Tâchons donc de les rallumer en nous-mêmes, ces étincelles A demi éteintes et ensevelies sous la cendre.
Chrétiens, quoi qu’on nous propose, soyons fermes en Jésus-Christ , et dans les maximes de son Évangile. Pourquoi veut on vous intimider par la perte des biens du monde? Tcrtullicnadit un beau mot, que je vous prie d’imprimer dans votre mémoire : Non admitlit status fidei neeessitates ' : • La foi ne connaît point de nécessi-
• tés. » Vous perdrez ce qüc vous aimez. Est-il nécessaire que Je le possède? Votre prociidé déplaira aux hommes. Est-ll nécessaire que je leur plaise? Votre fortune sera ruinée. Est-il nécessaire que je la conserve ? Et quand notre vio même serait en péril; mais l’infinie bonté de mon Pieu n’expose pas notre lâcheté A des épreuves si difficiles : quand notre vie même serait en péril , je vous le dis encore une fois , la foi ne connaît point de nécessités ; il n’est pas même nécessaire que vous viviez; mais il est nécessaire que vous serviez Dieu : et quoi qu'on fasse , quoi qu’on entreprenne , que l'on tonne, que l'on foudroie, que l’on mêle le ciel avec la terre, toujours sera-t-il véritable qu’il ne peut jamais y avoir aucune nécessité do pécher ; • puisqu’il n'y a parmi les
• fldéics qu’une seule nécessité , qui est celle de
• ne pécher pas : > Nutia est nreessitas delinquendi, quitus una est neeessitas non detinquendi ' . Méditons ces fortes maximes de l’Évangile de Jréus-Christ; mais ne songeons pas lellemeiit à la fermeté chrétienne, que nous oubliions les tendresses de la charité fraternelle qui ret la seconde partie de l'esprit du christianisme
SECOND FOINT.
Il pourrait sembler, chrétiens , que l'esprit du
■ />.• Cnr, n’ II.
• ISid.
‘ Ad. IV. 20.
POUR LE JOUR
clirUtinnismc , en rendant nos pères plus forts , les aurait en même temps rendus moins sensibles, et que In fermeté de leur éme aurait diminué quelque chose de la tendresse de leur charité. Car soit que ces deux qualités , je veux dire la douceur et le grand courage, dépendent de complexions différentes, soit que ces hommes nourris aux alarmes, étant accoutumés de longtemps à n’étre pas alarmés de leurs périls, ni abattus de leurs propres maux , ne puissent pas être aisément émus de tous les autres objets qui les frappent ; nous voyons assez ordinairement que ces forts et ces intrépides prennent dans les hasards de la guerre je ne sais quoi de moins doux et de moins sensible , pour ne pas dire de plus dur et de plus rigoureux.
Mais il n’en est pas de la sorte de nos généreux chrétiens : ils sont fermes contre les périls , mais ils sont tendres à aimer leurs frères; et l'Esprit tout-puissant qui les pousse , sait bien le secret d’accorder de plus opposées contrariétés. C'est pourquoi nous lisons dans les Écritures que le Saint-Esprit forme les fldèles de deux matières bien différentes. Premièrement il les fait d'une matière molle , quand il dit par la bouche d'Ézéchiel ; Dabo vobis cor cameum ' : > Je vous don-
• nerai un cœur de chair ; > et il les fait aussi de fer et d’airain , quand il ^t à Jérémie : • Je t'ai
• mis comme une colonne de fer et comme une ■ muraille d’airain : ■ Dedi te in columnatn ferream et in murum wreum '. Qui ne voit qu’il les fait d’airain, pour résister & tous les périls; et qu’en même temps il les fait de chair pour être attendris par la charité? Et de même que ce feu terrestre partage tellement sa vertu qu’il y a des choses qu’il fait plus fermes , et qu’il y en a-d’autres qu’il rend plus molles ; il en est à peu près de même de ce feu spirituel qui tombe aujourd’hui. Il affermit et il amollit, mais d’une façon extraordinaire ; puisque ce sont les mêmes coeurs des disciples, qui semblent être des coeurs de diamant par leur fermeté invincible , qui deviennent des cœurs humains et des cœurs de chair par la charité fraternelle. C’est l’effet de ce feu céleste, qui se repose aujourd’hui sur eux. Il amollit les cœurs des fidèles, il les a, pour ainsi dire , fondus : il les a saintement mêlés ; et les faisant couler les uns dans les autres , par la communication de la charité, il a composé de ce beau mélange cette merveilleuse unité de cœur, qui nous est représentée dans les Actes en ces mots : IHultitudinis autem eredentium eratcorunum cfanimauna^: «Dans toute la société des fidèles
• Ezech. HXTI , 2«.
» Jerrm. i, 18.
J Ml. IV, 32.
• il n’y avait qu’un cœur et une ême : » c’est ce qu’il nous faut expliquer.
Je pourrais développer en ce lieu les principes très-relevés de cette belle théologie qui nous enseigne que le Saint-Esprit étant le lien éternel du Père et du Fils, c’est & lui qu’il appartenait d’être le lien de tous les fidèles; et qu’ayant une force d’unir infinie, il les a unis en effet d’une manière encore plus étroite que n’est celle qui assemble les parties du corps. Mais supposant ces vérités saintes , et ne voulant pas entrer aujourd’hui dans cette haute théolo^e, je me réduis 6 vous proposer une maxime très-fructueuse de la charité chrétienne , qui résulte de cette doctrine ; c’est qu’étant persuadés par les Écritures que nous ne sommes qu’un même corps par la charité, nous devons noos regarder, non pas en nous-mêmes, mais dans l’unité de ce corps, et diriger par cette pensée toute notre conduite a l’égard des autres. Expliquons ceci plus distinctement , par l’exemple de cette Église naissante qui fait le sujet de tout mon discours.
Je remarque donc dans les Actes , où son histoire nous est rapportée, deux espèces de multitude. Quand le Saint-Esprit descendit , il se fit premièrement une multitude assemblé par le bruit et par le tumulte. On entend du bruit , on s’assemble; mais quelle est cette multitude? Voici comme l’appelle le texte sacré , « une mul-
• titude confuse : > Convenu multitudo et mente confusa est '. Toutes les pensées y sont différentes; les uns disent : • Qu’est-ce que ceci? les « autres en font une raillerie : Ils sont ivres , • ils ne le sont pas ; voilà une multitude confuse. Mais Je vois, quelque temps après , une multitude bien autre , une multitude tranquille, une multitude ordonnée , où tout conspire au même dessein , • où il n’y a qu’un cœur et qu’une
• àme : > Multitudinis eredentium eratcor unum et anima una. D'où vient , mes sœurs , cette di fférence? C’est que, dans cette première assemblée , chacun se regarde en lui-même et prend ses pensées ainsi qu’il lui plaît , suivant les mouvements dont il est poussé : de là vient qu’elles sont diverses, et il se fait une multitude confuse, multitude tumultueuse. Mais dans cette multitude des nouveaux croyants nul ne se regarde comme détaché , on se considère comme dans le corps où l’on se trouve avec les autres ; on prend un esprit de société, esprit de concorde et de paix ; et c’est l’esprit do christianisme qui fait une multitude ordonnée, où il n’y a qu'un cœur et une âme.
Qui pourrait vous dire , mes sœurs , le nombre
• JrI. Il, 0, U, 11,
DE LA PEMECOTE.
kiflni d'eOets admirables que produit cette belle considération par laquelle nous nous regardons , non pas en nous-mêmes , mais en l’anité de l'Église? Mais parmi tant de grands effets , Je vous prie, retenei-en deux , qui feront le fruit de cet entretien : c'est qu’elle extermine deux vices , qui sont les deux pestes du cbristianisme, l’envie et la dureté : l’envie , qui se fêche du bien des autres ; la dureté, qui est insensible A leurs maux ; l’envie, qui nous pousse à ruiner nos frères, et l’esprit d’intérêt , qui nous rend coupables de la misère qu'ils souffrent par un refus cruel.
Et premièrement, chrétiens, la malignité de l’envie n’est pas capable de troubler les âmes qui savent bien se considérer dans cette unité de l’Église; et la raison en est évidente : car l’envie ne naît en nos cœurs que du sentiment de notre indigence, lorsque nous voyons dans les autres ce que nous croyons qui nous manque. Or si nous voulons nous considérer dans cette unité de l’Église , il ne reste plus d’indigence ; nous nous y trouvons inflniment riches, par conséquent l’envie est éteinte. Gelie-là, dites-vous, a de grandes grâces ; elle a des talents extraordinaires pour la conduite spirituelle : la nature qui s’en inquiète , croit que son éclat diminue le nétre ; quels remèdes contre ces pensées qui attaquent quelquefois les meilleures âmes? Ne vous regardez pas en vous-même , c’est là que vous vous trouverez indigente : ne vous comparez pas avec les autres, c’est là que vous verrez l’inégalité; mais regardez, et vous et les autres dans l’unité du corps de l’élise ; tout est à vous dans eette unité, et par la fraternité chrétienne tous les biens sont communs entre les fldèles. C’est ce que j’apprends de saint Augustin par ces excellentes paroles : Mes frères, dit-il , ne vous plaignez pas s’il y a des dons qui vousmanquent ; « aimez
• seulement l’unité, et les autres ne lesauront que
• pour vous : • Si amas vnilatem, etiam tibi habtt quisquis in ilia habetaliquid'. Si la main avait son Sentiment propre , elle se réjouirait de ce que l’œil l’éclaire , parce qu’il éclaire pour tout le corps ; et l’œil n’envierait pas à la maiu ni sa force , ni son adresse , qui le sauve lui-même en tant de rencontres. Voyez les apdtres du Fils de Dieu : autrefois ils étaient toujours en querel le au sujet de la primauté ; mais depuis que le Saint- Esprit les a fàits un cœur et une âme , ils ne sont
* plus jaloux ni contentieux. Ils croient tous parler
par saint Pierre , ils croient présider avec lui ; et si son ombre guérit les malades, toute l’Église prend part à ce don et s’en glorifie en Notre-Seigneur. Ainsi, mes frères, dit saint Augustin , ne
nous regardons pas en nous-mêmes, aimons l’unité du corps de l'Église, aimons-nous nousmêmes en cette unité , les richesses de la charité fraternelle suppléeront le défaut de notre indigence ; et ce que nous n’avons pas en nous-mêmes nous le trouverons très-abondamment dans cette unité merveilleuse : Si amas unilatem, etiam tibi habet quisquis in ilia habel aliquid. Voilàlemoyend'exclure l’envie. Toile imidiam , et tuum est quod habeo : tollam invidiam , et meum est quod habes ' : • Otez l'envie , ce que
• j’ai est à vous , ce que vous avez est à moi ; tout
• est à vous par la charité. • Dieu vous donne des grâces extraordinaires ; ah I mon frère , je m’en réjouis, j’y veux prendre part avec vous , j'en veux même jouir avec vous dans l’unité du corps de l’Église. L’envie seule nous peut rendre pauvres, parce qu’elle seule nous peut priver de cette sainte eommunication des biens de l’Églisr.
Mais si nous avons la consolation de participer aux biens de nos frères , quelle serait notre dureté si nous ne voulions pas ressentir leurs maux ? et e’est ici qu’il faut déplorer le misérable état du christianisme. Avonvnous jamais ressenti que nous sommes les membres d’un corps? Qui de nous a langui avec les malades? qui de nous a pâti avec les faibles? qui de nous a souffert avec les pauvres? Quand je considère, fldèles, les calamités qui nous environnent, la pauvreté, la désolation, le désespoir de tant de familles ruinées. Il me semble que de toutes parts il s’élève un cri de misère à l’entour de nous , qui devrait nous fendre le cœur, et qui peut-être ne frappe pas nos oreilles. Car, ô riche superbe et impitoyable 1 si tu entendais cette voix , pourraitelle pas obtenir de toi quelque retranchement médiocre des superfluités de ta table? pourraitelle pas obtenir qu’il y eût quelque peu moins d’or dans ces riches ameublements dans lesquels tu te glorifies? Et tu ne sens pas, misérable , que la cruauté de ton luxe arrache l’âme à cent orphelins, auxquels la Providence divine a assigné la vie sur ce fonds I
Mais peut-être que vous me direz qu’il st fait des charités dans l’Église. Chrétiens, quelles charités I quelques misérables aumônes , faibles et Inutiles secours d’une extrême nécessité, que nous répandons d’une main avare , comme une goutte d’eau sur un grand brasier, ou une miette de pain dans la faim extrême. La charité ne donne pas de la sorte : elle donne libéralement; parce qu’elle sent la misère, parce qu’elle s’afflige avec l’affligé , et que soulageant le nécessiteux ellemême se sent allégée. C’est ainsi qu’on vivait
■ JnJvan. Tract. &U11, D- B, t. III, part. Il, ont BIB.
Lneo miix ctiah.
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POUR LE JOUR
dans ces premiers temps où j'ai tdehé aiyuurd'hui de vous rappeler. Quand on voyait un pauvre en l'Eglise, tous les lldèles étaient touchés; aus> sitôt chacun s'accusait soi-môme, chacun regardait la misère de ce pauvremembreaflligécomme la honte de tout le corps, et comme un reproche sensible de la dureté des particuliers : c'est poui^ quoi' Ils mettaient leurs biens en commun, de peur que personne ne fût coupable de l’indigence de l'un de scs frères Et Ananias ayant méprisé cette loi , que la charité avait imposée , il fut puni exemplairement comme un infâme et comme un voleur, quoiqu'il n’eùt retenu que son propre bien ; de lé vientqu'il est nommé par saint Chrysosfôme • le voleur de son propre bien : • rerum suanim fur‘. Tremblons donc , tremblons , chrétiens; et étant imitateurs de son crime, appréhendons aussi son supplice.
Et que l'on ne m'objecte pas que nous ne sommes plus tenus à ces lois , puisque cette communauté ne subsiste plus; car, quelle est la bonté de cette parole t sommes-nous encore chrétiens, s'il n'y a plusde communauté entre nous? Les biens ne sont plus en commun , mais il sera toiqours véritable que la charité est commune, que la charité est compatissante, que la charité regarde les autres. Les biens ne sont donc plus en commun par une commune possession , mais ils sont encore en commun par la communication de la charité : et la Providence divine , en divisant lea richesses aux particuliers, a trouvé ce nouveau secret de les remettre en commun par une autre voie ; lorsqu'elle en commet la dispensation à lacharité fratemelie, qui regarde toqiours l’intérét des autres.
Tel est l'esprit du christianisme; chrétiens, n'éteignez pas cet esprit : et si tout le monde l'éteint; âmes saintes et reiigieuses, faites qu’il vive du moins parmi vous. C’est dons vos saintis sociétés que l'on voit encore une image de cette communauté chrétienne que le Saint-Esprit avait opérée ; c'est pourquoi vos maisons ressemblent au ciel ; et comme la pureté i|ue vous professez vous égale en quelque sorte aux saints anges, de même ce qui unit vos esprits c’est ce qui unit aussi les esprits célestes : c'est-à-dire , un désir ardent de servir votre commun moitre : vous n'svcz toutes qu’un même intérêt, tout est commun entre vous ; et ce mot si froid de mien et de tien , qui a fait naître toutes les querelles et tous lea procès, est exclu de votre unité. Que reste-t-il donc maintenant, sinonqu’ayantchassé du milieu de vous la semence des divisions, vousy fassiez régner cet Esprit du paix qui sera le na>ud de votre
‘ Aft. V. I
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concorde, l'appui immuable de votre fol, et lo gage de votre immortalité? Amen.
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